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de comédies qui languissent, d'intrigues arrêtées, et de piètres dénouements !
L'art ne supprime pas l'accident, car ce serait supprimer la vie : il l'emploie. Il en fait, au lieu de son contradicteur et de son ennemi, son allié et son collaborateur. Il dote le hasard d'intelligence et par lui toutes les fautes deviennent heureuses. Œdipe Roi n'est qu'une série d'accidents. Accident aussi, mais prémédité et sublime, dans le premier morceau de la Symphonie héroïque, cette entrée téméraire et prématurée du cor, qui provoque l'admirable reprise du thème. Cherbuliez lui-même excellait à changer ainsi Paccident en bonne fortune. Rappelez-vous seulement les péripéties du Comte Kostia, de Ladislas Bolski, de Meta Holdenis. l^our mener à bonne fin ces trois romans, Cherbuliez prit le hasard à son service ; non pas le hasard de la nature, mais celui de Tartistc, qu'il déiinii : un ouvrier intelligent u qui arrange quand il a l'air de déranger, débrouille quand il a l'air de brouiller, donneaux choses tout leur prix, réveille les puissances endormies, leur fournit des occasions et, loin de fausser ou d'affaiblir les caractères, les aide à se montrer tels qu'ils sont, et à
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nous découvrir leurs dessous. » Enfin, et c'est ici le dernier avantage de l'art sur la nature, l'homme est évidemment la cause finale de l'art. La nature possède et garde la beauté' pour ellemême sans s'inquiéter de nous en faire part ; elle ne nous invite ni ne nous enseigne à en jouir ; Tart, au contraire, n'aspire àre'aliser le beau que pour nous le communiquer. La nature est égoïste et insensible, l'art charitable et compatissant ; nous trouvons l'un toujours bienfaisant et consolateur, l'autre souvent indifférente et cruelle, et si nous aimons la nature parce qu'elle est belle, nous aimons Tart parce qu'il nous aime.
La voilà donc justifiée, la définition donnée au début du livre; le voilà partagé, le différend éternel entre l'art et la nature, entre l'imitation et la protestation, et dans l'équité de ce jugement, on retrouve l'esprit accoutumé de l'écrivain : le goût de la mesure et la sagesse au parler d'or.
« Que le poète soit chrétien, juif ou musulman, protestant ou catholique, le poète est avant tout poète. )) Cherbuliez, qui fut artiste, le fut aussi avant tout : protestant, il a célébré la Renaissance ; Genevois, il adorait la Grèce. On peut.
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sans altérer la physionomie du maîirc, rappeler en dernier ses premières œuvres : le Cheval de Phidias tx le Prince Vitale^ ces deux tableaux des deux printemps du monde, qu'il avaic traces luimême en son printemps.
« Dame très humaine et très courtoise, quelle fête il se donna chez vous le jour que la signora Camilla, votre tille, ayant épouse le valeureux marquis délia Tripalola... » Ainsi parlait, en ses épîtres dédicatoires, Bandello, le novcllierc du seizième siècle. En ces beaux châteaux, quelles furent donc alors ces fèies, dont Cherbuliez aimait à se souvenir ? Les jardins sont pleins de nobles cavaliers et de dames parées avec magnihcence; sur les terrasses, à Tombrc des pins d'Italie, on disserte, on chante, on parle d'art, de philosophie et d'amour. « Ne vous v trompez pas, l'heureuse aventure qu'on célèbre ici, dans ces jardins, dans celte loggetta^ ce n'est pas seulement le mariage de la vertueuse signora Camilla avec le marquis Tripalola, mais un autre mariage encore, d'une bien autre importance: les épousailles de la science et du monde. •• Sous t'orme d'essai et de récit dialogué à propos de la folie du Tasse, Le Prince l'italc n'est qu'un regard
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d'admiraiion et de regret jeté' sur ces noces de la Renaissance, dont la journée radieuse eut un triste lendemain. La tristesse de ce lendemain fut Tune des causes, et la plus efficace, des chagrins et de la folie du Tasse. N'en croyez plus la légende ; le poète ne porta point la peine d'un amour téméraire pour la sœur d'Alphonse de Ferrare, et ses malheurs furent reflet de ce qu'il appelle cent fois lui-même rigor e strette'{:{a dei tempi^ « la rigueur et l'étroitesse des temps. »
« Trois fois heureux, disait le prince Vitale, l'homme de génie qui naît et meurt à propos ! Heureux encore celui qui, né trop tôt, devance son temps ! Condamné par ses contemporains, il en appelle à la postérité. Les siècles à venir se lient d'amitié avec lui et le visitent dans son délaissement. Mais, s'il est né trop tard, s'il est seul à représenter dans le monde quelque chose qui n'est plus, son malheur est sans ressources. Ah ! qu'il est dur de traîner après soi comme un boulet une inutile et ridicule fidélité au passé ! Ah ! qu'il est dur de s'entendre dire : Laissez les morts ensevelir leurs morts! »
Torquato Tasso fut un de ces attardes. Il apporta au monde un génie que le monde alors ne
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pouvait plus comprendre, ou plutôt n'osait plus admirer. Contemporain par Tcsprit de Raphaël, de Balthazar Castiglione, de Le'on X, il le fut, par la vie, de Gre'goire XIII, de la congre'gation de rindex et de l'Inquisition. La Renaissance, dont il était le dernier enfant, mourut en lui donnant le jour, et quand l'orphelin appela sa mère, c'est une marâtre qui lui répondit.
Le sourire s'e'tait retire' de la face de Dieu, ou plutôt de la face de ceux qui le représentaient sur terre. L'Eglise, menace'c par la Reforme, s'enfermait dans Tenceinte de ses remparts, au cœur de sa citadelle, après avoir abattu sans pitié autour de ses murailles tout ce qui pouvait servir à l'assiégeant de cachette et d'embuscade. Les arbres magnifiques tombaient, et les forets ombreuses, et jusqu'aux buissons fleuris où chantaient hier les oiseaux. C'est contre l'Eglise ainsi armée pour sa propre défense, que vint se heurter et se briser le malheureux poète. En 1375, sous le pontificat de Cirégoire Xlll, son œuvre, qu'il portait à Rome comme une otïrande, y ht l'effet d'une offense. 1^)ut en fut repris et condamné : le christianisme en sembla païen ; les sentiments en parurent jnofanes, les héros crimi-
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nels et les peintures licencieuses, suspectes d'irrévcrence et d'idolâtrie. Alors, entre le génie d.i Tasse et la censure ecclésiastique, une guerre éclata, qui devait durer longtemps. En vain, pour désarmer les rigueurs de ses juges, le poète se soumit à toutes leurs exigences, à leurs plus mesquins scrupules, et retoucha non seulement les de'tails. mais le plan, les c'pisodes et le caractère de son oeuvre. Il implora le pardon de Tancrède, de Renaud, d'Herminie et d'Armide. Il mendia l'indulgence des inquisiteurs pour ses héroïnes d'amour. Inutiles prières. Le conseil de censure exigeait toujours de nouveaux sacrifices, et sous la cloche, où l'air se raréfiait de plus en plus, le génie du Tasse se mourait d'asphyxie. Il étouffa enfin ; Clément VIII vint trop tard, et le poète ne put, grâce à lui, que fermer les yeux en paix. Quant au poème, des éditions furtives l'avaient sauvé et par bonheur c'est l'original, au lieu du (( corrigé » de la Jérusalem^ qui nous est parvenu.
