DEUXIEME PARTIE
texte, il ne faut se servir de potasse pour enlever l’encre, la gélatine serait attaquée et le rouleau ne pourrait plus servir.
Les rouleaux de cuir se nettoient par raclage comme nous l’avons dit page 86; il ne faut jamais les passer à l'essence, ils seraient perdus et l’on ne pourrait jamais obtenir avec eux une couche d’encre uniforme.
Un couteau de table à bout rond est l'instrument à employer dans cette opération du raclage; elle est délicate et demande à être faite avec soin, afin d’éviter de produire des entailles dans le cuir. Si l’on a à se servir d’un couteau neuf, on vérifie d’abord son tranchant qui ne doit pas avoir le moindre défaut. On le passe ensuite sur un morceau de bois dur en le tenant bien perpendiculairement, comme on tiendrait une scie ; on cherche à émousser ce tranchant trop vif en frottant la lame de chaque côté, comme si l’on voulait repasser le couteau, ide façon à bien régulariser les bords du tranchant. Si l’on ne préparait pas ainsi un couteau neuf, on risquerait fort d’entamer le cuir en raclant le noir qui est à sa surface.
Pour gratter le rouleau, on le prend de la main gauche par une de ses extrémités, en mettant en bas la marque que nous avons recommandé de faire avant la préparation du rouleau neuf, et, le tenant obliquement, on racle avec le couteau en allant de bas en haut, de façon à rendre bien unie toute la surface du cuir. Le couteau doit être tenu non pas perpendiculairement, comme on le ferait dans un raclage ordinaire, mais obliquement, de façon à racler en coupant pour ainsi
dire : mais il ne faut pas exagérer l’inclinaison du couteau, on pourrait très facilement entamer alors le cuir et produire des entailles.
Après avoir raclé en long, on racle en tournant les deux extrémités du rouleau.
Cela fait, on pose le rouleau sur la table à encrer, on met en place les deux manchons de cuir et l’on roule fortement pour bien égaliser la surface.
D’un autre côté, on prépare dans un coin de la table une quantité suffisante d’encre; celle-ci a été amenée
à la consistance convenable par mélange de vernis, et la masse a été rendue bien homogène par broyage au couteau souple ( fig , 22).
Avec le couteau à racler on prend une petite quantité d’encre et on l’étale sur le rouleau de cuir dans le sens de la longueur. On roule alors fortement sur le marbre, de façon à étaler l’encre en couche régulière; pour arriver à ce résultat, on passe le rouleau dans tous les sens et en appuyant fortement. De temps en temps on relève le rouleau, de façon à changer la position de la couture. On ajoute une ou deux nouvelles doses d’encre et Ton étale à nouveau.
Il ne faut pas cependant exagérer la quantité d’encre, le rouleau doit mordre très peu sur la table ; s’il collait trop, c’est que la quantité d’encre serait trop forte.
Dans ce cas, il faut enlever l’encre de la table, en raclant au moyen de la spatule destinée à cet usage
(fig- 15)-
Il faut toujours commencer l’encrage d’une planche avec un rouleau peu chargé, quitte à l’augmenter plus tard lorsqu’on juge qu’il en est besoin.
Avec le rouleau de gélatine on procède différemment; au lieu d’appliquer l’encre au cou*teau sur le rouleau, on la dépose sur la table et on l’étale uniformément en roulant en tous sens. En général, on prépare la table au rouleau de cuir, et l’on ne prend le rouleau de gélatine que lorsque la table à encrer est convenablement garnie.
Encrage de la planche. — La planche, convenablement mouillée et essuyée, est posée sur une surface rigide et unie : pierre, plaque de fonte ou panneau de bois; si elle est sur Une dalle de verre, on place dessous une feuille de papier blanc pour suivre plus aisément l’effet de l’encrage.
Quelques opérateurs calent tout d’abord la planche sur la presse avant de procéder à l’encrage; il vaut peut-être mieux faire le premier encrage sur table, et ne caler qu’après.
