CHAPITRE PREMIER
g l . Aspect géographique.
La nature semble avoir tracé les frontières de l'Inde avec un soin tout particulier. Au nord elle est séparée du haut plateau du Thibet par la grande chaîne de l'Himalayah , que les travaux des voyageurs modernes nous représentent comme les montagnes les plus élev ées et les plus considérables du globe. A l'est et à l'ouest ses frontières sont dessinées par deux grands lleuves, le Brahmapoutra et l'indus.
Partout ailleurs l'Inde est environnée par l'Océan. Quelquefois sous le nom général de l'Inde on a compris des pays situés en dehors de ces limites, surtout le Caboul et le Candahar, qui ont pendant longtemps été des provinces de 1 empire des Mogols. C'est la politique seulement qui a pu motiver cette classiûcation ; car il est évident que ces
Ï>ays, par leur climat, par la nature de eur sol et de leurs productions, par la population qui les habite, se rattachent beaucoup moins à l'Inde qu'à la Perse et à la Tartarie. Au contraire, dans les limites que nous avons , ou plutôt que la nature a tracées, on trouve une religion, des langues, des mœurs, des cou tûmes, des productions, etc., qui distinguent cette région de tout le reste de l'Asie, et en font comme un monde à part.
L'Inde, définie comme nous venons de le faire, se développe dans l'hémisphère septentrional sur une étendue superficielle comprise du nord au sud entre les 8ft et 34° de latitude nord , et de l'est à l'ouest entre les 64' et 88° de longitude à Test du méridien de Paris. Ainsi, dans le sens de sa longueur du nord au sud, elle se développe sur une étendue de quinze cent soixante
milles géographiques ou six cent cinquante lieues communes de vingt-cinq au degré ; et dans le sens de sa largeur sur une étendue de quatorze cent quarante milles géographiques ou six cents lieues. L'Inde présente donc une superficie presque égale à celle de l'Europe.
L'Inde est comme un monde à part dans l'univers. Elle renferme des contrées soumises aux plus dévorantes ardeurs du soleil des tropiques, et d'autres qui ne peuvent se comparer qu'aux déserts glacés du pôle. La différence dans le degré d'élévation audessus du niveau de la mer y produit dans la température des différences qu'on ne remarque ordinairement qu'entre des pays séparés par de grandes distances en latitude. Ses vastes plaines produisent chaque année deux moissons , elles sont couvertes de l'éternelle verdure ou desséchées par les sables brûlants de la zone torride. Les fruits des climats tempérés naissent et mûrissent sur le pied de ses montagnes, dont les flancs nourrissent le pin du Nord et dont les sommets portent jusqu'aux cieux les glaces . perpétuelles du monde arctique. La nature n'y a donc pas cette melancoli-
3ue uniformité qui attriste le voyageur ans les plaines de l'Afrique, ou les déserts des régions polaires. Au contraire, l'observateur peut passer dans l'Inde par toutes les transitions qui séparent les extrêmes opposés de la nature sur la planète entière.
Le cœur de l'Inde, si l'on peut parler ainsi, le théâtre où elle déploie les trésors de son inépuisable fécondité, le terrain sur lequel se sont élevés ses grands empires, c'est la plaine immense qui s'étend du Brahmapoutra à l'indus et des montagnes de I llimalayah à la chaîne des monts Vindhya au sud , sur une longueur de plus de einq cents
lieues et sur une largeur moyenne de eent à cent cinquante. La direction générale de cette plaine court du sud-estau nord-ouest en suivant celle des montagnes qui la terminent au nord et desquelles descendent tant de fleuves issants, source de sa fertilité. Après région qu'arrosent en Chine le Yangtsé-Kiang et le fleuve Jaune, c'est peut-être la plus féconde et la plus belle qui soit au monde. Toute cette immense superficie , si Ton en excepte une certaine partie déserte dont nous aurons occasion de parler, ne présente partout qu'un tapis : de verdure (Tune incroyable richesse, et sur lequel des fleuves majestueux, au cours presque insensible, promènent lentement le volume grandiose de leurs eaux.
Nulle part l'aspect de ces j magnifiques plaines de l'Inde ne se produit avec plus d'effet que dans le Bengal.
La rien ne borne un horizon toujours saos limite, où la vue se perd sans jamais s'arrêter sur une ondulation du terrain, ni même sur un rocher isolé.
Le Gange traverse cette grande province, augmentant à chaque pas la largeur de son cours et pendant la saison «es pluies couvrant une grande étendue de terrain de ses eaux fertilisantes.
Frappant ce sol si riche, si profond, sibienarrosé, de ses rayons énergiques, le soleil y éveille une puissance de végétation presque incroyable, et il en 'ait, au temps de la moisson, comme une mer d'epis et de verdure mollement balances sous les brises languissantes du tropique. En remontant le fleuve, leBahar présente le même aspect, quoique sa surface développe de légères ondulations; la province d'Allahabad,un peu plus élevée cependant, «t unie comme le Bengal , chaude et Wtile comme lui. Au nord du fleuve, le royaume d'Oude, s'élevant vers les montagnes par une pente insensible, iouit (f un climat plus frais et plus salubre, et donne à profusion les production les plus précieuses de l'Europe et de T Asie. Là se termine la vallée du ^an^e et commence celle delà Djamna, plus élevée, mais moins bien arrosée et moins fertile. Le Douab, ou territoire
qui sépare les deux cours d'eau, ne peut être arrosé en plusieurs de ses parties que par des moyens artificiels.
Cependant ses forets semblent plus vigoureuses que celles du Bengal , et en même temps que le froid modéré de son hiver permet d'y faire une récolte de froment ou de grains européens, la chaleur de son été est suffisante pour faire mûrir le riz au sud de la Djamna. Sur les rives de son tributaire le Chambal, le sol est accidenté de collines qui s'étendent sur le Malwa et jusqu'à Adjmir; sur cet espace et dans ses parties les plus planes s'élèvent ces rocs aux flancs perpendiculaires, aux soinmets parfaitement plats où sont bâties les forteresses imprenables si célèbres dans l'histoire del'Inde. A l'ouest de Delhi commence le grand désert Indien, et au nord s'étend la plaine du Penjab, c'est-à-dire des cinq fleuves, où les cinq tributaires de l'Indus, roulant leurs puissants volumes d'eaux, entretiennent une fertilité égale à celle de la vallée du Gange. Une culture bien entendue et surtout le bienfait de la' paix sont les seules conditions qui manquent à ce pays pour en faire l'heureux émule du Bengal.
Dans toute cette plaine immense les besoins des peuples et les demandes d'un commerce actif ont substitué aux produits spontanés de la nature ceux de l'industrie humaine. On y trouve aujourd'hui très-peu de ces
Sroductions merveilleuses qui ont jais acquis tant de célébrité à la végétation de l'Asie. On n'y connaît pas les brises aromatiques qui parfument si dangereusement les côtes élevées du Malabar, ou les îles de la Malaisie. Les denrées les plus utiles au commerce ou à la nourriture de l'homme et des animaux y naissent par le travail, sous l'action d'un soleil brûlant, sur un sol profond, humide et fertile; le riz, base de la nourriture des Asiatiques ; le sucre, devenu un objet de première nécessité; l'opium, sur lequel de récents événements ont appelé l'attention; l'indigo , la plus précieuse des substances tinctoriales, et dans les terrains les plus secs, le coton qui servait
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déjà à l'habillement (te tous les peu-
f)les de I l'Asie et qui fournit aujourd'hui a plus grande partie des tissus employés en Europe. Cet entier assmettissèment à la charrue, cette uniformité de sa surface, donnent à cette grande plaine centrale un aspect presque monotone. Baber le conquérant, qui la donna à l'empire mogol, se plaint déjà dans ses mémoires de l'uniformité du spectacle offert partout à ses yeux dans ces plaines si fécondes; il se prend souvent à regretter les montagnes et les vallées du pays gui Pa vu naître.