Qu'il fut douloureux, ce conflit entre le génie humain et l'Eglise de Dieu! Mais la situation même le commandait. « Déjà le lion rugissant s'apprêtait à dévorer l'Eglise. La papauté sentit
toute l'étendue du péril ; elle n'hésita pas à prendre un parti extrême, et, ne consultant que les intérêts de son salut, auquel est attaché le salut du genre humain, elle lui sacrifia tout. »
Qui la contraignait à ce cruel sacrifice ? Qui prononça le divorce entre l'Eglise et la Renaissance qui s'aimaient ? C'est la Réforme, cette étrangère à l'esprit étroit et dur ; et la science, la poésie et l'art, pas plus que la foi, ne le lui pardonneront jamais. Elle était si belle alors, la cité de Dieu, devenue librement et largement la cité des hommes, de tous les hommes. Oh ! la Rome de Léon X ! Nul mieux que Gherbuliez, un réformé pourtant, ne Ta comprise et célébrée. Aucun historien catholique n'a jamais glorifié avec plus d'enthousiasme et de magnificence l'Eglise plus catholique alors, c'est-à-dire plus universelle, qu'elle ne le fut jamais.
La pensée religieuse de la Renaissance a été souvent méconnue et calomniée. Il ne faut pas la juger par ses déviations et ses excès, mais par son principe essentiel, par ce dessein grandiose qu'avait conçu la papauté ci que Luther empêcha de s'accomplir : la réconciliation du christianisme avec l'aniiquiie. Après avoir prêché
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pendant des siècles le sacrifice et la souffrance, l'Eglise, estimant que la terre avait assez pleure', (terra lagrimosa, disait Dante), allait enfin annoncer l'allégresse et proclamer la véritable trêve de Dieu. Etoile de la nuit durant l'horreur du moven âge, elle promettait d'être encore Tctoilc du matin. Alors s't'crie Cherbuliez, « quel esprit de joie est soudain descendu du ciel ! Harpe de David, apprenez à moduler vos chants, entremêlez aux soupirs de la pc'nitence les accents d'alle'gresse des rachcte's qui cheminent sur les mille sentiers du monde dans la sainte liberté de Dieu ! Couronne sanglante du Christ, qu'on vous voie reverdir et fleurir ! O fleurs divines ! ce sont les fleurs de l'espérance, de l'amour, de la joie, toutes les fleurs de Téternel printemps de? cieux ! »
En un mot, ce sont les fleurs de la vie, de la vie jusqu'ici méprisée, maintenant réhabilitée et bénie. La vie complète, tel fut le programme de la Renaissance. La devise 'du crovant n'était plus : renoncer à tout pour aller à Dieu, mais se servir de tout pour se rapprocher de Dieu. On se rapproche de lui par la foi, mais aussi par la science ; le grand bien est de croire, mais con-
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naître est aussi un bien. Dans une même chambre du Vatican, chez un pontife chrétien, Raphaël a réuni la Dispute du Saint-Sacrement et VEcole d'Athènes. Les saints du ciel ont regardé les saints de la terre et leur ont souri,
Quelle Jérusalem nouvelle ?
D'où lui viennent de tous côtés
ic>
Ces enfants qu'en son sein elle n'a point portés
Ils lui viennent des siècles disparus et des contrées lointaines. Ils lui viennent de la Grèce et de l'Egypte, de la Syrie et de la (^haldéc. Le platonisme de la Renaissance enrôla Pythagore et Socrate, Aristote et Platon, parmi les précurseurs de Jésus. Il entreprit de retrouver sous Terreur, au besoin sous le mensonge paien, le soupçon et le pressentiment de la vérité chrétienne. Non seulement dans la philosophie de la Grèce, mais dans sa mythologie même, et jusque dans les vieilles théogonies de rc^rienl, on se plut à reconnaître alors les messagères du Seigneur, et sur les murailles Sixtines, à côté des Prophètes, les Sibylles eurent le droit de s'asseoir. ^ Que servent les paroles ! écrivait ici Gherbuliez. » G est à nous
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plus qu'à lui de le dire ; à nous d'arrêter notre impuissante paraphrase et de vous renvoyer à l'original de cet admirable tableau.
Rares sont les livres dignes d'être lus à Rome. Le Prince Vitale est de ceux-là. Voyageur que je ne connais pas, mais pour qui j'écris peut-être, hôte passager de la ville éternelle, montez par un beau soir au couvent de Sant' Onofrio, sur le Janicule, où mourut le grand poète désole'. Pendant le jour qui s'achève, peut-être avez-vous contemplé Saint-Pierre et le Vatican, la coupole de Michel-Ange et les fresques de Raphaël. Vous avez été quelques heures un citoyen de la Renaissance ; son esprit habite en vous. Ouvrez ce petit livre aux dernières pages et vous rappelant un des plus beaux moments de l'histoire, un des plus nobles desseins de l'Eglise, tandis que les cloches de Rome sonneront, dites avec Gherbuliez cette prière. Elle est d'un grand artiste et d'un grand penseur; c'est le Credo de la Renaissance : « Seigneur, vous le savez, ces hommes étaient à vous, et votre gloire se manifesta dans le pontife qu'ils avaient nourri de leur sagesse ! G Jérusalem, en dépit de tes souillures, que tu parus belle à toutes les nations en ces temps
bienheureux ! De quel éclat divin brillaient tes autels et quelles fêtes tu célébrais dans ton enceinte agrandie ! Du Nord et du Midi et des profondeurs de l'Orient, tous les dieux s'étaient donné rendez-vous chez toi... et tous ils se tenaient humblement prosternés autour du trône du Christ. Ce jour-là, Seigneur, déposant pour la première fois votre couronne d'épines, vous aviez ceint votre front de violettes parfumées qu'avaient vues fleurir Tllissus et vous teniez à la main un lotus du Nil d'une blancheur immaculée. Alors, vous penchant sur tous ces dieux et ces sages, on vit vos lèvres sourire et votre bras s'étendre pour les bénir, et une voix d'ange, plus douce encore que celle qui avait annoncé votre nativité, s'écria: Cloire à Dieu sur la terre! paix entre les dieux réconciliés sous le regard du Christ ! Bénie soit la sainte Eglise universelle ! »
Il est une autre colline, plus sacrée encore que le Janicule, aimée avant toute autre et plus que toute autre par Chcrbuliez : c'est l'Acropole d'Athènes. Celle-là, le moine jaloux de W'ittemberg ne Ta pas gravie ; ses pieds lourds n'en ont pas foulé le pavé, cl de la noble enceinte de
marbre sa voix sévère n'a pas fait envoler Tàme antique, l'âme libre et joyeuse des dieux.
