IL - RETOURNEMENT DES CLICHÉS
Pellicules.
Nous avons déjà dit qu’il était nécessaire d’employer des clichés retournés si l’on voulait avoir des images dans leur vrai sens : condition absolument nécessaire dans la plupart des cas.
Plusieurs moyens ont été proposés pour obtenir ce résultat : emploi d’un prisme ou d’une glace placés en avant de l’objectif; insolation à travers le verre, la couche sensible étant placée en arrière.
Mais aujourd’hui on a abandonné ces divers systèmes et l’on préfère enlever les couches de leurs supports, afin d’obtenir des clichés pelliculaires. Ceux-ci sont, en effet, beaucoup plus commodes pour la composition des grandes planches.
Ces clichés pelliculaires s’obtiennent de deux façons : par l’emploi de pellicules libres, ou bien par enlevage des couches, que celles-ci soient formées de collodion ou de gélatine.
Pellicules libres. — Les pellicules libres sont de deux sortes, à une ou à deux couches de gélatine. La première espèce, pellicule de Balagny ou d’Eastman, par exemple, a souvent une épaisseur trop considérable pour être employée indifféremment à l’endroit ou à l’envers, lors du tirage des positives. Mais la couche de support est d’une transparence telle que l’on peut impressionner les négatifs à l’envers; de la sorte le cliché est retourné.
Avec les pellicules à double couche (As de trèfle), on ne peut opérer ainsi; mais, l’épaisseur du support étant moindre, les clichés peuvent servir à l’endroit et à l’envers.
Au dehors, l’emploi des pellicules libres a le grand avantage de diminuer beaucoup le poids du matériel, mais, à l’atelier, cette qualité n’a plus la même importance, et il est plus commode de faire usage de pellicules adhérentes : plaques de Guilleminot ou de l’As de trèfle. Dans ce cas, les manipulations sont identiques à celles que demandent les plaques ordinaires ; le séchage est seulement plus long à, cause de la plus grande épaisseur de la couche de gélatine.
Une fois sèche, l’épreuve est recouverte d’une couche de collodion normal, puis incisée sur les bords avec un canif, et enlevée du verre support.
RETOURNEMENT DES CLICHÉS
Enlèvement des couches adhérentes. — Les clichés sur collodion s’enlèvènt facilement si l’on a eu le soin cle talquer convenablement les glaces avant de les collodionner.
11 suffit de verser, sur le cliché absolument sec, une couche de caoutchouc :
Benzine 100cc
Caoutchouc naturel. — .... 3sr
Au bout d’une heure environ, cette couche de caoutchouc est sèche, et on la recouvre d’une épaisseur de collodion à{ pour 100 de coton soyeux. Lorsque le tout est absolument sec, on pratique autour de l’image un trait de canif, qui sépare les bords et l’on enlève les bandes de pellicules qui constituent ces marges inutiles.
Les pellicules ainsi obtenues sont extrêmement minces, et des plus faciles à mettre en place lorsque l’on veut impressionner à la fois plusieurs dessins sur la même planche, mais elles demandent un peu de soin dans les manipulations, et se déchireraient si l’on cherchait à les arracher directement de la plaque-support. 11 convient d’opérer de la façon suivante :
On découpe des feuilles de papier de la dimension des glaces, et l’on plonge dans l’eau deux de ces feuilles : lorsqu’elles sont convenablement imbibées, on place le cliché à enlever dans une cuvette pleine d’eau, on enlève le cliché en conservant à sa surface une nappe d’eau, et l’on applique une des feuilles de papier; on fait adhérer partout, en éliminant les bulles d’air et en chassant toute l’eau en excès. On soulève
alors le papier et l’on aide à l’enlèvement de la pellicule en détachant un de ses angles avec la pointe d’un canif. La pellicule, étant plus adhérente au papier qu’au verre, s'enlève alors, entraînée par le papier.
On dépose sur un verre, non mouillé cette fois, le papier portant l’épreuve, celle-ci en dessus, et l’on dépose à la surface une seconde feuille de papier imbibée d’eau ; on chasse avec soin les bulles d’air en s’aidant d’une raclette en caoutchouc. On enlève alors cette seconde feuille de papier, en s’arrangeant de façon à ce qu’elle entraîne avec elle la pellicule de collodion. Celle-ci se présente alors dans le même sens qu’elle avait sur la glace, c’est-à-dire que la surface caoutchoutée est en dessus : il suffit donc de l’appliquer de nouveau sur une glace pour avoir un cliché retourné.
Dans la pratique, on conserve ces clichés ainsi adhérents à leur feuille de papier, et l’on ne procède au retournement que lors de la mise en page.
