DISSENSIONS INTESTINES DANS LE GOUVERNEMENT DK MADRAS
La paix faite avec Haïder avait clos une période de vingt-cinq ans de guerre à peu près ininterrompue, aux fureurs de laquelle aucun point de la Péninsule n’avait pu se dérober. Cette guerre avait changé la face entière du pays.
Tous les pouvoirs y étaient nouveaux ou placés dans une assiette nouvelle.
Chacun sentait le besoin de se reconnaître et de s’établir. Seul entre tous, Mohammed-Ali avait conservé de ces longues habitudes de guerre. le besoin de guerroyer encore. Forcé de subir le traité de paix avec Haïder, il ne s’y était résigné qu’en grondant. Mais le rajah de Tanjore lui restait ; il avait toujours une querelle prêle de ce côté, car le rajah de Tanjore avait toujours la fâcheuse réputation d’être riche. Le prétexte ne manqua pas au nabab pour amener les hostilités; il eut plus de peine à obtenir l’assentiment et le concours de la présidence. Lorsque cet assentiment lui fut acquis, il était, en désespoir de cause, occupé à négocier avec le rajah un traité , dont les avantages étaientdu moins plus assurés que ceux qu’il demandait à la fortune des armes. Ce fut à la présidence de le stimuler à son tour; elle avait fait ses préparatifs et ne voulait point les perdre. La guerre se fit comme la paix s’était faite, en dépit du nabab. On prit d’abord Vellum (septembre 1771), uis on mit le siège devant Tanjore.
lais pendant que les Anglaispoussaient leurs tranchées, le nabab continuait ses négociations avec le rajah, et quand la brèche fut enfin praticable, il avait signé un traité de paix , par lequel le rajah lui payait fort cher le rachat de sa ville. Les Anglais qui allaient donner l’assaut furent ainsi frustrés du produit du pillage ou de la capitulation, et ils eurent à supporter les frais de la guerre. Toutefois, pour apaiser la présidence , qui menaçait de continuer à elle seule les opérations, et qui retenait toujours Vellum, le rajah dut
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lui abandonner quelques morceaux de territoire.
Jusqu’à présent la Compagnie n’avait guère eu de conflits à soutenir qu’avec le nabab.Mais les questions que le danger avait ajournées, tant qu’elle avait eu à conquérir ou à défendre son territoire, venaient se poser d’elles-mêmes maintenant qu’elle n’avait plus qu’à organiser, qu’a définir la position, imprévue peut-être, que les événements lui avaient faite.Une première complication que ces événements avaient fait naître était celle de la qualité de souverain, que la Compagnie des marchands unis s’était acquise presque à son insu dans l’Inde, et de la qualité de sujet qu’elle conservait en Angleterre. Après le traité de 1763 avec la France, le gouvernement de la Grande- Bretagne avait cru devoir envoyer dans l’Inde un commissaire du roi chargé d’en surveiller l’exécution. Cette porte ouverte au pouvoir royal sur les affaires intérieures de la Compagnie, eût pu l’y laisser pénétrer tout entier. La présidence sentit cela, et sir John Lindsay, après de vains efforts pour faire accepter son intervention, fut obligé d’abandonner la partie et de retourner en Angleterre. Sir Robert Harland , par qui on le remplaça, cumulait avec son titre de commissaire du roi celui d'amiral commandant la flotte dans les mers de l'Inde. C’était là une recommandation auprès de la Compagnie, qui, a chaque instant, pouvait avoir besoin de l’assistance de la flotte. Sir Robert Harland, néanmoins, ne fut pas mieux reçu que ne l’avait été sir John Lindsay. La Compagnie acceptait fort bien là médiation du gouvernement britannique lorsqu'elle avait besoin de ses secours en argent et en hommes , mais elle était armée de la jalousie la plus ombrageuse contre toute manifestation d’autorité. Depuis longtemps les nababs affranchis de la suzeraineté impériale étaient de véritables souverains. Mohammed- Ali l’était plus qu’aucun autre aux yeux de la Compagnie, qui avait combattu vingt-cinq ans pour lui conquérir ce titre ; elle l’avait même fait relever, par une faveur toute par-
ticulière, de la dépendance où il était du subah du Deccan. Le roi George III eut le malheur de prendre au serieux cette souveraineté dont la Compagnie s’était montrée le champion infatigable , et de traiter Mohammed-Ali de puissance à puissance. Les commissaires envoyés dans l’Inde lui remirent directement leurs pouvoirs, avec tout le cérémonial usité. Bien plus , le prince chrétien se fit représenter par le prince musulman dans une cérémonie où il conférait à deux de ses sujets dans l’Inde son ordre du Bain. La Compagnie, qui ne pouvait être traitée d’egal à égal par le roi de la Grande- Bretagne, ne se vit pas sans dépit effacée et reléguée sur le second plan par sa créature, par un souverain dont elle n’avait voulu faire que l’homme de paille de sa propre souveraineté.