Le Cheval de Phidias est, comme le Prinee Vitale^ une causerie esthétique. Sous le pc'ristyle occidental du Parihénon, par les beaux aprèsmidi d'un e'té athénien, à rom.bre tournante des colonnes, la marquise et son oncle, avec son jeune soupirant, son aumônier, le chevalier et le docteur viennent s'asseoir. On dirait un groupe de Boccace dans le pays de Phidias. Au-dessus de leurs têtes, une métope de la frise représente un cheval qui s'enlève, monté et retenu par un cavalier coiffé du pilos arcadien. La marquise a pour le bel animal une tendresse passionnée ; elle le préfère à tous les autres marbres du temple. Ses compagnons, pour lui plaire, ont mis au concours l'éloge du coursier bien-aimé. Ses deux blanches mains doivent poser sur le front du vainqueur une couronne d'olivier.
Chacun alors prend la parole à son tour. Un dialogue s'établit, qui rappelle ceux de Platon par le fond et par la forme, par les doctrines et par la méthode suivie, qui consiste à partir d'un objet particulier et sensible pour s'élever de plus en plus haut dans la région de Tidée pure. Rien
de technique ou d'aride nulle part. « C'est le fait d'un pe'dant, a dit ailleurs Cherbuliez, d'habiller ses imaginations en the'orèmes de géométrie. » Aussi n'est-ce point ainsi qu'il habille les siennes. De quelle grâce au contraire il les revêt! de quels voiles souples et transparents, et de quelle lumière ! /.i/;;2//z£? vestit purpureo. La pédanterie, pour lui, n'est que la prétention de remonter aux principes des choses ; il y remonie pourtant, mais sans prétention, par des chemins en pente douce et fleurie, comme ceux où marchait Socrate avec ses disciples, en s'entretenant de la beauté. Ainsi le charmant causeur a fait mentir le proverbe vulgaire : toute une théorie de l'art grec, et en môme temps de l'an universel et éternel ; les aperçus les plus ingénieux sur l'cclectisme, l'idéalisme et le réalisme, sur l'individualité dans l'art, sur les rapports de l'amour avec la beauté; des vues générales et profondes, de poétiques allégories, toutes ces choses exquises ont pu se trouver sous le pied d'un cheval, mais d'un cheval de Phidias regardé par un Cherbuliez.
Ce cheval, d'abord, n'est pas le cluval en général, c'est-à-dire un composé d'éléments lutc-
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rogènes que Phidias aurait empruntés aux types divers de la beauté chevaline qui figuraient dans les fêtes équestres de la Grèce. C'est z/;2 cheval, un exemplaire d'une race parfaitement déterminée, de celle qui, par la finesse, Tintelligence, l'agilité, répondait le mieux au goût, au génie même du peuple : la race barbe ou berbère. Phidias a représenté le cheval de cette race, et non point un autre. Loin d'user du procédé des éclectiques, il a plutôt accusé encore la personnalité de son modèle. Pourquoi ? Parce qu'il savait « que tout ce qui vit, tout ce qui mérite de vivre, se compose non de pièces rapportées, mais de parties intimement liées, qui se supportent les unes les autres et se rapportent ensemble à une fin. Il savait que 1' « hybridation, procédé de jardinier fleuriste, n'a rien à démêler avec la poésie et la sculpture... Il savait surtout que rien n'est beau qu'à la condition d'être individuel ; que la forme d'une chose est sa limite; que, supprimez les bornes d'un être, et vous supprimez ses contours... Oui, les bornes des êtres sont sacrées, c'est par leur moyen qu'ils se manifestent; affranchissez-les de tout ce qui les restreint, c'est de leur existence même que vous les aurez délivrés... »
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Le cheval du Parthénon est donc exclusivement un cheval barbe ; mais c'est de plus un barbe dresse', j'allais dire élevé, selon la méthode grecque. Et déjà nous montons plusieurs degrés; à propos d'un simple animal, nous entrevoyons le principe même de la civilisation hellénique. Je disais bien : le cheval a été non pas dressé, mais élevé ; car il y avait dans Téquitation grecque une part d'éducation véritable, une action intellectuelle et morale sur le cheval comme sur l'enfant. I.e Cherbuliez du Prince Vitale revient ici défendre contre la rigueur et la tristesse, la liberté, l'indulgence et la joie. Il célèbre l'éducation athénienne, qui disciplinait sans contraindre, qui formait les âmes sans les fausser, les ployait sans les rompre, et favorisait la nature au lieu de la contrarier, l^cuyers et maîtres d'école s'inspiraient alors des mêmes idées et suivaient la même méthode. On traitait, je ne dirai pas les enfants comme des chevaux, mais, ce qui est toute autre chose, les chevaux conime des enfants, et parce que les hommes, en ce pays d'aisance et de douceur, n'avaient rien d'animal, les animaux y prenaient quelque chose d'humain. Voyez ce cheval de marbre, {/(vil, les
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naseaux, l'encolure, tout en lui respire une àme e'troitcment d'accord avec celle du cavalier ; ou plutôt le cheval et Thomme n'ont à eux deux qu'une seule et même ame : chez l'un, elle commande avec douceur ; elle obéit, chez l'autre, avec plaisir. Le cavalier n'use point de violence : il monte sans selle, sans éperons, sans étriers, et le bel animal, au lieu de se rendre par force, se donne librement et par amour.
Oui, jusque dans les exercices du manège, la Grèce avait fait une place à Tamour, principe unique de Fart comme de la vie. L'Amour, autrefois, écoutant chanter les voix de la nature, les rochers, les eaux et les bois, souhaita de posséder des instruments qui rediraient la musique de l'univers. Il pria les génies auxquels il commande, de lui fabriquer des lyres d'argent; mais celles-ci, répétant seulement les sons les plus rapprochés, n'arrivaient qu'à reproduire des fragments épars et sans lien réciproque de l'immense symphonie. L'Amour alors, de ses propres mains, fabriqua quelques lyres d'or, et les ayant montées à des diapasons différents et accordées selon des modes divers, il leur donna des ailes et les répandit dans l'espace. Et comme par la grâce de l'Amour ces
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yres d'or possèdent l'harmonie infuse, la moin- Ire note, fût-ce la plus e'ioigne'e, éveille en elles les échos infinis et la résonnance complète de 'universel concert.
