DES INDOUS AU TEMPS DE MA
On trouve ordinairement chez tous les peuples , même chez les plus barbare* des monuments ou des traditions qui expliquent l'histoire de leur passé et nwne qui permettent de la reconstraire; les peuples de l'Inde font seuls ftception. Ils sont parvenus , dès les tfmps les plus recules, à un haut degré de civilisation, sans avoir produit aucune histoire qui ait un caractère authentique.
L*s fragments qui restent de leurs années sont tellement mêlés de fables et défigurés par la plus extravagante chronologie, qu'il est impossible a l'investigation la plus patiente de trouver un fil pour se suider au milieu de ce dédale. Dans lliistoire de l'Inde il n'y > pss de date certaine avant celle de l'invasion d'Alexandre; et jusqu'à la conquête des Musulmans, c'est en vain ou'on chercherait à relier ensemble, d insunordre rationnel, les événements de ion histoire intérieure.
Et cependant, à côté de cette pénurie si complète pour ce qui est des faits, il Ta abondance de renseignements pour ee qui est des lois , des mœurs, de la religion. A bien considérer les choses, e'wtd'aillrurs ce qu'il était le plus important d'apprendre. Si nous pouvons connaître la condition sociale des In- <to»s à une époque réculée et signaler en même temps les différences qui depuis se sont produites, ne posséderonsnous n,is les résultats qu'on recherche dans l'étude de l'histoire?
La religion des Indous, leurs sciences et leur philosophie sont en pïrtie expliquées dans les Védas, recueils d'hymnes et de prières antiques, lui , selon toute probabilité, ont été tonis dans la forme où ils nous sont prvenus vers le XIVe siècle avant Père chrétienne; nous avons déplus un tableau complet de leur état social dans le code de lois qui porte le nom àe Manon et qui doit remonter au moins au TV siècle avant J.C.
Ce code doit donc être le premier point de départ de toute histoire des Indous.
g I. Des casU».
Le trait le plus caractéristique de la société décrite par Manou, c'est sa division en quatre classes ou castes :
les castes sacerdotale, militaire, industrielle et servile.
Les trois premières, quoiqu'elles ne soient pas placées entreelles sur le pied de l'égalité, possèdent cependant chacune certaines prérogatives qui leur sont particulières : ce sont celles qui forment , à proprement parler, la société
I)our le bénéfice de laquelle les lois et e«gouvernement sont établis. La quatrième caste, et les castes mélangées qui lui sont encore inférieures, n obtiennent l'attention du législateur que comme instruments de richesse et de puissance pour les castes supérieures.
L'homme de la caste sacerdotale, le Brahmane, est le chef de tous les êtres créés , le monde et tout ce qu'il renferme lui appartient; c'est à lui que les autres mortels doivent de conserver la vie; par ses imprécations toutespuissantes il peut faire périr un roi avec ses troupes, ses éléphants, ses chevaux et ses chars de guerre ; il peut même créer d'autres mondes; sa puissance va jusqu'à pouvoir donner la vie à de nouveaux dieux. Le Brahmane doit être traite avec plus de respect qu'un roi. Sa vie et sa personne sont protégées en ee monde par les lois les plus sévères , et d;ms l'autre par la menace des châtiments les plus terribles. La peine capitale ne peut lui être appliquée, même pour les plus grands crimes.
On croirait que cette élévation du Brahmaneau-dessus (!c toutes les autres créatures a dû1 en faire le souverain et même le tyran de la société; il n'en est rien cependant. La vie qui lui est
f prescrite par la loi est une vie d'études aborieuses, de retraite et d'austérités.
