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herse. Une houe, une pioche, et quel* ques outres instruments, composent tout l'outillage de l'agriculture. La moisson se fait à la faucille; le grain est battu en grange sous les pieds des animaux , et conservé au sec dans des silos. Les champs, bien que leurs délimitations soient partout déterminées avec le plus grand soin, sont ordinairement sans clôtures; et rien n'en interrompt l'uniformité, que la diversité des récoltes.
Mais si simple que soit l'agriculture indienne, elle est cependant soumise à de certaines conditions qui exigent une habileté et une industrie particulières; et, de plus , il est quelques-unes de ses cultures qui demandent une intelligence et des soins tout spéciaux.
La récolte d'été est toujours suffisamment arrosée parles pluies périodiques; mais celle de l'hiver 'a absolument besoin d'irrigations artificielles. Les irrigations se pratiquent au moyen des fleuves, des sources , des étangs, et surtout des puits. Dans les plus riches parties du pays , il y a un puits sur chaque champ. L'eau est amenée à la surlace par un manège de bœufs dans de grands seaux de cuir, qui , le plus souvent , se vident d'eux-mêmes au moyen d'un mécanisme aussi simple qu'ingénieux.
Sur quelques natures de terrain il est nécessaire, tous les deux ou trois ans, de déraciner les mauvaises herbes.
On le fait par un labour profond , avec unecharrue pesante que tirent des buffles. L'opération s'exécute à l'époque de l'innée où la terre est le plus numide. Oo se sert peu de fumier pour la culture des réreales; mais celle de la canne à Micreen absorbe de grandes quantités.
Il est aussi quel pies cultures qu'il faut isoler ; on les protège par des palissades, par des mursde terre, et le plus ordinairement par des haies impénétrables de cactus, deuphorbium, d'aloès, et autres plantes à épines.
lin des soins les plus assujettissants du cultivateur, c'est de chasser les troupe* d'oiseaux qui , en dépit de toutes l« précautions, dévorent toujours une
grande partie de la récolte. Les épouvautails sont bien de quelque utilité; mais le plus utile de tous , c'est la présence de l'homme qui , posté sur un échafaudage élevé, d'où il domine son champ, chante , crie, lance des pierres avec un instrument fabriqué de façon à produire du bruit à chaque pierre qui part.
Les Indous pratiquent les assolements, bien que l'inépuisable fécondité de leur sol les rende presque inutiles. Ils classent les qualités des terres avec une minutie extraordinaire, connaissent bien la culture qui convient le mieux à chacune, et les procédés qui y réussissent le mieux. Cependant ils ont la mauvaise habitude de semer à la fois dans le même champ diverses espèces de grains, pour avoir des récoltes successives, quelquefois même pour récolter le tout ensemble.
Le» travaux opères sur le terrain par l'agriculture réagissent quelquefois sur la marche des armée? et même sur celle des voyageurs. Dans de certaines saisons le pays est complètement ouvert, et aussi facilement praticable qu'une grande route , sauf, toutefois, dans le voisinage des villages et des cours d'eau, où de hautes clôtures forment des passages étroits, difficilement praticables à une troupe un peu nombreuse. De grands ruisseaux , ou des conduites qui amènent les eaux des rivières ou des étangs sur les terres, présentent encore, dans de certaines saisons , des obstacles très-sérieux.
Ces remarques générales souffrent un grand nombre d'exceptions , selon les diverses parties de l'Inde. Dans les contrées où Ton cultive le riz, comme le Bengal et la côte de Coromandel, elles sont à peu près inapplicables. Là, les rizières doivent être complètement inondées pendant un certain temps ; il faut repiquer la plante lorsqu'elle est arrivée a un certain degré d avancement, etc. Cestune culture qui exige beaucoup de soins et de dépenses, pour rapporter en somme assez peu de profit.
L'UNIVERS
S XIV. Commerce.
Bien que Manou, dans son livre, cite un grand nombre d'articles de luxe, il ne paratt pas cependant qu'aucun d'eu* fût tire de l'étranger. Toutefois, leur multiplicité doit faire croire qu'il se faisait un commerce très-actif entre les diverses parties de l'Inde.
Il y a un passage des Institutes qui ordonne que l'intérêt de l'argent prêté sur risques « soit Gxé par les hommes « expérimentés dans les voyages de « terre et de mer. » Comme le mot employé dans l'original pour désigner la mer ne peut s'appliquera aucune des nappes d'eau intérieures , on doit regarder comme un fait certain que les Indous naviguaient déjà sur l'Océan à l'époque où le code a été rédigé : il est probable, toutefois, que cette navigation se bornait au cabotage. On ne saurait certainement pas douter que, même avant cette épouue, il se fût déjà établi des rapports de commerce entre la mer des Indes et la Méditerranée; mais il est impossible de savoir si ce commerce se faisait par terre ou par mer, et si , dans l'une ou l'autre hypothèse, les Indous, pour y prendre part , osaient s'aventurer en dehors de leurs frontières. Il est possible que ce commerce ait été fait par les Arabes, et qu'une partie, franchissant I étroite mer qui sépare le Sind de Mascate , passât par l'Arabie en Egypte et en Syrie, tandis que l'autre partie, suivant les côtes par terre ou par mer, se dirigeait sur Babylone et la Perse. Les premiers renseignements certains que nous ayons sur la mer qui baigne la cote occidentale de l'Inde ne nous indiquent pas que les Indous fissent aucun commerce dece côté. Néarque, qui, en ,326 avant J. C. , commandait la flotte d'Alexandre , ne rencontra pas un seul navire depuis les embouchures de l' Indus jusqu'à celle de l'Euphrate; il dit expressément « qu'il n'a vu que des bateaux pécheurs, encore en très-petit nombre,-et seulementdans de certains parages. «Même sur l'Indus il n'y avait que peu de bateaux, et de très-petite
dimension ; car, suivant le témoignage d'Arrien, Alexandre futobligé de faire construire lui-même la plus grande par tie de sa flotte , surtout les grands navires; et, pour les équiper, il dut avoir recours aux marins de la Méditerranée. Le même auteur, traitant des castes indiennes, parle ainsi de la quatrième ( celle des gens de métiers et des artisans) : » Dans cette classe sont « compris les constructeurs de navires « et les hommes qui les montent, « c'est-à-dire ceux qui naviguent sur « les fleuves du pays. » Ne devonsnous pas conclure de ce passage, qu'autant du moins qu* Arrien a pu le savoir, il n'y avait pas d'Indous employés à la navigation maritime?
Le second auteur, par ordre chronologique , qui jette quelque lumière sur le commerce de l'Inde , c'est Agatharchide, cité par Diodore et Photius.
Il vivait au IF siècle avant J. C., et semble n'avoir eu connaissance que du commerce qui se faisait entre l'Égypte et l'Arabie méridionale. Cependant il cite la cannelle et la cassia jnea parmi d'autres articles importa en Arabie de l'étranger; et de plus, il dit expressément » qu il vient chaque année des navires de l'Inde dans les ports de Sa béa , » le moderne Yémen.
Autant que nous en pouvons juger par cet auteur, nous conclurions que ce commerce se faisait exclusivement par les Arabes.
C'est seulement à dater du premier siècle après J. C. que nous avons des renseignements précis sur la manière dont se faisait ce commerce , sur les denrées qui l'alimentaient. Ces renseignements se trou vent dans le Périple de la mer Erythréenne, l'œuvre d'un navigateur expérimenté , et qui connaissait parfaitement cette mer. Il décrit toute la côte de la mer Rouge, celle de l'Arabie méridionale et celle de l'Inde, depuis l'embouchure de flndus jusqu'au cap Comorin , et même jusqu'à un point assez élevé delà côte de Coromandel. Il explique parfaitement la nature du commerce qui se faisait dans ces limites , et même en dehors d'elles. D'après cet auteur, il pa-
rattque, presque jusqu'à son temps, les navires qui venaient de l'Inde allaient d'abord chercher l'entrée du golfe Persique, puis suivaient la côte de l'Arabie jusqu'à la mer Rouge ; c'était depuis peu de temps seulement que les Grecs d'Égypte, sinon tous les narrateurs, avaient osé quitter la côte en sortant de la mer Rouge, pour marcher droit à travers l'Océan sur la côte de Malabar.
Le commerce qui se faisait par cette route était très -considérable ; mais il semble qu'il était fait exclusivement par les Grecs et les Arabes. L'Arabie est décrite par l'auteur comme un pays admirablement riche en pilotes , en matelots, en personnes au fait des affaires commerciales; mais il n'en dit pas autant des lndous , il ne parle pas une fois d'eux comme navigateurs ; et d'Indous qui soient sortis de leur pays, il cite seulement ceux qui , avec les Grecs et lesArabes, formaient une population mélangée, et établie sur une 'le à l'embouchure de la mer Rouge; Socotra probablement. 11 est si vrai que les Arabes étaient les facteurs du commerce de l'Inde, qu'au temps de Pline on les voit établis sur les côtes occidentales de Ceylan et du Malabar.
Dans le même document (le Périple) ta lndous sont représentés comme faisant un commerce très-actif sur leurs propres côtes. Sur l'Indus, des bateaux recevaient les cargaisons des navires que leur trop grand tirant d'eau empêchait de franchir la barre du fleuve. Des bateaux pêcheurs stationnaient à l'ouverture du golfe de Cambaye pour piloter les bâtiments aux ports de Barygaza et Barouch, où alors comme aujourd'hui rentrée était très-difficile , à cause de grands bancs de vase et de la violence des marées. Depuis Barouch, en se dirigeant au sud, toute la côte est remplie de ports que l'auteur désigne sous le nom d'entrepôts du commerce local , centres d'un cabotage très-actif. C'est seulement quand il est passé à l'est du cap Comorin, qu'il parle des grands navires qui traversaient le golfe du Bengal pour se rendre aux embou-
chures du Gange ou à Chrysa, qui doit écreou Sumatra, ou la péninsule de Malacca. Ce fait concorde parfaitement avec ce que disent les auteurs orientaux des habitants du Coromandel , les premiers navigateurs de l'Inde et les plus entreprenants. Il est probable, eu é^ard a la naturedu pays, qu'au temps ou Néarque vit si peu de commerce sur l'Inius, le Gange était couvert de bateaux comme il l'est aujourd'hui , et comme le nombre des royaumes riches et civilisés qu'il arrosait nous donne lieu de le supposer. Les produits fournis par une contrée si riche et si étendue devaient être fort demandés par le Deccan, moins fertile et moins avancé; et, comme les communications entre ce pays et les rives du Gange étaient interrompues par des forets impénétrables et oes peuplades encore plus pillardes que celles qui leur ont succédé, le commerce devait naturellement s'établir par le golfe du Bengal, sur lequel, sans jamais perdre la terre de vue, on était à couvert contre les entreprises des habitants des côtes.
Quoi qu'il en soit , et quel que soit le motif qui donna l'impulsion aux habitants de la côte de Coromandel, ce sont les premiers des lndous qui osèrent s'aventurer en pleine mer. Les chroni-
3 ues javanaises parlent très-clairement 'une émigration nombreuse d'Indous
3 ni, partis deClinga (Calinga), vinrent ébarquer dans l'île, civilisèrent ses habitants, et marquèrent la date de leur arrivée par la fondation d'une ère nouvelle suivant laquelle on compte encore à Java, et dont la première année tombe précisément en l'an 55 avant J. C La véritéde ce récit est confirmée de la manière la plus nositive par les nombreuses et magnifiques ruines de monuments indousqu'on voitencore à Java, comme aussi par ce fait que, bien que la langue vulgaire de Java soit le malais, la langue sacrée, celle des compositions historiques et poétiques, et de la plupart des inscriptions, est un dialecte dérivé du sanscrit. La date de cette émigration est encore jusqu'à un certain point confirmée par le récit du pèlerin chinois dont nous
L'UNIVERS
avons déjà parlé. Il visita l'Inde à la fin du IV« siècle; et, à son retour par mer, il s'embarqua sur le Gange pour Ceylan, passade là à Java, toujours sur des navires équipés de matelots professant la religion des Brahmanes; et il trouva l'île de Java entièrement peuplée d'Indous. Le Brahmanisme fut depuis remplacé à Java par le Bouddhisme; mais la domination des Indous y dura jusqu'au XIVe siècle, pour être alors renversée par les prosélytes
3ue les Arabes avaient fait dans le pays ès le siècle précédent. L'ile de BJdi , à l'est de Java, est encore habitée par une population indoue; physiquement, elle a les traits des Tartares ou des Malais; mais elle prétend être issue des quatre castes indoues. Il n'est
fias rigoureusement impossible, malgré 'apparence de la physionomie, qu'il en soit ainsi; cependant cette descendance est plus probablement encore une tiction, comme celle encore bien plus audaeieuse des poètes javanais, qui ont transporté dans leur île tout le poème du Maha* Blidrata, avec toutes les villes, les rois et les héros de la Djamna et du Gange.
