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Pu reste, ceux qui l'ont vu de près ont reconnu chez lui des qualités de premier ordre, un jugement sûr, une pénétration remarquable, une habileté rare à résoudre les difficultés les plus graves. Ajoutez à cela une riche variété de connaissances historiques et littéraires, dont il savait orner ses discours et ses allocutions, une éloquence douce et persuasive, un goût attique, une uoblesse, une dignité qui commandaient le respect, et en même temps une. douceur, une bienveillance, une affabilité qui lui gagnaient tous les cœurs.
«Quand Mgr Conroy est venu au milieu de nous, disait récem ment Mgr l'archevêque de Québec, nul d’entre nous n'a tardé à reconnaître tout ce que dans cette âme il y avait de pénétration pour comprendre et saisir les affaires les plus difficiles, tout ce qu'il y avait de patience, de douceur, d'aménité dans son cœur, de vigueur et de courage dans sa volonté : vraie image du Père commun des fidèles, dont il était au milieu de nous le représentant spécial. »
Il était doué de cet esprit de conciliation qui distingue les di gnitaires de la Cour pontificale. On le sait, ces grands politiques, brisés aux luttes pacifiques d’une diplomatie toute chrétienne, ne refusent pas de condescendre à la faiblesse naturelle du cœur humain. Loin de procéder avec hauteur et de trancher dans le vif, ils tempèrent et s'efforcent de ménager, autant que possible, les susteptibilités de ceux dont ils sont appelés à juger les différends. En exerçant leurs importantes et délicates fonc tions, ils donnent l'exemple de cette charité qui doit animer tous les membres d’un gouvernement esscntiellement paternel.
La connaissance que Mgr Conroy avait des hommes et de l'empire que certaines idées, vraies ou fausses, exercent sur les esprits l'avait convaincu qu'il ne faut rien brusquer, mais plutôt attendre patiemment que le temps, ce grand réparateur, vienne lui-même effacer les dernières traces du mal. Souvent, pour vouloir trop hâter un retour d’ailleurs désirable, on aigrit les cœurs, bien loin de les guérir, ou si le calme paraît se faire au dehors, c’est qu’il se prépare au dedans une réaction mille fois plus à craindre que les atteintes qu'il s'agissait de prévenir ou les progrès qu’il était urgent d'arrêter.
Comme tous les hommes éclairés, le Délégué'apostolique ne se flattait pas de pouvoir dissiper du coup tous les préjugés qu'il
avait à combattre. Cela explique pourquoi, dans certaines occasions, il a procédé avec une lenteur et une précaution qu’on lui aurait reprochées, si on n’eût pas été persuadé qu'elles étaient chez lui l'effet de cette prudence et de cet esprit de conciliation dont la Cour pontificale donne continuellement l'exemple.
Je voudrais entrer ici dans de plus grands détails, le suivre plus loin dans sa vie publique, pénétrer jusque dans l’intime de sa grande âme, mais je dois abréger. Du reste, je n’ai pas entre pris un panégyrique, mais uniquement voulu faire une profes sion publique de respect envers un grand homme et reconnaître une dette de gratitude. J’ajouterai seulement que ce serviteur fidèle, se sentant saisi par la mort au milieu d’une brillante car rière, loin de son pays et des siens, a généreusement fait le sacrifice de sa vie: «God, accept the sacrifice of my life!» sacrifice héroïque, digne couronnement d’une vie de dévouement à Dieu et à l'Eglise.
Le correspondant de Rome du London Times dit qu’à la grande réception donnée au Vatican, le 18 août, Sa Sainteté Léon XIII a déploré en termes émus la grande perte qu'ont faite l'Irlande et lEglise dans la personne de Mgr Conroy. Sa Sainteté a parlé avec abondance et une évidente émotion des vertus, de la piété, de l’érudition et de l’éloquence «a défunt prélat.
Je vous laisse, messieurs les membres et messieurs les élèves de la Faculté de droit, le sain d’honorer dignement sa mémoire, en faisant produire à l'enseignement universitaire tout le fruit que lui-même en attendait.
Nous avons encore un motif bien puissant de travailler au succès de l’université Laval à Montréal, et ce motif doit dominer tous les autres, c’est l'assurance que nous avons de seconder par là les vues du Saint-Siége. Ce sera une nouvelle preuve de notre dévouement à la Chaire pontificale.
L'œuvre que nous commençons aujourd'hui est une œuvre laborieuse, nous le sentons, et peut-être au-dessus de nos forces ; mais nous avons confiance en la Providence et en ceux
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qui, après Dieu et sous le regard de Dieu, sont chargés de l'honneur de cette institution, en particulier dans la sagesse et la prudence de Mgr l'évèque de ce diocèse, qui a présidé, à côté de Mgr Conroy, à l'inauguration de l’université Laval à Montréal, et qui daigne aujourd’hui, avec une nouvelle bienveillance, hono rer de sa présence cette humble cérémonie.
Monseigneur, grâces en soient rendues à Votre Grandeur, — permettez-moi de le proclamer ici hautement, — votre prudence, votre bon vouloir et votre zèle ont déjà fait disnaraître bien des difficultés, et ont contribué puissamment à l’accomplissement de cette œuvre, qui sera une des gloires de votre épiscopat. Nous sommes sûrs que votre haute protection ne nous fera jamais défaut, et qu’elle nous aidera toujours à surmonter les autres obstacles que l'avenir nous réserve peut-être.
Mais, au reste, ces obstacles, fussent-ils nombreux et puissants, ne devraient pas arrêter nos courages. Au contraire, en les voyant se dresser devant nous, je me dirais: tant mieux! l'université Laval à Montréal porte le signe des œuvres que Dieu aime. Quand une institution a la sanction d’en haut, peu importent les nuages qui se meuvent autour d'elle et viennent ceindre son front: tôt ou tard, il se fera un grand calme.
