MEMBRE DE L’ACADÉMIE
Messieurs,
L’Académie des Beaux-Arts ne doit pas se désintéresser de la solennité qui consacre la mémoire de l’un de ses membres, disparu de la vie, mais non de la pensée et du souvenir.
Berlioz, attaqué et discuté d’abord, puis accepté et acclamé maintenant, a, sans conteste, marqué d’un sillon fertile son passage dans l’art musical. Son imagination vive et parfois intolérante, sa foi ardente en son œuvre, son cœur enflammé ont pu lui attirer des détracteurs, des ennemis peut-être, jamais des indifférents. En tout cas, il laisse après lui un enseignement et une consolation : un enseignement, parce qu’il a montré que les idées, appuyées sur les convictions, doivent se poursuivre sans faiblesse et
sans hésitations; line consolation,parce qu’il a prouvé que celte conscience de sa force finit toujours par s’imposer et triompher des obstacles.
I! est vrai, hélas! que souvent le triomphe ne se manifeste qu’après la mort du combattant: mais l’Institut, qui, en même temps que : tradition, signifie aussi, et surtout : progrès, n’a pas attendu ce moment pour rendre justice au vaillant et pour en reconnaître le mérite. Il a donc le droit de se prévaloir du maître qu’il a appelé jadis à lui, aux durs instants des épreuves, et de venir lui apporter son hommage, alors que chacun salue la puissance du grand compositeur.
C’est cette mission de droit et de devoir que je remplis aujourd’hui, au nom de l’Académie des Beaux-Arts. Ses écoles se transforment, ses tendances se modifient! mais, ce qui ne change pas et reste toujours vivace, c’est l’estime profonde que l’Institut garde pour le talent des artistes qui l’ont illustré.
Berlioz était de ceux-là; on ne saurait l’oublier et on ne l’oublie pas, puisque maintenant la tombe est remplacée par le monument. L’heure des luttes est passée ; celle de la glorification commence !