Les récits des voyageurs postérieurs à l'auteur du Périple parlent d'un commerce très-eonsiderable qui se fai- , sait dans l'Inde; mais ils ne nous disent pas la part que les Indous prenaient à ce commerce : faut-il considérer leur silence à cet égard comme une indication négative de l'état des choses?
En effet, tandis qu'ils nous citent les navires arabes et chinois comme ceux qui peuplaient les ports de l'Inde, ils ne parlent pas une seule fois d'un voyage exécuté par un navire appartenant a ce pays.
Marco Polo signale sur la côte du Malabar l'existence de pirates qui y croisaient pendant tout Tête; mais il semble, en lisant attentivement tout le passage, que ces pirates se tenaient tout simplement à l'ancre le long de la côte, y attendant tranquillement leur proie au mouillage. Lorsque Vasco de Gama débarqua sur la cote du Malabar, le commerce y était exclusivement dans les mains des Mau-
res; et c'est la jalousie des Maures qui lui suscita, à lui et à ses successeurs, presque tous les obstacles contre lesquels ils eurent à lutter.
Les exportations pour l'Égypte étaient composées, au temps de l'auteur du Périple, comme elles le sont encore aujourd'hui, de tissus de coton, de mousselines, d • soieries, de fils de soie, d'indigo et autres teintures, de cannelle et autres épices, de sucre, de diamants, de perles, d'émeraudes , d'acier, de drogues, de parfums, et aussi d'esclaves du sexe féminin.
On importait alors des tissus (de laine probablement), du cuivre, de I'étain, du plomb, du corail, du verre, de l'antimoine, quelques parfums inconnus dans I Inde, des vins (ceux d'Italie avaient la préférence), euGn une grande quantité d'espèces.
On sait les admirables facilités que le Ganije et ses nombreux affluents offrent aux transports; mais comme des autres cours d'eau de la péninsule il en est très-peu qui soient navigables à quel» que distance de la mer, le commerce intérieur a toujours dû, au moins pour la plus grande partie, se faire par terre. Les bœufs ont dd être les animaux employés en plus grand nombre pour les transports; cependant, comme il semble que, depuis la plus haute antiquité jusqu'au temps des Mogols, les routes étaient entretenues avec un soin particulier parle gouvernement, il est probable que les voilures étaient beaucoup plus communes qu'elles n'ont ete depuis la conquête par les musulmans.
8 XV. Mœurs, cou lu mes, caractère d« Indous.
La péninsule indienne, composée du Decean et de l'Indoustan, est aussi grande en superficie que l'Europe, moins la Russie et les pavs situés au nord de la mer Baltique, bix nations différentes sont répandues sur cette superficie; dix nations différentes les unes des autres par les mœurs et les langues, autant que les nations de l'Eu* rope diffèrent entre elles sous ces rapports.
Entre ces nations, on ooserve aussi le même degré de ressemblance générale qu'entre les nations dont se compose la chrétienté; et celle-ci est si forte, qu'un ludou ne saurait distinguer un Anglais d'un Italien. De même, les Européens n'apprennent que par une longue habitude à faire la distinction entre les nations les plus différentes de Tlude.
La plus grande différence est celle qui sépare les habitants de l'Indoustandeceux du Deccan.
Les parties par lesquelles les deux grandes divisions de la Péninsule sont vohines Tune de l'autre , offrent naturellement beaucoup de traits effacés et de grands points de ressemblance; nuis, aux extrémités nord et sud, les langues n'ont plus de point de r.ipport que la communauté de leur origine, dérivée du sanscrit. Les sectes religieuses sont différentes, comme aussi l'architecture, la manière de s'habiller, les traits de la physionomie. Les peupin du nord sont grands, et ont le teint clair; ceux du midi sont petits et noirs. Les gens du nord se nourrissent surtoutde froment ; ceux du sud.
de râgni (cynosurus coracanus ) . espèce de grain aussi inconnue dans le reste de l'Inde qu'en Europe.
Quelques-unes de ces disparates vieunent de la diversité des époques auxquelles ces régions ont été conquises ou occupées d'abord par les Branmanes,etensuite parles musulmans; la plupart viennent de la différence des lieux . du climat, et peut-être des races. Ainsi le Bengal et l'Inde gangétique sont des contrées limitrophes qui ont dû être de bonne heure soumises 3m mêmes lois et au même gouvernement; mais le Bcugal est humide, sujet aux inondations, et à tous les caractères d'un sol d'alluvion , tandis que flndoustan, bien que fertile, est comparativement sec, sous les deux rapports du sol et du climat. Ces différences, en nécessitant des habitudes 'Perses , ont pu finir par produire de çrandes dissemblances dans les peuples : cependant la communauté d'oli'lne de leurs langues empêche , dans
ce cas, de soupçonner aucune diffé* renée de race.
Quelle que soit la cause qui l'ait produit, le contraste est tres-frappant.
Les Indoustanisdu Gange sont les plus grands , les plus blancs, les plus guerriers et les plus énergiques de tous les Indous. Us portent le turban, et un costume qui rappelle celui des mahométans : leurs maisons sont couvertes en tuiles et réunies en gros villages, au milieu des plaines; ils se nourrissent de pain de froment non levé.
L?s Bengalis au contraire, quoique de bonne mine, sont petits, noirs et mous d'apparence, remarquables par leur timidité et leurs superstitions, comme par leur finesse et leur esprit de ruse. Leurs villages se composent de maisons à toitures de chaumes , répandues au milieu de bois de bambous et de palmiers : leur costume est l'ancien costume indien, avec une ceinture autour de la taille et une écharpe passée sur l'épaule. Ils ont la coutume, inconnue dans l'Indoustan, de se frotter d'huile après le bain; ce qui rend leur peau luisante, et les protège contre les effets de leur humide climat.
Ils se nourrissent presque exclusivement de ri/.; et , bien qu'entre les deux dialectes il y ait moins de différence qu'entre l'ângl.iis et l'allemand, le Bengali est inintelligible pour un Indoustani,et réciproquement.
Kt cependant ces deux populations se ressemblent à un tel point par leur religion, par toutes les habitudes et les coutumes qui en résultent, par leurs idées de gouvernement, par leurs cérémonies et leur manière de vivre, qu'un Européen, qui n'a pas appris par l'expérience à les distinguer, peut passer la frontière qui les sépare sans pouvoir remarquer aucun changement autour de lui.
Nous ne pouvons indiquer toutes ces différences, et nous devons nous en tenirseulement aux généralités communes à toutes les populations de l'Inde.
Malgré le nombre des grandes villes, la plus grande partie de la population est agricole. Les cultivateurs vivent
réunis dans des villages, allant travailler aux champs chaque matin, et retournant chaque soir au village avec leurs animaux.
Les villages sont très-différents, selon les diverses contrées : ici, ils sont ceints de murailles assez fortes pour opposer une résistance de quelques jours aux troupes légères d une armée ennemie, à leurs voisins, et quelquefois aussi aux officiers du gouvernement. Ailleurs ils sont complètement ouverts, ou seulement fermés par une haie, pour empêcher le bétail de sortir pendant la nuit.
Nous avons dit le contraste que présentent les maisons du Bengal et celles de flndoustan. Celles du Bengal, avec leurs jolis toits de chaume et leurs murs de bambous, sont, de toute l'Inde , celles qui ont la meilleure apparence.
Celles de l'Indoustan sont couvertes en tuiles, avec des murs de terre ou de briques cuites au soleil : bien que ce soient des habitations commodes, elles ne sont pas aussi gracieuses aux reards. Les huttes de terre ou de pierre u Deccan, avec leurs toits en terrasse, ressemblent à des ruines ; aussi, les villages de ce pays sont-ils ceux qui ont le moins bon air. Plus au sud, si les matériaux de construction sont les mêmes, du moins l'exécution est beaucoup meilleure; et les murs peints, en larges bandes perpendiculaires, de rouge et de blanc, donnent aux villages un aspect de propreté charmant.
Chaque village a son bazar divisé en boutiques pour la vente des grains, du tabac, des vivres, des étoffes, etc. Chacun a son jour de marché , ses foires et ses fêtes annuelles; et chacun, ou du moins presque tous, ont un temple, et une maison destinée au logement 'des étrangers. Tous les villages font des distributions régulières de vivres aux mendiants religieux; une contribution locale fait les frais de ces charités, comme aussi des autres dépenses communales , parmi lesquelles on comprend les fêtes publiques. La maison destinée aux étrangers contient quelquefois une petite chapelle, et sert
presque toujours de maison commune .
Toutefois, c'est ordinairement à l'ombre de quelques vieux arbres consacrés par la tradition, que les chefs de la commune se rassemblent pour y délibérer sur les affaires publiques. D'ailleurs ils n'ont jamais besoin, pour tenir leur consed, ni de bancs, ni de tables.
Manière de vivre des gens de la campagne. — Dans les maisons , on ne voit pour tous meubles qu'une natte où l'on s'asseoit, quelques vases de terre ou de cuivre, des assiettes, un moulin à bras , un mortier, une plaque de fer sur laquelle on cuit le pain, etr Le lit, qui se fait sans couvertures ni rideaux, se redresse le long du mur pendant le jour; la cuisine se fait sous un hangar, et toujours en dehors ; ces maisons, quoique de pauvre apparence, sont à l'intérieur propres et bien tenues.
On voit à peine quelques meubles de plus dans les maisons des plus riches habitants du village: ce qui les distingue , c'est qu'elles ont deux étages et une cour.
La condition des gens de la campagne n'est généralement pas heureuse.
Presque tous sont obligés, pour payer leurs fermages, d'emprunter de l'argent, et à de tels intérêts, qu'ils ne peuvent jamais se libérer de leurs dettes.
D'ailleurs, ils sont la plupart si imprévoyants, que, s'il leur arrive de se mettre à jour, ils ne songent jamais à mettre de l'argent de coté pour les payements qu'ils auront à faire, et bientôt ils retombent dans les mains des usuriers. On en voit cependant quelques-uns, mais c'est très-rare, qui savent faire des économies et achètent des terres. Les villages sont très-souvent troublés par des factions contre l'autorité du chef, ou tourmentés par sa tyrannie et celle du gouvernement.
Les cultivateurs indous sont très-processifs, et en général ils ont plus d*» procès entre eux que les personnes de la même classe en Europe. D'un autre côté les violences, quelles qu'elles soient, sont extrêmement rares; l'ivrognerie est un vice presque inconnu; et, à tout
prendre, les gens de la campagne sont remarquablement tranquilles, se conduisent bien, et, sauf le rapport financier, ils sont contents et heureux.
Le cultivateur se lève à l'aube du jour, fait ses ablutions et ses prières; puis il sort avec ses animaux pour aller à ses champs, quelquefois trèseloignés de sa maison. Après une heure ou deux de travail, il déjeune avec quelques débris de son souper de la veille, et reprend son travail jusqu'à midi. Alors sa femme vient lui apporter son dîner; il le mange près dune source, au pied d'un arbre; cause avec sa femme, ou dort jusqu'à deux heures. Pendant ce temps ses animaux paissent et se reposent. De deux heures jusqu'au coucher du soleil il reprend sou travail ; puis il ramène ses bétesau village, leur donne la provende, se baigne, soupe, fume, et passe le reste de la soirée avec sa femme , ses enfants, ses voisins. Les femmes font la provision d'eau , moudent le grain , font la cuisine, etc., pourvoient à tous les soins intérieurs du ménage.
Des villes. — Les villes de l'Inde se composent de maisons construites en grandes briques ou en pierre, avec quelques fenêtres petites et élevées, donnant sur des rues très-étroites, pavées (si l'on peut appeler cela du pavage de grandes dalles de pierre brute.
Ces rues sont encombrées par une foule toujours en mouvement, par des processions, des palanquins, des voitures attelées de bœufs : on y est Coudoyé par les péons ou domestiques de pied des grands personnages , qui suivent leur maître en courant, par les religieux mendiants , par les soldats qui ne sont pas de service. On est obligé d'y céder le pas aux bœufs sacrés , qu'on ne peut ni déranger, ni empêcher de venir manger les grains exposés en vente.
Les boutiques oui attirent le plus l'attention sont celles des confiseurs, des fruitiers, des marchands de grains, des chaudronniers, des droguistes, des débitants de tabac : les marchands de toiles, de châles et autres étoffes, tiennent leurs marchandises pliées lu dc
en pièces; ceux qui trafiquent des métaux précieux ne les exposent pas aux regards du public. Les boutiques sont complètement ouvertes du côté de la rue. C'est souvent un balcon, un perrou qui avance sur la voie publique. Les acheteurs restent debout dans la rue , même pour conclure leurs marchés.
Les villes sont le plus généralement ceiutes de murailles et capables de défense.
