FÊTES CÉLÉBRÉES A SAINTES, LES 1 . 2 ET 8 JUILLET 1 8Î
"Les fêtes données à Saintes en l'honneur de Champlain ont eu plein succès. Elles ont été suivies de manifestations également brillantes à Eochefort et à La Eochelle, inspirées, oelles-là, principalement par le désir, tout en rendant hommage au passé, de reisserrer pour l'avenir les liens emtre la France et le Canada.
"L'initiative et la parfaite organisation de ces fêtes sont dues tout d'abord à M. le comte Lemercier et à M. Louis Audiat, président de la Société des Archives Historiques de la Saintonge. Le mouvement a gagné les deux autres villes et a été partout cordïal et impressionnant.
"Le lieutenant-gouverneur, M. Chapleau, empêché par l'état de sa santé, n'a pu s© Tendre à Saintes. Son absenee a été l'objet d'un regret général.
"La gare de Saintes était pavoîsée de drapeaux canadiens et français pour la circonstance, et, lorsque monsieur et ma-
(1) Compte-rendu du journal Paris-Canada, Nos du 29 juiUet, 12 et 26 août
dame Fabre et les personnes qui les accompagnaient sont descendus du train, la musique du Sème régimient a joué les airs nationaux canadiens.
" La réception a été des plus brillantes. Outre les membres de la Société des Archives, MM. Lemercier, député, maire de Saimtes, et ses adjoints ; MM. Emile Delmas et Braud, députés «de I/a EocheUe et de Eoduef ort ; le préfet ; le souspréfet ; Huvet ; Delâge, Guillet, conseillers généraux ; les présidents dea tribunaux civil tet de commerce ; le procureur de la République ; le colonel du 6ème de ligne ; le conservateur des hypothèques ; le sous-directeur des contributions indirectes ; le receveur des finances ; le principal dui collège et de nombreux autres fonctionnaires, répondant à l'appel de la Société des Archives, attendaient sur le quai de la gare le représentant du Cianada.
" Un piquet d'honneur de 50 hommes assurait le service d'ordre.
^ M. Audiat, au nom de la Société des Archives^ qui a invité et reçoit s^ hôtes, a souhaité la bienvenue au oommissaire^énéral du Canada en termes heureux :
"En ce 285ème anniversaire, vous débarquez, gracieusement accompagné, dans cette contrée d'où est parti notre célèbre coloaiisateur. Il n'avait avec lui que vingt-huit artisans. Vous voyez autour de vous rangés, avec les membres de la Société des Archives, les chefs, les présidents de toutes les associations ou sociétés diverses de la ville, les représentants des administrations, du clergé, de l'armée, de la magistrar tupe. Tous sont venus spontanément vous présenter leurs hommages.
" Pour nous, Saintongeais, vous êtes, en effet, messieurs les Canadiens, des compatriotes, des amis, des parents, qui ven^z un imstant vous asseoir au foyer paternel, naviver les souvenirs antiques et parler des aïeux avec leurs enfants ; pour nous, Français, vous êtes, vous resterez toujours ïïos chers Alsaciens-Lorrains d'outro-mer.
"Au nom de la Société des Archives, et, ei j'ose le dire, dea représentants de la cité, je vous oflFre l'expression de nos sentiments et de notre affection qui se résument dans ce cri : " Vive le Canada. "
" On crie : " Vive le Clanada " et la musique joue la Marseillaise.
" M. lemercier avait offert l'hospitalité à M. Fabre et à sa famille ; aussi, après avoir donné connaissance d'une dépêche dans «laquelle M. Chapleau exprimait sefe regrets de ne pouvoir assister aux fêtes de Champlain, l'honorable maire de Saintes s'empreesa-t-il d'inviter le représentant du Canada et sa famille à venir se reposer dans son château du Eamet.
"L'avenue Gnambetta eist pavoisée.
"Au château du Eamet, le soir, dîner de vingt-cinq couverts, suivi d'ime réception à laquelle assistaient toutes les notabilités de la ville, ainsi que Mgr Bonnefoy, évêque de La Eochelîe. Madame de Croze, nièce de M. le comte Lemercier, en faisait les honneurs avec une grâce exquise.
