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CHAPITRE XI

BRPfitSB DBS HOSTILITÉS DANS LB CABNÀTIQUB.

Godeheu, qui était venu apporter dans l'Inde une paix si chèrement achetée, l'avait, en retournant en Europe , emportée avec lui. Les Anglais attendirent à peine son départ pour donner l'exemple d'une première infraction au traité. Les petits États de Madura et deTinivelly, au sud de Tritchinopolv, avaient été au pouvoir de Chanda-Sahib, qui avait institué son frère gouverneur de Madura. Ce dernier ayant été tué dans la guerre , quatre chefs afghans, qu'il avait chargés du gouvernement pendant son absence, retinrent le pouvoir après sa mort , et se constituèrent en chefs indépendants. Mohammed-Ali, que le traité de Godeheu laissait définitivement nabab du Carnatique, fut poussé par les Anglais à faire rentrer sous sa dépendance les petits souverains rebelles. La soumission des Polygards, .vaincus ou intimidés, ne rapporta pas, SI est vrai, à la régence de Madras tout l'argent qu'elle en avait espéré, mais les Français, qui venaient de signer un traite assez onéreux par lequel les deux parties s'interdisaient toute intervention dans les affaires intérieures des gouvernements de l'Inde, ne s'ea crurent pas moins

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fondés à réclamer contre une infraction aussi flagrante , et , par représailles , ils mirent la main sur le petit État de Ternate. Les Anglais, qui n'avaient pas tiré de la première expédition de quoi compenser les frais qu'elle avait coûté, voulurent s'en dédommager en s'empara nt de Vélore.

Otte fois , le gouvernement de Pondichérv leur signifia la ferme intention où il était de s'opposer par les armes à ce système d'envahissements.

Les Anglais rappelèrent leurs trou-

f>es ; mais les Polygards ayant relevé 'étendard de la révolte, le capitaine Caillaud fut chargé de reprendre les hostilités contre Tinivcllv et Madura.

Pendant qu'il s'éloignait de Tritchinopolv , où il commandait , les Français, gui' avaient déjà pris quelques petits torts , vinrent se présenter devant cette place, dégarnie de la plupart de ses troupes et privée de son chef.

Aussitôt que Caillaud en reçut la nouvelle, il quitta Madura, où il avait déjà échoué dans une tentative d'escalade , et sut tromper assez bien la vigilance des Français pour rentrer à Tritchinopoly. Les assaillants, voyant leur coup dê main manqué, se retirèrent. Cette campagne, qui ne fut qu'une série d'entreprises semblables et d'incursions journalières , sans aucun engagement important, eut pourtant cet avantage pour les Français , que les ennemis , n'osant plus se" hasarder en plaine, les laissèrent maîties de lever des contributions sur tout le pays. Le gouvernement de Madras n'osa même pas refuser à Baladji- Ilou, chef mahratte, un tribut arriéré qu'il venait réclamer sur le protégé de l'Angleterre, Mohammed-Ali, nabab du Caruatique, et que celui-ci ne pouvait payer sur ses propres deniers.

Le seul dédommagement qui pût à cette époque, et dans cette partie de l'Inde, consoler l'orgueil britannique, ou réparer ce sacrifice d'argent, fut la prise de Madura, dont Caillaud s'empara par la famine aussitôt après la délivrance de Tritchinopoly. Il frappa sur sa conquête une contribution de 170,000 roupies. De guerre

lasse , les deux partis en Tinrent à on armistice. Les Français attendaient des renforts qui leur permissent de faire la guerre en grand ; les Anglais voulaient préparerleur défense.

Tandis que les choses se passaient ainsi dans le midi de la Péninsule, Bussy soutenait sa réputation dans le nord. Malgré les services qu'il avait rendus à Salabut-Djung,et tout récemment encore contre le royaume de Mysorc, il avait vu son crédit décliner auprès de ce prince. Des intrigue»

de cour arrachèrent même au subahdar un ordre qui enjoignait aux Français d'évacuer ses États. Bussy, qui se sentait nécessaire , ne fit aucune difficulté d'obéir à une fantaisie qu'il ne croyait pas durable. Mais dans sa marche sur Pondichéry , il fut attaque par un corps nombreux, qu'on envoya a sa poursuite. Son infériorité ne lui permettant que ia défensive , il se retrancha dans une position avantageuse, résolu à s'y maintenir jusqu'à ce qu'il v eût reçu du secours. Dans l'intervalle, Salàbut-Djung , qu'on avait essayé de convertir à l'alliance anglaise , n'ayant pas obtenu de la présidence de Madras les troupes qu'il lui avait demandées, en revint à Bussy.