Cependant, en dépit de l'homme, il est quelques points de ce vaste espace où d'éternelles révolutions politiques ont toujours arrêté la culture, et d'autres où la nature, aidée par l'action combinée de l'humidité et d'un soleil dévorant, est assez puissante pour déjouer tous les efforts de l'homme. Elle se livre alors, si l'on peut parler ainsi, à des dérèglements de production qui défient toute puissance humaine. De vastes espaces sont envahis irrésistiblement par ces masses de feuillage sombres, épaisses, impénétrables-, aux rameaux si vigoureux et si étroitement entrelacés qu'ils arrêtent une armée : tels sont les jongle s. Des arbres poussant dans tous les sens leurs branches gigantesques; des arbustes épineux de toutes les tailles et de toutes les formes; des bambous qui, dans l'espace de quelques mois, s'élancent à la hauteur de soixante ou quatre-vingts pieds, forment la charpente de ces fortifications naturelles. Souvent même, au milieu des plaines cultivées, le figuier et quelques autres grands végétaux, si la main de l'homme n'arrête pas leur progrès, d'arbres isolés qu'ils étaient d'abord deviennent, en peu de temps, de véritables et grandes forêts.
La culture, là où elle règne, éloigne toutes les espèces des animaux sauvages, et même celles des animaux domestiques s'y développent peu comme nombre et comme individus. L'espèce bovine, protégée cependant par les sentiments religieux des indigènes, y est de petite taille; les chevaux petits aussi, mais légers et courageux , sont bien in-
férieurs à ceux du Turkestan. Mais là où la nature se développe dans sa sauvage liberté vivent au contraire des animaux remarquables par la grandeur de leur taille et dangereux par leur force, comme le tigre et l'éléphant : celui-ci , d'une espèce distincte de celle de l'Afrique; celui-là, le plus redoutable habitant des jongles du Bengal , y règne en l'absence du lion; moins fort, moins majestueux que le roi des animaux , il est plus dangereux et plus cruel.
Pour compléter la description de la grande plaine de l'Inde, il nous reste à parler d une de ses parties complètement différente des autres. A quelque distance à l'ouest de la Djamna, le niveau général du terrain atteint un maximum d'élévation, d'où il redescend à l'est et à l'ouest. Tous les cours d'eau nui partent de ce point descendent à I est pour aller grossir le Gange, ou à l'ouest pour aller porter leurs eaux à PIndus. Entre ces deux fleuves et leurs affluents s'étend un espace considérable, à peine arrosé çà et là par
Quelques faibles ruisseaux qui se'perent dans des sables. Ce désert d'une étendue suffisante, s'il était habitable, pour former un État puissant, s'étend a l'ouest sur un espace déplus de deux cents lieues de long sur cent de large , et présente un aspect en tout semblable aux régions les plus désolées de P Arabie et de l'Afrique. Sa surface, à peine élevée au-dessus du niveau de la mer, est couverte d'incrustations salines et de détritus marins; c'est un terrain abandonné par les eaux de la mer. Suivant les observations de M. Elphinstone, sa partie orientale est couverte de collines de sables mobiles qui s'élèvent quelquefois à des hauteurs surprenantes. Toutefois, on trouve dans ce désert quelques buissons de plantes épineuses, quelques arbrisseaux du genre mimosa. On y rencontre même, séparés, il est vrai, par de grandes distances, on y rencontre des villages ou plutôt des assemblages de huttes bâties en boue détrempée, autour desquelles les habitants, utilisant les eaux de quelques sources, parviennent à établir quelque
culture. En somme, une population encore plus considérable qu'on ne le croirait d'abord doit être répandue sur ce désert où l'on signale même l'existence d'une ville, Bikanir, qui y déploie sur une petite échelle l'aspect d'une ville ornée de palais, de temples et autres grands édifices.
Au nord de cette {plaine immense , cultivée et déserte, s'élève la haute thalne de l'Himalayan, dont les degrés successifs finissent par se perdre dans les neux avec leurs sommets couverts déneiges éternelles. Suivant M. Calder , IHimalayah développe sur une ligne de près de quatre cents lieues une chaîne de montagnes d'une hauteur moyenne de vingt et un mille pieds au-dessus du niveau de la mer et de laquelle s'élancent comme bases des pics détachés et hautsde cinq ou six mille pieds de plus. L'habitant de la plaine ardente du Bengal contemple avec uue admira* tive religieuse cette immense perspective de sommets neigeux qui bornent au loin l'horizon. Cependant avec chaqiftgradiu de ce gigantesque amphithéâtre la nature change d'aspect, et mus allons essayer de Tes décrire.
La chaîne de IHimalayah à son pied est partout bordée d'une ceinture de terrains qu'on appelle Tarryani ; ce soin désigne une plaine large d'environ sept ou huit lieues et sur laquelle te torrents et les eaux descendus du tout des montagnes se précipitent avec tant d'abondance qu'ils l'inondent «i toute saison. C'est donc un marais sur lequel le soleil des tropiques , agissant avec toute la puissance de ses rayons, fait croître une végétation à I) sombre couleur, au feuillage petit et épineux , mais si épaisse qu'elle forme une barrière à peu près impénétrable.
Otte région est surtout défendue contre les efforts de l'homme parles miasmes pesilentiels qu'elle exhale; une armée , qui est contrainte de s'y engager, est certaine d'y éprouver en peu de temps des pertes excessives , comme l'apprirent par expérience les détachements anglais stationnés pendant la guerre sur les frontières du Nét»jl et du Boutan. Sous les mortels om-
brages du Tarryani, l'éléphant, le tigre et autres animaux sauvages ont établi leur empire , tandis que les quelques êtres humains qu'on rencontreaans son voisinage y languissent plutôt qu'ils n'y vivent.
Mais en quittant cette région désolée et montant les premières peu tes de la montagne le voyageur voit se dérouler devant lui un tableau plus riant. Il traverse de charmantes et fertiles vallées, que dominent des montagnes de l'aspect le plus pittoresque et presque toujours couvertes des plus magnifiques forêts. Au milieu d'arbres semblables à ceux qu'il a vus déployer leur majestueux feuillage sur les rives du Gange, diverses espèces de chênes et de pins commencent a se montrer. Franchissant les premières pentes qui se déploient avec tant de grâce au pied de l'Himalayan, la nature prend un aspect plus sévère et plus hardi. L'escarpement de la montagne , la profondeur de la vallée, l'impétuosité du torrent , rappellent les passages des Alpes ou des Highlands, et plus d'un officier écossais, en parcourautces pittoresques contrées, s'y est attendri au souvenir de sa patrie. L'aspect de la montagne est souvent presque menaçant, elle porte la violente empreinte des révolutions de la nature qui l'ont produite; ses sommets s'élèvent à pic les uns au-dessus des autres , rapprochés et ne laissant pas voir ce-
f rendant les ondulations de terrain qui es unissent. Leurs flancs escarpes, quelquefois boisés et quelquefois ne montrant que d'immenses masses de rochers nus, descendent perpendiculairement daus des gorges obscures , dans des ravins étroits où le torrent peut à peine se frayer un passage en écumant contre les fragments de rocs arrachés par le travail des siècles au flanc de la montagne. De rudes fatigues attendent le voyageur qui doit monter tour à tour et descendre le long de ces sommets escarpés par des sentiers à peine frayés au-dessus de précipices sans fonds. Les ponts jetés surcesabtmes sont faits pour effrayer.