Lorsque Mohammed-Ali poussait à la guerre contre le rajah de Tanjore, il avait en vue non-seulement de s’enrichir des dépouilles du rajah , mais encore de déterminer par là la Compagnie à rechercher l’alliance des Mahrattes, alliance qu’il eût tournée ensuite contre Haïder, déjà en guerre avec ces peuples. Sir Robert Harland, appui déclaré de Mohammed - Aii , poussa vivement à cette alliance, et probablement il n’en fallut pas davantage pour la faire manquer. Ce fut alors que Mohammed-Ali , d’abord si ardent , se montra si refroidi pour la guerre qu’il avait provoquée. Il se souciait peu de diriger sur le royaume de Tanjore une expédition, qui laissait ses États ouverts à une invasion des Mahrattes.
Peut-être aussi, dans ce flux et reflux de projets contraires, trouvait-il le plaisir de s'exercer à faire acte de volonté, d'indépendance, tandis que la présidence , dans les résistances symétriques qu’elle opposait à chacune des évolutions de la pensée du nabab, goûtait, en sacrifiant éventuellement ses intérêts à ses prétentions , le plaisir de s’attester à elle-même sa suprématie.
De tout ce que put demander sir Robert Harland , rien ne lui fut accordé, pas même la restitution des déserteurs qui avaient passé des troupes du roi
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dans celles de la Compagnie. La présidence, tout en protestant de son profond respect pour le roi et pour ses prérogatives constitutionnelles, se refusait à accepter les communications qui lui étaient faites par sir Robert, en sa qualité de commissaire royal. Elle prétendait élever sa propre prérogative au niveau de toute autre , puisqu’elle remontait à une source commune, c’est-à-dire à des actes du parlement sanctionnés par la couronne. Sir Robert trouvait ces procédés inconvenants, arrogants , présomptueux , volontiers même il les edt qualifiés de rébellion. Les débats s’envenimèrent, et bientôt chaque partie s’entêta de sa propre légitimité, au point de nier absolument le caractère de l’autre. La dignité de la présidence et la majesté de la couronne d’Angleterre nedurent pas s’augmenter aux yeux des indigènes quand ceux-ci virent enfin, le 7 octobre 1772, le commissaire royal quitter l’Inde sans prendre congé du président, et le président supprimer le salut du fort et de la ville pour le commissaire royal.
Sir Robert Harland était le second plénipotentiaire accrédité directement auprès du nabab par sa Majesté Britannique. Il en fut aussi le dernier. Le roi dut renoncer a montrer aux peuples de l'Inde qu’il y avait en Angleterre un autre souverain que la Compagnie.
Peu s’en fallut même que celle-ci n’allât jusqu’à lui contester le droit de nommer les généraux qui remportaient des victoires pour elle. I.es formalités qu'elle voulut mettre dans la reconnaissance de sir Eyre Coote, comme major général, blessèrent tellement cet ancien officier, qu’il retourna immédiatement en Angleterre.