Celui-ci ne garda pas rancune , et reprit aussitôt ses opérations dans les circars du nord , où il avait à faire rentrer des tributs arriérés, et a en assurer la perception pour l'avenir.

Un des rajahs de ces provinces, AVizeramrause, se joignit à lui avec dix mille hommes.

Cette partie de la Péninsule est possédée par une race d'anciens conquérants antérieurs de plusieurs siècles à l'invasion musulmane. Les premiers chefs se sont divisé le pays, où leur) descendants régnent encore. Wiseramrause, rajah de fraîche date, était uu intrus dans cette famille de petits souverains, qui , à cause de leur descendance, se regardent comme les plus nobles des hommes, et s'égalent aux radjpoutes. Rangarou , polvgard de Bobilé, tenait entré eux le premier rang. Une haine implacable s'était allumée entre lui et Wizeramrause, à

rause des mépris qu'il prodiguait à ce dernier; des actes d'hostili tés continuels, des incursions, des ravages, effets de cette haine, venaient sans cesse l'attiser encore. Pour se débarrasser d'un pareil voisin, Wizeramrause détermina Bussy à lui proposer en échange de ses possessions héréditaires une souveraineté plus considérable. Cette offre ne fit qu'offenser la fierté du polygard. Bientôt après , Bussy lui ayant fait demander passage sur ses domaines, Rangarou le lui accorda avec empressement; mais les troupes qui usèrent de cette autorisation furent attaquées, peut-être par une machination de Wizeramraiise qui voulait compromettre son ennemi, et laissèrent une trentaine de morts sur le champ de bataille. A la nouvelle de eette agression déloyale , Bussy ne songea plus qu'à en tirer vengeance.

Avec 500 fantassins, 250 cavaliers européens, et 11,000 cipayes, commandés par AVizeramrause , il vint mettre le siège devant le château de Koiïilé. C'était la retraite la plus inaclible du polygard, cachée au sein d'épaisses forêts, où une tactique sombre a supprimé tout chemin, hormis un seul , large à peine pour le passage de trois hommes de front.

Des abatis d'arbres tout préparés attendent toujours le soupçon d'un danger pour fermer aussitôt cette étroite et unique avenue. L'entrée en est commandée par des fortifications; le chemin se perd dans de nombreux détours, et s'abrite de temps en temps sous de fortes redoutes. Aux approches du château, la forêt devient comme plus épaisse , sauf une zone de deux cent cinquante toises qui règne tout autour des murailles , et forme une esplanade entièrement rase et découverte. Les portes, percées dans le rempart, n'ont qu'une entrée oblique et sinueuse. Les remparts, élevés de douze pieds au-dessus du sol , sont en outre surmontés par un parapet de trois pieds d'épaisseur, et haut de dix, ce qui donne a la fortification une hauteur de vingt-deux pieds au-dessus du sol extérieur. Un toit de chaume,

appuyé sur le parapet et sur des piliers, forme à l'intérieur une galerie couverte qui protège les soldats contre le soleil et la pluie. De nombreuses meurtrières livrent passage à leurs coups.

Ce fut le fer et le feu à la main que Bussy put arriver jusqu'à ce repaire.

Le 24 janvier 1758 , il se trouva enfin au pied du château. Ce premier succès lui avait déjà coûté bien des hommes. Il forma aussitôt son armée en quatre divisions pour l'attaque de chacune des tours placées aux quatre angles de la forteresse. A neuf heures du matin, les quatre canons qu'il avait amenés avaient ouvert des brèches considérables. L'assaut fut livré et soutenu pendant une heure, au bout de laquelle on sonna la retraite. L'artillerie recommença à élargir les brèches. On revient bientôt a l'assaut , que les assiégés soutiennent avec une rage que l'on n'avait pas encore vue dans les guerres de l'Inde. Plusieurs, sur le haut de la muraille , attendent le premier assaillant qui se présentera, 1 etreignent à bras-le-corps, et se précipitant avec lui , entraînent dans leur chute tous ceux qui se trouvent audessous de lui sur l'échelle. Aux Français qui offrent quartier on répond par des provocations et des injures.