Elles n'ont pas, comme les villages, des chefs et des officiers municipaux héréditaires : c'est un agent du gouvernement qui les administre , avec le secours de quelques hommes chargés de la police et de la reutrée de l'impôt. Pour faciliter le service de la police, elles sont divisées en quartiers. Chaque caste a son chef élu, qui est son intermédiaire naturel avec le gouvernement. Cette division des castes , qui correspondent presque toujours à des métiers, en tait de véritables corporations industrielles et commerciales.
Les principaux habitants sont les banquiers, les marchands, et les agents du gouvernement.
Les banquiers et les marchands font à la fois le trafic des denrées et la banque, et de plus ils afferment les impôts. Ils y font de grands profits, et ordinairement sans beaucoup de risques. Ils prêtent de l'argent à des intérêts exorbitants et composés, de telle sorte que la liquidation d'une dette est toujours une affaire qui se termine par un compromis, dans lequel le préteur sacrifie toujours une bonne partie de ses prétentions, et cependant se réserve encore un profit énorme. Les marchands vivent frugalement et sans luxe; mais souvent on leur voit dépenser des sommes considérables, pour de certaines fêtes dc famille ou des travaux d'utilité publique.
Nous aurons occasion dc parler des grands personnages qui représentent le gouvernement; mais dès à présent nous devons dire quelques mots de l'innombrable multitude de com-
mis , d'écrivains et d'agents inférieurs de toute espèce qui composent une partie de la population des villes. Nonseulement chaque service entretient un certain nombre de ces gens , mais chaque délai! de ce service, si petit qu'il soit, doit avoir son préposé, son commis spécial. Ainsi, à chaque compagnie de soldats il faut son comptable; sans cela elle ne serait pas complète. Chaque personnage (s;ms parler de ceux qu'il entretient pour le service public) a ses comptables de la cuisine, de Técurie, de la fauconnerie, etc.
Ce sont ceux qui servent d'intermédiaire dans les affaires ou dans les relations de civilité; le plus grand nombre d'entre eux sont très-peu occupés; aussi deviennent-ils les agents empresses de tous les complots et do toutes les intrigues.
f ivres et Repas, — Les gens de la ville comme ceux de la campagne se nourrissent principalement de pain non levé, de végétaux, d'huile ou de beurre clarifié , et d'épices. Le tabac est presque la seule consommation de luxe qu'ils se permettent. Il en est qui fument des drogues enivrantes; mais ce sont seulement les gens des dernières castes qui s'enivrent avec des spiritueux; encore est-ce fort rare. On ne voit d'exemples d'ivresse que dans les pays humides, comme le Bengal , les Concans , et quelques parties du sud de l'Inde. L'ivrognerie augmente sur le territoire gouverné directement par l'Angleterre, où la fabrication et le débit des spiritueux sont permis moyennant une taxe ; mais c'est un vice si peu naturel aux In»
dous, que la prohibition absolue de ce commerce, dans la plupart des États gouvernés par des princes indigènes, semble presque une précaution superflue. L'opium, dont on use avec excès dans l'ouest de l'Indoustan, est une consommation particulière aux Radjpoutes , et inconnue aux classes inférieures. Tout le monde mâche le bétel (feuille aromatique astringente) , et ta noix d'arec, mélangée d'une chaux particulière extraite de coquillages et de
diverses épices, selon les moyens des consommateurs. Quelques espèces de fruits sont communes, et à très-bon marché.
Les hautes classes, du moins les Brahmanes, vivent à peu près de la même façon ; il n'y a de différence que dans la variété dés végétaux et des épices.
L'assa faetida est un assaisonnement très-recherché, qui donne à quelquesuns de leurs mets un peu du goût et de la saveur de la viande. Les précautions qu'on prend pour ne jamais manger dans des plats ou sur des ta pis rendus impurs, parce qu'ils auraient servi à des gens d'autres castes, ont donné naissance à quelques coutumes curieuses. Dans un grand dîner donné par un Brahmane et où l'on place , devant chaque convive vingt ou trente mets ou sauces , on les sert dans des plats faits avec des feuilles d'arbres ; on les sert sur le plancher nu , qui, en guise de nappe, est décoré à distance, devant chaque convive , de fleurs et d'ornements dessines très habilement avec du sable de toutes les couleurs, et qu'on balaye après le repas. Les castes inférieures mangent de la viande, et sont un peu moins scrupuleuses à l'endroit de lo vaisselle , surtout de la vaisselle de métal , qu'on peut toujours puritier par le lavage. Cependant la différence des castes empêche toutes les classes d'avoir ensemble de véritables rapports de société. Le soldat , comme tout individu éloigné de sa famille, fait cuire lui-même son dîner, ne le partage avec personne, et ne connaît des plaisirs de la table que la grossière satis laction de l'appétit . Tous mangent avec les doigts, et ne manquent jamais de se laver les mains avant et après les repas.
Jeux et parties de plaisir. — Les Indous connaissent le jeu d'échecs , une espèce de trictrac, les cartes, qui sont ordinairement rondes, et où les images des dieux remplacent nos rois , dames , etc. ; cependant leur plaisir favori , dans l'intérieur des maisons, c'est d'écouter un chant monotone, accompagné de lents mou4
vements du corps, qu'on peut a peine appeler une danse. Les attitudes sont gracieuses, et les chants, pour être monotones, ne sont pas sans charme ; mais, après tout, c'est un plaisir bien monotone : aussi est- on étonné de voir combien il est généralement goûté , surtout par les gens des classes inférieures, qui quelquefois passent debout, des nuits entières , dans la contemplation de ces scènes, éternellement répétées.
Ces parties de plaisir , quand elles se passent dans l'intérieur des maisons, sont souvent éclairées aujourd'hui par des chandeliers de fabrique européenne; mais le mode d'éclairage classique, ce sont des torches tenues par des hommes, qui entretiennent la flamme avec l'huile d'une petite bouteille faite pour cet usage. A l'ordinaire, on se sert dans l'intérieur de lampes en terre ou en métal.
Cérémonial. — Dans les maisons des riches, les portières sont garnies de lourds rideaux en soie ; et les portes, ainsi que toutes les boiseries des appartements, sont sculptées. Le plancher est recouvert, dans toute son étendue, d'un épais tapis de coton, sur lequel on étend, pour s'asseoir, une pièce d'étoffe blanche : il n'y a pas d'autres meubles. Les es aux s'asseoient l'un visa-ris de l'autre , au bas du salon de réception, c'est-à-dire du côté de la porte. Un prince ou un grand personnage l'asseoit dans le haut de la pièce , à égale distance des deux angles , à une place un peu plus élevée que les autres, au moyen d'un coussin peu épais Que recouvre un petit tapis de soie brodée. Cest là, avec un dais élevé, rond, et fait d'étoffes brodées , ce qu'on appelle le masnadou gâdi, et ce qui sert détrône aux souverains qui n'ont pas le rang de rois.
L'étiquette est très-rigoureuse. On raao-devantd'une personne de distinction à un mille ou deux en dehors de la ville. Le visiteur est reçu , selon son f >ng , ou à la porte de la maison ou à celle du salon ; ou bien encore on se k*e seulement de son siège pour le recevoir. Des amis qui ne se sont pas vus
depuis longtemps s'embrassent. On salue les Brahmanes en joignant les paumes des mains , et les élevant deux ou trois fois à la hauteur du front : pour les autres, ou fait seulement lesalam musulman, en portant la main sur le cœur d'abord, puis à la bouche et au front. Les Brahmanes ont une formule particulière pour se saluer entre eux. Les autres Indous , quand ils se rencontrent , répètent deux fois le nom de Râma. On met le plus grand soin à faire asseoir les visiteurs selon leurs rangs ; ce qui, dans les grandes occasions , donne quelquefois lieu à de longues négociations préliminaires. Les Indous de haut rang se font remarquer par leur politesse envers les inférieurs; en général, ils leur adressent la parole sur un ton poli ou familier, et rarement, presque jamais ils ne se laissent aller à des expressions dures ou injurieuses.
Les gens des classes inférieures dé»
ploieot une grande courtoisie dans leurs rapports mutuels ; mais quand ils sont irrités, ils ne sont pas toujours très-scrupuleux sur le choix de leurs expressions.
Toutes les visites se terminent quand le maître de la maison présente à son hôte la feuille de bétel et la noix d'arec ; en même temps il lui verse sur son mouchoir de l'essence de roses ou quelque autre parfum, et il asperge ses habits d'eau de rose : c'est dire qu'il faut prendre congé.
Dans les premières entrevues , dans les fêtes, on présente à ses hôtes des pièces de chn les et d'étoffes, des colliers de perles, des bracelets, etc.; quelquefois même un cheval ou un éléphant, quand visiteurs et visités sont de grands personnages. Cette coutume doit être assez ancienne ; car ou voit souvent dans les anciens drames des présents de bracelets, de diamants, offerts à l'occasion de visites.
On fait des cadeaux du même genre aux serviteurs dont on est content , aux soldats qui se sont distingués, aux poètes , aux savants : ils pieuvent sur les chanteuses et les danseu- , ses.
L'UNIVERS
Dans les visites de cérémonie , on laisse parler les principaux personnages, les autres se taisent; mais dans les autres occasions la conversation est générale et très-animée. Les manières des Indous sont polies , et leurs façons de parler obséquieuses. Ils ne tarissent pas de compliments et d'expressions d'humilité, même en parlant a leurs égaux, et lorsqu'ils n'ont aucun intérêt en vue. Ils montrent peu de désir de s'instruire, ou d'étendre leurs pensées au delà de la sphère ordinaire de leurs habitudes. Mais , dans ce cercle restreint, leur conversation est fine et intelligente, souvent mêlée d'observations spirituelles et satiriques.
Les gens riches se lèvent à la même heure que les autres, ou à peine un peu
Idus tard ; ils font leurs dévotions dans es chapelles particulières de leurs maisons, puis vaquent à leurs affaires, se baignent, dî nent, et dorment. A deux ou trois heures ils s'habillent, et se montrent dans leurs appartements publics, où ils reçoivent des visites et expédient des affaires jusqu'à une heure assez avancée de la soirée. Il y en a qui font faire chez eux de la musique assez tard dans la nuit , mais ce sont des exceptions; et, en général, une ville indienne est parfaitement calme et silencieuse après le coucher du soleil.
Outre les occasions assez rares, telles que les mariages, les naissances, etc., on donne encore de grandes fêtes à de certains jours consacrés, et quelquefois aussi en témoignage de considération particulière pour un ami. Ces fêtes commencent par un dîner; mais la partie essentielle , ce sont les danses et les chants, variés quelquefois par les exercices des jongleurs ou les plaisanteries des bouffons : pendant ce temps, l'encens brûle , les hôtes sont couverts de guirlandes de fleurs , etc. Les cadeaux , comme nous venons de le dire , font partie essentielle de ces fêtes.
Dans les cours, il y a des jours marqués où tous les grands viennent présenter leurs hommages aux princes :
à ces réceptions la foule est toujours considérable.
Chacun vient à son tour faire son salut au prince, et lui présenter son Nazzer ou cadeau , composé de quel-
3ues pièces de monnaie, qu'ilest d'usage 'offrir aux supérieurs dans toutes les grandes occasions. La somme se règle sur le rang de celui qui fait l'offrande. Le moins qu'on donne en général, c'est une roupie; cependant les pauvres gens offrent quelquefois une simple fleur, et les petits débitants un des objets de leur commerce. Le plus souvent on donne un habit en retour, et la valeur de cet habit n'est pas inférieure à celle des Nazzers. Le nazzer le plus considérable est , conformément à l'étiquette, de cent ashrefis (de deux mille cinq cents à trois mille francs); cependant il y a des exemples de gens qui ont offert des bijoux du plus grand prix; et il n'est pas rare, lorsqu'un prince veut bien rendre visite à une personne d'un rang inférieur, que celle-ci lui fasse établir un masnad avec des sacs qui contiennentjusqu'à cent mille roupies (deux cent cinquante mille francs), et sont compris dans te nazzer. Disons toutefois que cette coutume ne semble pas d'origine indienne.
Dans les fêtes religieuses, on pré-
ftare une grande salle en l'honneur de a divinité du jour : son image, parée de riches ornements et entourée de balustrades dorées, occupe le centre de l'appartement; les princes et leurs suites, vêtus d'habits magniOques, couverts de bijoux, se rangent sur l'un des côtés de la salle, comme s'ils étaient les botes de ladivinitéouses serviteurs. Le reste de la cérémonie se passe comme dans les réceptions ordinaires. Les chants ont peut-être une signiticatiou religieuse; mais l'encens, les guirlandes de heurs et les présents, tout est comme dans les visites habituelles; il n'y a pas Jusqu'au bétel et à l'essence de rose qu'on apporte de la part de l'idole, et qu'on distribue à ceux qui lui ont fait 1 honneur d'une visite.