" Le lendemain, dimanche, messe à la cathédrale, qui était remplie d'une foule recueillie. Uia chœur de soixante chanteurs et de quarante chanteusies, dirigé par M. Pannetier, rehaussait l'éclat de cette cérémonie.
" Après la messe, Mgr Bonnefoy est monté en chaire et a prononcé une allocution qui a fait grande impression. Nous en donnons ici quelques extraits :
" Voilà donc, sur cette terre d'Amérique, une colonie dont les habitants sont restés fidèles à l'amitié de la France, bien que la France ait dû tristement les abamdonner à la domination anglaise, il y a de cela plus d'un siècle. L'histoire de cet abandon et des malheurs qui nous l'ont imposé est écrite dans noisi annales et nous voudrions pouvoir détruire les pagea où l'om a consigné un si douloureux souvenir. Devant cette grande infortune, on comprend le mot célèbre de Mont-
calra, à qui l'on annonçait sa mort prochaine : " Ah ! tant mieux ! je ne verrai pas la reddition de Québec. "
"Pauvre et malheureuse colonie, la voilà noyée dans ce flot américain ou anglais, privée de ses coutumes et de ses magistrats, subissant toutes les vexations, ployant la tête sous le joug qu'on lui impose ! Elle garde, malgré tout, le souvenir de la France, qui est toujours pour elle la mère-patrie, et conserve l'espoir de sentir entre la France et elle à tout jamais les liens d'une fraternité indissoluble. Où trouveronsnous le secret d'une pareille fidélité et de si constantes espérances ? Vous ne démentirez pas, messieurs. Les Canadiens ont trouvé dans leur foi catholique une nationalité imprenable. Soumis à la domination d'une nation protestante, ils demeuirent catholiquesriomains. Quand on a voulu leur ravir leur liberté, ils ont répondu à ces prétentions par la force. Et qui pourrait les en blâmer ? Mais quand ils ont dû recevoir les conditions du vainqueur, ils ont demandé une seule chose : ^^ qu'on nous laisse nos croyances, qu'on ne porte pas atteinte à notre foi ; on peut en retour compter sur notre loyalisme. '' Et fidèle à &ea croyances, cette race généreuse continue à se développer avec une admirable fécoindité, donnant à l'Eglise d'abondantes générations de chrétiens, à lia France des amis toujours sûrs et aux nations cathoUques un grand et inoubliable exemple. "
" A l'iasue de cette cérémonie, banquet à l'Hôtel des Messageries, offert par la Société des Archives, et auquel avaient été conviés, en outre de monsieur et madame Fabre, les personnes qui les «accompagnaient : M. Paul Fabre, M. Louis Gigot, administrateur de la Société Foncière du Canada, M. Lorin, représentant du Journal des Débats, M. Bertier de Cazaunau.
" Au dessert, entre les vins de France et 3a fine Champagne offerte par un des membres de la Société, de nombreux toasts ont été portés.
" Le président de la Société des Archives, M. Audiat, a ouvert le feu : ,1
^' C^étadt^ dit-il, Fusage au temps 'de Champlaiii ; enc signe de paix et d'allianoe, on fumait le» pétun dans la calumet. lies sauvages sont devenus civilisés. Les colons saintongeais sont devenus Canadiens ; le pétun s'appelle d'uan autre nom, mais on le fume toujours.
" Conmi<a Champlain, fumons donc, messieurs dans
un instant. Mjbôs en attendant, nous pouvons savourer ces vins généreux, moins généreux pourtant que ceux qui nous lies ont offerts. Je bois donc d'abord à la santé de l'honorable M. Chapleau ; qu'un télégramme lui envoie aussitôt nos regrets de son absence, nos vœux pour son prompt rétablissement. (Acclamations). Qu'un autre télégramme passe les mers et vole dire à nos frères du Caniada que, en oe momient-ci, nous pensons à eux. (Bravos).