Cependant le nabab, qui guerroyait toujours, venait de se lancer dans une expédition nouvelle contre les Maraxvars ( mai 1773 ). Il s’empara de l’un et de l’autre sans trop ue difficulté tant qu’il n’eut affaire qu’aux troupes et aux forteresses ; mais quand il voulut prendre possession du pavs, c’està-dire percevoir l’impôt, il s’y prit de telle manière que la population entière se révolta. Les campagnes soulevées
lui firent une guerre de buissons, qui dévorait son armée. Pressé, harcelé par un ennemi pour ainsi dire invisible, et qu’il ne pouvait saisir nulle part, il s’en vengea sur le sol , et se donna le plaisir de dévaster ces plaines qu’il ne pouvait forcer à contribuer. Une expédition d’un si mince profit le ramenait naturellement sur le rajah de Tanjore. La Compagnie, qui sentait qu’elle avait traité ce dernier de façon a s’en faire un ennemi irréconciliable et un allié de tous ses ennemis, Français, Mysoriens ou Mahrattes, crut qu’il était d’une sage politique de ne plus rien ménager et d’en finir d’un seul coup avec lui. Elle entra donc dans les vues de Mohammed- Ali. Toutefois, bien avertie par le tour que Mohammed-Ali lui avait joué dans la derniere expédition , elle sut s’en garantir et s’en dédommager tout à la fois, en stipulant comme condition de son concours, que le nabab ferait les frais de celle-ci , et qu’il prendrait à sa charge l’entretien de 10,000 cipayes, au lieu de 7,000 qu’il soldait jusque-là. Menacé par ces préparatifs , le rajah , dans une lettre d'humbles remontrances, en appela à la justice de la présidence, à son humanité en faveur des malheureux que celte guerre allait ruiner et affamer. Mais il eut beau montrer qu'il avait rempli au delà de ses engagements envers le nabab, et qu’il n’avait fourni aucun prétexte à cette agression inique, la dernière heure de son pouvoir avait sonné. Le 16 septembre ( 1773 ), après un mois de siège, Tanjorefut pris, le rajah et sa famille faits prisonniers. On profita de cette occasion pour enlever Nagore aux Hollandais. Lenabab prétendait, pour justifier cet acte, qu’ils avaient fourni des secours au rajah de Tanjore; les Anglais alléguaient que Nagore, faisant partie du Carnatique, le rajah, de qui les Hollandais avaient achetécette ville, n’avait pas le droit d’aliéner une partie du territoire qu’il ne tenait qu’a titre de vase sal du nabab. Il est assez curieux que, dans ce partage des griefs à faire valoir, le nabab se soit déchargé sur les Anglais du soin de produire celui-ci ; il ne
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l’est pas moins que les Anglais aientosé fonder leur droit d’agression sur un grief qui ne les concernait pas, et que le principal intéresse avait la pudeur de ne pas mettre en avant. Les Hollandais, qui avaient reçu Nagore en échange de sommes par eux prêtées au rajah, perdirent ainsi leur argent et leur gage ; ils se retirèrent en protestant contre la spoliation dont ils étaient victimes. Le nabab mit garnison dans ses conquêtes.
Ce n'était pas sans raison que Mohammed-Ali, lorsqu’il méditait son avantdernière attaque sur Tanjore , avait appréhendé une invasion de Mahrattes. Le pouvoir suprême confié chez ces peuples à un rajah était tombé tout entier dans les mains d’un premier ministre ou peschwah , qui ne laissait guère au rajah que l’existence. Avec le temps, cette puissance du peschwah se consolida tellement qu’elle devint héréditaire à côté de celle du rajah, et ue la souveraineté passa tout entière ans ses mains. Il avait au-dessous de lui un conseil de huit autres ministres ou brahmes, qui se partageaient le gouvernement sous son autorité. Le dernier de ces peschwahs mourut en 1761.