La plus remarquable de ces cérémonies religieuses, c'est, sans contredit, celle qui est instituée en commémoration de la prise de Lanka par Râroa, et se célèbre naturellement en plein air.
Lanka est représenté par un grand château avec ses tours et ses bastions, que vient attaquer une armée de gens vêtus du costume traditionnel de Rima et de ses soldats, appuyés par une armée de singes que leur chef Hanouinàn conduit au combat. La bataille se termine par la prise de Lanka , éclairée de feux d'artifices qu'on admirerait en tout pays , et par une procession triomphale exécutée avec une magnificence digned'une meilleure occasion.
Cette fête se célèbre d'une autre façon, et peut-être avec plus de splendeur encore, chez les Mahrattes. C'est toujours ce jour- là qu'ils commencent leurs opérations militaires; et l'épisode particulier qu'ils célèbrent, c'est celui oùRàma, après avoir accompli ses dévotions et s'être emparé d'un rameau d'un certain arbre, gage assuré de la victoire, se met eu marche avec son armée.
Dans une plaine ouverte, près du camp ou de la ville, on plante un arbre de l'espèce consacrée par la tradition; et toute l'infanterie, avec la cavalerie et l'artillerie, se rangent sur deux lignes formant la haie sur le chemin qui conduit à l'arbre consacré. Le reste de l'espace est rempli d'une foule innombrable de spectateurs. Le cortège, quoique moins uniforme et moins régulier que celui des princes mahométaos, est cependant un des plus beaux qui se puisse voir dans l'Inde. Le prince avance sur son éléphant, précédé d etendards, de gens armés de verges d'or et d'argent, et d'une phalange d'hommes portant des piques de quinze ou seize pieds de long. A ses côtes on voit sa noblesse et les chefs militaires de son royaume montés sur des chevaux magnifiquement caparaçonnés, vêtus euxmêmes de riches habits, et accompagnés d'hommes choisis pour leur mine guerrière. Derrière eux suivent de longues files d'éléphants, avec leurs housses qui balayent la terre : ceux-ci portant des étendards gigantesques, couverts d'or et de broderies; ceux-là portant des hôdahs ouverts ou fermés, argentés ou dorés. Tout autour des
éléphants et derrière eux se développe un nuaçe de cavalerie faisant briller au soleil ses riches costumes, abandonnant au vent ses écharpes de brocart d'or, emportant une forêt de lances et de bannières. Ceux qui sont sur les flancs font des pointes en dehors des rangs, pour y rentrer après avoir accompli les plus brillantes évolutions de la fantasia des Arabes : tous se lancent au galop , se mêlent, se séparent, se réunissent, semblent se choquer comme les flots de la mer, offrant un des spectacles les plus animés et les plus magnifiques qu'on puisse voir même dans ce pays de magnificence barbare. Quand le prince approche du but, on tire le canon , l'infanterie fait des décharges multipliées, le cortège semble redoubler de rapidité; on dirait une armée de cavalerie qui charge l'ennemi.
Quand le prince a fait ses dévotions et cueilli le rameau sacré , le canon se fait encore entendre; et à ce signal tout le monde se précipite au galop , chacun cherchant à enlever quelque feuille de l'arbre consacré; nuis quand il est complètement dépouillé, chacun orne son turban d'une branche de feuillage, et échange des félicitations avec ses amis. Un grand darbàr (réception), où se présentent tous les officiers, termine la fête.
Foires pèlèrinages. — Il y a moins degrandeur, mais non moins d'intérêt, dans les foires et fêtes populaires.
Les foires ressemblent beaucoup à celles de l'Europe. C'est pour le même but qu'elles se tiennent ; ce sont des amusements analogues qu'elles offrent aux assistants. Mais ce dont aucune grande assemblée populaire en Europe ne peut donner idée, c'est l'effet produit par la réunion d'un immense concours de peuple vêtu d'habits blancs, avec des écharpes aux couleurs les plus brillantes. Le goût des Indous pour les processions et les grandes démonstrations, la présence de gens couverts d'armes étincelantes , la multitude des drapeaux, donnent encore aux foires indiennes un aspect tout particulier. Les Indous se livrent aux plaisirs
L'UNIVERS
de ces fêtes avec un entraînement incroyable ; chacun d'eux y apporte la volonté innocente de s'amuser autant qu'il le pourra. Elles ont toutes pour prétexte quelque cérémonie religieuse; mais à peine si cette cérémonie enlève un instant au plaisir, à peine si Ton y pense. Dans les pèlerinages, la longue préoccupation du but pour lequel on s'est mis en route, l'exemple des autres pèlerins chantant le nom du dieu, la sainteté du lieu consacré, entretiennent l'esprit des pèlerins dans des sentiments de dévotion plus sérieuse.
Ils ont aussi plus de devoirs religieux à remplir : quelquefois toute rassemblée se joint à eux ; et quand on voit des milliers d'yeux dirigés sur un seul point, quand on entend des milliers de voix proclamer ensemble le mémo nom , c'est un spectacle qui fait impression même sur le spectateur le plus indifférent.
Mais même aux lieux de pèlerinage le sentiment du plaisir est plus fort que celui du zèle religieux; et la plupart des lieux consacrés par Paflluence des visiteurs sont aussi célèbres parmi les champs de foire, où il se traite le plus d'affaires.
Jardins. — En parlant des plaisirs des classes supérieures il ne faut pas oublier leurs iardins,qui, bien quesoumis à une régularité trop grande peut-être, sont quelquefois enchanteurs. Ils sont
Sartagés par de larges allées au milieu esquelles courent de longs et étroits canaux revêtus à l'intérieur de pierre, de stuc même, et aboutissant tous h un centre commun. Chaque côté de l'allée est dessiné par de longues lignes droites de pavots de toutes les couleurs , par des plates-bandes de fleurs dessinées toutes d'une manière uniforme. Les maisons de campagne sont de stuc blanc : un peu moins lourdes, un peu plus élégantes que les maisons des villes, elles ne font pas diversion à la régularité du jardin; néanmoins, il y a toujours quelque chose de riche et d'oriental dans les beaux bouquets d'orangers et de citronniers, dans les bosquets où le noir
cyprès se mêle à des arbres couverts de fleurs , au gracieux et élégant palmier. Dans les chaleurs de l'été, des allées de treillis couverts de vignes impénétrables au soleil, ombragés par les branches de l'arbre qui porte l'arec, offrent de fraîches retraites, bien protégées contre l'ardeur et l'éclat du jour, rendues plus charmantes encore par le murmure des ruisseaux qui arrosent le jardin, par le profond silence et le repos parfait de la nature, assoupie sous les rayons du soleil à raidi.
Il est probable que ce genre de jardins aura été introduit par les musulmans; car les descriptions des anciens poètes ne font pas supposer que jadis les jardins de l'Inde eussent cette apparence de régularité uniforme. Déplus, c'est dans ce goût que sont dessines les jardins des mahométans . ceux d'Is-
Sahan et de Constautinople, ceux que lehemet-Âli n'a pas encore achevés dans son palais de Choubra en Egypte.
Les fleurs et les arbres des jardins de l'Inde ne sont ni choisis avec la recherche, ni entretenus avec ICsoin qu'on y emploie en Europe; et souvent c'est au milieu de la nature inculte qu'on les voit arrivés à leur plus haut point de perfection et de beauté. On voit souvent dans la campagne des bouquets d'antiques mangous , de pipâls, de ha its tamarins, qui, semés, surtout dans le Gouzerat, sur un terrain légèrement ondulé donnent au pays l'aspect d'un parc anglais. Dans d'autres parties, dans le Rohileund , Is plaine, parfaitement unie et admira* Elément fertile, est couverte de beaux bouquets de bois, qui donnent d'abord à la campagne un aspect de prospérité magnilîque, mais qui finissent cependant par fatiguer de leur uniformité.
Dans le Bengal le voyageur erre au milieu d'une plaine immense sans arbres, où il ne voit qu'un éternel tapis de rizières qui se développe devant ses pas. De temps à autre seulement paraissent à l'extrémité de l'horizon d'épais jongles de bambou, qu'il serait tenté de prendre pour le repaire de bétes féroces.
INDK.
Mais quand il ? arrive, n voit que ce n'était qu'uneétroite ceinture de bambous, remplie à l'intérieur de villages richement peuplés, puis quand il en sort la plaine recommence avec la même uniformité, jusqu'au moment où parait encons au loin une nouvelle barrière de bambous, qui indique l'existence de nouveaux villages.
La partie centrale du Decoan se compose d'une mer de petites hauteurs, qui se succèdent quelquefois sur plusieurs centaines de milles, sans montrer autre chose, pendant le printemps, qu'une nappe de vertes moissons assez «levées pour cacher un cavalier; dans ta saison des chaleurs , le pays a toute l'apparence d'un désert, nu, brun, sans un arbre , sans un arbrisseau qui vienne faire diversion au milieu de ce paysage désolé. Ailleurs, surtout dans l'ouest, on reucontrede grands bois, de vieux arbres , tout couverts de plantes grimpantes et aromatiques; celles-ci portautdes (leurs aux plus belles couleurs, celles-là lançant hardiment d'arbre en arbre des branches aussi grosses que la cuisse. Les forêts de Test et du centre sont peuplées d'arbres d'une prodigieuse grandeur , à peu ores inhabitées, à peine traversées par d'étroits sentiers, comme les parties désertes de l'Amérique.
Dans les provinces les mieux cultivées on rencontre souvent, et pendant plusieursjournées de marche, de vastes espaces occupés par des bois de palâs ou de dâk, qui perdent leurs feuilles tu printemps, pour se couvrir de grandes fleurs rouges d'un tel aspect, Qu'on dirait que tout le pays est en foi.
C'est au pied de l'Himalaya que la nature indienne se développe dans toute sa splendeur et sa majesté. C'est an spectacle dont le voyageur le plus froid n'a jamais été témoin sans enthousiasme ; c'est une impression dont le souvenir dure autant que la vie, que rieo ne peut effacer ni même égaler.
LesGbâts occidentaux déploient aussi les charmes particuliers aux pays de montagnes, mais sur une moindre échelle -, toutefois, nous n'avons rien en
Europe, pas même en Grèce; qui puisse leur être comparé.
L'idée que se fait le voyageur de la beauté des Ghâts dépend surtout de la saison où il les a visités. S'il les a vus pendant l'été, découronnés de leur diadème de nuages, dépouillés de leur riche tapis de verdure et de leurs innombrables cascades , alors la hauteur de la montagne ne suffit plus à compenser la stérilité de son aspect; le seul ornement qui lui reste , ce sont les magnifiques forets qui ça et là couvrent ses flancs.
Manières de vivre des gens des villes. — La journée des gens des classes inférieures, dans les villes , se passe à peu près comme celle des cultivateurs, si ce n'est qu'ils vont a leur boutique au lieu d'aller aux champs, et qu'ils vont au bazar pour y chercher de la société et des distractions. Les gens des campagnes ont quelques jeux qu'on pourrait appeler des exercices; mais les plaisirs particuliers des citadins, hors de leurs maisons, se bornent aux foires et aux fêtes.
11 y a quelques fêtes qui sont communes aux gens de toutes les classes, a ceux des villes comme à ceux des campagnes.
La principale peut-être est le kôli, qui se célèbre en I honneur du printemps. Les gens du peuple, surtout les enfants, dansent le soir autour de grands feux de joie, chantant des chansons licencieu>es ou satiriques, et se livrant à tous les mauvais tours qu'ils peuvent inventer contre leurs supérieurs, qui ne s'en fâchent jamais.
ÂJais le plus grand amusement de la fête, c'est de s arroser les uns les autres avec un liquide iauue fort peu agréable, à s'inonder la figure d'une poudre de carmin qu'il est difficile ensuited'effacer. On se lance le liquide avec des seringues; on prépare la poudre sous forme de bjlles, recouvertes eu colle de poisson, pour leur donner de la consistance, mais qui éclatent au contact avec le corps. Les gens de tous les rangs se livrent a ces espiègleries avec enthousiasme; on s'y échauffe, et ordinairement, quand elles se terminent, tout
le monde a été si bien arrosé de liquide et recouvert de poudre, qu'on ne peut plus se reconnaître.
Un premier ministre ne croira pas déroger à sa gravité en invitant un ambassadeur étranger à venir célébrer le hûli dans son palais; et il figurera lui-même dans les épisodes les plus bruyants de la-fête , avec l'ardeur et la vivacité d'un écolier.
11 y a aussi des fêtes locales , ou particulières à une certaine population. De ce nombre est celle où les Marattes s'invitent à venir manger les premiers grains rôtis du liàdjri (holcus spicatus) de l'année. Tout le monde, les gens des villes aussi bien que ceux des campagnes, prennent part à cette féte. Ainsi, par exemple, le Radjade Bérar invite à cette occasion les principaux personnages de sa cour pendant plusieurs jours consécutifs ; on sert d'abord le grain rôti et ensuite un grand banquet aux conviés.