" Je bois à notre hôte illustre, à M. Fabre, qui n'a pas redouté les fatigues du voyage ; à ces dames, dont la présence idi est le plus gracieux ornement du banquet, etc. "
M. Fabre, après avoir excusé M. le lieutenant-gouverneur de la province de Québec, tombé aux mains des médecins, et sir John Thompson, retenu à Paris par des avocats, a protesté de l'attachement des Canadiens à la France, et remercié de l'hospitalité qu'il rencontrait' à Saintes.
Puis, il s'est exprimé à peu près en ces termes :
*^ J'aurais voulu, du moins, amener avec moi un Canadien- Saint ongeais. Mais lies Saintongeais» qui ont émigré là-bas s'y trouvent si bien qu'ils ne quittent plus le Canada, de peur aussi, peut-être, de ne plus pouvoir quitter la Saintonge, s'ils la voyaient.
"Et tous, Saintongeais, Normands, Bretons, Picards, nous sommes ainsi : Français ici. Canadiens là-bas, nous sommes attachés aux deux patries.
" Chez nous, ei vous traversiez les mers eommo vos ancêtres €«t les nôtres, vous retrouveriez la Framce : Faneienne France, celle que Champlaim la apportée sur notre eol ; et puis, la nouvelle, modifiée par un milieu nouveau €t qui n'a cessé de suivre le sillon que vous tracez dans le monde.
*^ Cette vOle de Québec que votre illustre compatriote a fondée, ele est aussi française d'aspect et de ciara»ctère que Saintes elle-même. Le comte Lemercier pourrait la représesiter au Parlement, sans avoir rien à sacrifier de son esprit gaulois et de son âme française.
" Chaque été, des vaisseaux de guerre français viennent mouiller dans noe eaux ; et alors nos populations saluent avec enthousiasme et émotion le drapeau tricolore qui a cessé pour jamais de flotter sur nous.
" Quel m^e serait pas leur orgueil si elles voyaient comme moi, lajujourd'hui, à mes côtés, Tuniforme français porté par un des chefs de votre vaillante armée de terre, dont le prestige n'a jamais été atteint, ni par les échecs subis en commun avec nous, sur notre sol, ni par d'autres plus récents et égalemein,t immérités.
' Durant un siècle, les relations entre leei deux pays ont été comme suspendues. l^Tous sommes restés de part et d'autre enfermés dans un passé dont les souvenirs glorieux suffisaient à notre patriotisme. Elles reprennent sous une forme nouvelle qui, en rapprochant les intérêts, raviverait tes sentiments confrateniels s'ils» avaient besoin de l'être.
" Mais ici, en ce jour, où Saintes et Québec, â travers les meis, se tendent <l<a main et s'inclinent ensemble sur la tombe de Champlain, il n'y a place que pour le culte du passé. Ce passé est notre patrimoine conunun^ et c'est tourné vers lui que j'unis en un seul toast : Champlain, Québec et Saintes. "
Le colonel Gaschet a répondu qu'il était flatté de commander le 6ème de ligne, qui., jadis, tsous le nom de régiment
d'Armagnac, combattit pouT Pîndépeiidance des Etats-Unis, fions Eochambeau et Lafayette, et s'avança dans la Baie d'Hudson et jusqu'au SaintrLaurent ; au nom de l'armée française, il a levé son verre en l'honneur des Franco-Canadiena
Puis, M. Oudet a lu un toast de M. le marquis de Dampierre, président de la Société des Agriculteurs de France ; M. Audiat, un toast de M. le comte Anatole de Brémond d'Ars, conseiller général du Finistère, un des rares survivants de l'ancienne Société d'archéologie de Saintes, qui, au fond de la Bretagne, et comme descendant de Pierre du Gua, sieur de Mons, le protecteur de Champlain, envoie son salut aux Canadiens.
Le comte Lemercier, lui aussi, a porté un toast ; il l'a fait dans un langage simple, familier, plein de rondeur, de finesse. Il a rappelé avec une spirituelle bonhomie les liens indestructibles qui unissent à Jacques Bonhomme, 1© frère aîné, son frère cadet, Jean-Baptiste, qui est allé chercher des aventures au delà daa mers et qui, malgré la fortune si longtemps contraire, a pourtant réalisé dans une lange mesure le vœu de Champlain : il a fondé une nouvelle France, qui peut, sous plus d'un rapport, servir de modèle à l'ameienne. C'est la foi religieuse qui l'a soutenu dans ses épreuves, ce petit peuple devenu grand, qui lui a gardé sai sève puiissante, sa haute valeur morale ; c'est à la même source que «k mère-patrie doit puiser les forces dont elle a besoin pour franchir heureusement la crise qu'elle tjaverse et s'élancer vers un nouvel et glorieux avenir.