Il laissait deux fils , Madhou-Rao et Narra in-Rao, encore mineurs. Leur oncle Ragonaut-Rao, plus souvent nommé Ragobah , prit le pouvoir pendant la minorité. Il eut beaucoup de peine à le retenir dans les troubles que cette minorité fit naître. Le conseil des brahmes parvint même à le faire jeter en prison ; mais le jeune peschwah Madhou-Rao, qui mourut en 1772. le fit élargir avant sa mort et lui donna la tutelle de son frère Narrain-Rao. Les luttes recommencèrent : Ragobah fut encore emprisonné, le jeune peschwah assassiné, et Ragobah, pour la seconde fois tiré de prison , fut fait peschwah en remplacement de son neveu. Son autorité n’en fut pas plus affermie; bientôt même il n’eut de ressource que dans l’appui d’une nombreuse armée.
Mais pour en soutenir la dépense il dut ■se mettre en campagne pour lever des tributs. Ses projets menaçaientd’abord Ilaïder, qui composa avec lui , puis le
nabab d’ Arcot : c’est alors que Mohammed-Ali conçut des inquiétudes fondées. Toutefois l’orage fut détourné par une armée que les ministres avaient levée, et qui ne laissa pas à Ragobah le temps den finir avec le Carnatique, ni même d’arriver jusque-la. Forcé de retourner sur ses pas, il dissipa assez facilement cette armée ennemie; mais la sienne se laissa dissoudre par les intrigues et l'argent des ministres, et il fut réduit à se réfugier dans le Guzerat.
La présidence de Bombay, tenue fort à l’étroit par les Mahrattes, qui ne lui avaient guère permis de sortir de son île, était jalouse aussi d’étendre son territoire ; elle convoitait surtout l’île de Salsette , qui lui est contiguë , et Bassein , qui touche à Salsette sur le continent. La situation difficile du peschwah lui parut une occasion favorable de se faire céder ces deux points. Elle s’y hâta d’autant plus, que les Hollandais, de leur côté, faisaient des préparatifs pour y rentrer a foree ouverte. En conséquence, au mois de décembre 1774, ses troupes entrèrent dans l’île de Salsette et emportèrent d'assaut le principal fort. Ragobah n’était pas encore alors en fuite dans le Guzerat , et les Anglais , protestant de l’intention où ils étaient de ne point rester dans Salsette sans sa volonté , se bornaient à lui présenter leur expédition comme une mesure purement défensive. Plus tard, quand l’etat de ses affaires parut désespéré, les Anglais lui offrirent leursecours, qu’il fut heureux d’accepter au prix de la cession de Salsette et de Bassein. Il renonçait en même temps au tribut que la présidence payait aux Mahrattes pour les États du nabab de Broach, qu’elle avait récemment dépossédé et remplacé par un autre nabab. Toutes ces concessions montaient à une valeur annuelle de 22 lacs de roupies. Ainsi occupé à une guerre toute personnelle, le peschwah ne pouvait rien entreprendre contre le Carnatique; mais, d’un autre côte, la Compagnie, en épousant sa cause, se trouvait engagée dans une guerre avec les Mahrattes, et cette guerre, bien que
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concentrée au nord et sur la côte de Malabar , pouvait devenir menaçante pour le sud et la côte opposée , si les ministres étaient les plus forts.