Deux planches appuyées par leurs extrémités sur des pointes de roches for-
L'UNIVERS
ment ce qu'on appelle une Sanga : c'est pendant la saison'; froide les plantes
le moyen le plus usité. D'autres fois ce de l'Europe et des climats tempérés
sont deux cordes appelées Djhalas qui croître à côté de celles du tropigue.
sont jetées en travers du précipice , et Ce n'est que par accident qu'on voit de
faisant office de parapets , supportent la neige dans cette partie de la mon-
une planche branlante sur laquelle tacne.
> Toute cette montagne est tellement trême la hauteur de neuf mille pieds
tourmentée» que ses habitants n'y trou- au-dessus du niveau de la mer. La
vent pas toujours des plateaux assez neige y descend régulièrement tous
étendus pour y construire leurs villes, les hivers , mais elle fond aux pre-
On affirme que dans tout le pays au- miers rayons du printemps. Quoique
tour de Sirinagar (vallée de Ca- la végétation y soit presque la même
où l'on aurait pu bâtir cette petite ses que nous avons déjà indiquées perville, et qu'entre elle et la grande mettent encore dans certaines localités plaine on ue rencontre pas d'em place- à quelques plantes des tropiques d'y ment où mille hommes pourraient cam- escalader les flancs de la montagne, per ensemble. A Nahr, la principale Dans quelques vallée abritées et bieu rue n'est qu'un escalier taillé dans le arrosées on cultive encore le riz avec roc. C'est encore un escalier du même succès ; mais ce sont les plantes hergenre qui conduit à Rampore, laprin- bacées qui seules peuvent réussir à cipale ville de la vallée où le Sattedje cette hauteur. Les arbres qui ont besoin prend naissance. Là les maisons s'éle- de plusieurs années pour se développer vent litéralement les unes au-dessus des et qui doiveut rester exposés à toutes autres; en bas, dans le fond de la val- les saisons ne peuvent résister aux hilée perpendiculaire, coule le fleuve; vers de cette zone, à moins que ce ne en haut , des sommets à pic dominent soient nos arbres d'Europe; le palmier la ville et semblent prêts à l'écraser, et les autres arbres de l'Inde disparais- Le docteur. Royle, dan? sa Botani- sent à cette hauteur. que de CHymalayah, partage toute La dernière zone, et par conséquent la chaîne, sous le rapport de la végé- la plus élevée, est soumise à un climat tation, en trois zones. Il donne pour semblable à celui du nord de l'Europe limite à la première la hauteur de ou de l'Amérique, et qui, devenant plus cinq mille pieds. La température rigoureux à mesure qu'on s'élève, n'a s'y abaisse par rapport à la plaine; plus enfin d'analogue sur la terre que les mais cependant le froid n'y est pas tel glaces éternelles du monde arctique, encore qu'on n'y trouve plus les plantes Même dans la partie inférieure de cette du tropique. Son exposition au midi , zone la neige ne fond plus qu'au mois l'ardeur du soleil pendant la saison de mai ou de juin, lorsqu'au froid d'un d'été, les pluies tropicales qui l'inon- hiver glacial succède la chaleur la plus dent, y font croître presque tous les accablante. Les rayons du soleil s'y font végétaux qu'on voit dans les parties quelquefois sentir avec une ardeur prèsun peu élevées de la plaine centrale, que insupportable pour l'homme , lors Dans le Népal et dans d'autres parties même que I etatgénéral de l'atmosphère favorisées, I hiver donne régulièrement en est encore si peu affecté, que le therune moisson de blé et l'été une récolte momètre reste a plusieurs degrés aude riz. Cependant les plantes les plus dessous de zéro. Le voyageur est brûlé délicates de la plaine, telles que la man- par le soleil au milieu d un froid rigougouste et l'ananas, n'y peuvent pas ré- reux, extrêmes auxquels il est toujours 6ister à la vivacité de l'atmosphère et dangereux et souvent fatal de sexpoaux brises de la nuit. D'un autre côté, ser. Là cependant encore la végetail est de certains lieux, rares il est vrai, tion déploie quelquefois une mermais il s'en trouve, où l'on voit même meilleuse puissance. Presque partout
il faut passer.
chemir) il n'y a pas d'autre endroit
encore, à douze mille pieds d'élévation, od cultive l'orge et le blé avec succès. A onze mille six cent quatre-vingts pieds le capitaine Webb a rencontré de magnifiques forêts de cbénes , des fraises et même des treilles de raisins en fleur. A cette hauteur, au pied des glaciers qui les arrosent et sous les rayons d'un soleil ardent, les pâturages sont d'une richesse admirable.
Enclins à l'exagération, les habitants de ces montagnes disent que l'herbe y est inépuisable et qu'il lui suflit d'une nuit pour repousser. Mais aussi on voit quelquefois des prairies fertiles, des champs cultivés ensevelis tout à coup sous des avalanches de neige ou de glaces qui mettent plusieurs années à fondre ; les habitants prétendent que la ligne des neiges perpétuelless'aDaisse chaque année sur les pentes de la montagne, et que la glace couvre aujourd'hui des espaces où Ton voyait jadis des forêts et des prairies.
Malgré l'aspect menaçant de ces précipices, ils sont cependant couverts (fimmenses masses Je forêts suspendues à leurs flancs. Au milieu d'épais et majestueux bois de pins de toutes les espèces, on rencontre de magnifiques cyprès, d'admirables cèdres qui naissent, vivent et meurent inutiles au milieu de ces montagnes, car les moyens de transport manquent complètement pour les conduire aux lieux où le travail de l'homme pourrait les utiliser.
Entre ces arbres croissent des arbrisseaux chargés des fruits de l'Europe vptentrionale : la groseille, la fraise, la framboise, inconnues aux plaines du Gange. Dans les lieux abrites , la rose sauvage, les lis des vallées, la primevère, la dent-de-lion et toutes les «l>èces de fleurs champêtres émaillent le riche tapis de verdure qui pare les épaules de la montagne. Dans les lieux les plus élevés, les arbres et les rochers sont encore couverts de mousses et de lichens, plantes de la flore arctique : on y a même découvert récemment l'espèce de lichen que produit rtslande et dont le commerce importe aujourd'hui de si grandes quantités pour les besoins de la médecine.
Franchissant les cimes de l'Himalayah et descendant sur son versant septentrional, le voyageur voit un spectacle tout différent sedéployer sous ses yeux. Les pluies périodiques, qui arrosent tout le pays au sud, ne peuvent passer l'imposante barrière des glaciers.
Sur le versant du nord , la neige tombe aussi en moins grande quantité et elle y fond plus aisément. Le luxe de la végétation , la profusion de la verdure, ne viennent plus embellir ces régions élevées que Jacquemont nous dépeint sous un aspect si mélancolique, presque dénudées, couvertes çà et là de quelques broussailles, d'un maigre gazon et de débris entraînés par les eaux.