La première période de la vie du Brahamane, il doitla passer comme étudiant auprès d'un maître, dans l'absti-
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* nence et dans l'humilité. Toutes Brahmane doit se faire anachorète et
les forces de son intelligence doivent la passer dans la solitude des forêts,
s'appliquer exclusivement à l'étude des Vétu d'écorces d'arbres ou de la peau
Védas; il ne peut s'occuper de rien de d'une antilope noire, laissant pousser
mondain. Il doit l'obéissance passive ses cheveux et ses ongles, dormant
à son maître; le respect et l'attache- sur la dure, il doit vivre « sans feu,
ment du disciple doivent s'étendre jus- sans maison , dans le silence le plus
qu'aux personnes de sa famille. Il doit absolu , vivant de fruits et de racines. •
^acquitter envers lui de tous les soins H doit alors se mortiOer cruellement ,
domestiques, et pour vivre il ne peut s'exposer tout nu à la pluie, porter
que mendier de porte en porte. en hiver des vétementshumideseten été
Pendant la seconde période de sa se tenir au milieu de cinq feux sous les
vie, il se marie, élève sa famille et s'ac- rayons brûlants du soleil, quitte des devoirs imposés aux Brah- Dans la dernière période de sa vie
mânes : lire et enseigner les Védas, le Brahmane vit presque aussi soli-
offrir des sacrifices, répandre des au- taire et retiré que pendant la troisiè-
mônes et recevoir des présents. La plus me. Mais alors il est affranchi de toutes
honorable de ces fonctions c'est l'ensei- les observances extérieures ; ses morti-
gnement. Il est remarquable d'obser- fications ont cessé, et c'est la contem-
ver qu'à l'inverse des autres religions plation qui l'absorbe. Son vêtement
où la dignité sacerdotale tire surtout ressemble alors à celui des Brahmanes
son lustre du service dans les temples, ordinaires et son abstinence , quoique
le Brahmane, au contraire, se dégrade, grande encore , n'est plus aussi rigou-
s'il fait métier d'offrir des sacriGces. reuse. H n'est plus contraint à se mor-
II est enjoint très-rigoureusement au tiûer lui-même; impassible au milieu
Brahmanede ne recevoiraucun présent des événements de la vie, il s'absorbe
des gens indignes et surtout des gens délicieusement dans ses méditations
appartenant aux derniers rangs de l'é- sur la divinité jusqu'à ce qu'enfin son
chellesociale.il nedoit pas recevoir sans âme quitte son corps, « comme Toi-
nécessité ; s'il est embarrassé pour seau quitte la branche. » vivre, il peut mendier, cultiver la terre, Ainsi pendant toute la durée de
et même, en cas d'extrême besoin, faire son existence le Brahmane vit entière-
le commerce; mais il lui est absolument ment séparé du inonde ; mais , en cher-
défendu d'entrer jamais au service de chanta pénétrer les mystères de ce
personne : la musique, la chasse, la code singulier, on voit que toute cette
danse, les jeux de hasard lui sont sé- règle de vie est décrite ou d'après
vèrement interdits. Il doit s'abstenir les traditions embellies du passé, ou
de tout plaisir des sens et éviter tous d'après un idéal que les nécessités les honneurs mondains comme il évite- positives de la vie et des sociétés
rait le poison. Cependant il est exempté humaines ont forcé de compléter par du jeilne et de toutes les vaines obser- d'importantes modifications qui rapvances de la religion. Ce qu'on lui de- prochent les Brahmanes des conditions mande surtout, c'est que sa vie soit ordinaires de ce monde, et surtout décente et occupée par les études qui leur confèrent une part essentielle lui sont prescrites. Il n'est pas jus- du pouvoir.
qu'à son costume qui ne soit ré^lé par Ainsi le roi doit avoir un Brahmane la loi : « Il doit avoir les cheveux et pour le' plus confidentiel de ses conla barbe coupés , un manteau blanc et seillers. Ce sont les Brahmanes qui doile corps toujours en état de pureté; » vent l'instruire, lui apprendre les rètels on voit encore aujourd'hui les gles de la politique et de la justice. Brahmanes, appuyés sur un long bAton, Toute l'autorité judiciaire, excepté un exemplaire des Védas sous le bras, celle que le roi exerce en personne , et des anneaux d'or aux oreilles. est dans les mains des Brahmanes ; et.
Dans la troisième partie de sa vie , le si l'étude des textes sacrés n'est pas
interdite aux deux classes qui viennent immédiatement après eux , cependant U sens de la loi ne peut être établi que par l'autorité des Brahmanes.
Le code met en réalité tout le pou- Toir judiciaire dans leurs mains.
Les intérêts pécuniaires de la classe sacerdotale ne sont pas moins bien protégés. La libéralité envers les Brahmanes est recommandée comme dm vertu , c'est le devoir particulier du roi. Les sacrifices , les oblations et toutes les cérémonies de la religion rapportent des présents aux Brahmanes, et ces présents doivent être magnitiques. ■ Les organes des sens et de Faction, dit un article du code, la réputation dans cette vie et le bonheurdans l'autre, la vie elle-même, les enfuit», les troupeaux , tout est ruiné par oo sacrifice que terminent des présents mesquins offerts aux Brahmanes. • Bien des délits se racliètent par des amendes qui sont pavées à la classe sacerdotale. Si un Brahmane trouve un trésor, il le garde pour lui seul, tandis que s'il est trouvé par une autre personoe, il appartient par moitié au roi et aux Brahmanes. A défaut d'héritiers, les propriétés reviennent au roi , sauf celles des Brahmanes , qui se les partagent alors entre les personnes de leur caste. Un Brahmane savant et exempt de tout impôt; et, s'il est •aivre, le roi doit pourvoir à sa subsistance.