La politique de la présidence de Bombay devait être plus tard désavouée par la présidence suprême de Madras, où nous allons rencontrer Warren Hastings. Dès avant l’acte du parlement qui le nomma gouverneur général, Warren Hastings avait déjà rempli la dignité de président en remplacement de Cartiér ( 13 avril 1772). Né à Churchill, dans le comté d’Oxford, en 1732, il avait, à l’âge de dix-neuf ans, débuté comme Clive dans les fonctions de simple écrivain au service de la Compagnie. Il se fit remarquer par ses talents dans la secrétairerie de Cohimbazar ; plus tard, au milieu des démêlés de Surajah Doulah et de la présidence, employé comme négociateur, il se tira avec habileté des missions qui lui furent confiées. Comme Clive encore , il passa des fonctions civiles aux fonctions militaires, et revint des camps au cabinet. En 1759, il fut nommé résident a Mourshadabad. Durant toutes les périodes de sa vie, il eut à remplir de nombreuses et délicates missions, et prit part à tous les grands événements dont le Bengale fut le théâtre. Ces occupations ne l’empêchèrent pas de se livrer à une étude approfondie de la langue, des moeurs, de la religion et des lois indoues. On a de lui sur ces matières un ouvrage publié en 1767, et qui a contribué puissamment à frayer la route de ces recherches difficiles “aux savants ui sont venus après lui. La cour des irecteurs, mise à même de l’apprécier pendant un voyage qu’il fit en Europe, le renvoya dans l’Inde avec le titre de membre du conseil du fort Saint-George ( Madras ). De là il retourna au Bengale comme membre du conseil de Calcutta. Sous la présidence de Vansittart il fut d’abord de la majorité qui résista à l'opposition systématique , et , plus tard , quand “cette majorité eut été dissoute, comme nous l’avons vu, il continua à defendre le gouvernement contre le mauvais vou-
loir de la majorité nouvelle; plusieurs des grandes mesures si justes et si utiles par lesquelles Vansittart essaya vainement de remédier aux abus, eurent pour appui deux voix seulement :
la sienne et celle de Warren Hastings.
C’est ainsi que se manifesta dès ce moment l’esprit qu’il devait apporter plus tard dans sa propre administration.
On a vu, dans lesderniers événements du Bengale, la Compagnie s'emparer décidément de tout le pouvoir, même de la diwanie , qu’elle avait plusieurs fois refusée. Dans le premier moment toutefois, la Compagnie, tout en retenant pour elle le titre de dixvan , en délégua les fonctions à deux indigènes, dont l’un, Mahomet Rhiza Khan, eut pour résidence Mourshadabnd , et l’autre, Shitabroy, fut établi a Patna.
L’administration de ces fonctionnaires ne fut qu’un long désordre. En t769, Véreltz , qui avait succédé à Clive, crut devoir nommer des inspecteurs du revenu. Répandus dans les provinces, ils étaient chargés de surveiller la perception de l’impôt, et eux-mêmes étaient soumis à la surveillance de deux conseils, qui avaient leur siège dans les capitales assignées pour résidence aux naïbs diwans.^Mais cette mesure ne produisit pas tout le bien qu'on en attendait, et la cour des directeurs finit par prendre un parti extrême, en décidant que la Compagnie exercerait par elle-même les fonctions qu elle avait jusque-là déléguées, c’està-dire qu'après avoir pris la diwanie, elle se taisait elle-même diwan. A cet office se trouvait attachée une autre qualité , celle de naïb nazim, qui comprenait, outre le peu de pouvoirs qui avaient été laissés au nabab, des attributions tout à fait domestiques Parmi ces dernières, il en était que la Compagnie ne pouvait reteni r, comme, par exemple, la tutelle du jeune nabab et l’administration des revenus réservés à ses dépenses personnelles. On donna la tutelle à Munny Begum, seconde femme de Mir-Jaffler, et on lui adjoignit pour l’intendance du revenu le fils de Nuncomar, ennemi déclaré
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du naïb nazim dépossédé. La Compagnie se trouva ainsi complètement substituée non-seulement à Mahomet Rhiza Khan, mais encore au nabab, et il n’y eut plus d'intermédiaire entre le peuple conquis et le gouvernement de la puissance conquérante.
Cette ré'olution hardie n’était rien moins qu’un système nouveau d’organisation financière et judiciaire , une administration civile tout entière a fonder. Ce fut Warren Hastings qui accomplit ce grand travail. Le zemindar, ou collecteur du revenu, était en effet aussi le juge criminel et le juge civil du district soumis à sa perception.