Et cependant, par une contradiction singulière de la nature , le climat , qui peut produire des grains nécessaires a la subsistance de l'homme, s'élève sur le versant du nord à une hauteur beaucoup plus considérable que sur le versant du sud. Dans la province tartare de Hangareng, le village deNako, situé à douze mille pieds au-dessus du niveau de la mer, est entouré dans la saison des plus riches moissons d'orge et de blé. Un- village dans le nord du Konawar, situé à quatorze mille neuf cents pieds au-dessus du niveau de la mer, récolte, au rapport du docteur Gérard, de l'orge de la plus belle qualité. Le même auteur estime que de ce côté la culture peut s'élever jusqu'à une hauteur de seize mille, et même de dix-sept mille pieds, On y a trouvé des passes qui , même à une élévation de vingt mille pieds étaient libres de neige. Il n'est pas moins remarquable d'observer que, dans ces montagnes de la Tartarie, les parties exposées au midi sont beaucoup
f)lus froides que les autres. On a fait a même observation sur les pics qui s'élancent dans l'air comme les promontoires dans l'Océan. La cause de ce singulier phénomène n'est pas encore connue. M. Royle l'attribue à la réflexion des rayons du soleil qui leur sont renvoyés comme les rayons du calorique au centre d'un miroir ardent, par les montagnes voisines. Toutefois, ce n'est encore là qu'une hypothèse.
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Dans ces hautes régions , le règne animal change naturellement comme celui des végétaux. L'éléphant et le tigre, rois des forêts qui s'étendent à leurs pieds, sont presque inconnusdans la montagne. C'est le chat sauvage, l'Ane et le sanglier qui y accomplissent l'œuvre de destruction. Le chamois y bondit de rocher en rocher et les forêts sont peuplées de daims de toutes les espèces; la plus précieuse est celle qui produit le musc. On ne trouve cette dernière que dans les régions les plus élevées et les plus difficiles, où le pied de l'homme n'ose presque jamais s'aventurer. Le froid et le froid le plus rigoureux est si nécessaire à la vie de cet animal que, si on l'amène dans des régions plus tempérées, on l'y voit ordinairement mourir en quelques jours.
Les forets à toutes les hauteurs, où l'on jouit d'un climat tempéré , sont remplies d'essaims des volatiles qui partout ailleurs peuplent les hasses-cours.
Il est cependant assez difficile de les chasser, parce qu'ils ne prennent presque jamais leur vol et échappent à leurs ennemis au milieu des broussailles et des buissons. Le paon nedé-
frioie son magnifique plumage que sur es premières pentes des montagnes.
L'aigle, roi de l'air, se montre rarement sur leurs cimes qu'habitent surtout les faucons , les épervïers et autres oiseaux de proie qui ne viennent qu'en seconde ligne après le tyran des airs. Les perdrix et les faisansy sont très-nombreux et d'espèces très-variées. On voit les faisans voler, au milieu des neiges, à des hauteurs considérables. Sur les premières pentes de la montagne habitentdes essaims d'abeilles construisant leurs ruches dans les creux des arbres. Les gens du pays s'emparent de leur miel en allumant de grands feux et poussant de grands cris, qui troublent les abeilles et les mettent en fuite.
Les animaux domestiques qu'élèvent les habitants dans leurs riches pûtura-
Ses appartiennent à la race bovine orinaire dans l'Inde ou à celle du Thibet. Les produits de ces deux races croisées sont naturellement très-com-
muns dans la montagne. On y élève aussi de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons, non-seulement pour la nourituredes habitants, mais encore pour le transport des marchandises que ces animaux peuvent seuls effectuer dans certaines passes. Outre le mouton de race ordinaire, ou en trouve une autre espèce robuste, vigoureuse, aux longues jambes, et qui peut porter comme poids plus du double de l'autre. Cette race fournit une laine très-fine.
La partie la plus élevée de cette chaîne immense est celle qui confine vers le nord du Bengal , aux sources du Gogra , du Gange , de la Djarana et s'étend à l'ouest jusqu'au Satledje. On compte dans cette partieau moins vingthuit pics plus élevés que le Chimboraco. Quelques-uns des pics mesurés exactement atteignent une hauteur de vin«;t-cinq mille pieds. Trois autres sommets, qui sont un peu plus au nord, vus à diverses époques , mais toujours à distance , par Moorcroft et le docteur Gérard, doivent, au rapport de ces savants, n'avoir pas moins de vingt-neuf mille ou trente mille pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Cette chaîne extraordinaire, qui s'étend sur un espace de plus de trente lieues en longueur et de vi ngt-cinq en largeur, ne renferme pas un seul plateau. Quoiqu'à distance elle paraisse former une série de gradins réguliers, on la trouve en la parcourant composée d'un nombre infini de rayons étendus dans tous les sens, entrecoupés de profonds ravins, au milieu desquels les eaux se sont creusé des passages et s'écoulent souvent dans des directions tout à fait opposées les unes par rapport aux autres. Le cours des eaux est si irrégulier, et si capricieux même, que souvent le voyageur en arrivant au sommet delà montagne est tenté de croire qu'elles n'y trouvent pas d'issues. On. a remarqué aussi que le versant du nord-ouest est le plus escarpé , tandis que du côté du nord-est les pentes sont plus faciles.
Du coté du Thibet , l'inclinaison des terrainsest presque insensible, comparée à ce qu'elle est sur le versant meri-
dional. Aussi l'élévation du Thibet audessus du niveau de l'Océan est-elle estimée à quinze mille pieds.
A l'ouest du Satledje, l'Himalayah s'abaisse sensiblement ou plutôt, suivant le baron Hùgel, il se dirige vers le nord , ne détachant sur la frontière indienne qu'un chaînon secondaire.
Là les sommets aux glaciers éternels ne forment plus une ligne continue ; on ne les voit plus qu'isolés. Celui de tous qtii est situé le plus vers l'ouest est le Tricota- Devi , magnifique montagne à trois pics cou verts de neiges perpétuelles. Au sud du Caehemir le Pir-Pandjal, comme on l'appelle, montre sa tête blanche et se continue jusnu' j lïndou-Kouch, qui sépare le Caboul delà Tartarie.
Cependant, si l'aspect général de ces montagnes est imposant, effrayant pre>que, on y trouve néanmoins des endroits où leurs lianes se déploient en plaines de quelque étendue. Ainsi, si les vallées du Népal sont le plus souvent fort étroites, on voit cependant au-dessus d'elles la Rama-Seraï ou vallée heureuse, à qui ses riants villages et ses champs parfaitement cultivés ont valu ce nom flatteur. L'espace de plaines le plus étendu qu'elles renferment est a leur extrémité occidentale, aux lieux où la grande chaîne s'ouvre pour former le petit royaume de Caehemir, que l'on peut appeler plus qu'aucune autre partie du «lobe le paradis terrestre. De nombreux ruisseaux, descendus des pentes des montagnes, entretiennent la plus riche verdure et la plus belle végétation dans ces vallons, et viennent former, au milieu de leurs plaines, un lac embelli par tout ce que la nature peut produire de pluscharmant. Les souverains mogols ont construit sur les bords de cette nappe d'eau de délicieux palais , où ils venaientoublîer danslecaîme de la retraite les soucis de l'empire. Les poètes orientaux ont célébréà Venvi Iesôeliees de cette vallée enchanteresse. Ils vantent surtout la rose de Caehemir comme une fleur d'une beauté exquise et dont l'époque de floraison est une fête nationale pour les Cachemiriens. Toute
fois le spirituel, mais quelque peu sceptique Jacqucmont traite toutes ces descriptions de mensonges de poètes; tandis que le baron Hùgel, qui visita ces lieux après lui, en 1835, soutient qu'on ne saurait rien dire de trop flatteur sur cette heureusecontrée. La flore du Caehemir est exactement la même que celle de l'Europe, celle de la Lombardie surtout. De gigantesques platanes, des vignes, des peupliers couvrent les plaines, et sur les pentes des montagnes voisines croissent de maies* tueuses forêts de cèdres et de pins. Le fond de cette vallée célèbre est élevé de presque cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer; elle est longue d'environ vingt-cinq lieues sur une largeur qui varie de deux à douze. Des brillants palais, élevés jadis par les empereurs mogols, Shalimar est le seul qui soit encore debout. La beauté des lilles du Caehemir est aussi célèbre, et, malheureusement pour elles peut-être, trop célèbre dans toute l'Asie, .laequemont, sceptique sur ce point comme sur beaucoup d'autres, trouve que les charmes des Cacheiniriennesontété trop vantés, et cependant il semble faire lui-même la critique de son opinion, quand il nous dit que presque toutes celles qui ont de beaux yeux sont vendues dans leur enfance.