Après le banquet, on monte en voiture pour laller visiter la crypte de Saint-Eutrope et les aliènes oii li'élite des jeunes gymnastes de la ville montre aux visiteurs à quel degré de précision, de souplesse et d'agilité ils sont parvenud, sous l'habile direction de M. Caudéran.
Pour donner plus d'éclat à cette partie de la fête, le président de la Société dea ArchiveB s'était assuré, avec/ le concours de »k Santone, celui de la Société colombophile, de l'Harmonie des Ateliers des chemins de fer de l'Etat, qui s'est fait entendre dians ses meilleuiïsi morceaux.
M. le professeur Lucchini, dans une description précise et géométrique, a reconîstitué, pour ses auditeurs, les arènes de Saintes, au temps de leur splendeur.
M. Eabre a remercié le conférencier et félicité les jeunes gymnastes.
" Je suis heureux d'être l'interprète de ce nombreux auditoire et de féliciter l'habile conférencier sur le succès qu'il vient de remporter. Une conférence, par cette température et sous ce ciel ensoleillé, cela pouvait sembler menaçant ; mab M, Lucchini a traité son sujet avec un tel agrément que nous sommes encore sous le charme de sa parole entraînante et légère.
"Quant, à vous, messieurs les miembres de la Société de gymnastique, vous nous avez émerveillés par votre force et votre adresse. Je voudrais pouvoir tous vous emmener au Canada, pour instruire nos jeunes gêna Nous serions heureux de vous garder jusqu'au jour où la France ayant besoin de vous, vous repartiriez, suivis de toute la jeunesse canar dienne. "
A ce moment, trois ceints pigeons-voyageurs sont lâchés pair M. Barrière, président de la Société colombophile de Saintes, et disparaissent bientôt dans diverses directions. Cette voûte d'ailes, battant l'air pendant quelques instante», dans un tournoiement rapide, était excessivement curieuse.
A quatre heures, après une courte visite à l'église de Saint- Eu1a*ope et aux musées archéologiques de la ville, a eu lieu à i'Hôtel-de- Ville un vin d'honneur offert par les Tcpréeentants de la municipalité ; un certain nombre de dames étaient ve-
nues honorer cette réception de leur présence et faire cortège à madame Fabre.
M. le maire de Saintes a complimenté M. Fabre, au nom de la ville et exprimé tous ses regrets de l'absence forcée de M. le gouverneur Cliapleau. H a fait Tôloge de Tesprit de liberté qui aninne le Canada et qui a inspiré ses institutions.
Il espère que ces liens si intimée entre les deux branches de la race française vont se, resserrer à mesure que se multiplieront nos moyens de transport et nos relations commerciales. Le port de la Pallice offire ses magnifiques installations aux vaisseaux camadiens qui ne tarderont pas à en profiter d'une façon périodique et régulière ; à leur suite, un mouvement ciommercial et maritime important se dessinera dans ce sens, et les patriotiques espérances qui ont fait entreprendre ces grands travaux seront réalisées.
M. Fabre remercie de l'accueil qui lui était fait, s'asôCH ciant aux espérances qui venaient d'être exprimées et qui lui sont chères, à la fois comme Canadien et comme Français de race, et annonce le prochain premier voyage de la ligne des paquebots de Québec à La Rochelle ; il compte que, grâce à ces communications directes, Canadiens et Saintongeais échangeront de plus fréquentes visites.
" C'est la fête de Québec comme celle de Saintes, aujourd'hui, dit-il. L'ombre de Champlain plane sur te deux cités ; tous les cœurs saintongeais <et canadiens sont unis dans un© même effusion patriotique. A nos yeux, la France est toujours restée la même ; et nou» la voyons telle qu'elle nous apparut penchée sur notre berceau national, dans c-e cadre gigantesque dles bords du Saint-Laurent admiré par Champlain.