Quelques opérateurs recommandent de plonger le cliché, avant toute opération, dans de l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique à 2 pour 100, afin de faciliter l’enlevage de la glace. Mais, lorsque l’on a talqué avec soin, cette précaution n’est pas nécessaire.
Les pellicules au caoutchouc sont d’une épaisseur presque nulle, et quelquefois il est utile de leur donner plus de solidité : ce qui est le cas, lorsque l’on ne doit impressionner qu’une image à la fois. Il faut alors doubler de gélatine la couche de collodion caoutchoutée.
Dans ce cas, on opère de la façon suivante : le cliché
INTRODUCTION
L’idée première des impressions photographiques aux encres grasses est due à Poitevin; c’est lui qui découvrait en 1854 cette propriété singulière de la gélatine hichromatée de retenir l’encre d’imprimerie proportionnellement à l’action que la lumière a exercée sur elle. Son premier procédé sur pierre lithographique diffère bien de celui que l’on emploie aujourd’hui, mais le principe est toujours le même.
En 1867, Tessier du Motay comprit d’une manière complète le côté important de cette méthode, et, le premier, produisit industriellement des épreuves excellentes : il appliquait la couche de gélatine hichromatée sur des planches de cuivre, montrant ainsi qu’il n’.y avait aucun rapport entre ce mode d’impression et la Lithographie ordinaire.
Enfin, Obernetter, par l’emploi du silicate de potasse, permit de faire usage de supports de verre, sans voir
INTRODUCTION
la couche de gélatine s’enlever sous Faction du rouleau.
On n’a pu encore expliquer les réactions qui se produisent dans ce système d’impressions et nous devons nous contenter de savoir comment on doit procéder pour arriver au résultat définitif, c’est-à-dire pour obtenir une épreuve photographique exclusivement composée d’encre grasse.
Les formules que nous donnerons ne sont donc que des recettes empiriques, résultant uniquement de l’expérience.
De là, sans doute, les lents progrès de cette branche de la Photographie ; et il est permis d’espérer que le jour où les chimistes auront apporté quelque clarté dans les réactions des bichromates sur les matières organiques, on pourra réaliser de nouveaux progrès, et surtout obtenir plus de régularité dans la marche des opérations.
Quoi qu’il en soit, les opérateurs sont arrivés aujourd’hui à des résultats très complets, dus, en grande partie, à une meilleure fabrication des gélatines et des encres grasses.
Enfin, Foutillage s’est également perfectionné, simplifié, de telle sorte que l’amateur peut aborder le procédé, et que d’ici peu la presse phototypique sera entrée
INTRODUCTION
dans tous les laboratoires; et c’est là le motif principal qui nous a déterminé à publier ce Traité.
Sans énumérer tous les avantages de ce mode de tirage, il nous suffira de rappeler que l’inaltérabilité des épreuves est d’une importance qui domine toutes les autres. Ajoutons qu’il y a une économie de temps considérable dans les tirages à grand nombre, et déjà très appréciable lorsqu’il s’agit de cinquante épreuves seulement. De plus, le prix de revient est fort peu élevé.
Nous ne dirons pas cependant, avec bien des auteurs, que la valeur artistique des épreuves aux encres grasses est supérieure à celle des épreuves aux sels d’argent. C’est là, en effet, une affirmation absolument erronée; ceux qui l’énoncent n’ont pas compris la Photographie dont ils ont assimilé à tort les épreuves monochromes à la Gravure qui n’use également que du monochrome noir.
Pourtant, cette couleur, ce noir pur n’a pas la moindre importance dans la question, et l’essence même de ces deux procédés les éloigne absolument l’un de l’autre, puisque les effets de la Gravure sont produits par le mélange du blanc pur et du noir pur tandis que, dans la Photographie, on ne trouve que des teintes continues,
C’est donc une erreur de déclarer antiartistique une épreuve photographique parce qu’elle n’est pas noire
INTRODUCTION
et de prétendre que le noir doit être employé seul dans les tirages photocollographiques, à l’exclusion des teintes qui peuvent rappeler les épreuves aux sels d’argent.
C’est précisément pour avoir méconnu les idées que nous préconisons en ce moment, que les premiers ateliers de Photocollographie ont vu leur clientèle les abandonner rapidement. En appliquant le noir indistinctement à tous leurs tirages, ils n’ont réussi qu’à produire de mauvaises imitations de gravures. Leurs épreuves ne pouvaient plus être considérées comme des épreuves photographiques, mais elles ne pouvaient pas recevoir le nom de gravures : productions hybrides qui auraient fini par tuer une industrie réellement artistique.