Les délilés qui permettent de franchir ces immenses montagnes pour pénétrer dans leïhibet, sontextraordinairement difficiles. La disposition naturelle des terrains fait que le plus souveut il faut franchir des cimesqui n'ont
{tas moins de vingt mille pieds de mut. Les routes ou plutôt les sentiers que suit le voyageur sont ordinairement tracés le long d'un torrent qui promène un'long ruban d'écume, ou tien ce sont des gorges obscures et profondes que bordent des deux côtes des montagnes à pic, qui perdent leurs sommets dans les nues. Des flancs perpendiculaires de ces sombres galeries tombent souvent des quartiers de rocs détachés de la montagne.
Quelquefois des rochers immenses s'écroulent, effaçant la trace des sentiers , obstruant le lit des torreuts et y
L'UNfVERS.
créant des cataractes. Des arbres arrachés de la montagne et précipités dans l'abîme s'arrêtent au milieu de leur course sur une pointe de rocher, enfonçant leurs branches dans la terre et les racines tournées vers leciel. Cependant à travers ces défilés effrayants l'audacieuse industrie des hommes a su se frayer des chemins , étroits il est vrai, périlleux , mais qui suffisent cependant pour permettre à l'Inde et au Thibet d'échanger les produits de leurs territoires. Rien qui ressemble à une voiture, c'est encore vrai, ne peut eheminersur ces routes difficiles, pas même les animaux ordinairement employés aux transports dans les autres pays. Les marchandises sont portées sur le dos des chèvres et des moutons, qui ont seuls le pied assez sdr pour s'aventurer par ces sentiers. Les principales passes, ou du moins les plus suivies, sont celles de JNiti et de Mana aux sources du Gange, de Djaouar, de Darma et de Byansi à celles du Gogra.
En visitant ces cimes imposantes le voyageur est souvent exposé à de pénibles et douloureuses sensations.
L'air raréûé a l'excès n'est plus assez abondant pour fournir à la respiration. Lejeu des poumons s'exerce difficilement, la plus légère fatigue accable le voyageur, il s'arrête à chaque pas pour respirer : la peau est d'une sensibilité douloureuse , le sang sort par les lèvres , la tête devient lourde , pesante et sujette à des vertiges. Les indigènes , qui ne peuvent s'expliquer la cause naturelle de ces symptômes, l'attribuent au Bis, c'està-dire à l'air qu'ils croient empoisonné par les exhalaisons vénéneuses de certaines fleurs. L'observation aurait suffi cependant pour leur apprendre qu'à de grandes élévations les fleurs n'ont presque plus d'odeur, et que c'est aux hauteurs les plus considérables , là où toute végétation a cessé , que l'homme éprouve le plus cruelle ment ces pénibles sensations.
Le Deccan ou la Péninsule du sud , qui nous reste à décrire , ne présente aucun de ces caractères particuliers qui
distinguent la grande plaine de llnde et sa frontière du nord. Des ondulations de terrain , qui deviennent quelquefois mais rarement des montagnes, gui produisent des plateaux de diverses élévations, donnent au Deccan un aspect plus varié et y réunissent souvent sur un petit espace le climat et les produits de la zone torride avec ceux des zones tempérées. L'accident naturel le plus remarquable qui la caractérise, c'est une ceinture de montagnes
?|uî se développent en suivant la orme triangulaire de cette partie du continent. La ligne du nord se compose d'une série de terrains assez élevés qui s'étend du golfe de Cambay à celui de Bengal, presque parallèlement au cours de la Neroadda. Elle comprend les provinces de Malwa, de Candeish et de Gondouana, auxquelles on donne plus particulièrement le nom d'Inde centrale. C'est ce qu'on appelle la chaîne des Vindhya; mais elle s'étend sur une largeur si considérable et ses sommets sont si peu élevés (ils atteignent rarement à une hauteur de deux mille pieds au-dessus du niveau de l'Océan ) qu'on doit la regarder comme un plateau très-accidenté plutôt que comme une chaîne de montagnes. De ses deux extrémités partent en se dirigeant au sud deux autres chaînes presque parallèles , qu'on appelle les Ghâts et qui, suivant le rivage, enceignent les deux côtes de Malabar et de Coromandel.
Les Ghâts occidentaux, qui suivent la côte de l'Océan indien , s'éloignent rarement du bord de la mer et quelquefois même ils s'en approchent de si près, que leurs pieds sont baignés par ses flots. Ordinairement rejetés à dix ou douze milles dans l'intérieur des terres, leurs sommets sont couronnés, non pas, comme ceux de l'Himalayah, par les arbres du monde arctique ou des climats tempérés, mais par le pittoresque palmier et les plantes aromatiques de la zone torride. Les plus précieux produits de leur végétation sont le poivre , le bétel dont les Indiens font une si grande consommation , l'arec qu'on mêle avec le bétel , le palmier sagou
à la moelle si nourrissante , le cocotier, l'arbre le plus utile de ces contrées. Au-dessus d'eux s'élève le teak , dont le bois, plus durable que le chêne de l'Europe , fournit d'admirables matériaux aux constructions maritimes. Cette chaîne, dans sa partie septentrionale, n'a pas de sommets qui atteignent plus de trois mille pieds. Le pic de Maliabalesouar près de Bombay offre un lieu de guérison fréquenté par les malades de cette présidence. G est sur les côtes de Canara et du Malabar, au dessous du quinzième degré de latitude nord, que se trouvent les sommets ta plus élevés de cette chaîne ; quelques-uns n'ont pas moins de six mille pirds de hauteur. Vers la frontière duMysore , le continent est traversé de Test à l'ouest par un chaînon appelé les Nilgherris , le plus élevé de cette partie de l'Inde et qui est devenu depuis quelque années un lieu de retraite, où vont se rétablir les constitutions fat i guées par la chaleur des tropiques. Ce chaînon sert de lien entre les deux grandes chaînes des Ghâts et détache un rameau qui va se perdre dans la mer au cap Comorin. La côte occidentale est généralement très-basse, arrosée par de petits cours d'eau qui mutent parallèlement à la plage et sont de la plus grande utilité à la navigation intérieure.
Les Ghâts orientaux, qui bordent à distance la côte de Coromandel, sont généralement moins élevés , mais détachent un plus grand nombre de rameaux et s'étendent sur un espace beaucoup plus large. Ils laissent une plaine plus large entre la mer et eux ; mais, si l'on en excepte les embouchures des grands fleuves , qui, prenant leur source dans l'ouest, viennent se jeter dans la baie du Bengal , cet esceest généralement assez aride. Vers nord , dans la province d'Orissa et lesCircars , les terrains élevés se rapprochent beaucoup plus de la côte.