On passe alors le rouleau sur la couche de gélatine, en le promenant en tous sens et sans trop appuyer.
Le plus souvent l’encre se distribue très régulièrement sur la planche et l’image se dessine peu à peu. Mais il n’en est pas toujours ainsi; quelquefois la surface tout entière prend le noir et toute trace d’image
disparaît; en roulant légèrement et pendant quelque temps, le dessin apparaît, les blancs s’épurent peu à peu. Le plus ordinairement, cet effet est dû à un excès de pose; nous verrons plus loin comment on arrive à corriger une planche ainsi trop posée. Il peut arriver, au contraire, que la couche ne prenne pas le noir; mais en insistant et en appuyant fortement le rouleau, l’encrage se fait progressivement, et au bout d’un certain temps l’image se complète entièrement.
Avec un peu de pratique on parvient à mener à bien ce premier encrage, en faisant usage du rouleau de cuir ; on arrive assez aisément à corriger les défauts que nous avons signalés, tandis qu’avec le rouleau de gélatine cette opération est toujours assez longue.
Par ce mode d’encrage, les premières épreuves sont ordinairement un peu dures; il faut donc chercher à les adoucir en donnant du modelé aux demiteintes : effet qui s’obtient en passant en dernier le rouleau de gélatine chargé d’une très petite quantité d’encre. Si quelques parties sont encore trop chargées, on passe sur elles les bouts arrondis du rouleau qui enlèvent cet excès d’encre, mais en produisant souvent des lignes inégales; celles-ci disparaissent facilement en roulant de nouveau toute la surface avec le même rouleau de gélatine portant à plat.
Quelquefois on charge le rouleau de cuir avec du noir et le rouleau de gélatine avec du bistre pour obtenir de meilleurs effets de transparence dans les demi-teintes; ce moyen permet de faire passer une planche trop dure.
L’encrage étant ainsi fait, il ne reste plus qu’à poser sur la planche une feuille de papier, coupée à la dimension voulue, et à faire passer sous la presse.
Papiers.
Toutes les espèces de papier ne peuvent servir en Photocollographie , et les planches ne résisteraient pas longtemps si l’on faisait usage de papiers à surface inégale; il est donc de toute nécessité de faire un choix parmi les papiers que l’on trouve dans le commerce.
A Paris, on trouve, chez certains fabricants, des papiers spécialement faits pour la Photocollographie, et nous citerons tout particulièrement la maison Aussedat, où il est facile de se procurer toutes les espèces désirables.
Dès les premiers temps de la Photocollographie, l’usine de Cran, près de Chambéry, qui appartient à M. Aussedat, s’est occupée de la fabrication de ces papiers, et aujourd’hui les produits qu’elle livre couramment possèdent toutes les qualités désirables.
Celles-ci résultent :
1° D’une composition de pâte combinée en vue de donner au papier une forte compacité sans trop de raideur, ce qui lui donne la possibilité de résister à l’arrachement que tend à produire l’adhérence à la planche de gélatine.
2° D’une grande homogénéité dans la trituration, laquelle demande des soins tout spéciaux pour éviter qu’il ne reste dans la pâte quelques fibres longues relevant au tirage.
3° D’une épuration poussée très loin et tendant à supprimer le plus possible tous les corps durs : petits nœuds ou graviers pouvant endommager la planche.
4° D’un collage assez énergique pour que le papier se maintienne bien au tirage tout en étant amoureux de l’encre.
Les papiers anglais sont aussi fort recommandables et d’un bon usage.
Les papiers ne sont jamais d’un blanc absolu, ils sont toujours très légèrement teintés en jaune ou en bleu; les premiers sont les plus employés en Photocollographie, et ce n’est qu’exceptionnellement qu’on doit faire usage des papiers à teintes bleues.
On peut diviser en quatre catégories les papiers propres aux impressions photocollographiques :