La caste militaire , celle des Kcha- Irras, quoique beaucoup au-dessous des Brahmanes, jouit cependant encore de grands privilèges. La loi dit « que la caste sacerdotale ne peut pas prospérer sans la militaire, ni la militaire tans l'autre , et que le bonheur de toutes deux en ce monde dépend de leur onioo. »
La caste millitaire jouit* quoiqu'à un moindre degré parrapport aux Veysias, des mêmes privilèges que les Brahmanes possèdent sur les autres castes. Le roi *st de la caste militaire, comme probablement aussi ses ministres ordinaires.
L** commandement des armées, comme aussi tous les postes où il y a un wnmandement quelconque à exercer ,
appartiennent aux Kchatryaspar droit de naissance. C'est un fait très-remarquable que dans les lois établies par eux-mêmes les Brahmanes, excepté
(K)ur ce qui est de l'administration de a justice , se soient refusé toute participation au pouvoir exécutif.
Les devoirs imposés à la caste militaire sont de défendre le peuple , de répandre des aumônes, de sacrifier, de lire lesVédas et de ne pas se livrer au plaisir des sens.
Le rang social des Veysias ou membres de la troisième caste n'est pas très-élevé. Outre les sacrifices, les largesses et la lecture des Védas qui leur sont recommandés, les Veysias ont la charge d'élever les troupeaux, de faire le commerce, de prêter à intérêt et de cultiver la terre.
Les connaissances pratiques exigées des Veysias sont plus étendues que celles exigées des autres classes ; car, outre l'agriculture et l'é ève des troupeaux, ils doivent encore connaître les productions et les besoins des autres pays , les divers dialectes des hommes , et tout ce qui est relatif à la vente ou à l'achat des marchandises.
Le devoi r d'un Soudra, c'est, dit brièvement le code, de servir les autres caste, et particulièrement les Brahmanes.
S'il ne peut pas trouver à s'employer auprès d'une personne des classes supérieures , il lui est permis de gagner sa vie en se louant comme manœuvre, charpentier , maçon , peintre , écrivain, etc. Un Soudra peut accomplir les sacrifices religieux, mais il doit omettre les textes saints qui les accom-
f»agnent. Un Brahmane ne peut pas ire les Védas , même des yeux, en présence d'un Soudra. Lui enseigner la loi, lui apprendre la manière d'expier ses péchés, c'est pour un Brahmane un crime, qui le conduit dans l'enfer Asamvrita. Il n'y a pas de faute contre laquelle la loi engage les Brahmanes à se tenir plus en gardeque contre celle de recevoir les présents des Soudras. Un Bra limai e dans le besoin peut accepter du grain d'un Soudra, mais il ne peut, dans aucune circonstance , goûter d'un mets
préparé par un Soudra. Les gens de cet te classe doivent se nourrir des restes de leurs maîtres , et se vêtir de leurs vieux habits. Ils ne peuvent amasser de richesses, même par des moyens honnêtes, afin , dit la loi vqu ilsne deviennent
Sas orgueilleux et ne causent point e peine aux Brahmanes, si un Soudra insulte de paroles un homme des classes supérieures , on doit lui couper la langue. S'il s'assoit sur le même siège qu'un Brahmane , la partie de son corps qui a plus particulièrement commis le crime est brûlée avec un fer chaud. S'il ose admonester un Brahmane sur ses devoirs religieux, la loi ordonne qu'on lui coule de l'huile bouillante dans la boui he et d ois les oreilles.
Le nom de Soudra , dit encore la loi , est l'expression du mépris , et l'amende imposée pourle meurtre d un homme de cette classe n'est pas plus forte que celle dont est passible celui qui a tué un chat, un crapaud , un chien un lézard.