En France, M. Quinsac a été le premier à comprendre cette question des tirages photocollographiques, et c’est là ce qui a fait la supériorité si marquée de ses premières expositions. Depuis, ces idées ont fait leur entrée dans les ateliers, et aujourd’hui il n’est pas un praticien de mérite qui ne sache varier les teintes de ses encres suivant le sujet qu’il a à représenter.
Les méthodes d’impressions photographiques à la presse sont devenues très simples, très régulières; enfin, on trouve aujourd’hui, dans d’excellentes condi-
NTRODUCTION.
tions de bonne fabrication et de bon marché, tous les produits et instruments nécessaires.
Aussi il nous a semblé que le moment était venu de faire entrer dans l’atelier de l’amateur ces procédés de tirage aux encres grasses. Nous sommes convaincu que tous ceux qui voudront tenter l’expérience, en se conformant scrupuleusement à nos indications, adopteront sans hésiter une méthode qui leur permettra de produire facilement des épreuves de leurs clichés dont l’inaltérabilité sera absolue.
RETOURNEMENT DES CLICHÉS
étant recouvert de sa couche de caoutchouc et de collodion, est entouré d’un cadre en papier, de façon à le transformer en une sorte de cuvette, dans laquelle on versera une solution de gélatine.
On découpe des bandes de papier un peu fort, de 3cm de large environ, et l’on colle ces bandes à l’envers du cliché, de façon à laisser libre un rebord de 1CIU; celui-ci, relevé sur chaque côté, est collé aux angles avec l’extrémité de celui qui garnit le côté suivant, de façon à former une cuvette dont le fond est constitué par le cliché. On laisse sécher.
D’un autre côté, on fait dissoudre au bain-marie de la gélatine dure : Médaille d’or de Coignet, par exemple, à la dose de 10 à 12 pour 100. Lorsque la gélatine est fondue, on ajoute 10cc par 100cc d’une dissolution saturée d’alun. Au contact de L’alun, la gélatine se coagule, et il se produit des filaments opaques qui nagent dans la solution; par l’agitation, ces parties coagulées ne tardent pas à se mélanger avec le tout; on ajoute alors 2 gouttes de glycérine par 100cc, et l’on filtre à chaud sur du coton hydrophile en se servant de l’appareil de Brewer (fig. 1).
Quand la gélatine est ainsi préparée, on dispose le cliché entouré de papier sur une grande glace, ou une plaque de marbre mise exactement de niveau. Avant de verser la gélatine sur la couche de collodion, on présente celle-ci aux vapeurs qui se dégagent du bainmarie, de façon à faciliter l’extension de la gélatine. On verse alors sur le cliché une quantité suffisante de gélatine fondue pour obtenir une couche d’épaisseur
CLICHÉS
plus ou moins grande, suivant les dimensions du cliché.
Les demi-plaques demandent, en général, 50cc de gélatine à 12 pour 100 pour donner une pellicule suffi -
Fig. 1.
samment épaisse. La plaque normale en demandera 125cc; mais un 24 x 30 nécessitera 350cc, et ainsi de suite. On laisse sécher à l’air libre en évitant les poussières, ou mieux, en plaçant les plaques dans l’étuve.
Avant d’enlever la pellicule ainsi produite, on verse à sa surface une couche de collodion : sans cette précaution, la gélatine pourrait se couvrir de moisissures et perdre sa transparence.
RETOURNEMENT DES CLICHÉS
L’enlèvement des couches de gélatinobromure des clichés ordinaires n’est pas aussi facile, et, malgré les nombreuses méthodes proposées, on risque toujours de perdre le cliché ainsi mis à l’épreuve. Cependant, certains auteurs assurent ne plus manquer cette délicate opération, et voici quelle serait la meilleure méthode, d’après M. Balagny :
Si le cliché que l’on veut enlever de son support a été verni, il faut le dévernir par l’application d’un bain d’alcool méthylique chaud.
On prépare une solution de gélatine à 2 pour 100, que l’on filtre à chaud sur de la flanelle.
Avant toute opération, le cliché doit être passé à l’alun, s’il ne l’a déjà été; cinq minutes d’immersion dans un bain à 5 pour 100 soigneusement filtré sont nécessaires pour rendre la couche insoluble : on lave et l’on fait sécher.
Le négatif est mis de niveau sur un pied à caler (fig.Z), après avoir été légèrement chauffé pour faciliter l’extension de la gélatine : une certaine quantité de la dissolution de gélatine est versée à sa surface et guidée au moyen d’une baguette de verre, ou simplement avec le doigt, jusqu’à ce qu’elle couvre également la plaque.
