‹ Impressions musicales et littérairesChapitre 22 sur 36 · vS siLnour/mcs dic musiciens · texte numérisé non relu

vS siLnour/mcs dic musiciens

mettent la vérité dramatique de la mélodie et la détruisent quelquefois entièrement. »

11 y a plus encore. Le maître qui, dans l'histoire du grand opéra franc;ais, restera peut-être comme le premier du second rang, comme un épigone éminent, mais un épigone, le musicien de \c[ Juive et de la Reine de Chypre, ne fut pas loin de passer autrefois pour un novateur. On alla jusqu'à le féliciter de s'être « hardiment élancé hors de l'ornière des rvthmes et des tours conventionnels, pour entrer dans la carrière de la création libre, illimitée, ne reconnaissant d'autre loi que celle de la vérité. »

Qu'en dites-vous, et M. Balfour n'a t-il pas cent fois raison ? De tels éloges ne prouvent-ils pas assez que de la musique d'alors les contemporains n'étaient ni moins ni même autrement touchés que nous ne le sommes aujourd'hui de la nôtre? Et quand je dis la nôtre, je parle de la plus contraire à celle que jadis, et pour des raisons pareilles, on admira pareillement.

La parfaite union et, s'il est possible, l'identité du musicien et du poète ; l'intériorité, la généralité de la musique et son ambition de ne représenter que le «purement humain»; Thorreur

des contours arrêtés et de la « carrure » (quelque chose comme la me'lodie infinie) ; la recherche passionnée de l'expression juste et de la vérité, ce n'est pas d'autres éléments que se compose aujourd'hui l'idéal le plus nouveau de notre art, l'idéal wagnérien. Et qu'on aspirât, il y a cinquante-six ans, à ce même idéal, cela déjà peut surprendre. Il est encore plus singulier qu'on Tait cru trouver réalisé dans une œuvre comme la Reine de Chypre, qui, sûrement, n'en était point inspirée. Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que cet idéal ait été reconnu là, et célébré, — vous venez de voir avec quels transports, — c'est que de cette musique cet éloge ait été écrit, et ce portrait tracé de ce modèle, par l'homme que sans doute ici vous attendiez le moins : Richard Wagner.

Février 1898.

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