Si l'état d'avilissement des Soudras est plusqu'évident, il estassez difûcilede dire quel est leurétat civil. Les Soudra , sont désignés en général sous le nom de caste seroile , et il est déclaré que , même affranchi par son maître , le Soudra ne peut pas être dégagé des liens de l'état serviie: « Car . dit expressément la loi , qui pourrait le dégager d'un état qui lui est naturel ?» *
Cependant il ne résulte pas explicitement du texte du code que le Soudra soit et doive être toujours l'esclave attaché à un individu; au contraire, il peut offrir ses services à qui bon il lui semble , et même exercer des métiers pour son compte particulier. Rien non plus n'autorise à croi re que lesSoudras soient les esclaves de l'Etat; car on voit que l'émigration , interdite , et sévèrement , aux autres classes, leur est permise. Us peuvent posséder, droit interdit aux esclaves; leurs personnes sont protégées même contre leurs maîtres , qui ne peuvent les corriger que d'une manière prescrite par la loi. Les châtiments qu'elle leur applique sont applicables aussi à la femme par son mari , aux entants par leur père, au disciple par son
maftre, au frère cadet par son aîné Qu'il y eût des Soudras esclaves , c'esi un fait incontestable; mais il y a aussi toute raisou de croire que les nommes des autres castes, pouvaient être également réduits en servitude.
La condition des Soudras devait donc en réalité être beaucoup meilleure uue celle des esclaves dans la plupart des anciennes républiques , meilleure peut-être que celle des serfs du raoveu âge.
Quoique la ligne de démarcation entre toutes les castes fût si tranchée , il ne semble pas cependant que dans l'origine on ait pris autant de soins pour empêcher leur mélange qu'on l a fait depuis. C'est le souci de protéger l'honneur des femmes beaucoup plutôt ue celui d'assurer la pureté de la escendance qui semble avoir inspire le législateur.
Les hommes des trois premières castes ont toute liberté de choisir leurs femmes dans les castes inférieures, pourvu qu'ils ne leur donnent pas la première place dans leur famille Le mariage n'est permis à personne avec uue femme d'une caste supérieure à la sienne; l'adultère est puni des peines les plus sévères, et l'entant qui peut en nattre est cond a mué au dernier degré d'avilissement. Le fils légitimed'un Brahmane et d'une femme kchatrya est placé par la loi dans une situation intermédiaire entre son père et sa mère; et les filles issues de cette alliance, si pendant sept générati ous consécutives el les épousent des Brahmanes , font remonter leurs enfants dans la caste sacerdotale ; mais le fils d'un Soudra et d'une femme d'origine brahmanique est un * Tcha*r data, le plus vil des mortels, et son union avec les femmes des castes supérieures produirait une race encore plus vile que celle de leur père. *
Il semble que, dèsletempsde Manou, les hommes des diverses castes se faisaient scrupule de manger ensemble, mais cependant on ne trouve dans la loi aucun texte positif qui le défende, excepté pour lesSoudras; encore est-oe une faute facile à expier pour un Brahmane. Aujourd'hui les préjuges sont
beaucoup plus vifs à cet égard ; car H ne s'agit de rien moins que de perdre les privilèges de sa caste. Jadis on ne les oerdait que par des crimes.
Un fait à observer, c'est que, dans les quatre castes, il n'y a pas de place assignée aux artisans. Les Soudras, il est irai, peuvent exercer certains métiers mécaniques ; mais cependant on oe voit pas que ces métiers soient le lot d'aucune classe en particulier. D'àprès certains passages du chapitre X du livre de Manou, il semblerait que les artisans appartenaient comme c'est I* cas aujourd'hui, aux castes mêle?!. Toutefois ne peut-on pas insinuer de là que la division des castes s'est faiteàune époque où l'industrie était eneore trop peu avancée pour que les métiers fussent déjà spécialisés ?
§ il. Du gouvernement.
te gouvernement de la société appartenait à un prince absolu. Aucune autorité humai ne n'exerçait de contrôle sur sa conduite; quoiqu'il soit, dans un certain passage, menacé d'un châtiment et d'une amende dans l'autre , o.i ne voit cependant pas que la loi ait «snré par aucun moyen l'application de ces peines. Ses conseils et les chefs militaires, qui relèvent de lui, ne semblent avoireu d'autre autorité que celle qu'il voulait bien leur accorder. Il est rertain cependant qu'il devait être soumis aux lois , qu'on disait révélées parla Divinité même, et l'influence prépondérante des Brahmanes devait assurer leur puissance.
« Lebutde l'institution du rot, c'est, dit le code , d'empêcher la violence et de punir les malfaiteurs.
•Le châtiment veille quand les gar- 1 des dorment.