" A-t-elle été vaincue chez nous ? Non, car au lendemain de la sépar,ation, nous relevions le drapeau qui flotte aujourd'hui sur deux millions de Français». A-t-elle été vaincue on Europe ? Non, car vous voilà plus puissants et plus respectés
Ol —
que jamais ; le monde émerveillé regarde l'astre remonter à l'horizon. Passé, présent, avenir ise confondent dans un même rayonnement.
" Pendant que vous voue interrogez anxieusement, que vous passez en revue, dans un examen de conscience viril, vos qualités et vos défauts, nous vous acceptons tels que vous êtes. Il n'y & en présence, dans des manifestations comme cetUea d'aujourd'kui, quei le Canada qui aime la France, et que la France qui se souvient du Canada,
" Jean-Baptiste, dont M. le comte Lemercier a parlé eu termes si charmants, sait tout ce qu'il doit à Jacques Bonhomme ; et lui', qui se souvient toujours, il est touché par dessus tout qu'ici, au foyer, près du cœur de la patrie, fe frère aîné se souvienne encore !
" Au nom de la ville de Québec, jei porte un toast à la ville de Saintes et à «la Saintongo. "
Après cette allocution, fréquemment interrompue par de vifs applaudissements, M. Audiat lit un très fin sonnet de M., Georges Gourd on aux Canadiens.
Le soir, dans l'ancien Palais de Justice, a eu lieu une soirée musicale et littéraire.
Dans la ç«alle, très originalement décorée par M. Laroche, tapissier, brillaient hs armes des différentes villes du Canada. Sur des tentures habilement drapées ét^ent cloués les blasons de tous les protecteurs de Champlain, des vicchrois ou gouverneurs de la Nouvelle-France : Condé, Soiseons, Aymard de Chastes, Pons de Lauzières, Montmorency, Lévis, Ventadour, Antoinette de Pons, Forant, Callièreg, Vaudreuil, Montcalm, etc., etc.
Sur quatre grands tableaux étaient écrits, en lettres très apparentes, les noms des colons saintongeais et aunisiens qui ont peuplé le Canada.
On remarquait surtout, sur un piédestal élevé au fond de la salle, au-dessous des blasons de Québec et de la Société des Archives, un buste de Champîain, figure énergique et fière, œuvre d'un grand mérite d'un artiste charentais, M. Paul Tourettes.
A Tarrivée dei M. Fabre, la musique du 6ème de ligne a joué Fair national canadien, et de» cris de " Vive les Canadiens ! " ont retenti.
La salle était bien garnie, et sur l'estrade avaient pris place aux côtés du commissaire général du Canada, le comte Le*mercier, Mgr Bonnefoy, le colonel Gaschet, les membre» de ia Société des Archives et autres notabilités laïques et ecclésiastiques.
M. Fabra, qui présidait la réunion, a donné la parole au conférencier, M. Imbart de La Tour, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux, qui, pendant une heure et demie, a parlé de Chiamplain, du Canada et de la politique coloniale, avec infiniment d'éloquence.
Ce idiscours était à peine terminé, au milieu des applaudissements, que Fon vit un vieillard s'avancer et serrecr dans ses bras l'orateur : c'était son vénéitable père. Cette scène touchante inspire à Monseigneur un aimable à-propoa En présentamt l'heureux vieillard à l'assemblée, le prélat rappelle le texte biblique : Gloria patris filiv^ sapiens : " La Bcienoe du fils est l'honneur du pèiie. "
M. Fabre, à son tour, commence son discours par cette réflexion : ^' La force du Canada lui vient des efforts combinés du paysan «et du prêtre ; te premier a rendu lei sol fécond, tandis que le second a maintenu intacte la foi apportée par nos miaâonnaires ", en commentant l'admirable discoui» prononcé, le matin, pair Mgr Bonn-efoy.
La thèse que soutient M. Fabre, dans sa conférence, i)eut se résumer en ceci :
^^ La I^ouvelle-Eraiioe n'a point de lancane pour l'abandon que fit d'elle hi Franœ de Louis XY. La Fnance. était vaincue et malheureuse, dit-il, nous ne pouyioua plus êtzre sauvés. La France a cédé le Canada, parce qu'elle y était fooroée, exactement comme plus tard l'Afeace-Lorraine.