Ce sont des jongles et des montagnes moins bien cultivés, et habités par une race moins civilisée qu'aucune autre partie de l'Inde. Encore plus au nord, le Cattack est si bas, qu'il est exposé à
être inondé par la mer. En 1830, 1831, 1832 et 1833, l'Océan franchit les digues destinées à le contenir et couvrit de ses flots des espaces très-considérables.
Ges trois chaînes enceignent un plateau élevé d'à peu près deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer et qui est, pour ainsi dire, le corps même de Plnde méridionale. Le sud-ouest, contrée d'où partirent les Mahrattes pour faire la conquête presque entière de la Péninsule, est un pays accidenté et entrecoupé de profondes vallées. Dans son aspect général c'est un pays destiné par la nature à un peuple de pasteurs. La région centrale, partagée autrefois entre les puissants royaumes de Golconde et Bidjapore, se compose de plaines très-étendues, très-fertiles et abritées par leur élévation même contre les chaleurs excessives qui régnent sur la côte. La partie tout à fait au sud, et qu'on appelle le Garnatic, est divisée en deux plateaux, le Balaghat et le Mysore, beaucoup plus élevés que ceux du Deccan et par cette raison même riches d'une beaucoup plus grande variété de climats et de productions naturelles.
En général , le paysage des monta- ' gnes de l'Inde méridionale, s'il n'a pas ce caractère de grandeur qui rend l'Himalayah si imposant, est gracieux et pittoresque, et les sommets de ses montagnes sont toujours couverts de la plus riche végétation. Il est presque partout cultivé, quoiqu'on y trouve cependant aussi des jongles, des forêts impénétrables et même des espaces couverts d'un sable stérile.
g II. Climat
Saisons. — L'année se divise ordinairement par les Indous en trois saisons : la pluvieuse, la froide et la chaude. La saison pluvieuse commence ordinairement en juin et finit en octobre. La saison froide prend de novembre à février, et la saison chaude de mars à la fin de mai. Les variations qui se produisent chaque année dans les époques où commence chacune de ces saisons, ne permettent pas de
leur attribuer des périodes fixes. En divisant Tannée autrement on peut dire que la saison saine commence en novembre et dure jusqu'au temps des pluies périodiques, et que la saison malsaine se prolonge pendant toute la durée des pluies, et même encore quelque temps après elles.
Moussons. — Quoique plus rapprochée de Téquateur, Tlnde n est pas soumise à des chaleurs aussi considérables que celles de T Arabie ou du golfe Persique. Elle doit cet avantage aux vents périodiques appelés moussons
?ui soufflent sur toute la surface de Inde, pendant six mois de Tannée, du sud-ouest au nord-est; et pendant les six autres mois du nord-est au sudouest. De ces deux moussons ia plus remarquable est celle du sud-ouest.
Elle fait sentir son influence depuis la cote d'Afrique jusqu'à la Péninsule de Malacca, et, pendant quatre mois au moins, inonde tout l'espace compris entre ces deux points de torrents de pluie. Dans le sud de Tlnde elle commence à se déclarer ordinairement vers les premiers jours de juin et successivement ensuite à mesure qu'on remonte vers le nord. L'approche de la mousson , dit M. Elphinstone,s'annonee ordinairement par des masses de nuages qui s'élèvent de l'Océan Indien et se dirigent vers le nord-est s'épaississant à mesure qu'ils approchent des terres. Après quelques jours de temps couvert , le eiel semble se troubler vers le soir, comme si la tempête menaçait, et la mousson s'établit le plus souvent pendant la nuit. Elle s'annonce par de violents coups de tonnerre , tels que ceux qu'on entend dans les régions tempérées ne sauraient en donner idée.
Elle commence par des coups de vent impétueux et suivis d'un déluge de pluie. Pendant quelques heures, les éclairs se succèdent presque sans interruption. Ils illuminent le ciel ; ils inondent les nuages d'une lueur éclatante; ils couvrent de leurs reflets les cimes des montagnes, ils laissent tout à coup toute la nature dans l'obscurité la plus profonde pour recommencer aussitôt et l'éclairer d'une
lumière aussi vive que celle du jour le plus brillant. Pendant tout ce temps le tonnerre ne cesse de gronder dans le lointain pour éclater par intervalle avec un bruit si déchirant et si soudain, que le cœur le plus ferme ne peut s'empêcher d'être ému de frayeur. Quand il iinit cependant par s'éloigner et s'éteindre , on n'entend plus que le bruit continu de la pluie qui tombe à flots précipités, et que les mugissementsdes torrents qui se gonflent et débordent.
Le lendemain toute la nature présente un triste spoctacle. La pluie continue toujours d être si épaisse qu'on peut à peine voir à quelques pas devant soi , les rivières troublées entraînent avec elles tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage et inondent au loin les campagnes.
Ce déluge dure quelques jours; mais ensuite le ciel s'éclaircit et il montre la nature rajeunie par une puissance magique. Avant les orages des jours précédents, la terre était toute brûlée par le soleil; excepté dans le lit des rivières, c'était à peine si Ton pouvait découvrir quelques traces de verdure, l'immuable sérénité du ciel n'était pas troublée par le plus léger nuuge; l'atmosphère était chargée d'une poussière dévorante à travers laquelle le soleil paraissait large et rouge comme dans nos brouillards d'hiver; un vent brûlant , comme s'il sortait d'une fournaise , échauffait même à Pombre le bois, le fer, les pierres; quelques jours avant la mousson , ce vent avait été remplacé par des calmes encore plus accablants. Mais aujourd'hui la première violence de Torage est passée, la terre se couvre comme par enchantement d'une fraîche et admirable végétation, les fleuves sont rentrés dans leurs lits et promènent majestueusement leurs eaux fécondantes au milieu des campagnes , Tair est pur et délicieux, le ciel s'embellit d un riche manteau de nuages , toute la nature enfin semble ravivée. Dès lors les pluies se succèdent à des intervalles presque réguliers , pendant un mois, pour reprendre encore avec une grande abondance en juillet ; pendant le troi-
iNbfc.
sième mois elles diminuent sensiblement. En septembre, elles deviennent encore plus rares, et enlin, vers la fin du mois, elles disparaissent comme elles étaient venues, au milieu des tempêtes et des éclats de la foudre.
Telle est la mousson dans la plus grande partie de l'Inde; mais il ne faut pas oublier qu'elle ne commence pas partout à la même époque et que plus
00 s'éloigne de la mer, plus les pluies diminuent. Elles sont naturellement plus abondantes auprès de la mer, d'où sortent les nuages qui s'épuisent après avoir parcouru un grand espace dans les terres. Pour cette raison les pluies sont plus ou moins abondantes dans les provinces selon la distance où elles sont de la mer, ou encore selon les accidents de leurs terrains ; car les hautes montagnes, en arrêtant les nuages , font déverser sur les pays qui les entourent plus de pluie qu'il n'en serait tombe si les nuages eussent pu suivre librement leur cours.