« Si le roi ne punissait pas les coupa- Mtt. le fort ferait rôtir lefaible comme le pêcheur le poisson sur le gril.
• La propriété n'appartiendrait plus J personne et les petits renverseraient «s grands. »
.Les devoirs du roi sont ainsi définis en termes généraux : « veiller à 'administration de la justice dans son
royaume,cliûtierrennemictrangeravec
vigueur, agir sincèrement avec ses amisetse montreroharitableaux Brahmanes. Il doit écouter respectueusement leurs leçons, pour apprendre à se conduire avee modestie , pour se faire instruire dans la justice, la politique, la métaphysique et la théologie. Il doit résister aux plaisirs, modérer ses passions et éviter la mollesse. »
Le gouvernement du roi se compose d'abord de sept conseillers ( pris, selon toute probabilité, dans la caste militaire), et il doit avoir près de lui un Brahmane instruit, distingué audessus de tous les autres, et auquel il donne sa confiance entière. Parmi ses autres officiers, il en est un qui s'apelle" l'ambassadeur,» et qui exerce en réalité les fonctions de ministre des affaires étrangères. Ce personnage doit être, comme tous les autres, de noble naissance et posséder de grands talents, surtout sasrace et pénétrant. Il doit être honnête . populaire, habile eu affaires , instruit dans l'histoire , beau , intrépide, éloquent, et nu fait de ce qui se passe dans les autres royaumes.
L'armée est commandée par un général eu chef. L'application des peines est réglée par le ministre de la justice; les finances et le pays sont administrés par le roi lui-même; la paix ou la uerre sont ordonnées par l'ambassaeur.
L'administration intérieure est confiée à une hiérarchie d'officiers civils, composée de chefs de simples villes ou villages , de chefs de dix, de cent et de mille villes. Tous sont nommés par le roi, et chacun doit référer des affaires à son supérieur immédiat.
Le traitement du chef d'une ville se paye sur les impôts en nature que le roi a le droit de demander à cette ville ; le chef de dix villes a deux journaux de terre, c'est-à-dire deux fois ce qu'un homme peut labourer en un jour; le chef de cent villes a un village, et le chef de mille villes, une ville entière.
Ces officiers sont sous la surveillance d'inspecteurs de haut rang et revêtus d'une grande autorité; il doit yen avoir un dans chaque grande ville, et c'est à
L'UNIVERS
eux qu'on s'en rapporte pour réprimer les abus de pouvoir auxquels les chefs des districts sont , dit la loi , trop enclins à se laisser entraîner.
Le royaume est aussi partagé en divisions militaires, dont chacune entretient un corps de troupes. Les ci rconscriptions territoriales de ces divisions ne correspondent pas nécessairement avec celles des autorités civiles.
Les revenus de l'État se composent d'un impôt levé sur les produits de l'agriculture, de taxes sur le commerce , d'une légère contribution annuelle sur les petits commerçants , d'une journée de travail par mois pour les gens de métier.
. Les marchands doivent être imposés selon le prix d'achat de leurs marchandises, leurs frais de voyage et de transport, et enfin selon leurs profits présumés.
Voici l'échelle de l'impôt:
Sur le bétail, les perles, l'or et l 'argent ajoutés chaque année au capital du contribuable, un quinzième; en temps de guerre ou d'invasion, on peut demander le douzième.
Sur legrnin, un douzième, un huitième , un sixième, « suivant le sol et la quantité de travail nécessaire pour le cultiver. » En cas de besoin, le gouvernement peut exiger le quart.
Sur l'augmentation annuelle des pieds d'arbres, sur la viande, le miel, les parfums et quelques autres produits de la nature ou du travail de l'homme, un sixième.
Le roi a également droit à vingt pour cent sur leproût net de toutes les ventes. Il hérite des gens morts sans héritiers ; il a droit a toute propriété qui n'a pas de maître légitime, mais seulement trois ans après avoir fait constater par proclamation publique qu'elle n'a pas de maître. 11 a également droit à la moitié de toutes les mines.
Le roi doit Gxer sa capitale dans une province fertile de son royaume, mais d'un accès diflîcile, et dont les alentours ne peuvent pas nourrir une armée d'invasion. La forteresse où il réside doit être toujours bien gardée et pourvue dune garnison nom-
breuse. Au centre doit s'élever son palais, facile lui-même à défendre, bien construit, brillant , entouré d'eaux et d'arbres.
Ensuite, il doit se choisir une reine distinguée par sa naissance et sa beauté et nommer un prêtre chargé des cérémonies religieuses dans l'intérieur de son palais.