" Heureusement, Dieu n'a pas abandotnné ]m Canadiens ; ils ne se sont pas abandonnés non plus. Soutenus par leur foi (religieuse, par leur amour de la mère-patrie, dont ils fêtaient toutes les gloires et pleuraient tous les dieuils, ils sont devenus une nation libre et prospère, une nouvelle France d'o deux milliottiB d'âmies, désormaîs indeetructâble, fille tendrement attachée à sa vieille mère, qui ne cesse de regarder vers elle à travers l'océan, d'applaudir à tous ses succès, de s'associer à toutes ses espérances.
Après ce discours, M. Gabriel Audiat a lu de très beaux vers de M. Ed. Magnier, sur Samuel de Champlain.
M. PaUisson a lu im charmant salut aux Canadiens^ en vers patois saintongeaia
Au cours de la soirée, la Lyre saintaise, sous l'habile diiecjtion de M. Camour, a fort bien chanté des chansons canadiennes, entre autres la " Claire FontsSnie '\ airraingée par M. Maillochaut. On a entendu aussi un chœuT, le» " Soirées de Québec ", d'après M. Ernest Gagnon. Enfin, la " Chanson de la bataille de Tadllebourg ", paroles d'un trouvère champenois (1242), musique adaptée par M. Weekerlin.
La musique du 6ème de ligne a également exécuté le» chants populaires canadiens.
Cette belle séance, qui avait attiré tout Saintes, rfest terminée pair des fiemerciements accotrdés à tous avec une rare délicatesse, pair M. Audiat.
On .avait distribué dans la salle im programme finement dessiné, par M. Duplais-Destouchesi II représente Brouage en haut, Québec en bas, le commencement et la fin, la ville
d'origine et «k ville d'adoption ; sur le côté, lo portrait do Champlain, d'après Montcornuet.
A ROOHBFORT
A la gasre, M. Fabre a été reçu par les membres de la Chambre de Commeroe et une députation de la Société de Géographie.
Avant le banquet, visite à Tarsenail et au port.
A midi, bamquet à Thôtel du Grand Pacha, sous la présidence de M. Bachelard.
Parmi les convive», les principaux membres de la Chambre de Commeroe, M. Braud, député et maipe de Kochefort, le comte Lemerciar, le souô-préfet, M. Liégay, ie commandant du port, etc.
Au kieasert, M. Bachelard a prononcé un discours très apprécié de l'auditoire, au cours duquel il a rappelé que depuis vingt ans, les liens enta-e Québec et Kochefort avaient été canetamment entreteinus par la visite fréquente à Québec de marins partis de Rochef ort et par les excellentes impressions qu'ils rapportaient du Canada.
En répondant à cette allocution, M. Fabre, après avoir indiqué les causes qui reteuiaient à Paris M. Chapleau et Sir John Thompson, a arjouté :
" Nous venoms à Saintes d'honotrer le passé ; ici, dans cette viUe de Rocbefort où je -retrouve tant de marins qui connaissent et aimeoit le Canada, tel qu'il est maintenant, je n0 veux parler que de l'avenir. Ils vous diront ce qu'est le Canada, quelles ressources il offre à votre» commerce, à vos industries.
^' Conquête adsée, prise de possession facile que celle de notite sol par vos produits. Le protectionnisme dont je vous âoupçonuie de n'être point épris, ne saurait nous empêcher de jious rapprocher et de nous unir par um sage et libéral traité
de cominieroe. En attendant qu'il soit voté, rappelez-vous que notre pays est ouvert à tout venant aux mêmes conditions^ Egalité absolue devant le douanier.
'' Grâce à son génie- si souple et si vmé, à son industrie, à Fart acbevé qu'elle apporte en tout ce qu'elle fait, la France searait sure de se fiiire une grande place au Canada. Les affinités nationales la favoriseraient ; elle étendrait son action féconde et pacifique.
" Au nom de k ville de Québec, je bois à la ville de Rochefort. "