En arrêtant les nuages et les vents ta montagnes produisent encore un autre effet qui n'est pas moins remarquable. La mousson dite du sudouest traverse l'Océan dans cette direction; et, quoiqu'elle puisse varier de quelques points du compas en arrivant à terre, on peut dire cependant encore avec exactitude qu'elle traverse
1 ouest et le centre du continent indien en se dirigeant vers le nord est. Mais , dans les provinces du nord-est, elle se produit autrement; lèvent, qui apporte les pluies à ces régions , leur arrive du sud ouest, traverse le golfe du Benjçal et vient s'arrêter sur les hautes montagnes de l'Himalayah, qui le forcent j suivre leur direction , celle du nordouest. Le souffle de la mousson dans les contrées situées au sud-ouest de l'Himalayah, semble donc venir du sudest; et c est de ce point, en effet, que toute la province du Ben^al reçoit s^s pluies. Arrivé en suivant la ligne générale des montagnes jusqu'à l'Hindou-Kouch, le vent, encore arrêté par cette nouvelle chaîne, prend alors la direction de l'ouest et vient enlin mourir ou du moins apporter ses derniers
nuages sur les cimes des monts Soliman, dans l'Afghanistan.
Ces observations, continue M.
Elphinstoue, expliqueront, sinon entièrement, du moins en partie, le fait suivant : la mousson du sud-ouest commence sur la côte de Malabar au mois de mai et s'y fait sentir avec une extrême violence; elle arrive plus tard et avec moins de force dans le Mysore ; mais la côte de Coromandel, couverte du côté de l'ouest parles montagnes, ne la sent pas du tout. Plus au nord, la mousson commence dans les premiers jours de juin et se produitavec moins de force que dans le Malabar, excepté sur les côtes et dans le voisinage des montagnes , où les pluies sont très-abondantes. A Delhi, elle ne commence que vers latin de juin et l'on y reçoit beaucoup moins d'eau qu'à Calcutta ou à Bombay. Dans le nord du Pendjab , c'ost-à-dire dans le voisinage des montagnes, les pluies sont plus abondantes qu'à Delhi ; mais dans le sud du Pendjab, loin de la mer et des montagnes, il n'en tombe que très-peu. Les nuages franchissent facilement le Sind inférieur et s'arrêtent davantage dans le Sind supérieur, où les pluies de la mousson, quoiqu'elles ne soient pas très-considérables, sont cependant les plus importantes de l'année.
Au commencement d'octobre, lorsque la mousson du sud-ouest , c'està-dire la saison pluvieuse, tire à sa fin, c'est la mousson du nord-est qui s'établit peu à peu. Cette mousson produit un temps de sécheresse pour toute la Péninsule, excepté pourleCoromandel. Sur cette côte, c'est la mousson du nord-est qui amène les pluies périodiques; elles commencent vers le milieu d'octobre et finissent ordinairement dans le courant de décembre. De décembre au commencement de mars cette mousson continue , mais alors c'est un vent sec. La température est pendant cette saison fraîche et agréable. ï>a mousson du nord-est finit avec le mois d»? février ou dans les premiers jours de mars , et depuis cette époque jusqu'au commencement de juin les vents sont irréguliers ; c'est le
L'UNIVERS
temps des plus grandes chaleurs pour toute la Péninsule. Dans la baie du Bengal et sur ses côtes , les vents qui sont alors les plus ordinaires sont ceux du sud , chauds , humides, relâchants. Vers la fin de mai ou les premiers jours de juin au plus tard, la mousson du sudouest recommence et amène les pluies périodiques pour toute le Péninsule, excepté pour le Coromandel, qui souffre beaucoup alors de la chaleur et de la sécheresse.
Voici maintenant quelques détails particuliers sur le climat de chacune des présidences, ils donneront une idée au lecteur de la salubrité ou de l'insalubrité des diverses provinces de Tlndostan.
Bengal. —La saison froide commence, suivant le docteur Jameson , en novembre et finit en février. Vers le milieu d'octobre , la température commence à changer sensiblement. Les journées sont encore très-chaudes, mais les soirées et les matinées deviennent de plus en plus fraîches. Le vent qui, pendant les mois précédents, soufflait généralement du sud et de Test , commence à tourner vers le nord et l'ouest; il apporte déjà ces masses de nuages épais qui couvrent constamment le ciel et obscurcissent l'horizon pendant toute la durée des plues. L'air, auparavant humide et chargé de molécules agueuses, devient sec et élastique. Toutefois, ces symptômes ne sont pas invariables. Parfois le ciel est très-chargé , et des pluies abondantes, accompagnées d'éclairs et de coups de tonnerre, rappellent que la mousson du sud-ouest n'a pas encore tout à fait cessé de faire sentir son influence.
En novembre le temps est délicieux.
Une brise très-fraîche souffle vivement du nord et quelquefois de l'ouest.
L'air est séc ; le ciel clair et pur , et ordinairement on n'y voit pas un nuage.
Les nuits sont admirablement belles et accompagnées de rosées abondantes.
Le thermomètre varie entre les 15M9 et 24° Réaumur ; moyenne 18°,65; hauteur du baromètre, 29,98.
Avec le mois de décembre, le temps change considérablement. Quoique le
milieu de la journée soit très-beau, le coucher du soleil est toujours entouré de nuages épais oui obscurcissent l'horizon. Pendant la nuit d'épais brouillards s'élèvent à la surface de la terre et ne disparaissent qu'au matin. Dissipés par les rayons du soleil, ils se changent en nuages qui rendent l'air accablant. Cependant ces brouillards ne se montrent pas toutes les nuits , et quelquefois même tout le mois se passe sans qu'on en voie un seul. Pendant quelques nuits successives , comme en novembre, le vent sou ffleconsla minent du nord et de l'ouest. C'est un vent très-frais mais qui ne devient jamais tempête, ni calme plat. Le thernomètre varie entre les 10°, 65 et 20°, 45 Réaumur; moyenne 16°, 88; hauteur moyenne du baromètre, 30, 01.
Le temps est à peu près le même eu janvier. L'air est très-pur et le froid commence à se faire vivement sentir aux indigènes. Les vents sont établis entre le nord et le nord-ouest. Les brouillards sont encore très-fréquents et quelquefois si épais, que l'on ne peut pas voir à quelques pas devant soi. Pendant la plus grande partie des matinées tout ce qui est exposé à l'air extérieur y devient humideet s'y couvre d'abondantes gouttes de rosée : même pendant les nuits sereines la rosée est très-considérable. Le thermomètre varie entre les 6°, 65 et 19° Réaumur; moyenne 16; hauteur moyenne du bamètre, 29, 99.
Le temps est très-agréable jusque vers le milieu de février; mais alors la chaleur recommence dans le milieu de la journée. Le vent passe au sud et à l'est, d'épais nuages se montrent à l'horizon; les coups de tonnerre deviennent fréquents et tout annonce l'approche de la saison chaude. Le thermomètre varie entre les 14°, 65 et 22° 22 Réaumur; moyenne 19" tO ; hauteur moyenne du baromètre, 30, 3.
Quelquefois la fin de décembre est signalée par d'abondantes averses; mais le plus souvent, il ne tombe pas une goutte de pluie pendant toute la saison froide. L'influence de cette saison et du veut frais du nord qui domine
pendant sa durée se fait sentir de la manière la plus favorable sur les Européens, accablés et énervés par la chaleur humide des mois précédents.
La saison chaude commence avec les premiers jours de mars. Le soleil est puissant, les journées sont chaudes, brûlantes même; mais les vents frais et constants quisoufllent alors du sud empêchent que cette chaleur ne devienne accablante. Il n'est pas rare de voir encore des brouillards le matin, mats ils se dissipent promptement pour aller se joindre aux épaisses masie* de nuages que le vent amène de la mer et qui vont bientôt produire des orages. Ces tempêtes sont ordinairement précédées pendantquelques jours de matinées brumeuses et de vents violents. Pendant une ou deux soirées on entend le tonnorre gronder au loin, on sent quelques coups de vent, mais fl ne tombe pas une goutte de pluie.