Il se lève à la dernière veille de la nuit, et, aprèsavoir offert les sacrifices, il tient sa cour dans une salle convenablement splendide , reçoit ses sujets et les renvoie avec de douces paroles.
Cela fait, il assemble son conse il sur une montagne, ou une terrasse, à l'ombre de beaux arbres , dans un lieu sûr contre les espions, et duquel il fera éloigner aveesoiu les femmes etles oiseaux bavards. Après le conseil il se livre à quelques exercices guerriers, il se baigne, et rentre pour dîner dans son appartement privé. Cette heure de la journée est consacrée à sa famille, à réfléchir sur le choix . des officiers qu'il a à nommer. C'est alors qu'il s'occupe, dans la retraite, du personnel de son gouvernement.
Après dîner , il passe la revue de ses troupes, reçoit les rapports de ses émissaires , se permet quelque plaisir, et enfin se retire pour souper dans le plus secret de ses appartements , où il écoute Ja musique pendant quelque temps avant de s'endormir.
Ce tableau est rembruni par les conseils qui lui sont donnés pour veiller à sa sûreté personnelle. Il lui est recommandé de taire préparer ses repas par des personnes d une fidélité inébranlable, et de tenir toujours prêts sur sa table des antidotes contre le poison.
Quand il reçoit ses émissaires, il doit être toujours armé. Jusqu'aux femmes, il doit faire fouiller toutes les personnes attachées à son service ; et dans son
f valais , aussi bien que hors de son paais, il doit toujours être en garde contre les tentatives de ses ennemis.
La politique et la guerre occupent de nombreux chapitres du livre sacré.
Ils seraient intéressants à lire, ne fûtce que pour les preuves qu'ils donnent
d'un fait important, à savoir la division de l'Inde, à cette époque reculée, entre plusieurs États indépendants.
11 y a quatre manières pour un gouvernement d'agir contre ses ennemis :
répandre les présents; semer la di- * vision au milieu d'eux ; négocier , ou vaincre parla force des armes. Le sage, dit le législateur , préfère les deux dernières.
Le roi doit toujours regarder ses voisins immédiats et leurs alliés comme ses ennemis. Les royaumes situés au delà de ces ennemis naturels doivent être traités comme amis. Quant aux États plus éloignés , il faut les considérer comme neutres. On donne, et à plusieurs reprises, un conseil fort remarquable au roi , c'est d'éviter, même dans ses plus grandes difficultés , de recourir à la protection d'un prince plus puissant que lui :
■ Mène réduit à la dernière extrémité, il est toujours moins dangereux de faire, quoique faible , une guerre courageuse. »
Les espions jouent un grand rôle dans la politique étrangère et dans les guerres. On donne les conseils les plus précis sur l'espèce de gens à employer. Il faut se servir, et c'est encore le cas aujourd'hui dans l'Inde, « d'ermites dégradés de leur saint état , de marchands embarrassés dans leurs affaires, de faux pénitents. »
Les lois de l'art militaire sont fort simples. Il faut croire que, rédigées par ta Brahmanes, elles ne sauraient donner aucune idée des talents guerriers dont les Indous ont donné et donnent encore des preuves remarquables.
Le roi doit mettre son armée en mouvement lorsque la moisson du printemps ou celle de l'automne est encore sur pied , et marcher immédiatement sur la capitale de l'ennemi.
Lesarmées étaient composées de cavalerie et d'infanterie. Leurs armes principales étaient sans doute l'arc, le sabre et le bouclier. Les éléphants ont été de tout temps employés à la Ruerre. Les chars armés remplaçaient probablement notre artillerie. Le roi doit recruter ses troupes surtout dans
le nord de l'Indoustan , où l'on trouve encore aujourd'hui les meilleurs soldats. Il doit leur donner l'exemple de la valeur, et, avant la bataille , les encourager par de courtes mais éloquentes allocutions.
Les prises appartiennent à ceux qui lesontfaites; mais, lorsqu'elles ne sont pas le prix de la valeur individuelle, elles sont partagées entre les troupes.
Les lois de la guerre sont humaines. Les flèches empoisonnées, barbelées ou incendiaires, sont prohibées.
Il y a un grand nombre de cas où il n'est pas permis de tuer son ennemi.