A deux heures après midi , aucun assiégeant n'avait encore pu se maintenir sur le haut de la muraille. Bussy, jugeant que ses troupes ont besoin de repos, ordonne la retraite une seconde fois. Alors fut donné aux assiégeants un spectacle dont le souvenir mérite d'être conservé. Rangarou avait enfermé avec lui dans le château de Bobilé ses femmes, ses enfants, toute sa race. Après le second assaut , voyant qu'aucun espoir ne lui reste plus d'échapper à l'ennemi, il veut au moins épargner à son sang l'horreur d'une profanation, et, prenant au hasard quelques hommes parmi les énergiques défenseurs de Bohilé, il leur ordonne d'aller mettre à mort toute sa famille. Ceux-ci, passifs exécuteurs des ordres terribles qu'ils ont reçus , s'arment de torches , et vont

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mettre le feu aux constructions intérieures du fort. Tout ce qui /veut s'échapper, femmes, enfants, vieillards, ils le reçoivent l'épée à la main et regorgent impitoyablement. Les Français s'étonnent de l'énergie atroce de cette défense. Mais l'assaut est ordonné une troisième lois; Rangarou est tué d'une balle qui lui traverse la poitrine; les assaillants pénètrent de toutes parts dans ces décombres enflammés qui avaient été une forteresse. Alors se présente au chef français un vieillard tenant par la main un enfant qui seul avait échappé à cette extermination. « C'est le sang de Rangarou que j'ai sauvé malgré son

f)ère,*> dit le vieillard en s'agenouilant. Bussy, à qui répugnaient tant d'atrocités* n'avait pas voulu entrer dans le fort, et s'était retiré dans sa tente. On lui amène l'enfant; il le reçoit avec une pitié tendre, l'institue souverain des terres qu'il avait offertes au père, et lui donne même une garde pour le défendre contre les entreprises de Wizeramrause : garde inutile, car les jours de Wizeramrause étaient comptes. Quatre des défenseurs de Bobilé avaient comploté sa mort. Deux d'entre eux devaient se

{>resenter d'abord, et, s'ils échouaient, es deux autres devaient les suivre et les venger. Ils se 'mêlèrent aux soldats du polvgard , au milieu desquels ils attendirent deux jours entiers. La troisième nuit, ceux qui devaient les premiers tenter l'aventure, se traînant a plat ventre, pénètrent dans la tente de leur victime profondément endormie. Trente-deux coups de poignard avaient percé le rajah, lorsque les.

soldats de garde autour de sa tente, accourant au cri qu'il avait poussé tout d'abord , fondirent sur les meurtriers et les massacrèrent.

Bussy continua heureusement ses opérations en ^'avançant vers le nord, et reçut alors les lettres de Surajah- Doul.îh , qui l'appelait à son secours.

Sur les instances de ce prince, il allait passer la frontière, lorsqu'il apprit l'entrée des Anglais à Chandernagor et les tergiversations du subahdar.

N'augurant rien d'un caractère aussi incertain , il préféra attaquer les Anglais dans leurs établissements de> circars, dont il s'empara. Dans le nombre, se trouvait Yisigapatnam, l'une des places les plus importantes de la Compagnie. Sur ces entrefaites, une de ces révolutions domestiques, si fréquentes dans l'Inde, faillit enlever le pouvoir à Salabut-Djung, et une invasion de Mahrattes vint le menacer jusqu'aux portes de sa capitale. De plus, l'insubordination se mettait dans son armée. Un de ses frères , Kixam- Ali , fort de la popularité qu'il avait acquise parmi les troupes , s'engagea à venir à bout de ces difficultés si oc voulait lui confier les pouvoirs nécessaires. Il réussit ainsi a se faire livrer le sceau de l'État , ce qui équivalait presque au délrônement de Salabut- Djung. Aussitôt qu'il reçut ces nouvelles, Bussy se mit en marche, fit près de cent cinquante lieues en vin?t et un jours, et arriva à Aureng.ibad.

où se trouvaient déjà réunies quatre armées prêtes à en venir aux ni3iw.

La présence de Bussy suffit pour changer la face des choses. 11 se lit rendre par Kizam-Ali le sceau de l'État; il fit arrêter le diwan ou premier ministre, et contint Baladgi-Rou , le chef des Mahrattes, qui rechercha son appui. Cependant Nizam-Ali ayant de nouveau manifesté des desseins hostiles, on résolut de le poursuivre, et Bussy fit partie de l'expédition. Mais, comme il était en marche , des circonstances nouvelles vinrent tout à coup le rappeler sur un autre théâtre.

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