Dans l'après-midi du jour où la tempête doit éclater, le vent qui pendant la matinée avait eu uue grande force s'abat sensiblement et finit par faire place au calme le plus parfait. Le temps est accablant ; les nuages s'amoncellent au nord-ouest en une masse profonde, épaisse, qui rase péniblement la terre. Des éclairs , suivis par les détonations de la foudre qui se rapprochent de plus en plus, annoncent la tempête. Enfin , le calme est tout à <x>up interrompu par le déchaînement du vent qui soulève des tourbillons de poussière dont Pair est obscurci; puis après des torrents de pluie accompagnes de coups de tonnerre, le ciel se rassérène, l'air se rafraîchit. C'est ordinairement vers le coucher du soleil qu'éclatent ces tempêtes , jamais avant six heures du soir ni plus tard que minuit. Le thermomètre varie entre les 18*,22 et 24° Réaumur; moyenne 20° ,88 hauteur moyenne du baromètre 29 ; 86.
H fait ordinairement beaucoup de vent peodant le mois d' avril, et c'est encore du sud qu'il souffle. Le ciel est quelquefois serein, mais le plus souvent chargé de poussière et d épais nuages quisedirîgent tous vers le nord. Vers
la fin du mois, la chaleur des nuits devient accablante. Vers le 20, le vent commence à être très-chaud et dure ainsi jusqu'à la fin de mai. Le thermomètre varie entre les 20°, 45 et 26°, 22 Réaumur, moyenne 23°, 10; hauteur moyenne du Baromètre, 29-
Mai est le mois le plus désagréable de Tannée. Au commencement on éprouve toujours de grands vents, mais pendant la plus grande partie du mois on ressent 'un calme accablant. La chaleur des nuits surtout est intolérable. Peu ou point de vent pendant les matinées, où le ciel est couvert par d'épaisses masses de nuages. Avec le soleil une faible brise se lève du sud, fraîchit pendant la journée, mollit sur le soir et tombe avec la nuit. L'air est chaud. mais sans élasticité. On n'y pourrait résister sans les orages asse* fréquents qui viennent faire diversion. On ne voit jamais de brouillards en avril ni en mai. Le thermomètre varie entre les 31°,77 et 27°, U Réaumur; moyenne 24°; hauteur moyenne du baromètre, 29, 60. i
Quelquefois, quoique ce soit assez rare, du 15 au 25 de ce mois , l'horison se couvre de nuages noirs et épais qui arrivent du sud-est. et il tombe beaucoup de pluie pendant quelques jours, c'est ce qu'on appelle la petite pluie. Plus ordinairement, les chaleurs continuent d'être accablantes jusque dans les premiers jours de juin; et alors le tonnerre , qui se fait entendre tous les soirs, an nonce l'approche des pluies périodiques. Elles commencent du 1 4 au 18 juin et continuent pendant les quatre mois suivants. Ce ne sont d'abord que des orages accompagnés de tonnerre; mais ensuite viennent quelques jours de pluie si épaisse qu'elle empêche de voir le soleil. Rarement ces grosses pluies durent plus de quarantehuit heures sans interruption. Aussitôt que la saison pluvieuse a commencé, la température se rafraîchit sensiblement. L'air, purifié de la poussière qui l'obscurcissait, devient aune admirable transparence pendant les intervalles des pluies, et le plus souvent les nuits
m L'UNIVRRS.
des pluies, et le plus souvont les nuits rer au dehors , ils ne le font qu'enre-
sont étinoelantes. Il y a peu de varia- loppés de couvertures et revêtus d'une
tions dans la température atmosphéri- ecpecedesac fait en feuilles de palmier,
que pendant toute la saison. Le ther- Dans l'est, au contraire, il est rare que
momètre s'y tient entre les 20° et les pluies puissent empêcher les habi-
25°77 Réaumur, movenne de 21*, 77; tants de sortir de leurs maisons, et c'est
hauteur movennedu baromètre. 29, 45. contre la chaleur, non contre le froid ,
La quantité totale des plûtes pendant qu'ils ont à se défendre. Les villages de la saison varie beaucoup selon les an- Pnuest se composent de maisons basnées. Pour le Bengal on estime que la ses aux toits pointus qui descendent moyenne est de quatre-vingts pouces jusqu'à terre : la végétation y est d'une anglais. richesse admirable, et les plantes cri m-
M a riras.— Le climat du Carnatic est pantes y viennent souvent couvrir les
en général sec et chaud. hauteur maisons. Dans l'est tout a Pair brûlé
moyenne du thermomètre à Madras s'é- parle soleil, les toits des maisons sont
tablit pour tonte l'année entre les 17% enterrasse, et leurs murs, bâtis en bri-
77 et 26', «6 Réaumur ; on l'a vu ce|>en- ques cuites au soleil , s'écrouleraient
dant , dans les mois de mai et de juin , sous Tune des pluies qui tombent de
montera 29° 32et mémeà 33.,44 Réau- l'autre cdte des Ghâts.
mur. Lasnison deschaleurs etdes vents, De toute la présidence de Madras
pendant lesmois de mai, juin et juillet, les parties les plus salubres sont les
est la plussaine; la saison des maladies deux plateaux de Mysore et de Haïdé-
est celle d'août à novembre. Les ma- rabad.
ladies les plus ordinaires sont les lié- Bombay. — La nouvelle ville de vres , les dvssenteries et les hépatites Bombay, capitale de la présidence, est ou maladies du foie. Mais dans le construite sur une île basse, maréca- Derwar, ou pays des Mahrattes , on geuse , et par conséquent elle est fort trouve réunies sur un petit espace des insalubre. Pouna , l'ancienne capitale différences de climat très-notables, des Mahrates et encore aujourd'hui La partie occidentale de ce pays , celui ville très-populeuse , située sur le conqui serapproehedesGhâts, est unedes thient à trente milles à PestdesGhâts, plus humides de la Péninsule, tandis et à environ deux mille cinq cents pieds qu au contraire la partie orientale est au-dessus du niveau de la mer, est, une des plus sèches. La quantité comparativement à Bombay, très-saine, moyenne de pluies qui tombe dans Aussi y envoie-t-on les malades de la cette dernière n'est que de vingt à présidence. C'est là qu'est mort le vingt-six pouces, et souvent en un malheureux Jacquemont. Dans le Goumois seulement cette quantité est dé- zerat, qui dépend de la présidence de passée dans l'autre partie. La diffé- Bombay, les vents d'ouest dominent rence du genre de vie des habitants pendant la plus grande partie de Pandans ces deux régions témoigne corn- née. Les mois de mai et de juin sont bien leur climat est différent. Dans excessivement chauds. En décembre et l'ouest l«'S habitants sont souvent janvier les vents passent à l'est , et l'on enfermés dans leurs villages pendant voit quelquefois pendant ces deux mois des semaines entières, par l'abondance des brouillards extrêmement épais, qui des pluies et le débordement des eaHx, se renouvellent tous les matins pendant qui interrompent toute communica- des semaines entières. tion.Pendantcettesaison, pour laquelle ils sont forcés de faire leurs provisions
d'avance,souspeinedes'exposeràmou- — — rir de faim , les malheureux habitants passent le temps assis autour d'un fover qui remplit de fumée leurs chétives habitations. S'ils sont forcés de s'aventu-