Les hommes sans armes , blessés , désarmés , celui qui crie merci et qui dit : « Je suis ton prisonnier , » doivent être épargnés. Il y a même encore des prescriptions plus généreuses L'homme à cheval ou dans un char de guerre ne doit pas tuer le soldat à pied ; il est défendu d'attaquer celui que la fatigue a forcé de se coucher à terre , celui qui dort, ou qui fuit , ou qui se bat avec un autre.
La conquête aussi est soumise à des conditions libérales. Sécurité immédiate doit être garantie à tous.
La religion et les lois du pays doivent être respectées ; et aussitôt que la conquête est un fait accomplr , il faut placer sur le trône un prince du sang de la famille royale qui a été vaincue et qui devient le vassal du vainqueur.
Les lois de la succession ne sont pas clairement établies; mais il semble, a'aprèsun passage , que le prince (comme c'est encore aujourd'hui la coutume des princes indous)' désignait pour son héritier celui de ses fils qu'il croyait le plus capable de lui succéder*.
8 III. AdmioistraUondelajusUce.
La justice est rendue par le roi en personne, assisté de Brahmanes et d'autres conseillers ; mais il peut aussi déférer cette fonction à un Brahmane qu'assistent trois personnes de la même caste.
Le roi ou juge , en écoutant les causes, doit observer tout particulière-
L'UNIVERS
ment les manières, les gestes et les façons de parler des parties et des témoins.
Il doit se conformer aux usages locaux des districts, aux usages des familles, aux coutumes des commerçants; il doit, autant qu'il lui est possible, suivre les précédents établis par les anciens juges.
Ni lui, ni ses officiers ne doivent encourager la manie de plaider, quoiqu'ils doivent employer toute leur diligence pour donner suite à une action régulièrement établie.
11 est enjoint aux juges de ne pas trop s'offenser du langage souvent passionné des plaideurs, aussi bien que des vieillards et des malades qui viennent s'adresser à eux.
Enfin, ils ne doivent jamais revenir sur un jugement qui a été rendu conformément à la loi.
La justice criminelle des Iudous est très-sévère et, dr toutes leurs institution, c'est peut être celle qui parle le moins en leur faveur : elle n'est cependant sanguinaire que quand elle est influencée par la superstition ou par les préjuges de caste. La mutilation, celle surtout de la main, est un châtiment qu'on trouve ordonné dans tous les usages judiciaires de l'Asie; il faut dire cependant à l'honneur des Indous qu'ils semblent n'avoir pas connu la torture des accusés.
La loi civile est de beaucoup supérieure a la loi criminelle , beaucoup plus raisonnable surtout qu'on ne le croirait, si l'on se reporte au temps où elle a été écrite.
Elle commence d'abord par établir les cas où le demandeur ne doit pas être reçu dans sa requête et ceux où le juge peut accorder le défaut.
Si l'affaire doit être plaidée au fond, le juge commence par examiner les témoins : ceux-ci doivent être entendus debout, au milieu de la salle d'audience et en présence des parties. A vant de les interroger, le juge doit leur faire une courte exhortation, et les prévenir des châtiments auxquels ils s'exp seraient par un faux témoignage. S'il n'y a pas de témoins, le juge reçoit les
serments des parties, puis, l'affaire entendue, il rend son arrêt.
Le créancier est autorisé par la loi , même avant de porter plainte devant un tribunal, à se faire payer par ttftis les moyens, même en usant jusqu'à un certain point de la force phvsique. A ujourd'hui encore, dans certaines parties de l'Inde , il n'est pas rare de voir un créancier incarcérer son débiteur dans sa propre maison , et l'y tenir jusqu'à ce qu'il paye.
L'intérêt légal de l'argent est fixé à deux pour cent par mois pour un Brahmane, à cinq pour cent pour un Soudra.
Les contrats frauduleux ou qui engagent les parties contre la loi sont nuls de plein droit. Un contrat fait par un esclave pour nourrir la famille de son maître absent engage cclui-ri.
La vente d'un objet par celui qui n'en est pas le propriétaire est nulle, à moins qu'elle ne soit faitedans le marche public: dans ce cas elle est valide, si l'acheteur peut produire le vendeur; autrement le propriétaire légitime a le droit de rentrer dans sa propriété en payant la moité de la valeur.
Un marché peut être résilié par l'une des deux parties dans les dix jours qui suivent la conclusion, mais pas plus tard.
Une fille peut être mariée à huit ans et même plus tôt. Si son père ne la marie pas dans les trois ans qui suivent sa nubilité, une fille a le droit de se choisir elle-même un époux.