Cherbuliez fut une de ces lyres d'or, une âme :apable de comprendre l'universelle beauté et l'en communiquer le frisson aux pauvres lyres l'argent que nous sommes. Après avoir étudié e cheval, puis le cheval et le cavalier, il s'avise [uc ce groupe équestre fait partie d'une frise et mfin que cette frise est la frise d'un temple. Et a frise se déroule devant nous, et le temple 'élève, et pénétrant jusque dans le saiicuiaire, lous y trouvons la jeune lille aux yeux bleus, la léesse favorite de la Grèce et de Cherbuliez : la sagesse. Sagesse divine, qui n'est pas le repos ni e sommeil, mais l'action maîtresse et consciente l'elle-même ; qui n'est pas la froideur, mais 'émotion et la joie ; qui ne supprime pas la >assion, mais qui la discipline; qui rend aimable ;t la règle et la loi, qui nous apprend à rouver dans le devoir la plus noble forme lu bonheur. La voilà, telle c[ue le romancier a prêcha toujours à ses héros ; faute de l'avoir possédée, Ic.^ Bolski se sont perdus et les Cibis-
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lain oni souffert. La voilà, telle que l'auteur du Cheval de Phidias Padora dans le plus beau sanctuaire que jamais lui de'dièrent les hommes. Ainsi la morale et Testhe'tique se rejoignent sur les sommets, et nous reconnaissons une dernière fois que pour Gherbuliez, ce fut la raison, non pas froide, pe'dantc et farouche, mais la raison souriante, agissante et heureuse, qui demeura le dernier secret de l'art et de la vie.
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KUGENE FROMENTIN
OTRE siècle compte un petit groupe d'écrivains dont le commerce intime et la constante familiarité ne lassent jamais. C'est auprès d'eux que trouve une lecture du soir celui qui souhaite d'endormir sa pensée à l'ombre, et comme sous l'aile d'une pense'e amie, ils ont l'esprit uni, l'âme apaisée et sereine ; quelque mélancolie mais nulle amertume; aucune emphase, avec beaucoup de poésie. Ils sont ini peu philosophes, presque sans le savoir, et surtout sans le dire. Avec les Joubert et les Doudan, Eugène Fromentin appartient à cette tamillc choisie. (A)mme eux, il charme toujours, attendrit parfois ; il ne trouble et
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ne choque jamais. S'il ne donne pas l'impression de l'extraordinaire, il donne à tout moment celle de Texquis. A lire et relire Fromentin, on peut apprendre beaucoup, et sur beaucoup de choses : sur la nature, sur l'art et sur soi-même. Il nous expliquera les tableaux des peintres illustres, des Maîtres d'autrefois, et les paysages d'Orient, ces tableaux du Maître de toujours. Il nous dira la mystérieuse influence de la nature et le bienfait, mais le péril aussi, de la vie seulement contemplative. Devant des toiles fameuses, il nous mettra loyalement en garde contre l'admiration de commande et de convention, le pre'juge, la superstition et la routine. Devant la vie enfin, il nous enseignera la patience et la douceur, la modestie des ambitions et des désirs, le renoncement aux longues et chères espérances et le deuil résigné, presque souriant, des rêves d'amour.
Leçons de science ou de sagesse, il ne les donne jamais en docteur, mais presque en ami, avec le naturel et la distinction d'un dilettante de race. Il ne professe pas ; on dirait qu'il cause, et le plus souvent à mi-voix. Chez lui, jamais d'excès d'aucun genre : il décrit la nature sans déclamer ;
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il explique son art sans parti pris ni système ; il nous raconte sans affectation de psychologie rhistoire d'une âme qui, si elle ne fut pas la sienne, paraît du moins lui avoir beaucoup ressemble'.
Eugène Fromentin a vu deux fois et nous a deux fois montre', dans ses livres et sur ses toiles, le pays qu'entre tous il aima, l'Algérie. C'est à l'Algcrie que nous devons son œuvre pittoresque en entier et la moitié de son œuvre littéraire. De la plume ou du pinceau, quel instrument fut le plus sûr, le plus docile et le plus expressif, le mieux approprié à cette main qui les employa tous deux ? Il semble que l'écrivain ait été supérieur au peintre. Si le Fromentin du Sahara et du Sahcl se retrouve dans la peinture africaine du maitre, où chercher les idées des Maîtres d'autrefois et le sentiment de Dominique? Il V a dans la vie intellectuelle de l'écrivain une étape que le peintre n'a pas franchie, des cimes auxquelles il n'a pas atteint, des profondeurs où il n'est pas descendu.
Cliasses au faucon, fantasias, réceptions ou repas chez des cheiks, chevaux à la croupe lustrée, à la tine encolure, qui suivent d'un pas
relève des sentiers de montagne ou, galopent en faisant flotter au soleil le burnous blanc des cavaliers, voilà ce que représentent presque toujours, et très bien, les tableaux de Fromentin. Ils rendent avec justesse les grâces intimes du pays d'Afrique ; avec une grande délicatesse, bien qu'en la voilant un peu, la lumière, peut-être plus éclatante en réalité, du ciel algérien. Ils sont gais, alertes, ces tableaux, et caressés d'une main qui fut toujours aussi sobre de couleurs c[ue de mots. Mais si pimpante, si brillante et allègre que soit cette Algérie, c'est toujours et seulement l'Algérie. Fromentin ne peignit jamais ou presque jamais qu'elle, et le champ de la vision pittoresque demeura pour lui plus étroit que celui de l'imagination littéraire. Les horizons du peintre allaient, dit-on, s'élargir. Il était sur le point de chercher, de trouver autre chose. Il nous plaît de le croire, et notre admiration ne fait que s'en accroître avec nos regrets.
Mais, sans porter la comparaison entre l'artiste et l'auteur hors de cette terre d'Afrique, la seule où ils se soient rencontrés, il paraît difficile encore de contester la supériorité de l'écrivain
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sur le peintre. On ne trouverait pas chez ce dernier de toiles aussi chaudes, aussi incandescentes que telle ou telle page de VEté dans le Sahara. De VAnjîée dans leSahel, nous pourrions citer certaine description de la Fête des fèves, où la flamme du soleil, le sang des bêtes égorgées, la pourpre des coquelicots, le vermillon des étoffes, accumulent des notes d'un rouge si intense, que pas un tableau du peintre n'en pourrait soutenir le voisinage flamboyant.
Avec plus d'éclat que sa peinture, la prose de Fromentin n'a pas moins d'exactitude et de légèreté. Elle excelle également à nous montrer les Maures indolents et mous, ou les cavaliers numides lancés à travers les grands horizons : vieillards sérieux drapés de laine blanche, beaux jeunes gens qui volent sur des chevaux rapides, harnachés de passementeries multicolores cl bridés de rênes aussi minces que des tils de soie.
