ET LORPIIKE DE GLUCK
le mot d^Arnaud est juste : « Ce qu'il y a de plus beau dans Iphigénie^ c'est Iphigénie tout entière )>.
Plastique toujours, cette musique, en certains passages, ne manque pas de couleur. Gluck a su donner, un accent naïf et juste d'exotisme ou de sauvagerie aux chœurs et aux ballets des Scvthcs. Le premier ressemble, — avec plus de rudesse, avec une recherche inge'nue de férocité ou de barbarie, — à la Marche turque de Mozart. Voila pour la couleur locale, ou soi-disant telle. Quant à la couleur de l'époque, j'entends celle de l'époque où parut le chef-d'œuvre, Iphigénie en est exempte. Orphée, au contraire, en garde quelques traces. L'esprit du xviii*^ siècle, et non de l'antiquité, se trahit dans les airs délicieux de l'Amour. Amour-goût, aurait dit Stendhal, et qui ne ressemble guère, quand il chante et sourit lui-même, à l'amour-passion qui chante en pleurant par la voix d'Orphée. Est-ce parce qu'il est dieu, parce qu'il est l'amour qui ne peut plus ni soutlVir ni mourir? (( Modo cantat aiuor esiiriefis, tune can tabit anior fruens. L'amour qui désire encore ne chante pas comme chantera l'amour satisfait. » Mais Gluck n'a pas connu cette distinction de
saint Augustin, qui ne serait guère de mise ici. Orphée est tout simplement de son temps par quelque endroit; Iphigénie tout entière est de toujours.
Avec cela le charme d^Orphée^ comme Orphée lui-même, est unique. Orphée^ — sans comparer deux maîtres qui n'ont rien de commun, — me paraît tenir un peu dans l'œuvre de Gluck le rang occupé dans Tœuvre de Rubens par la Descente de Croix d'Anvers. Lui aussi, le Gluck d'Or^/zeV, ou plutôt à'Orfeo, revenait d'Italie; et de l'opéra comme du tableau Fromentin aurait pu écrire cette belle page : « Ajoutez à l'inspiration personnelle du peintre une influence italienne très marquée, et vous vous expliquerez mieux encore le prix extraordinaire que la postérité attache à des pages qui peuvent être considérées comme ses (euvres de maîtrise et qui furent le premier acte de sa vie de chef d'école... Quoi qu'il fasse, on sent le romaniste qui vient de passer des années en terre classique, qui arrive et n'a pas encore changé d'atmosphère. Il lui reste je ne sais quoi qui rappelle le voyage, comme une odeur étran- "ère dans ses habits. C'est certainement à cette bonne odeur italienne que la Descente de Croix