Les hommes peuvent épouser des femmes des classes inférieures à la leur, mais jamais des supérieures.
Un homme ne peut pas épouser une femme nui est sa narente jusqu'au sixième degré, ni celle dont le nom de famille est le même que le sien : la loi suppose qu'ils doivent être de la même race.
Le mariage entre gens de la même caste se consacre par l'union des mains . une femme kchatrya qui épouse uo Brahmane, doit tenir un arc à la main; une Veysia, un fouet; une Soudra, k pan d'un manteau.
Le mariage est indissoluble et les parties se doivent réciproquement fidélité.
Un mari peut convoler en secondes noces après la mort de sa femme; mais le mariage des veuves est réprouvé , sinon détendu.
En généralt il semble qu'un homme ne peut épouser qu'une femme ; nous disons il semble , car la loi ne s'explique pas positivement à cet égard, mais certaines prescriptions qu'elle renferme doivent le faire présumer. Ainsi une femme qui est restée stérile pendant buit ans, ou celle qui n'a pas donné d'enfant mêle à son mari pendant onze ans, peut être remplacée par une autre épouse. Ainsi encore les femmes adonnées à l'ivrognerie ou à tout autre vice , celles qui se conduisent avec malice peuvent être aussi remplacées. Ne sont-ce pas là des exceptions qui doivent continuer la règle?
ï.e mari qui part pour un voyage doit laisser a sa femme des moyens de subsistance pendant son absence.
La femme doit attendre son mari absent pendant huit ans, s'il s'est éloigné pour remplir des devoirs religieux; pendant six, s'il est absent pour s'instruire ou aequérir de la réputation; pendant trois , s'il est parti pour son plaisir.
Les héritiers naturels d'un homme sont ses (ils ou les fils de ceux-ci , et a leur défaut les lils de ses filles.
Au défaut de ces héritiers, c'est le fils adoptif qui succède. Le fils adoptif perd tout droit à l'héritage de son père naturel , et il conserve toujours droit au sixième des biens de son père adoptif, lors même qu'il naîtrait des lils à celui-ci après l'adoption.
Au défaut de ces héritiers viennent dix espèces de fils que les Iridous peovent seuls a voir imaginées, eux pour qui la nécessité d'avoir un descendant ipii accomplisse les cérémonies religieuses sur le tombeau des défunts est une considération supérieure à toutes les autres. Parmi ces fils on compte celui qui est né de l'épouse d'un nomme et d'un père inconnu
pendant l'absence du mari ; le fils dont une femme était déjà enceinte à Pinsu de son mari lorsqu'elle l'a épousé:
le fils illégitime né de la fille et d'un homme qu'elleépouse ensuite; le fils né d'une femme mariée qui a abandonué le domicile conjugal; le fils d'une veuve, été.
Au défaut des fils viennent les fils des frères, qui ont même le droit légal de se faire adopter à l'exclusion de tous autres. Au défaut des fils , petitsfils, fils adoptifs et neveux, viennent les père et mère , puis les frères , les grands-pères, les grand'mères, et autres parents, puis encore le maître, le condisciple, le disciple, puis enfin les Brahmanes et le roi.
Le père peutde son vivantdistribuer son bien à ses enfants. La loi ne dit pas en quelles proportions , comme aussi elle ne parle jamais de testament.
A la mort d'un homme, ses (ils peuvent continuer à vivre en famille ou se partager son bien. S'ils restent unis, le frère aine s'empare de la fortune , et ses frères vivent sous son autorité comme sous celle de leur père , et tous les acquêts qu'ils peuvent faire augmentent la fortune commune.
Si le bien est divisé, un vingtième appartient par privilège au fils aîné ; un quatre-vingtième au plus jeune, un quarantième aux frères qui sont entre l aîné et le plus jeune ; le reste est divisé par port ions égales entre tous les (ils. Les filles non mariées sont à la charge de leurs frères. Elles ne reçoivent rien de la fortune paternelle; mais elles partagent également avec leurs frères le bien de la mère.
Cette égalité entre les fils ne subsiste qu'en cas de naissance égale; autrement le fils d'une femme brahmane prend quatre parts; celui d'une Kchatrya, trois parts; celui d'une Yeysia, deux parts; celui d'uue Soudra une part. Cette seule part, ou au plus uu dixième, est tout ce que peut recevoir le fils d'une mère soutira , même quand il n'y a pas d'autres (ils.
Les eunuques, les gens des castes mêlées, les aveugles, les bossus, les