C'est une œuvre laborieuse, mais, ce qui est encore plus vrai peut-être et doit nous suflire, c’est qu'elle est une œuvre patrio tique.
Oui, c'est une œuvre patriotique, parce que c'est une œuvre de religion. La religion, en effet, n'est-elle pas la pierre angu laire de la patrie ?
C'est une œuvre patriotique, parce que c'est une œuvre de tra vail Que serait une université sans le travail, soit chez les professeurs, soit chez les élèves, soit même chez ceux qu'elle aurait couronnés ? Tout y invite au travail, si nécessaire aux meilleurs talents : la régularité des exercices, la parole, l’exemple, la société des membres entre eux et des élèves, le spectacle du succès obtenu et de la gloire promise, sans compter le sentiment général du devoir.
C'est une œuvre patriotique, parce que c’est une œuvre d’émulation, sans rivalité.
L'université Laval à Montréal ne saurait manquer de créer entre ses professeurs, ses élèves, ses lauréats, nous pourrions dire entre tous ceux qui s'occupent de sciences ou ue lettres, cette généreuse émulation qui nait comme d’elle-même dans toutes les institutions de ce genre.
Mais il y a plus.
Par une disposition que je puis bien appeler providentielle, Rome a voulu que les Facultés de Montréal ne fussent pas distinctes de celles de Québec. Ainsi, il n'y a qu'une seule Faculté de droit, dont une partie enseigne à Québec et l’autre à Montréal. À nous donc de chercher à égaler les confrères qui travaillent à côté de nous. Ils nous ont précédés dans la carrière, — car rière déjà pleine d'honneur, — mais qui nous empêchera d'y marcher avec le même courage et de compter sur notre part de succès ?
Voilà un nouveau sujet d'émulation qui s'ajoute à tous les autres, et qui ne saurait tourner qu'au profit de la science.
Mais, ce qui est mieux encore, c’est qu'en activant l'émulation généreuse, l’organisation qui existe bannit à jamais toute riva lité. En elct, quelle rivalité pourrait -il y avoir dans une seule et mème institution ?
L'honneur des Facultés de Montréal rejaillira sur celles de Québec, comme l'honneur de celles de Québec rejaillit déjà et rejaillira toujours sur celles de Montréal, car elles forment un même corps : elles sont unes. Appuyées sur la même base, avec les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes règlements, les mêmes ambitions, les mêmes intérêts, elles ne sauraient séparer leur sort, encore moins éprouver la tentation de travailler au détriment l'une de l'autre, puisqu'elles se confondent dans une raème université.
Certes, voilà une considération assez puissante, fût-elle la seule, pour rallier à l'organisation présente non -seulement tous les amis de l'éducation, mais encore tous les amis de leur pays. La rivalité fait partout assez de mal, pour que nous devions nous réjouir d'en être préservés à jamais dans la sphère calme des hautes études.
Enfin, l'œuvre que nous commençons est une œuvre patriotique, parce qu'elle est une œuvre d'union. Ce n’est pas assez
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pour nous, Canadiens, de vivre en paix, il nous faut vivre unis. Par quelle fatalité irions - nous diviser des forces qui déjà suffi sent à peine ? Pour arriver au succès dans de grandes entreprises, comme celle d’une université, par exemple, ce n’est pas trop du concours de toutes nos villes, de toutes nos paroisses, en un mot, de toutes les volontés travaillant en commun à l’œuvre commune. Or, c’est ce que nous apporte, en ce qui regarde les études, l’organisation que Rome a bien voulu donner à l’univer sité Laval. Cette organisation, basée sur l'unité, contribuera infailliblement à étendre les rapports de bienveillance, d'estime et de fraternité entre les savants et les homm : de lettres des deux cités. Ces savants, ces littérateurs exerceront à leur tour une heureuse influence sur la société au milieu de laquelle ils vivront, et y feront pénétrer les sentiments dont ils seront eux - mêmes animés.
Pour rendre encore plus sensible l'avantage dont nous allons jouir, je n’ai pas besoin de faire l'éloge d’une institution dont nous partageons dès aujourd’hui la vie et les labeurs. Cet éloge se trouve dans la haute approbation qu’elle a reçue du Saint- Siége, ainsi que dans LCs faveurs et les priviléges qu'il a bien voulu lui conférer.
Les paroles prononcées par Son Excellence le Délégué apos tolique, à l'ouverture des cours universitaires à Québec, ne témoignent-elles pas de l'intérêt qu'il portait à cette institution, de l'estime, de l'admiration qu'il avait pour elle? Or, messieurs, quand un témoignage part de si haut, on n’a pas besoin de le justifier: on y applaudit.
Ce discours, comme celui que M. l'abbé Hamel a prononcé dans la même occasion, nous donnent aussi une haute idée des avantages de l’ensejznement universitaire.
Il me suffira donc de remarquer à ce sujet que c’est dans les universités que se so:t formés les plus savants théologiens, les hommes d'Etat les plus célèbres, les publicistes les plus distingués ; c’est là qu’ils ont puisé cette science et ces lumières qui ont jeté tant d'éclat sur l’ancien monde. Les orateurs les plus éloquents de l'Angleterre, ses hommes d'Etat, eux aussi, ont dû leurs succès à l'enseignement universitaire, puisé dans des institutions protestantes, il est vrai, mais établies à une époque catholique et sous l'influence du catholicisme, dont elles ont conservé beaucoup de traditions
+ sed