Toucher aux pouvoirs de l’agent fiscal, c’était atteindre du même coup l’organisation de la justice; et comme il n'était que le délégué du diwan, juge suprême en même temps que fermier général, en supprimant le diwan on laissait le pays sans juges. Dans chacun des nouveaux districts financiers qu’il avait organisés, Warren Hastings institua deux cours : l’une pour le criminel (phousdary-adaulut) , l’autre pour le civil ( mofussul-diwany-adaulut ). Elles jugeaient en premier ressort, et les appels étaient portés devant deux cours centrales siégeant au siège du gouvernement, et partageant aussi leurs attributions entre le civil et le criminel. Les affaires dont l’importance n’excédait pas 6 roupies étaient jugées par le principal fermier du village, qui devenait ainsi une sorte de juge de paix. Suivant les anciens usages , le quart de toute propriété en litige appartenait aux juges. Warren Hastings abolit cet impôt, en même temps que le pouvoir discrétionnaire exercé par le créancier sur le débiteur. Quant a l’org nidation de l’impôt, s’il fut facile de la rendre un peu plus distincte de l’administration de la justice , il fut moins ai-é de lui trouver tout d’abord une solution sali-faisante. La propriété dans l’Inde était concentrée tout entière dans les mains du chef de l'État. Ce qui est chez nous l'impôt, n’était là que le revenu de la terre, revenu qui appartenait intégralement au prince, lequel ne laissait au ryot ou
cultivateur que ce qui lui était nécessaire pour sa subsistance et pour les semailles de l’année suivante. C’est à ces termes bien simples que se réduisait en droit tout ie mécanisme de la constitution civile du pays. En fait, l'Inde présente à cet égard un phénomène singulier et probablement unique, qui est la constitution de son village. Le mot municipe , qui imp ique une idée de franchises, de privilèges locaux, ne saurait aucunement s’appliquer à cette institution Elle ne résulté pas, en effet, d'un ensemble de droits exclusifs consacrés par la loi écriie; ede est un simple fait né de la nécessité, cimenté par l'habitude, et qui n'a d’auire garantie que l'inexpugnable rempart ues mœurs. Le municipe crée un petit État dans l’État, une petite patrie dans la grande. Pour l’Indou, cette dernière n’existe pas; il l’abandonne avec indifférence au premier conquérant venu; il laisse passer au-dessus de sa tête les révolutions politiques qui bouleversent l’histoire de rempire, dont le sort n’est lié au sien que par un seul fil, l'impôt. Or comme cet impôt se payera toujours, quel que suit le souverain, Patan, Mogol, Anglais, peu importe au ryot de savoir à qui il le paye. Ce qui lui importe bien autrement, ce qui est sa véritable, sa seule patrie, c'est son village qui fournit a tous ses besoins, qui administre tous ses iutéiéts, qui enveloppe sa vie par tous les points , et demeure seul immuable au milieu des convulsions qui disloquent l’empire ou qui en changent la tête. L’empereur tombe, mais ce n’est pas lui qui a donné au village son potail ou maire , administrateur général des intérêts de la communauté; son tuilier ou juge de paix, qui règle les contestations , punit les délits, protège et escorte les voyageurs d’un village a l’autre; son totie, chargé oe la garde et de la mesure des moissons; son gardien des limites , charge de témoigner en tout ce qui les concerne; son commissaire des eaux , chargé de les distribuer suivant les besoins de l’agriculture ; son brahme, qui pourvoit aux besoins de
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l’âme, au maintien des croyances, aux dacas , ou 330 sirs, cette dernière me-
cérémonies du culte : son maître d’é- sure équivalant à une quanti té de grains
cote, qui instruit les enfants; son du poids moyen de 3 kilogrammes.