Peut-être notre préférence pour les livres de Fromentin tieni-clle moins à leur supériorité réelle qu'à noire inconiju-lence en matière de peinture. Fromentin lui-même étail trop modeste pour
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nous dire lequel il estimait le plus des deux artistes qu'il a été. II nous avertit seulement, dans la préface du Sahara^ qu'il a pris garde de ne pas assimiler l'une à l'autre deux interprétations de la nature selon lui très distinctes et régies par des lois différentes ; qu'il a tâché de ne pas traiter la littérature selon les procédés de la peinture et de ne pas dire les mêmes choses en deux langues, au moins de ne pas les dire de la même manière. Mais il nous avoue aussi qu'il a cherché dans l'art d'écrire un complément, une aide à l'art de peindre, qui ne suffisait plus à toutes ses pensées, surtout à ses pensées tout entières. Cet aveu pourrait justifier l'ordre de nos préférences. Entre les deux talents que posséda Fromentin, il semble que le rapport ait été interverti, que l'accessoire ait fini par primer le principal. De i'écrivainpeinire, les œuvres maîtresses ne sont pas celles qui se voient, mais celles qui se lisent, et la place d'honneur de Fromentin pourrait bien être dans nos bibliothèques plus encore que dans nos musées.
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Un Eté dans le Sahara^ Une Année dans le Sahel ; quiconque a rapporté d'Afrique le souvenir et l'espérance, j'entends l'espérance d'v retourner, doit, pour entretenir l'un et Tautre, posséder ces deux volumes et les gardera portée de sa main. Par les tristes jours d'hiver, où, comme disait Henri Heine, il pleut au dehors et au dedans de nous, il est bon feuilleter les pages lumineuses pour y refaire provision de soleil.
La nature est peut-être ce que Fromentin a le plus aimé. Elle lui dicta deux de ses livres tout entiers ; elle tient une grande place dans la mélancolique histoire de Dominique ; enfin, elle a inspiré à l'auteur des Maîtres d'autrefois son amour de Ruysdaël, et dans Tétude sur le grand paysagiste, ce passage où se dessine presque la silhouette de Fromentin lui-même : « C'était un rêveur... un de ces promeneurs solitaires qui fuient les villes aiment sincèrement la campagne, la sentant sans emphase, la racontant sans phrase... qu'une ombre affecte, qu'un coup de soleil enchante. » Fromentin, lui aussi, s'attristait
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d'une ombre et s'égayait d'un rayon. Son humeur oscillait avec le baromètre, et, clair ou sombre, le ciel se reflétait dans son âme. Il se désespérait quand les nuages, le brouillard, les averses, venaient enlaidir la nature, surtout la nature méridionale. Il avait rhorreur, presque la terreur du vent, et fuyait devant la pluie d'une fuite éperdue. Cinglé, fouetté par elle, il prit un jour sa course vers le sud et ne s'arrêta que dans le pays de l'éternel été.
D'autres ont décrit l'Orient avant Fromentin ; d'autres encore après lui; mais il garde une place à lui parmi les lointains voyageurs. — Lointains! Le mot peut sembler ambitieux, aujourd'hui que les pérégrinations d'autrefois nous paraissent excursions prochaines. Ils ont beaucoup changé, les beaux lieux que Fromentin surprit, il y a quarante ans, dans la fleur encore fraîche de leur originalité; les communications plus faciles et plus promptes les ont rapprochés de nous ; à notre contact plus fréquent, ils ont perdu leur mystère. Raison de plus pour aimer à retrouver leur couleur primitive dans les images qu'en traça jadis un de ceux qui furent des premiers à les comprendre et à les chérir.
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Les modestes voyages de Fromentin ne ressemblent pas à de plus illustres pèlerinages: a :eux, par exemple, d'un Chateaubriand. Fro- Tientin n'emportait au delà des mers ni ge'nie, ni fortune, ni gloire, mais l'ambition plus discrète 2t les rêves plus humbles d'une âme moins troublée. Enfant d'un pays sombre, il eut seulement la passion du soleil, le tourment de l'azur, et les deux choses qu'il brûlait de voir et de revoir sans cesse, étaient, il nous Ta dit : le ciel sans nuage au-dessus du désert sans ombre. Voilà tout simplement ce qu'il alla chercher en Afrique, et ce dont il eût été capable de jouir toute sa vie, sans un désir et sans un regret. 11 n'aima jamais la nature comme Chateaubriand l'avait aimée. Moins éloquente, cela va sans dire, sa tendresse fut plus égale et plus douce ; moins personnelle aussi et moins égoïste. Il chercha, il chérit la nature clle-mcmc, au lieu de se chercher et de se chérir en elle. 11 ne connut pas les transports, les convulsions qui parfois égaraient René. 11 n'était pas homme à s'écrier : Lcvc:^-V()iis, orcif;-cs Jcsii'cs! à se croire digne de toutes les foudres du ciel ci de tous les cataclysmes du inonde. iMivieux de la sérénité des choses, il lachaii de la leur emprunter,
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sans picicndrc les associer au désordre de son âme.
Il est encore d'autres orientalistes, dont Fromentin ne se distingue pas moins que de Chateaubriand : celui notamment, à qui, dans sa préface, l'auteur de VEté dans le Sahara rend peutêtre plus qu'il ne lui devait : Tiiéophile Gautier. « Passionnément épris de la forme dans sa rareté, dans son opulence », voilà bien l'écrivain de Constantinople et du Voyage en Espagne; mais, par ces qualités mêmes, il s^éloigne de Fromentin. Entre l'un et l'autre, dans la manière de regarder comme de décrire, on noterait plutôt l'écart que le rapport. « Les maîtres, dit F'romentin, ont appris de la nature ce secret de simplicité qui est la clef de tant de mvstères. Elle leur a fait voir que le but est d'exprimer, et que, pour y arriver, les moyens les plus simples sont les meilleurs. Elle leur a dit que l'idée est légère et demande à être peu vêtue. » Et ailleurs : « J'entendais dire, et j'étais assez disposé à le croire, que notre vocabulaire était bien étroit pour les besoins nouveaux de la littérature pittoresque. » Qui donc l'avait dit et sur quelle foi Fromentin fut-il près de le croire? Qui donc avait plus brillam-
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ment tenté de le de'montrer, que Théophile Gautier? Quel style plus que le sien pouvait autoriser des assertions que le style de Fromentin, si expressif, mais si sobre, est venu contredire? Quant à cette maîtrise de la simplicité que la nature enseigne, Théophile Gautier n'y a jamais dû prétendre. Tandis que Fromentin aimait les idées peu vêtues et seulement voilées, personne autant que Gautier ne se complut à leur chercher des atours, à leur composer des parures et des toilettes de fête. On conserve des paysages de F'romentin une vision tranquille et durable ; ceux de Théophile Gautier nous laissent éblouis.