Le Diouâli est une féte géuérale, où tous les temples et toutes les maisons sont illumines avec des guirlandes de verres de couleur qui courent le long des toits , des fenêtres , des corniches, suspendues à des échafaudages de bambous qu'on prépare pour l'occasion.
Benarès, vu du Gange le soir, présente alors un magnifique spectacle. Pendant tout le mois qui ramène cette féte, on allume chaque soir, dans les villages et même dans les maisons particulières, des lampes qu'on élève quelquefois si haut avec des bambous, qu'à première vue on serait tenté de les prendre pour des étoiles qui se couchent à l'horizon.
Le Djannam sishtomi est une féte où des enfants, vêtus dans le costume de Chrishna et de ses bergères, représentent un drame traditionnel, mêlé de chants et de danses de caractère.
Exercices. — Les militaires, c'est-àdire toutes les gens des hautes classes , qui ne sont ni dans la religion ni dans le commerce , aiment avec passion la chasse à cheval. Ils courrent le cerf, le loup, le lièvre, avec des meutes qu'ils emploient aussi contre le sanglier; mais, dans ce cas, ils attaquent eux-
/ERS
mêmes la béte avec l'épieu ou l'épée. Ils chassent le tigre montés sur des éléphants, quelquefois à cheval, et même a pied. Les gens des campagnes se réunissent en corps pour chasser le tigre qui infeste le voisinage; et dans ces occasions, ils se conduisent toujours avec beaucoup de courage et de résolu* tion. Cependant, aussi longtemps que le tigre n'a pas attaqué de créature humaine, les paysans ne vont pas lui chercher querelle.
Les militaires, malgré leur indolence habituelle, sont tous d'excellents et hardis cavaliers. Les Ma rat tes surtout sont célèbres pour leur talent à conduire un cheval et à manier la lance.
Tous ils chaussent rétrier très court, emploient des martingales très-serrées et des mors très-légers, mais aussi trèsénergiques. Leurs chevaux sont toujours bien sur leurs hanches, et sout dressés à tourner sur cul au milieu de la course la plus rapide. On les dresse encore à s'élancer tout à coup de la position du repos, avec une rapidité qui porte le cavalier sur son ennemi avant que celui-ci n'ait eu le temps de se mettre en garde.
Les troupes légères de deux armées indiennes se mêlent et s'attaquent la lance à la main, avec une prudence qui semblerait à des Européens n'être que la courtoisie d'un tournoi. Chacun tourne autour de son adversaire, fait de fausses attaques, a l'air de ne pas vouloir commencer le combat, quoiqu'on soit toujours à portée. On se surveille cependant avec une ardente activité, et malheur à celui qui se découvre! il est aussitôt percé d'un coupde lance, et sa chute prouve quele combat était sérieux.
Lesludous tirent assez bien le fusil à cheval; mais, sous ce rapport, lesmahométans sont leurs maîtres.
Les grands personnages conduisent quelquefois eux-mêmes leurs éléphants; et, pour s'excuser de déroger ainsi à l'étiquette, ils allèguent qu'il faut toujours savoir conduire un éléphant, pour le cas où son guide ordinaire serait tué dans une bataille. Dans les temps antiques, cet art était regardé comme indispensable aux héros.
Costume. — L'habit ordinaire des A est celui que nous avons déjà pour les habitants du Bengal.
celui que portent les Indous oui se eut d'attachement a la fui branma- U se compose de deux longues de cotonnade blanche, dont Tune roule autour des reins , passe entre les jambes et retombe au-dessous du genou; l'autre se porte sur l'épaule ou Hiefois roulée autour de la tète, qui n'est jamais autrement couverte. Les cheveux et la barbe sont rasés; on ne bisse qu'une longue mèche sur le sommet de la tête. Beaucoup d'Indous portait des moustaches, mais jamais les Brahmanes. Sauf dans le Bengal, tous les Indous qui n'affectent pas une grande .ueur de principes portent aujourd'hui la pièce de cotonnade qui leur enveloppe Te corps plus courte , mais plus large; ils mettent par-dessus une tunique de coton , de mousseline , de soie , Huent autour delà taille une ceinture de mousseline de couleur; une wpe passée sur l'épaule et un turbd complètent le costume. On voit • ijourd'hui des Indous qui portent des pantalons larges et flottants comme les musulmans.
Ku lia bit s de fête, on porte une longue robe blanche de mousseline prèstr msparente, et collant sur le corps jusqu'à la ceinture; au-dessous, elle fait impies et d innombrables plis et replis L'écharpe, le turban, les bracelets , les co lliers et quelques autres bijoui complètent le costume.
Condition des femmes. — Le costume des femmes est presque le même •lue celui des hommes; seulement les faix pièces de cotonnades sont plus amples et plus longues, et elles sont de couleurs brillantes aussi bien que blanches. Les deux sexes portent beaucoup de bijoux. On voit aux hommes , wtoeàceuxdes derniers rangs de la société, des pendants d'oreille, des bracelets, des colliers; ils les portent quelquefois comme un moyen d'avoir toujours toute leur fortune sous la main. Il y a des colliers de graines, qui durcissent 3tec le temps et deviennent d'un tresbeaubrun foncé ; d'autres en bois de prix
tourné , qu'on mêle avec des grains d'or ou de corail. Le cou et les jambes sont nus ; mais pour sortir on met des pantoufles brodées, à pointes recourbées, qu'on abandonne pour entrer dans un appartement ou dans un palanquin. Les enfants sont charges d'ornements d'or, qui trop souvent excitent la cupidité des voleurs et coûtent la vie à leurs malheureuses victimes.
Il semble que, dans les temps antiques, les femmes indoues étaient plus réservées qu'aujourd'hui et plus retirées. Les femmes des musulmans sont, comme partout, voilées et séquestrées; mais, chez les Indous , il n'y a que la classe militaire qui ait suivi 1 exemple de ces conquérants.
Cependant les femmes ne sont pas admises dans la société des hommes, et ne sont pas du tout traitées comme leurs égales. Dans les classes inférieures c'est la femme qui fait la cuisine, sert le dîner de son mari, et attend qu'il ait fini avant de commencer elle-même à manger. Lorsque deux personnes de sexe différent se promènent ensemble, l'homme marche le premier et la femme suit, lors même qu il y aurait assez de place pour que tous deux pussent marcher de front. Battre une femme n'est pas chose aussi rare ni aussi honteuse qu'en Europe. Cependant, malgré cette infériorité devant l'étiquette, les affections et la raison rendent aux femmes leur place légitime; leurs maris ont confiance en elles, et les consultent sur toutes leurs affaires ; et, dans l'Inde aussi bien qu'ailleurs , ce ne sont pas toujours les maris qui sont les véritables chefs de la communauté.
De ( esclavage. — Mais un reproche plus réel qu'on peut adresser à la société indienne, c'est qu'elle a sanctionné l'esclavage. L'esclavage domestique , quoique sous une forme trèsdouce, est universel dans l'Inde. Les esclaves sont ou nés dans la maison , ou des enfants vendus par leurs parents en temps de famine, ou enûn des enfants enlevés par les Bandjûrras, tribu de pasteurs errants, qui tout aussi le métier de transporter du grain et des marchandises avec leurs troupeaux.
tSO L'UN
La loi indoue punit bien ce crime, mais il est fort difficile à découvrir.
Les esclaves sont traités exactement comme des domestiques , mieux peutêtre encore , parce qu'on les regarde Comme faisant partie de la famille.
Jamais on ne les vend , et Ton fait peu d'attention à eux ; car il n'y a aucun signe extérieur qui puisse les faire distinguer des gens libres. Mais il faut que l'esclavage produise toujours quelque infarrie. Les petites filles qu'on enlevé se vendent quelquefois à des gens qui les élèvent pour la prostitution ; ou bien , quand il n'en est pas ainsi , elles ont, trop souvent encore, à souffrir de la brutalité de leurs maîtres et de la jalousie de leurs maîtresses.
Il y a des provinces où les gens riches ét les grands ne sont pas les seuls qui possèdent des esclaves; on en voit chez les cultivateurs, où ils sont traités exactement comme les autres membres de la famille. Chez les anciens Indous, la loi de Manou le prouve, il n'y avait pas d'esclaves attachés au sol. Mais, en se répandant vers le sud, il semble que les Indous y ont trouvé l'esclavage de la glèbe. Dans quelques provinces isolées, dans des pays de forêts, on voi t des esclaves attaches au sol, mais attachés si peu durement, qu'ils reçoivent un salaire, et sont en realite assez peu gênés dans la pratique de la liberté. Dans le sud de l'Inde, ils sont attachés à ta terre, et on les vend avec elle. Dans le Malabar, où ils sont plus durement traités que partout ailleurs, on les vend même sans la terre. Le nombre de ces esclaves, tant dans le Malabar que dans l'extrême sud, est diversement estimé ; on dit depuis cent mille jusqu'à quatre cent mille. On en voit encore dans quelques parties du Bengal, du Behar et duGouzerat; cependant leur nombre, par rapport à celui de la population , est parfaitement insignifiant.
Mariage. — Les mariages sont l'occasion d'une foule de cérémonies trèspeu intéressantes. On joint les mainsdes fiancés , et ou les attache ensemble avec un lien fait de gazon sacré. La partie essentielle de la cérémonie , ee sont les
sept pas solennels que fait le fiancé, en répétant à chacun d'eux une prière particulière. Après le septième pas, le mariage est indissoluble. C'est aujourd'hui la seule forme de mariage.
La prohibition si souvent répétée dans le code de Manou, qui internit au père de rien recevoir du mari de sa fille, semble être observée aujourd'hui beaucoup plus strictement qu'au temps du législateur. Le point d'honneur est devenu si scrupuleux à ce sujet, qu'on regarde comme honteux de rien recevoir, même après la mort d'un gendre ou d'un beau-frère.
C'est le futur qui doit venir faire lui-même ses propositions de mariage dans la maison de son beau-père , et c'est là que la cérémonie doit se célébrer. Lors de la visite officielle, l'hospitalité antique reparaît avec ses formes traditionnelles. Ainsi on a encore conserve la coutume de tuer une vache pour l'occasion; seulement, aujourd'hui le futur intercède pour l'animal, qu'on renvoie aussitôt sur sa requête.
Lorsqu'un prince se marie a une fille étrangère, on élève à grands frais un palais provisoire, qui doit représenter la maison du père de la future.
Dans tous les rangs de la société, le cortège qui accompagne la nouvelle mariée, de la maison de son père à celle de son époux, est aussi splendide qu'il est possible.
Dans le Bengal surtout, ces cortèges sont magnifiques; et l'on cite des mariages qui ont coûté plusieurs lacs de roupies(un lac vaut deux cent cinquante mille francs). Les époux sont ordinairement des enfants; la mariée ne doit pas avoir encore I âge de puberté, et, le plus souvent, elle et son mari n'ont pas encore dix ans. Ces mariages si précoces ne sont pas toujours heureux.
Éducation. —Les Indous se distinguent par leur attachement pour leurs jeunes enfants ; mais on voit souvent des querelles et même des procès entre les pères et les (ils parvenus à l'âge viril : les raisons d'intérêt sont la eau** la plus ordinaire de ces discussions
Les enfants des grandes familles fi*
çurtnt dans le monde de très-bonne heurt : habillés comme des hommes, avec de petits sabres au côté, ils s'y conduisent avec tout autant de contenance et même de respect pour l'étiquette que les grandes personnes.
Les enfants des classes inférieures errent dans les rues, se querellent, se battent , se jettent des pierres, et sont beaucoup moins surveillés dans leur liberté que les enfants d'aucun pays de l'Europe. A cet âge ils sont ordinairement très-beaux.
L'éducation des gens du commun M va pas au delà de la lecture, de récriture, et des éléments de l'arithmétique. Dans les villes et même dans la plupart des villages, il y a des écoles entretenues par la rétribution que le maître perçoit sur ses écoliers. On calcule que, dans le sud de l'Inde, les frais d'entretien d'un enfant à l'école sont de dii-buitou vingt francs par an ; mais cette dépense doit être beaucoup moindre dans les autres provinces.
Dam le Ben gai et le Béhar, la rétribution perçue par le maître n'est souvent qu une certaine quantité de grains oo de légumes.
On suit dans ces écoles le système de l'enseignement mutuel par les moniteurs, et l'on prétend que ce système a été importé de l'Inde en Angleterre, où il a paru pour la première fois en Europe.
Le nombre des enfants élevés dans les écoles publiques de la présidence de Madras est de moins d'un sur trois du nombre total; mais, si faible que soit cette proportion, sir Thomas Mimro faut observer, avec raison, qu'elle est plus forte que celle qu'on voyait eu Europe il n'y a pas longtemps encore.