calender brahme , qui prédit la pluie Pour les dieux il était prélevé d’abord
ou le beau temps pour les travaux agri- 25 sirs ; pour les brahmes du village
coles; son forgeron, son charpentier, ( ce qui paraît faire double emploi ) et
son potier , son porteur d'eau, son pour l’astrologue, 1 sir chacun ; pour
gardeur de bétail, son médecin , sa les brahmes mendiants, 25 sirs; pour
danseuse , son musicien et son poète, le barbier, le potier, le porteur d’eau
car tel est l’appareil de fonctionnaires et autres hommes rie peine que nous
qui, abstraction faite du fond meme avons énumérés, 2 sirs chacun; pour
de la population, constituent le village le mesureur, 4 sirs; puis venaient l’a-
indou. Tout cela appartient au village, derca ou bedeau , le potail , le comp-
tout cela y subsiste, quels que soient table , qui prenaient chacun 7, 8 et 10 les événements du dehors , et avec sirs. Ces quotités demeuraient invacela il se suffit à lui-mëme. Oublié par riables , quelle que ffit la grosseur du le pouvoir central, si ce n’est pour les tas, pourvu qu’il dépassât 75 sirs ; ce levées d’hommes et d’argent, et liabi- • qui faisait que certains tas ne rapportué à ne point sentir son action dans taient rien ou ne rapportaient que bien le reste, le ryot ne songe à lui rieu peu de chose au cultivateur. Tous ces demander, et sa vue ne s’étend jamais prélèvements opérés, on mesurait de par delà son village qui a songe à lui nouveau les tas , et alors on prélevait tout fournir. encore sur chaque candaca 1 demi-sir
C’est ainsi que par sa force propre pour les gardes de nuit du village ; 2 cette institution, dont l’origine se perd sirs et demi pour le comptable, et audans la nuit des temps , s’est mainte- tant pour le potail, qui avaient déjà eu nue immobile dans le mouvement des leur part fixe sur le premier prélèverévolutions et des siècles, et a traversé ment, et à qui le second lot formait une des milliers d’années et de transfor- sorte de casuel ; le fond du tas , sur mations politiques , prenant une plus une épaisseur d’un pouce au-dessus de grande énergie de cohésion dans la terre, était le casuel du conducteur des fragilité même des empires dont elle eaux. Sur ce qui restait enfin pour le était la base. Cette cohésion qui a ren- ryot , l’empereur prélevait aussi son du indissoluble l’institution du village casuel, qui était de 50 pour 100, et la indou , est d’autant plus merveilleuse, dernière moitié formant le produit net que l’on n’a pas ici le grand ciment de n’était pas même, tout entière au cultoutes les sociétés humaines , la pro- ti valeur, qui en abandonnait 10 pour priété. Non-seulement le ryot n’etait 100 au zemindar. Ainsi, quand le malpas le propriétaire de la terre qu’il heureux habitant du village avait payé cultivait, mais il ne l'était même pas l'impôt ou revenu fixe du propriétaire, de sa récolte. Après l’empereur, qui en qui était l’empereur, et pourvu à la réprélevait la part qu’il lui plaisait (ordi- tribution fixe de tous les fouctionnainairement le quart), et à qui seul, àvrai res, la part qui lui restait, bien qu'elle dire, el e appartenait, venaient d’au- ne fut qu’éventuelle suivant que les très gens, dont la part devait être faite années étaient plus ou moins abondanavaqt celle du cultivateur. C’étaient tes, devait subir encore un prélèvement notamment les fonctionnaires dont on proportionnel en faveur de plusieurs vient de voir la nomenclature. La mois- d’entre eux. Grâce à ce système ingéson faite restait sur le champ , d’où nicux, l’impôt ne le lâchait que lorsl’on ne pouvait l’enlever qu’après le qu’il n’avait réellement plus rien à partage. Quand on avait fait la part de donner. Tels étaient les bienfaits dont l’empereur , on divisait le reste en un l’institution du village assurait la poscertain nombre detas, qui représeu- session au paysan indou; et néanmoins, taient chacun une valeur de vingt can- au milieu des excès ou de l’incurie des
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gouvernements orientaux, qui ne sortent de l’indifférence à l’égard de leurs sujets que pour devenir oppressifs , elle a paru par comparaison tellement protectrice à ces nommes doux et malheureux, que non-seulement elle a eu une force invincible pour maintenir immuablement unis dans l'esprit et dans l'histoire des Indous les éléments abstraits dont elle est la combinaison en tant que type idéal de société, mais encore pour unir l’homme d’une maniéré indissoluble au peiiteentre dans le sein duquel elle le faisait naître. Le village, indestructible dans l’Inde comme cadre social, ne l’est pas moins comme agrégation d’hommes.