De nos jours non plus, et depuis Fromentin, on n'a pas vu l'Orient comme lui ; on ne l'a pas décrit de même. Un Maupassant ne partit pour l'Algérie que par caprice et mauvaise humeur, pour échapper, en un jour de bouderie cl de spleen, a l'inexorable monotonie de la vie ordinaire. Fromentin, qui fut un sage, ne se mettait point en route irrité et chagrin. 11 fut doux envers la vie, et la vie tout entière : envers ses petites misères comme envers sesgrands malheurs.
Entre les deux écrivains, il y a d'autres nuances encore. La prose admirablement nette et
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Icrmc de Maupassant n'a pas le charme, avec la grâce parfois langoureuse de Tautre. Dans les tableaux alge'riens de Maupassant, les plans s'enlèvent avec vigueur; ils ne baignent pas dans l'atmosphère, dans le clair-obscur et les demi-teintes. Et puis, le volume de Maupassant, Ail Soleil, n'est guère qu'une vision rapide. Le livre est écrit au courant dune promenade, un peu au vol; il nous frappe plutôt qu'il ne nous pe'nètre. Il a ètè fait sur les lieux mêmes et fait d'impressions imme'diatement note'es. Les livres de Fromentin, au contraire, n'ont pas e'te' écrits instantanément, mais d'un peu plus loin, d'après des souvenirs, et le reculdela perspective atténue en eux ce que des couleurs trop fraîches auraient pu leur donner de sécheresse et de crudité.
Cette instantanéité de la vision se retrouve chez un autre écrivain d'Orient, dont Fromentin ne s'éloigne pas moins que de Maupassant : Pierre Loti. Les trois dames de la Kasbah, voilà le récit le plus purement algérien de Loti. Si nous disons w purement », ceux qui connaissent rhistoire ne se méprendront pas sur le sens de cet adverbe. Alger est décrii là, ou plutôt photographié, avec plus de vérité et de vie que partout
ailleurs, mais dans un stvlc et dans un sentiment tout autres que ceux de Fromentin. Le tableau est fait de petites phrases courtes, irre'gulières, sans souci apparent de la construction, de touches vives et brèves, de hachures, comme disent les peintres. Rien ne ressemble moins à l'harmonieux panorama que Fromentin nous déroule. Dans le fond, plus de diffe'rences encore que dans la forme; opposition complète entre les deux points de vue. Ce pays, que le peintre a choisi pour asile de son travail et de ses loisirs, de ses rêveries sérieuses et mélancoliques, l'officier de marine, un soir qu'il y passait par hasard, l'a pris pour théâtre de la « borde'e o nocturne de trois matelots un peu gris. On sait quelles furent les conséquences de leur petite débauche et le prix dont les pauvres « mathurins » payèrent leur iniprudence d'amour. L'intérêt de l'histoire est justement dans le contraste entre la splendeur de cette nuit d'Orient et les dangers qui s'y cachent, entre la magie de cet Alger souriant au clair de lune et Tallreux dénouement de maladie et de mort.
L'antithèse, qui fait la valeur de Tceuvrc. en fait aussi 1 ironie, presqu<3 la cruauté, ei Loti par
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là diffère encore de Fromentin. Je ne sais quel sourire de Henri Heine ou de Mérime'e, un de leurs mauvais sourires, plane sur la moralité du re'cit. Vous vous souvenez peut-être que dans leur tourne'e à travers la ville, les braves matelots avaient délivre' trois chiens qu'on menait à la noyade. Yves avait même attrapé deux petits chats qu'il avait cachés sous sa vareuse, contre sa poitrine. Et lorsque, à la fin de l'histoire, l'auteur nous dit quelles suites elle eut pour ses héros et pour la santé de leurs descendants, il ajoute négligemment : « Les bons chiens furent rendus à l'affection de leurs maîtres. Les deux chats d'Yves devinrent fort beaux. Ils connurent un grand nombre de tours; ils surent se tenir droits sur leur derrière et sauter par- dessus les mains rudes que les gabiers leur présentaient en rond. Dans la suite, ils curent plusieurs petits. » N'est-ce pas sur le mC'me ton que l'auteur de Reisebilder nous rapporte, entre autres souvenirs d'enfance, l'accident arrivé à l'un de ses camarades d'école? Un jour il jouait avec le petit Wilhclm au bord de la Dussel, et il lui dit : Wilhelm, va donc chercher le petit chat qui vient de tomber dan-s la rivière. — « Et, joyeusement,
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Wilhelm mit le pied sur la planche qui traversait le ruisseau, tira le petit chat de l'eau, mais il y tomba lui-même, et lorsqu'on le retira, il e'tait mouille et mort... Le petit chat a vécu encore bien longtemps ^).
Rien de pareil chez Fromentin. Il ignore le scepticisme et l'ironie. Et puis, il y a des quartiers d'Alger où il ne nous conduit guère, et quand nous ferons avec lui connaissance de la poétique Haoua, nous verrons qu'elle ne ressemblait pas aux (( trois dames de la Kasbah. »
La nature occupe à tel point Tamc de Fromentin, qu'elle n'y laisse plus de place à l'humanité. Les choses attirent l'écrivain et l'absorbent plus que les êtres. Dans les deux volumes du Sahara et du Sahel^ il n'est pour ainsi dire question ni d'amitié ni d'amour. Le voyageur semble avoir fait vœu de solitude ou de discrétion. De ce cœur, qui cependant fut sensible, on surprend à peine de rares battements aussitôt réprimés. Au dépari, il ne lui échappe qu'un soupir: « Je ne sais quels lils imperceptibles qui me tenaient au cœur se tendirent un moment plus fort que je n'aurais cru, et je compris alors seulement que je partais et que j'entr.-pienais
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autre chose qu'une promenade. » Ce n'est que dans le Sahcl qu'on voit se dessiner, et encore, sans beaucoup de netteté, surtout sans une protestation, sans même un aveu de tendresse, un compagnon, je n'oserais dire un ami, et une leinmc, j'oserais encore moins dire une maîtresse : Louis Vandall, l'e'ternel voyageur, et Haouâ, la belle Kabyle.
Dans les rt'cits de Fromentin, aussi peu de faits que de personnages, au moins de faits imponants, historiques. Aucune vue sur l'administration coloniale et la culture du sol; stvle d'artiste et non de prc'fet ou de colon. Si Fromentin donne sur la prise, alors récente, de Laghouat, des détails assez abondants, c'est atiaire de patriotisme. 11 n'est pas loin de réclamer notre indulgence pour cette digression militaire, « étrangère, dit-il, à ses idées de voyage )>.
