‹ Impressions musicales et littérairesChapitre 21 sur 36 · Les Bases de la croyance^ par M. A.-J. Bal four · texte numérisé non relu

Les Bases de la croyance^ par M. A.-J. Bal four

iriuluii par M. Ci. Ai-t; chez. Monli^rcdicn, Paris.

SILHOUETTES D 1^ :\I i: S I C I E N S

A l'éloge de la Reine de Chypre en particulier, je préfère l'étude, plus générale, du génie d'Halév)'. C'est ici qu'apparaît l'équation signalée par M. Balfour,entre les aspirations d'une époque et ses productions. Nous chercherions vainement un seul point où la musique du maître ait paru inférieure à l'idéal du temps. On y trouve tout ce qu'on en pouvait espérer, peut-être même davantage. Elle comblait tous les désirs et réalisait tous les rêves; par elle, toutes les conditions de la « haute tragédie lyrique » semblaient remplies.

(( Pour faire un bon opéra, il ne faut pas seulement un bon poète et un bon compositeur, il faut encore qu'il y ait accord sympathique entre le talent de l'un et celui de l'autre. » Si donc il parut que non seulement la Jinvc et la Reine de Chypre étaient des opéras excellents, mais « des créations qui ravissent le parterre et qui, de plus, soutiennent l'examen d'une critique rigoureuse » ; si Ton put appeler ces deux livrets « deux monuments qui marqueront dans l'histoire de l'art musical », c'est que la fameuse question des rapports ou des convenances entre la musique et la poésie semblait là résolue ; c'est qu'entre l'une et l'autre

jamais on n'avait rencontré de sympathie plus profonde ni d'accord aussi e'troit.

Quant à la musique mcnie, à la seule musique, voici, — en abrège'. — comment il en était parlé : « Il est effrayant, et cela vous donne le vertige, de sonder du regard les terribles profondeurs que renferme le cœur de Thomme... Le poète pourra bien vous mettre sous les yeux les actes extérieurs qui s'engendrent à la surface de ces profondeurs ; mais il ne pourra vous y faire descendre... C'est à la musique seule qu'il est réservé de révéler les éléments primitifs de cette merveilleuse nature, c'est dans son charme m\-stérieux que se manifeste à notre âme ce grand et ineffable mystère... Parmi les maîtres les plus brillants et les plus vantés, il en est fort peu qui, sous ce rapport, seraient fondés à revendiquer la dignité de musicien... Or, au petit nombre des musiciens véritables en ce sens, il faut placer Halévv, dont la vocation est « d'écrire de la musi^]uc telle qu'elle jaillit des plus intimes et des plus puissantes }M-ofondeurs de la nature humaine. ^> C'est par cette humanité que la musique d'Halévy s'élargit et s'élève ; elle s'atfranchit par là de a ces nuances nationales fortement accusées » qui >< compro-

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