La quantité de gélatine qui doit ainsi renforcer la couche du cliché ne doit pas être trop forte, car l’impression doit se faire à travers cette épaisseur de gélatine; il est donc important de la mesurer. En général, il suffit de 100cc pour couvrir 1 000c<i.
D’autre part, on a préparé une solution saturée d’alun de chrome dans laquelle on a ajouté, goutte par goutte,
de l’ammoniaque liquide, jusqu’à ce qu’il y ait le moins possible de précipité floconneux permanent : ceci a pour but de neutraliser tout l’acide libre, qui empêche l’action de l’alun sur la gélatine.
Quand la gélatine a fait prise sur les plaques, on les place pendant cinq minutes dans la solution d’alun
de chrome : on les lave ensuite jusqu’à disparition de la couleur bleue que lui avaient donnée les sels de chrome.
On met ensuite les plaques, pendant une demi-heure, dans de l’alcool méthylique. Ensuite, on les éponge dans du buvard et on les plonge dans un bain de :
Eau 1000"
Acide sulfurique 60 sr
Les plaques sont lavées dans ce bain jusqu’à ce que l’apparence graisseuse donnée par l’alcool ait disparu : une demi-heure suffit ordinairement pour arriver à ce
RETOURNEMENT DES CLICIIÉS.
résultat. A ce moment, la couche tend à se détacher de la glace.
On enlève alors l’épreuve et son support du bain acide et on la plonge directement dans le bain suivant :
Eau 32 parties.
Ammoniaque 1 »
Glycérine 1 »
L’ammoniaque a pour but de neutraliser l’acide sulfurique, et la glycérine donne de la souplesse. Il faut un temps assez long pour que cette double réaction se produise : neutralisation de l’acide, absorption de la glycérine. Mais il n’y a aucun inconvénient à prolonger l’immersion de la plaque dans ce bain; le plus souvent elle s’étend un peu.
Le séchage de la pellicule ainsi préparée demande quelques soins pour assurer sa planimétrie.
On nettoiera un verre plus grand que la pellicule à préparer, on le cirera et on le passera au talc.
Pour cirer un verre, on l'essuie d’abord complètement; on le place dans la presse à vis, puis on le frotte avec un tampon de flanelle sur lequel on dépose une petite quantité de la composition suivante :
Éther sulfurique 50 cc
Alcool à 40° 50 cc
Cire blanche râpée 3sr
Toute la cire ne se dissout pas; mais, le lendemain de la préparation, l’éther alcoolisé est à peu près saturé de cire.
On étend cette dissolution de cire sur la glace avec le tampon de flanelle, et Ton frotte vivement avec un
tampon sec de façon à sécher complètement la glace; on polit jusqu’au moment où la surface est uniformément brillante et la glace entièrement transparente.
On talque au blaireau, puis au coton et la glace est prête.
On enlève la pellicule de la glace plongée dans le bain ammoniacal en usant de précautions, car elle est facile à déchirer; on la place sur le verre préparé, on pose dessus plusieurs doubles de papier buvard et l’on racle avec force au moyen d’un rouleau de gélatine.
Quand l’excès de liquide est ainsi enlevé, on fixe les bords de la pellicule avec des bandes de papier gommé, de manière à empêcher tout soulèvement de la glace, et l’on abandonne le tout à la dessiccation.
On ne devra essayer de détacher la pellicule du verre que lorsqu’elle sera complètement sèche ; sans cela/des accidents se produiraient, certaines parties de la pellicule pourraient rester adhérentes au support et le cliché serait perdu.
Ce procédé, qui paraît compliqué de prime abord, ri’est pas difficile à exécuter. Un négatif peut être aisément détaché et mis à sécher au bout de deux heures après le commencement des opérations. Mais le séchage est long, il demande environ vingt-quatre heures.
Contretypes.
Dans bien des cas, il n’est pas possible d’enlever de son support la couche impressionnée du cliché, et l’on doit renoncer à le transformer en cliché pelliculaire.
RETOURNEMENT DES CLICHÉS
Mais il est possible d’obtenir un nouveau cliché, identique à l’original, et sans lui faire subir la moindre altération.
Deux méthodes permettent d’obtenir ce résultat : le procédé aux poudres et le procédé par inversion au bichromate.
Procédé aux poudres . — Cette méthode est basée sur une réaction singulière des mélanges de substances colloïdes et de sels de chrome; ceux-ci, sous l’action de la lumière, perdent plus ou moins la propriété de happer les substances en poudre, absolument comme nous verrons plus tard les gélatines bichromatées retenir l’encre lithographique proportionnellement à l’action de la lumière.
On prépare tout d’abord la liqueur sensible d’après une des formules suivantes ;