C'est que Fromentin poussait la discrétion et la réserve jusqu'à la pudeur. Plutôt que de faire étalage de sa sensibilité, il préférait en faire mystère. Plus d'une fois on dirait qu'il a peur de l'admiration, de l'enthousiasme qui le gagne. Il ne veut pas qu'on entende trembler sa voix. Il a, je ne dis pas honte, mais quelque scrupule de ses
émotions. Si, par exemple, il décrit un marabout dans un cimetière et des pigeons roucoulant à l'entour : u Jolis oiseaux, dit-il, voués aux plus gracieux emblènies, dont le doux chant ressemble à l'entretien posthume de tant de cœurs inanimés ». Mais il se hâte d'ajouter: « Tout cela, mon ami, sans aucune espèce de poésie, croismoi, m'intéresse beaucoup. »
Qu'il s'observe un peu moins, aussitôt il s'abandonne à des effusions charmantes, et la perfection de ses paysages s'achève par une note, d'autant plus exquise qu'elle est moins fréquente, de tendresse et de mélancolie. « Doux oiseaux, dit-il des alouettes du désert, pareilles aux alouettes de de France, doux oiseaux, qui me font revoir tout ce que j'aime de mon pays, que font-ils, je te le demande, dans le Sahara? » Plus gracieux encore est un salut, un message adressé de la terre d'Afrique, où Fromentin vient d'aborder, à la terre de France, qu'il a quittée depuis trois jours. Un soir, pendant la traversée, un petit oiseau était entré par le hublot dans la cabine du passager: c'était un rouge-gorge, encore un oiseau de nos pays. Fromentin le nourrit à bord, et, débarqué, lui rendit la liberté. <( Connais-
tu, lui ai-je dit, avant de le rendre à sa destine'e, avant de le remettre au vent qui l'emporte, à la mer à qui je le confie, connais-tu, sur une côte où j'aurais pu te voir, un village blanc dans un pays pale, où l'absinthe amère croît jusqu'au bord des champs d'avoine? Connaistu une maison silencieuse et souvent fermée, une allée de tilleuls où l'on marche peu, des sentiers sous un bois grêle, où les feuilles mortes s'amassent de bonne heure, et dont les oiseaux de ton espèce font leur séjour d'automne et d'hiver? Si tu connais ce pays, cette maison champêtre, qui est la mienne, retournes-y, ne fût-ce que pour un jour, et porte de mes nouvelles à ceux qui y sont restés. » — La lettre d'où nous détachons ce passages'achève par la promesse, faite aux absents, d'un souvenir fidèle. La promesse a été tenue, et Fromentin nous affirme lui-même qu'il n'allait pas au pays des Lotophages pour manger le fruit qui fait oublier la patrie.
Dans les délices de l'Algérie, il n'oublia rien, ni des choses de Tintelligence, ni des choses de l'ûme. De la vie purement contemplative qu'il mena là-bas, il n'éprouva que les bienfaits. La nature, surtout la nature du xMidi et de l'Orient,
peut nous faire beaucoup de bien, mais beaucoup de mal. « L'heure était si belle, écrit Fromentin, se rappelant une soirée d'Afrique; la nuit si tranquille; un si calmant éclat descendait des étoiles; il y avait tant de bien-être à se sentir vivre et penser dans un tel accord de sensations et de rêves, que je ne me rappelle pas avoir été plus heureux de ma vie. » Qui ne connaît cette douceur de vivre? Qui n'a savouré le calme, la paix que versent dans l'àmc un ciel sans nuages, un air sans mouvement et sans bruit ? Oh ! les heures de loisir et de rêverie au bord des sables ou des flots, devant les horizons d'or ou d'azur ! On comprend que ces pays immobiles et muets aient été le berceau de religions impassibles, presque inertes, qui ne commandent à leurs hdùles que de contempler et d'attendre. Nul autre qu'un prince d'Orient n'eût trouvé dans le sentiment de l'universelle vanité, le dernier mot de la sagesse. Oui, là-bas tout semble vanité; tout, hormis le soleil, la lumière et l'éternel sourire du monde. Là-bas la nature agit comme ces breuvages qui nous empêchent de souffrir, mais finissent par nous empêcher de penser, l-dle nous berce, mais profond ei parluis mortel est le
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sommeil dont elle nous endort. Elle a de dangereuses caresses, des philtres qui semblent gue'rir, et qui tuent. On croit se reposer seulement en elle, et Ton finit par s'y ane'antir. Gardons-nous de la fuir toujours : son influence est salutaire et presque sainte. Elle e'iève et simplifie notre amc. Devant sa grandeur et son repos, nous prenons en pitié' notre agitation et notre petitesse. Elle e'veille en nous les ide'es plus originales et plus libres, elle nous de'livre des parti pris et des préjugés. Mais craignons aussi de l'écouter trop longtemps, de nous livrer à elle sans réserve et surtout sans retour. Elle nous détournerait de nos devoirs, elle qui n'en a pas ; elle nous enseignerait Tégoïsme, elle, la grande impassible, dont les poètes seuls ont pu croire qu'elle se colore des reflets de notre âme, qu'elle prend sa part de nos joies et de nos tristesses. Encore ne l'ont-ils pas tous cru, et plus d'un a magniflquement dénoncé Tindifférence de cette marâtre, que d'autres avaient nommée leur mère.
Si du moins elle nous faisait toujours bon visage ! Mais sa face elle-même, cette face qui sait être divine, a ses nuages et ses trahisons. Le
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ciel, fût-ce le ciel d'Algérie, ne tient pas toutes ses promesses. Il y a là-bas aussi des printemps variables, des êtes menteurs, et non moins que les êtres, les choses parfois nous trompent. Il semble que la terre, comime les générations qu'elle porte, vieillisse et se lasse. On dirait qu'en troublant le mystère des contrées lointaines notre civilisation indiscrète en a rompu le charme et que la Providence a retiré ses faveurs, jadis plus constantes, aux pays que l'homme a profanés.