1! est probable que la proportion des ^uliers au nombre total des enfants n'est pas, dans les autres présidences, plus considérable que dans cello de Madras. Les femmes ne reçoivent à peu près aucune éducation.
Il est rare que les gens riches envoient leursenfants à l'école; ils les font tarer dans leurs maisons par des Brahmanes. L'instruction supérieure est gratuite. Les professeurs vivent et en-
tretiennent souvent un certain nombre de leurs disciples sur le produit des contributions volontaires des princes et des gens riches.
Aujourd'hui il n'y a de gens qui sachent quelquechose que les Brahmanes; et eucore leur bagage scientifique estil fort léger.
Les monuments qui nous restent de l'ancienne littérature nous montrent le haut degré de splendeur où elle était parvenue. Sans doute nous manquons de preuves palpables, matérielles, pour établir le fait authentiquement; mais quand on voit trois des quatre castes obligées par la loi à lire et étudier les Védas, ilest probable qu'elles étaient plus instruites qu'elles ne sout maintenant.
Des noms. — Nous devons parler encore des noms indiens, et plus longuement peut-être que le sujet ne semble le mériter au premier abord; mais il est indispensable de l'étudier un peu, si l'on veut apprendre à reconnaître les personnages cités dans l'histoire.
Il y a peu de populations indoues où l'on sache ce que c'est qu'uu nom de famille. Il faut faire cependant une exception pour les M a rat tes, qui, pour les noms de famille et leur transmission, suivent exactement la môme coutume que les Européens. Les Radipoutes ont des noms de clans ou de tribus qui s'appliquent trop généralement, pour qu'on puisse les considérer comme des noms de famille. Il en est de même pour les Brahmanes du nord de l'Inde.
Dans le sud il est d'usage de mettre le nom de la ville ou du lieu habité par l'individu avant son nom propre; ainsi, l'on dit Carpa Candi Râo pour Candi Rào de Carpa. La coutume la plus ordinaire dans les actes authentiques ou les cérémonies légales, c'est, comme dans la plupart des pays asiatiques, d'ajouter le nom du pere à celui du fils ; il est probable que cette coutume a été importée par les conquérants musulmans.
L'Européen qui croirait pouvoir appeler indifféremment une personne
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par l'un de ses noms , ou encore par le premier ou le dernier, s'exposerait à ivétre pas compris ; car il se peut que le premier nom ne soit que celui d'une ville, et le dernier celui du père de l'individu, ou celui de sa caste.
Funérailles. — Les Indous brûlent leurs morts couchés tout au long sur le bûcher; les membres des ordres religieux y sont apportés assis, et les jambes plovées sous le corps. Le mourant près de rendre le dernier soupir est exposé hors de sa maison, sur un lit de gazon sacré. On récite des prières autour de lui ; on le couvre de feuilles de basilic. S'il habite près du Gange, et s'il est possible, on le transporte sur le bord du fleuve sacré. On dit que les gens pour qui cette cérémonie a été accomplie, et qui parviennent à guérir, ne retournent jamais dans leur famille. Il y a des villages, sur les bords du Gange, qui passent pour être habités par des gens ou par les descendants de gens qui ont subi cette épreuve ; cependant, le fait n'est rien moins que prouvé. A près la mort on lave le corps, on le parfume , on le couvre de fleurs, et on le porte aussitôt au bûcher. Dans le sud, le cortège funèbre est précédé
Î>ardes musiciens, et le corps est porté a face découverte, et peinte avec du carmin. Ailleurs, au contraire, le corps est soigneusement recouvert, et il n'v a pas de musique dans le cortège; mais les personnes qui l'accompagnent poussent des cris de douleur.
Le bûcher d'une personne ordinaire a quatre ou cinq pieds de haut ; on le décore de fleurs; on jette dans les flammes du beurre clarilié et des huiles parfumées. Quand les cérémonies et les oblations préliminaires sont achevées, un parent du défunt met le feu au bûcher, puis avec les autres parents il va se purifier dans un cours d'eau voisin, et s'asseoit sur le bord jusqu'à ce que le feu s'éteigne. C'est un triste spectacle de les voir enveloppés dans leurs vêtements mouillés, et les yeux tristement fixés sur le bûcher. Cependant la religion ne leur ordonne pas de mouiller leurs vêtements et de se livrer à leur chagrin; au contraire, elle enjoint de ne point
pleurer, et d'adoucir sa douleur en ré-
fiétant certains versets consacrés des ivres saints.
Les Indous n'élèvent guère de tombeaux qu'aux guerriers qui meurent sur le champ de bataille, et aux veuves qui se brûlent avec leurs maris. Ces tombeaux ont la forme de petits autels carrés.
Les funérailles sont quelquefois l'occasion de dépenses immenses. Un journal de Calcutta racontait, en juin 1824. qu'une famille indoue , sans compter les magnifiques et nombreux présents
au'elle avait faits aux plus distingués es Brahmanes, avait dépensé aux funérailles de son chef la somme incroyable de cinq cent mille roupies (un million deux cent cinquante mille francs), distribuées en aumônes.
Sattis. — On sait que les veuves indoues se brûlent quelquefois sur le bûcher de leurs maris, et que ces victimes s'appellent des Sattis. On ne sait à quelle époque remonte cette barbare coutume. Il n'en est pas question dans le livre de Manou, qui parle toujours de la conduite à tenir par les veuves fidèles et dévouées, comme s'il n'y avait aucun doute qu'elles dussent survivreà leurs maris. Quelques auteurs croient avoir trouvé des allusions à cette coutume dans les livres antiques des Indous, spécialement dans le Rig Véda; mais d'autres auteurs prétendent qu'il n'en est rien. Toujours est-il qu'elle est fort ancienne; car on en voit un exemple cité par Diodore, et qui remonterait à plus de trois cents ans avant J. C. Il se serait présenté dans l'armée d'Eumène. Ce que dit Diodore du droit reconnu à la femme la plus âgéedese sacrifier plutôt que les autres, de la prohibition qui empêche les femmes enceintes de monter sur le bûcher, etc., etc., est trop bien en harmonie avec les institutions des Indous, les cérémonies sont trop exactement décrites par l'auteur grec, pour au'on puisse soupçonner l'authenticité de son récit, et ne pas croire que ce cruel usage était déjà établi dès le temps d'Eumèue.
La cause première de cette barbarie est attribuée par Diodore, comme
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elle Test encore par les missionnaires anglais, à la déplorable condition de la femme qui survit à son mari. Si ce* pendant ce motif était le véritable, les exemples de Sattis seraient sans doute beaucoup plus nombreux qu'ils ne sont ctujourd hui. Il est probable aussi que l'espoir de jouir immédiatement des félicités célestes et d'en faire jouir son mari, que la gloire qui accompagne un si grand sacrifice, viennent encore «citer l'enthousiasme des quelques Tictimes qui osent courir cette terrible épreuve.
On a dit que leurs parents les encourageaient pour hériter de la fortune des Ternes. Ce serait juger trop cruellement (espèce humaine, que de croire a de pareils motifs. Au contraire, il est prouvé que les parents, dans près* aueious, sinon dans tous les cas, font des efforts réels pour dissuader la ▼ietirae. Et ils ne se contentent pas de leurs exhortations, des prières des jeunes enfants; ils appellent encore à leur secours les amis de la famille et même l'autorité du gouvernement. S'il s'agit «Tune famille distinguée, on voit le souverain lui-même venir consoler la veuve, «rengager à abandonner son fatal projet. C'est un mauvais augure pour le gouvernement , quand il y a beaucoup de Sattis. On s'arrange ordinairement pour occuper la veuve chez elle par ces visites extraordinaires, pendant qu'on enlève et qu'on brille le corps.
Le mode de combustion varie avec les provinces. Dans leBengal , on attache la personne vivante au cadavre avec de fortes cordes, et les deux corps sont recouverts de bambous, pour empêcher toute tentative d'évasion. Dans i Orissa la veuve se précipite elle-même dans le bûcher, établi à cet effet dans un fossé au-dessous du niveau du sol.
Dans le Deccan la veuve s'asseoit sur le bâcher, avec la téte de son mari sur s« genoux; et elle reste dans cette position jusgu'à ce qu'elle soit suffojfuée par la fumée, ou renversée par h chute de fortes charges de bois attachées avec des cordes aux quatre poteaux qui s'élèvent aux quatrecoins du bûcher.
C'est un affreux spectacle que celui d'une veuve qui va se b ni 1er; mais il est difficile de savoir si c'est la pitié ou l'admiration qui domine dans l'âme du spectateur. La sérénité plus qu'humaine de la victime , les témoignages de respect qu'elle reçoit de la foule assemblée, sa tenue modeste, les soins affectueux qu'elle prend pour n'oublier personne dans la distribution de ses derniers présents, les saluts qu'elle adresse à ses connaissances, son insouciance apparente pour le sort qui l'attend, tout cela cause la plus vive impression. Puis ensuite les réflexions qui succèdent sont d'une tristesse accablante: on se sent humilié, désolé de voir un être si faible élevé par la superstition jusqu'à un sacrifice dont on voudrait que le patriotisme et l'amour du vrai Dieu eussent seuls donné le noble exemple.
On dit que dans le Gouzerat on enivre avec de l'opium, on réduit à l'état d'insensibilité parfaite les femmes qui vont se brûler ; mais ce serait une exception pour ce pays. Partout ailleurs, les victimes vont au sacrifice pleines de calme et de présence d'esprit: on les a vues assises au milieu des flammes, priant, élevant les mains au ciel, avec aussi peu d'agitation que si elles eussent accompli leurs dévotions ordinaires. On a vu cependant aussi
Îjuelques épouvantables exemples de emmes essayant de se dégager des flammes, et qui y étaient rejetées par les assistants.
Cette coutume est d'ailleurs loin d'être universelle dans l'Inde. On ne connaît pas d'exemple deSattis au sud du fleuve Kishme; et dans la présidence de Bombay, qui comprend tout l'ancien empiredèsPeshwas, la moyennes des Sattis n'est que de trente-deux par an. Dans le reste du Deccan elle est beaucoup plus faible encore. Mais dans Tlndoustan proprement dit et dans le Bengal, le nombre des Sattis est si considérable qu'on le porte à plusieurs centaines par an dans le seul territoire gouverné directement par les Anglais.
Le suicide n'est pas rare chez les
L'UNIVERS
hommes; mais ceux qui le commettent sont ordinairement des personnes atteintes de maladies incurables. Lts suicides se jettent dans le feu, se noient, se font enterrer tout vifs , se jettent sous les roues du char sacré de Jagernàt, etc., etc.
Pendant quatre ans de résidence à Jagernat, M. Stirling n'a vu que trois exemples de personnes écrasées par le char; Tune par accident, les deux autres volontairement, mais souffrant depuis longtempsd'horribles maladies.
Castes de voleurs. — De même qu'elle a des castes pour tous les métiers , la société indoue a aussi des castes pour les voleurs ; c'est-a-dire qu'il y a des castes où les enfants sont élevés à considérer le vol comme leur fonction héréditaire. Bon nombre des tribus montagnardes, habitant dans le voisinage de pays bien cultivés, pourraient être comprises dans cette classe; mais, même dans les pays de plaines, on trouve des castes plus célèbres par leurs habitudes incurables de vol, que jamais les Bohémiens, qui sont d'ailleurs d'origine indoue, ne l'ont été en Europe
A en juger par les voleurs indous, il semblerait que l'hérédité des professions est particulièrement favorable au développement de l'adresse etdu talent; car il n y a certainement, en aucun pays du monde, de voleurs qu'on puisse comparer pour la dextérité aux voleurs indous. Les récits des voyageurs sont remplis d'anecdotes qui racontent l'extraordinaire patience de ces voleurs, leur persévérance , l'adresse incroyable avec laquelle ils commettent leurs crimes au milieu de gens éveillés et armés qui ne les aperçoivent pas, et la merveilleuse audace a'vec laquelle ils enlèvent leur proie, au milieu des circonstances les plus périlleuses. Ceux-ci creusent des galeries, et pénètrent dans les maisons par-dessous terre ; ceux-là, qui sont entrés on ne sait par où, ont toujours soin de tenir une ou deux portes ouvertes pour la retraite. Ils commettent le vol nus, armés, frottés d'huile; de sorte que, s'il est dangereux de les arrêter, il est encore plus difficile de les retenir.
Une nombreuse espèce de voleurs, les Thags, sont continuellement en voyage, affubles chaque jour d'un déguisement nouveau, art dans lequel ils sont passés maîtres. D'ordinaire ils s'insinuent, tantôt d'une façon et tantôt de l'autre, dans la compagnie des voyageurs qu'ils savent porter de l'argent avec eux; ils les accompagnent jusqu'à ce qu'ils trouvent l'occasion de leur administrer une drogue assoupissaute , ou de les étrangler. C'est un scrupule au moins singulier des Thags; mais ils ne répandent jamais le sang, et ils ensevelissent leurs victimes avec tant de soin, qu'on ne sait jamais ce qu'elles sont devenues. Ces assassins ont Bhavâni pour patronne, et ils lui offrent toujours une partie de leur butin.
