ET L ORPHÉE DE GLUCK
nier. Il est intéressant de les entendre Tun après l'autre. Le chef-d'œuvre fraternel est plus complet, ou plus « avancé » ; le chef-d'œuvre conjugal est peut-être encore plus touchant. Dans Iphigénie en Taiiride seulement, dix-sept ans après rOr/eo italien, cinq ans après ÏOrpIicc français, le grand réformateur a réalisé son idéal et rempli tout son nouveau dessein. Il n'y a peut-être pas moins ni de moindres différences entre Orphée et la seconde Iphigénie, eju'entre Tannhduser par exemple, ou Lohengrin, et Tristan. Ecoutons commencer les deux opéras, ou plutôt l'admirable cantate et ]e drame lyrique admirable. L'ouverture d'Orphée ne ressemble ni ne se rapporte à l'œuvre, dont elle forme une des parties les moins intéressantes. Dans Iphigénie au contraire, l'ouverture (la tempête) fait corps avec le drame, et ne peut en être séparée. L'action ne commence pas : elle est commencée. De même c'est tout à coup, sur un accord dissonant, par un éclat inattendu et pour ainsi dire oblique, que la voix de la prêtresse entre dans la fulgurante symphonie. Orphée n'offre rien, ou presque rien d'analogue à ce début, qui dut paraître autrefois
220 Lll'lIlGEMl-: E^ TAURIDE
sans exemple, et nous étonne encore aujourd'hui. Pendant le second acte surtout d'Iphigcnie (scène d'Oreste et des Furies, scène d'Iphigcnie et d'Oreste, de'ploration de la jeune fille et cérémonies funèbresj, le drame et le discours musical se meuvent avec une liberté de mouvements, une variété de formes qui n'a pas été dépassée. Récits, dialogues, airs, chœurs, pantomime, tout se succède, se mcle, s'interrompt, de manière à nous donner l'impression de la vérité et de la vie. Parmi les nombreux airs de la partition, vous n'en trouvez plus un seul qui se divise, comme « J'ai perdu moJi Eurydice », en trois couplets, que sauvait seule d'une certaine monotonie la sublime interprétation de M'"° Viardot. Que ce soit l'air de Pylade : « Unis dès la plus tendre enfance », ou l'air d'iphigénie au quatrième acte : « Je t'implore et je tremble «, dont Taccompagncmcnt et l'harmonie viennent de Bach, toute mélodie se répète moins et se développe davantage. Plus de trous, ni de remplissage non plus, entre deux morceaux, entre les diverses parties d'un même morceau, ou, comme disait le président de Brosses, entre « les endroits forts ». Désormais tous les endroits sont forts, et