Profondément épris de la nature d'Orient, sensible à ses plus légers caprices, Fromentin sut n'en pas devenir esclave. Amoureux avant tout du calme, du silence, de la paisible splendeur des choses, il les goûta jusqu'à Tivresse, mais non jusqu'à l'engourdissement. Il sut fermer à temps l'oreille aux voix qui chantent dans les Hots, dans la brise, et qui sont conseillères de paresse et de lâcheté. Rien ne ralentit jamais son activité intellectuelle. Son oisiveté même était féconde, et ses loisirs studieux. Pendant ses roiraiics au soleil, il laissait parfois reposer ses facultés ; mais il ne tardait pas à les essayer de nouveau, et toujours il les rcirouvaii d'accord. Il aimait ces jardins enchantés qui tlcurissent tout seuls
dans les pays heureux; mais il aimait aussi cet autre petit jardin que nous avons tous en nousmêmes, et qu'il faut cultiver, comme le recommandait Candide. Fromentin a cultivé le sien. A chaque instant, il corrige ce que ses récits pourraient avoir de trop extérieur, de trop objectif, par des retours sur lui-même et sur nous. Quand il se sent glisser sur la pente insensible et fatale, il fait effort et la remonte: «Jetais un jour, dit-il, dans un village du Sud, au coucher du soleil, et par une soirée si belle, qu'elle en devenait dangereuse pour un esprit trop naturellement sensible au repos. C'était au bord d'un étang, sous des dattiers. Baigné d'air chaud, pénétré de silence, et sous Tempire de sensations extraordinairement douces et perfides, je disais à mon compagnon : Pourquoi donc s'en aller ailleurs, si loin du soleil et du bien-être, si loin de la paix, si loin du beau, si loin de la sagesse? Mon compagnon, qui n'était pas un philosophe, mais simplement un homme actif, me répondit : Retournons vite aux pays froids... Vous y trouverez moins de soleil, moins de bien-être, beaucoup moins de paix surtout ; mais vous y verrez des hommes, et, sage ou non, vous y vivrez, ce
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qui est la loi. » — Et Fromentin ajoute : a Je me souviendrai plus assidûment du conseil qui me fut donne', et, puisque tel est le premier tort de la solitude, puisque tel est, sur moi du moins, l'effet du silence, du ciel bleu, des sentiers de'serts, à partir d'aujourd'hui, je rentre dans le monde des vivants. »
I.ù-bas, les vivants eux-mêmes vivent peu, ou du moins d'une vie moins intense que la nôtre. Ils participent de l'universelle se're'nité des choses. L'écrivain dit très bien des habitants de l'Orient : « Beaucoup y semblent vivre qui n'existent plus depuis longtemps. » On se souvient de certaines figures qui traversent les deux volumes de Fromentin un peu comme de figures de rêve. Rappelons nous Si-Brahim-el-Tounsi, le vieux brodeur, « vieillard blême, aux mains blanches, la tête enveloppée de mousseline, et rendu plus vénérable encore par la longueur et la blancheur de sa barbe. Une lampe éclairait son travail de nuit; une très petite fleur, d'un blanc pur, ayant la forme d'un lis, trempait dans un vase à long goulot posé devant lui, pour égayer la veillée de ce solitaire >>. Plus léger, plus fluide encore, est le portrait de Nâman, le fumeur de liaschich, dont la vie n'était
qirLii"» lent et voluptueux suicide. « Il avait re-solu le problème de mourir sans cesser de vivre, ou plutôt de continuer de vivre sans mourir. » Déjà il appartenait à la mort « par Timmuable repos de Fesprit et par la le'gèretc d'une ame dont les liens terrestres sont aux trois quarts détachés ». Haouâ elle-même, la jeune et belle Kabyle, la seule femme dont il soit question dans ces récits, et dont la mort ensanglante la fin diUne année dans leSahel, ne nous apparaît qu'enveloppée de mystère et derrière ses voiles. Que se passa-t-il entre elle et Fromentin ? Seulement ce qu'il nous raconte, ou quelque chose de plus? Je croirais volontiers que l'écrivain ne nous a rien caché : c'était un chaste. Haouà ne ressemble guère à Rarahu, à Fatou-Gaye, à M""-' Chrysanthème ; ou plutôt Fromentin ne ressemblait pas à Loti. On ne surprend dans aucun de ses livres la moindre confidence de volupté. Le soleil d'Afrique ne semble pas avoir troublé les sens plus que l'esprit du sage voyageur. Fromentin vécut avec Haoua dans une intimité purement esthétique ; il ne nous donne, sur la mystérieuse créature, que des détails poétiques et pittoresques. Il restait des heures auprès d'elle, à la regarder, presque à la
respirer comrne une fleur. Il lui était inipossible à lui-même de s'expliquer ce qu'il faisait chez elle et comment s'y e'coulait le temps. Il lui arrivait d'y dîner, voire même d'y passer la nuit, mais dans la contemplation. Il pouvait, sans trouble ni désirs, veiller ou travailler près du divan où dormait la jeune femme, parée de son costume de fête, enguirlandée, selon sa coutume, de colliers de fleurs d'oranger. Lorsque blanchissait le matin, lorsque les coqs chantaient, alors voyant flétris par la nuit, mais par la nuit seulement, les colliers odorants que n'avaient même pas effleurés ses mains discrètes, l'hôie nocturne et respectueux de la belle Kabvle s'éloignait sans l'éveiller, et se demandait, avec une mélancolie de poète plus que d'amoureux, « si ce n'est pas mauvais signe quand les fleurs se fanent vite au corsage des femmes ».
On aurait plaisir sans doute à suivre en détail et page à page les deux volumes de Uvuinentin. Mais il n'est guère possible d'analvser longuement des impressions aussi subtiles et aussi délicatement notées. Si nous nous arrêtions davantage dans les pays qu'il aimait, et que nous aimons aussi, dans le Sahara, dans le Sahel, la
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tentation nous viendrait peut-être de les de'crire et de les interpréter à notre tour ; y ce'der sereit orgueil et folie. Et ego in Arcadia... Nous aussi, nous avons admiré les splendeurs torrides et la morne sérénité du désert. A Blidah, l'une des villes favorites de Fromentin, quand le soleil baissait, à l'ombre des oliviers séculaires, sous un ciel et des arbres qui rappelaient la Grèce, nous nous souvînmes aussi d'Œdipe à Colone, et quand les chasseurs d'Afrique revenaient du champ de manœuvres et traversaient le bois sacré, nous trouvions à leurs petits chevaux des airs thessaliens. Jamais plus que dans cette ville charmante nous n'avons senti s'insinuer en nous la captieuse douceur de l'Orient. Une allée de hauts platanes longe le bois sacré. De chaque côté, des jardins ombreux, bosquets de bananiers, de grenadiers, d'orangers, abritent de petites villas qu'on devine. C'était un soir, et, des enclos fleuris s'échappaient des rires jeunes, heureux; on entendait le cliquetis des sabres traînés sur le gravier. Des uniformes clairs» de fraîches toilettes d'été, passaient dans la verdure. Lue voix de femme chantait la tendre et triste chanson :
EUGENE FROMENTliX 4II
Si vous saviez quel baume apporte Au cœur la présence d'un cœur, Vous vous assoiriez à ma porte, Comme une sœur.
La voix continuait :
Si vous saviez que je vous aime.
Surtout si vous saviez comment, Vous entreriez peut-être même, Tout simplement.
Et l'on rêvait de s'asseoir à cette porte, d'entrer dans la maison mélodieuse, et d'y vivre, et d'y être heureux.
Mais à quoi bon se souvenir ? Pourquoi rappeler des sensations quand l'e'crivain que nous étudions nous recommande de nous défier d'elles? Il est temps d'entrer avec lui dans la rci^ion plus haute des idées et des sentiments.