Les veilleurs de nuit au service des communes et des particuliers appartiennent ordinairement à des castesde voleurs; et cependant ils sont très lidèles et de très-bonne garde. Leur présence est une protection suffisante contre les gens de leur propre caste; leur adresse et leur vigilance luttent avec succès contre ceux des castes étrangères. Dans le Gouzerat, il y a de ces gardiens qui sont célèbres pour le talent avec lequel ils savent suivre les voleurs à la trace de leurs pas. Dans un pays sec et pendant la belle saison, le pied d'un homme ne laisse qu'une empreinte imperceptible aux yeux ordinaires; et cependant ils sauront si bien la reconnaître, qu'à l'aide de ces vestiges ils poursuivront un voleur jusqu'à des distances incroyables.
L'un d'eux fut employé à la recherche d'un voleur qui avait enlevé l'argenterie des officiers d'un régiment anglais en garnison à Kaira. Il suivit les traces du voleur jusqu'à Ahmedabad, à quatre ou cinq lieues de distance : là, il les perdit dans les rues populeuses de cette cité; mais il les retrouva à l'une des portes; et , bien qu'égaré pendant quelque temps par son voleur, qui, pour déjouer la piste, avait parcouru une assez longue distance dans le lit d'un petit ruisseau avec de l'eau jusqu'aux gcnoux, il finit par le retrouver, et lui
reprendre les objets dérobés à huit ou dix lieues de l'endroit où le vol avait été commis.
S'il y a des castes de voleurs, il y en a d'autres au contraire dont la fonction semble être de défendre la société contre leurs attaques : tels sont les Bhâts et les (.harans ae l'ouest, les bardes et en quelque manière les hérauts des tribus Kàdjpotites. Dans le Ràdjpoutàna, les caravanes qu'ils conduisent non-seulement n'ont rien à craindre des voleurs, mais encore sont exemptes des droits de douanes. Dans le Gouzerat ils transportent des sommes considérables an milieu de pays où les plus fortes * escortes ne pourraient suffire a les protéger. Ilsgarant issent toutes les conventions des chefs entre eux, et même avec le gouvernement.
L'autorité dont ils jouissent se tire de la sainteté de leur caractère et de l'énergie inflexible de leur résolution.
Si fou a l'air de vouloir attaquer un felt.it chargé d'une somme d'argent , il dunonce qu'il va commettre le 7V*d- 90 ; il en menace encore celui qui manque à sa promesse. Si la menace ue sutlit pas , il s'apprête a lors à la mettre a exécution. Il se plonge d'abord un poignard dans les flancs, et ensuite dans le cœur, si l'on continue à résister; ou bien il coupera la téte à soir enfant, ou bien encore, s'il y a plusieurs de ces gens qui se sont portés garants d'un contrat que I une des parties n'exécute pas , ils tirent au sort entre eux , pour savoir celui que les autres égorgeront. Le déshonneur qui resuite de ces moyens extraordinaires pour celui qui U*s a motivés, et U crainte d'avoir à expier la mort d'un torde , suflisent ordinairement pour mettre les plus obstinés à la raison.
La fidélité de ces gens est merveille; et jamais ils n'hésitent à sacrifier leur vie pour maintenir l'autorité morale qui fait toute l'importance de leur caste.
Les Brahmanes ont une coutume a peu près semblable. Ils viennents'asteoir a la porte d'un homme un poignard ou du poison à la main , et ils annoncent qu'ils vont se tuer s'il n'ac-
cède pas à leurs demandes. Les créanciers ont recours à un procédé analogue (on l'appelle le Dherna) pour se Faire payer de leurs débiteurs. Us empêchent le débiteur de manger, en faisant un appel à son honneur; et euxmêmes ils restent à jeun pendant tout le temps où ils forcent les autres à jeûner. Cette manière d'exiger quelque chose s'emploie contre les princes, et il n'y a pas moyen d'y résister par la force. Ainsi les troupes emploient très-souvent ce procédé pour contraindre le gouvernement à les payer.
Tribus des montagnes et des forêts.
— Les montagnes et les forets du centre de l'Inde sont habitées par une population très-différente de celle des plaines. C'est une race petite, noire, svelte , active, aux yeux vifs et toujours en mouvement Les tribus dont elle se compose sont très-peu vêtues, armées d'arcs et de flèches ; font profession de vivre de pillage ; et, à moins que le gouvernement ne soit assez fort pour les contenir , elles vivent en état de guerre perpétuelle avec leurs voisins. Si l'on va les attaquer dans leur pays , elles résistent avec autant de courage que d'habileté; il n'est pas un fragment de rocher , pas un buisson, d'où il ne pleuve une grêle de flèches lancées par des mains invisibles sur l'envahisseur. Puis, quand on y arrive, on trouve toujours J'enuemi délogé.
Ces tribus vivent par petits villages , qu'élles transportent quelquefois avec elles dans leurs migrations. Elles sont divisées eu petites communautés, dont le chr f est revêtu d'un très-graud pouvoir. Klles subsistent du produit de leur tres-imparfaite culture, et de ce qu'elles tirent de la plaine par voie d'échange ou par le pillage. Elles ne se font pas scrupule de tuer le gibier; mais ce n'est pas sur la chasse qu'elles comptent pour leur nourriture.
Tout en reconnaissant plusieurs des dieux indous , elles en adorent quelques-uns qui leur sont particuliers, et à qui elles attribuent le pouvoir de dispenser certaius maux ou certains biens. Celui qui envoie la petite vé«
L'UNIVERS
rôle est aussi celui qu'elles semblent redouter le plus.
Ces tribus sacrifient des poules, font des libations avant de prendre leurs repas, sont guidées par des magiciens inspirés et non par des prêtres, ensevelissent leurs morts , ont des cérémonies particulières pour les naissances, les mariages, etc. Elles sont très-ado nnées à l'ivrognerie , et pour la plupart tuent les bœufs et les mangent sans scrupule. Leur principal lieu de résidence, c'est la chaîne des monts Vindhya , et le vaste espace de forêts qui s'étendent depuis Aiiahabad au nord jusqu'à Masulipatam au sud , et se prolongent avec quelques interruptions presque jusqu'au cap Comorin. Dans certains lieux la forêt a été entamée par la culture; et les habitants sont restés dans la plaine comme gardes dans les villages , chasseurs, et autres fonctions en harmonie avec leurs premières habitudes. Dans d'autres lieux, au contraire, leurs dévastations ontfait reparaître la forêt là où elle avait été défrichée, et l'on y trouve encore les ruines des anciens villages.
L'analogie du caractère et de la physionomie fait supposer que ces grossières tribus forment un peuple à part ; mais elles ont aussi entre elles des différences assez sensibles : chacune porte un nom séparé et c'est seulement par la comparaison de leurs idiomes (dans les lieux où elles parlent un dialecte à part), que l'on peut espérer de voir résoudre la question de la communauté de leur origine.
Les gens de cette race s'appellent à Bflgalpour Pahârias, d'où nous avons fait Parias : ce mot veut dire montagnards. Sous le nom de Côls, ils occupent un vaste espace de pays sauvage, dans l'ouest du Bengal et leBéhàr; ils s'étendent dans les monts Vindhya jusque près de Mirzapour. Dans la partie voisine des Vindhya, et dans le centre et le sud delà grande forêt, on les appelle Gonds ; plus à l'ouest , Bhîls , et tout à fait à l'ouest, Côlis, nom qui a sans doute quelques rapports avec celui de Côls dans le Béhar et de Cola ris à l'extrémité sud de la Péninsule. Les Côlis s'é-
tendent dans les montagneset les forêt* de l'ouest jusque dans le Gouzerat, près du désert.
L'histoire de cette race est presque inconnue. Dans le Deccan, ils étaient déjà ce qu'ils sont encore aujourd'hui à l'époque de l'invasion indoue; et, sans doute, ils ont fourni à Rama ces auxiliaires dont la tradition a fait des singes.
Tout ce pays n'était alors qu'une forêt, et les tribus actuelles en occupent encore toutes les parties que l'agriculture n'a pas défrichées. La grande étendue de forêts qu'on appelle Gondouûna , située entre les riches proviuces du Béhar et de Cattac, et où l'on voit aujourd 'hui çà et là quelques essais de culture, donne une idée de ce qu'était d'abord le Deccan, et de la manière dout le progrès s'y est accompli.
Dans I* lndous tan proprement dit, cette race représente peut-être les vaincus dont se forma la caste servile; ou bien, s'il est vrai que son dialecte soit mêlé d'une forte proportion de tâmoul, il est possible qu'elle descende d'une population aborigène, et antérieure même aux races qui ont été vaincues par les lndous.
On voit encore d'autres tribus de montagnards dans les montagnes du nord -est et les pentes inférieures de l'Himalaya; mais elles diffèrent complètement de celles que nous venonsde décrire ; et par lestraitsçénéraux , par leur conformation physique , elles se rapprochent surtout des peuples qui habitent entre l'Inde et la Chine.
Caractère des lndous. — Les Européens dans l'Inde ont beaucoup moins de movens qu'on ne le croirait d'abord de se former une opinion sur le caractère des indigènes. D'ailleurs, même en Europe, chacun ne connaît que trèsimparfaitement les classes en dehors de la sienne, et il ne peut s'instruire sur ce sujet que par des journaux et des livres qui n existent pas pour l'Inde.
De plus, dans ce pays la religion et les mœurs élèvent des barrières presque infranchissables entre les Européens et les lndous ; elles empêchent les rapports et la libre expressiou des opi-
nions. Les Européens ne savent donc rien par eux-mêmes de l'intérieur des familles, et ils ne peuvent s'associer à ces occurrences, si nombreuses dans la vie, où les hommes révèlent leur caractère par le côté le plus aimable.
Des missionnaires qui viennent en* seigner une religion étrangère , des juges , des magistrats , des militaires, des ofliciers de nuance et même des diplomates, ne connaissent pas la partie la plus vertueuse d'une nation ; et , a vrai dire, ils ne font connaissance avec elle que pour la voir influencée par la passion ou par ses intérêts. Les Europe «is sont dans l'inévitable nécessité déjuger tout à leur mesure : parce qu un homme crie comme un enfant pour quelque chose qui leur semble futile, ils en concluent trop souvent qu'il est incapable d'énergie et de résignation; ils croient que celui qui se laisse appeler menteur sans entrer en fureur est capable de toutes les basses-' ses. Les distinctions de temps et de lieui disparaissent; on confond le Bengali avec le Marntte ; on attribue à ia génération présente les crimes des Héros du Mahâbharata. A ceux qui se laissent aller trop vite à des impressions défavorables , on peut dire que les gf»ns qui ont vécu le plus longtemps avec les Indous ont toujours *u d eux la meilleure opinion.
Toutefois, si ces considérations doivent nous imposer une grande réserve dans nos jugements , elles ne peuvent cependant pas faire que nous sovons aveugles sur certains grands défauts du caractère des Indous. Sans doute «•es défauts viennent surtout de causes morales; mais il faut aussi les attribuer en partie à la constitution physique, au sol, au climat.
Quelques races sont certainement (noms vigoureuses que d'autres, et tou»
««dégénéreraient dans une atmosphère énervante.
La chaleur seule n'énerve pas. S'il rst impossible de s'y soustraire , si elle est permanente, elle peut produire alors même une sorte d'énergie analogue a celle qu'on attribue aux ri- ^eurs de l'hiver du Nord. Si la stériles.
lité vient s'y ajouter , si les rares produits d'un pénible labeur sont difficiles à conserver au milieu de peuplades belliqueuses, alors on voit l'énergie et la résolution des Arabes.
Mais dans l'Inde une chaude température s'allie à un sol fertile qui dispense de rudes travaux , à une étendue superficielle de territoire qui pourrait défier tous les accroissements de la population. La chaleur elle-même est modérée par les pluies , et tout semble calculé pour inviter à cette molle indolence qui corrompt jusqu'aux étrangers. Les nuances des divers caractères qu'on observe dans les diverses parties de l'Inde tendent à confirmer cette hypothèse. Les habitants des contrées desséchées du Nord, et qui, en hiver, ont à lutter contre des froids assez rigoureux, sont, comparés aux autres, robustes et actifs. Les Marattes, habitants d'un pays montagneux et peu fertile, sont laborieux et hardis, tandis que le Bengali, avec son climat humide et ses deux moissons de riz, est le peuple le plus efféminé de l'Inde.
Cependant, à tout prendre, c'est l'indolence qui est le trait général et caractéristique de toute la population indoue ; après, c'est la timidité qui vient plutôt du désir d'éviter toute occasion d'embarras et d'ennui , que du manque de courage physique. C'est de ces deux causes combinées que sortent presque tous les vices des Indous.
Le vice capital des Indous, c'est le défaut de véracité; et, en ce geure, ils surpassent toutes les autres nations de I Asie.
Le parjure, qui n'est qu'une espèce de mensonge avec circonstances aggravantes , le suit naturellement; et il n'y a p;is à croire que ceux qui s'inquiètent si peu de rendre hommage à la vérité des faits accomplis soient très-fidèles à leurs promesses pour l'avenir. L'Indou manque à sa parole avec une facilité déplorable ; mais cependant il ne faudrait pas croire qu'il ne la tient que par exception , au contraire.
C'est surtout dans les rapports du peuple avec le gouvernement qu'on
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voit le plus de déloyauté ; mais , dans leur esprit, ou la'possibilité d'un chan-
l'Inde, le malheureux cultivateur n'est gement dans les circonstances, leur don-
que trop souvent obligé de résister à la ne l'espérance de la terminer comme ils
force par la ruse. l'entendent.
Dans quelques circonstances les Comme tous les gens qui redoutent vices du gouvernement produisent les luttes énergiques, ils sont trèsl'effet contraire. Ainsi les négociants processifs, et surtout très-faciles aux et les banquiers sont généralement querelles par paroles. Ils persisteront très-fidèles a leurs engagements; et il dans un procès jusqu'à ce qu'ils soient n'en peut pas être autrement : le corn- complètement ruinés; et dans d'autres merce deviendrait impossible dans un occasions ils disputeront avec une viopavs où la justice est si mal adminis- lence si contraire à leurs allures habitrée. tuelles, qu'on s'attendrait à des coups,
Leslndous sont naturellement très- à l'effusion du sang, rusés et très-habiles en intrigues. Pa- L'esprit public des Indous , leur patients, souples et insinuants, ils sau- triotisme ne va pas au delà de leur ront pénétrer les projets de la personne caste ou de leur village; mais, dans avec qui ils ont une affaire; ils sa- cette petite sphère, il est souvent trèsvent observer son humeur, l'irriter ou énergique. Quelquefois ils ont montré l'adoucir selon le besoin, présenter les un véritable esprit national dans la choses sous un jour favorable à leurs guerre, surtout quand la religion étdit desseins, et s'arranger, par des ma- en* jeu ; mais en général ils savent trèsnœuvres indirectes, de telle sorte qu'ils peu ce que c'est que les devoirs du cifassent vouloir aux autres ce qu'ils toyen.
veulent eux-mêmes. Toutefois, leurs Mais quoique les Indous aient ainsi
intrigues sont rarement aussi hardies, plus d'un vice à se reprocher, il ne fau-
aussi criminelles que celles des autres drait pas les prendre pour un peuple
asiatiques et même des Musulmans sans vertus. Sauf les cas que nous
de l'Inde, bien que ceux-ci se soient avons indiqués, ils savent être fidèles
adoucis par un long contact avec la aux devoirs moraux des hommes ; et
aulation au milieu de laquelle ils il est de certaines lois, particulièrement
itent depuis des siècles. importantes dans leur esprit, dont au-
C'est vraisemblablement aux fautes cune tentation ne les fera se départir,
du gouvernement qu'il faut attribuer Un Indou attaché au Brahmanisme
la corruption du peuple; en matière mourra de faim, plutôt que de toucher
de gouvernement, recevoir de l'argent à un mets défendu; un chef de village
pour faire ce qu'on doit est une chose souffrira la torture, plutôt que de coo-
quisemblenaturelleet même méritoire; sentir à une contribution exigée par
et ce n'est qu'un péché véniel de un tyran; et le même domestique qui
prendre de l'argent pour agircontre son ne se fait pas faute de tromper son
devoir. Les détournements de fonds maître dans les comptes qu'il lui rend*
ne semblent pas très-honteux; et si gardera avec une fidélité scrupuleuse
c'est aux dépens du trésor public, à tout l'argent qu'on lui confiera. Même
peine si l'on y songe. dans les affaires de prévarications il est
C'est encore au gouvernement qu'il rare de ne pas voir les gens se laisser
faut attribuer leurs manières adulatri- punir, plutôt que de trahir ceux à qui
ces et importunes. ils ont donné leur argent.
La flatterie iudoue dépasse tout ce Leur mépris de la mort est une chose
qu'on saurait imaginer, et l'importunité incroyable, rapprochée surtout de la
des gens vient de l'indécision de ceux timiditéqu'ils montrent ordinairement
qui les gouvernent, qui ne saventjamais quand il s'agit de lutter contre des maux
rendre une réponse décisive, qui n'ont presque légers. Lorsque son sort
jamais honte de renvoyer une affaire lui semble résolu, le dernier des Indous
aussi longtemps que la versatilité de l'attend, et s'y soumet avec un sang-
qui exciterait l'admiration en >e; il cause presque gaiement es amis, et il attend rapproche mort sans que sa sérénité en ucunement troublée, meilleur type du caractère in- *Jui qui retient le mieux Torilé nationale en gardant le plus qualités, c'est celui des Radjpoudes autres classes militaires de ustan gangétique, dans le pays Anglais recrutent surtout leur \ Cest là où Ton peut le mieux re une idée de cette lierté , de jrage enthousiaste , de ce génédévouement si singulièrement î une grande politesse de ma- ;,ala douceur des sentiments, simplicité presque enfantine, i cultivateurs sont partout, dans \ une populatiou inoffensive et l>le, attachée à ses sentiments de le, charitable à ses voisins, honet sincère envers tout ce qui pas le gouvernement, s gens des villes ont le caractère complexe; mais ils sont calmes, uilles, troublant rarement la >ublique par des émeutes ou par querelles particulières. A tout Ire , si Ton en excepte les gens du ornement, la population des villes imes peut souteuir la comparaivec celle des villes de l'Europe, vantages que lui assurent la reliet l'organisation sociale, lui donpeut-être la supériorité même sur a s ses moyennes de la plupart des de l'Occident. Dans les classes lauses on ne trouve pas d'exemples Ue dépravation si ordinaire dans rondes villes ; la foule des gens qui nous ne vivent que de fraudes , icrocs, les imposteurs et les aven* >rs de toute espèce , depuis ceux tpioitent les rangs élevés de la so* * jusqu'à ceux qui vivent aux dédu commun , sont presque inius dans l'Inde.
? grand défaut des Indous c'est le
Sue d'énergie. Leur constitution e, leurs absurdes superstitions, extravagante mythologie, les sub- $ de leur philosophie, la douceur
de leur poésie , leurs manières efféminées, leur caractère timide , la crainte des changements, le plaisir qu'ils prennentà entendre descontes puérils, etc., sont autant d'indices qui prouvent le manque de qualités solides dans le caractère et dans l'esprit du peuple.
Mais cette critique, bien que vraie en thèse générale, ne s'applique ni àtoutes les classes , ni a tous les temps. Les gens des classes inférieures sont laborieux et persévérants; et les autres classes, lorsqu'elles sont sous l'empire d'un vif sentiment, quelquefois même par simple amour du plaisir, s'exposeront à Je grandes privations et a dé rudes fatigues.
Les Indous ne sont pas gens à lutter longtemps contre un ennemi bien déterminé, et encore moins contre le découragement; cependant on pourrait citer dans leur histoire militaire bien des faits qui honoreraient les nations les plus belliqueuses ; et on les trouvera toujours prêts à faire le sacrifice do leur vie à la cause de leur religion, ou à celle de leur honneur, entendu à leur façon. On a vu des régiments de Cipayes réussir là où des régiments européens avaient été repoussés ; et, dans la vie civile, les gens des derniers rangs de la société n'hésitent pas à se suicider, quand ils croient leur honneur compromis.
Cependant on voit dans l'Inde des crimes nui surpassent tout ce qu'on connaît de plus horrible dans les autres
Îiays. Nous avons parlé des Thags ; les )ecoits sont tout aussi effrayants par leur cruauté que ceux-là pour leurs trahisons.
Les Décoits sont des bandes de misérables qui s'associent en vue du pillage, se rassemblent pendant la nuit, fondent à Fimproviste sur un village, tuent tous ceux qui résistent, font main basse sur tout ce qu'ils peuvent saisir, et mettent à la torture les personnes qu'ils supposent avoir de l'argent caché. Le lendemain matin, ils sont confondus au milieu de la population sans qu'on puisse les découvrir, et telle est la crainte qu'ils insuirent , que, même quand on les connaît,
L'UNIVERS
on ose très-rarement les dénoncer. Il y a au moins autant de musulmans que d'indous parmi les Thags et les Decoits.
L'horreur inspirée par des crimes si épouvantables fait d'abord supposer une grande dépravation dans le pays où ils se commettent; cependant, en y comprenant les Thags et les Decoits, il se commet moins de crimes dans l'Inde que dans la plupart des pays de l'Europe. Les Thags forment pres-
3ue un peuple à part ; les Decoits sont es criminels perdus sans ressources ; mais le reste ae la population est peu coupable des passions qui troublent la société. 11 ressort d'une série de rapports soumis à la chambre des communes d'Angleterre en 1832, que, pendant une période de quatre ans, la moyenne des condamnations à mort exécutées en Angleterre et dans le pays de Galles était de une pour deux cent trois mille deux cent quatrevingt-un habitants, et, dans les provinces du Bengal, de une pour un million quatre mille cent quatrevingt-deux; que la moyenne des condamnationsà la déportation perpétuelle était, pour l'Angleterre, de une sur soixante-sept mille cent soixantetreize habitants, et, pour le Beugal , de une sur quatre cent deux mille et dix.
Sans doute on doit admettre que la proportion des crimes impunis est beaucoup plus grande dans le Bengal qu'en Angleterre; mais cependant il est impossible que cette proportion , si considérable qu'on la veuille bien faire , puisse rétablir l'égalité entre les deux pays.
H se commet plus de meurtres par
I'alousie que par amour de l'argent , et e vol est circonscrit dans de certaines classes; aussi prend-on généralement très-peu de précautions contre les voleurs. Tout le inonde, dans l'Inde, dort avec toutes ses portes ouvertes.
Les Indous sont souvent accusés d'ingratitude; cependant, quand les maîtres sont réellement bons, ils peuvent compter sur la reconnaissance de leurs serviteurs indous aussi bien qu'en tout autre pays du monde.
Le dévouement des Indous à leurs chefs est proverbial; les régiments de Cipayes se sont toujours montres fidèles a leurs maîtres étrangers , et souvent dans des circonstances extraordinairement critiques.
Ces bons sentiments n'appartiennent pas seulement aux classes inférieures , et les exemples sont très-nombreux de gens qui, après avoir reçu quelques bienfaits de personnes en place, leur sout restés attachés dans la d isgr«1ee , et, même après la mort, à leur famille.
Quoique l'insouciance soit commune chez les pauvres , et l'ostentation prodigue chez les riches, en général Plndou est frugal et même parcimonieux.
Sa dépense ordinaire est peu de chose; et même parmi les grands personnages il en est peu qui ne songent à accroître leurs richesses, soit par le commerce, soit en prêtant leur argent à des intérêts très-élevés.
Les enfants indous semblent plus vifs et plus intelligents que ceux de l'Europe. L'intelligence des enfants de douze ou quatorze ans est vraiment surprenante: mais ce qui ne l'est pas moins , c'est le rapide affaissement de leurs facultés intellectuelles après l\lge de puberté.
Naturellement calmes et contemplatifs, les Indous sont très-gais en société; ils aiment la conversation et les anecdotes, auxquelles ils donnent volontiers une tournure bouffonne.
De leur personne, ils sont généralement plus petits et toujours plus minces que les Européens. Ils ont une meilleure tournure et plus de grâce, moins de force, mais plus d'agilité dans les mouvements.
Leur teint est brun, tenant le milieu entre celui des populations du midi de l'Europe et celui des nègres.
Leurs cheveux sont longs, plats, et toujours d'un noir de jais. Leurs moustaches et leurs barbes, quand ils en portent , ce qui est assez rare , sont longues et fortes. Les femmes sont bien partagées du côté de la grâce et de la beauté, pleines de réserve et de simplicité.
■ 14 propreté des ludous sur leurs personnes est proverbiale. Ils ne changent pas toujours de linge après chacune de leurs fréquentes ablutions ; mais, même sous ce rapport, les disses inférieures sont plus délicates que celles des autres pays. L'intérieur de leurs maisons est toujours Irès-propre.
• tn somme, on doitconclure de tout ce que nous venons de dire , que les Nous ont été jadis dans une meilleure Condition morale et intellectuelle que ecileoù ils se trouvent maintenant; mais que, même dans leur état de débfeoce actuelle , ils peuvent soutenir honorablement la comparaison avec tous les peuples autres que les Européens; etenGn que, comparés à ceux-ci, m est de certains points sur lesquels un juge impartial leur accordera réédité du mérite et des vertus.