Les guerres , les violences de toute sorte ont transporté et dispersé des populations entières qui , aussitôt que les circonstances avaient changé , et quelquefois après plus de vingt ans , venaient se reformer d’elles-mêmes sur ce coin de terre où elles ne possédaient rien que des souvenirs.
Quoique Warren Ilastings ne se proposât de modifier que le mode de perception de l’impôt , mode auquel les habitants avaient sans doute peu de raisons de tenir, toucher à une coutume enchâssée dans un pareil ensemble de vieilles coutumes n’en était pas moins une opération fort délicate et qui demandait de la circonspection. Le diwan , qui était le fermier général des terres de l’empire , les répartissait en sous-fermes aux zemindars, qui, euxmêines , allaient divisant leur district à d’autres sous-fermiers. Comme tout cela se passait au-dessus de la sphere du ryot , qui demeurait complètement étranger à ces arrangements, c’était là surtout que la réforme était facile à porter. Ilastings commença par abolir l’office de naïb diwan ; il supprima aussi les fonctions récemment créées des inspecteurs du revenu, dont il fit des collecteurs, en leur adjoignant dans ces fonctions nouvelles un indigène , sous 1e titre de diwan. Pour laisser le marché ouvert aux seuls indigènes, il interdit à tout banyan ou agent d’un collecteur de prendre à ferme aucune portion de terre. Les terres durent être
affermées à longs baux, c'est-à-dire pour cinq ans ; ce qui montre clairement que sous le régime mogol le cultivateur avait à engraisser sur chaque récolte une sangsue nouvelle. On supprima , en outre , une foule de petits impôtsqui, sous lenomd’aboabs, étaient prélevés à peu près arbitrairement par les zemindars, ou même par leurs délégués. Un comité, nommé comité de circuit, eut mission dans chaque district de procéder à la location des terres. Cette opération se fit aux enchères. Beaucoup de zemindars se trouvèrent ainsi dépossédés des terres dont ils s’étaient fait une sorte de patrimoine, et que l’exiguïté des offres qu’ils avaient faites avait seule fait mettre aux enchères. On crut toutefois devoir les dédommager, et il leur fut alloué une pension.
Ce ■système ne réussit pas, et deux ans apiès il fallut lechanger (1774). La machine des enchères avait produit dans les prix un surhaussement, qui ruina les adjudicataires écrasés par des engagements onéreux. Sur bien des points on n’avait pas pris une connaissance suffisante du pays. Les collecteurs européens fonctionnaient d’une manière moins satisfaisante encore que n’avaient fait les indigènes. On les rappela. On établit au centre du gouvernement un comité de cinq membres ( deux membres du conseil et trois anciens employés), qui eut le contrôle de tout ce qui touchait au revenu. On répartit en six grandes divisions le territoire des trois provinces ( Bengale, Bahar, Orissa ) , et l’on institua dans chaque ehef-lieu un comité ou conseil provincial correspondant avec le comité central , et chargé de décider sur toutes les questions relatives au revenu. Pour éclairer ces conseils, on répandit sur le territoire des commissaires qui avaient mission de faire des recherches, et de rassembler tous les renseignements propres à jeter du jour sur la matière. Les comités provinciaux devaient transmettre ces renseignements au conseil supérieur. Comme on le voit, c’était moins là une organisation définitive que la pierre
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d'attente d’une organisation nouvelle.
Les premiers travaux de Hastings ne se bornèrent point à ces mesures.
Tout en organisant autant qu’il était en lui la justice et les finances de l’Inde , il s’occupait aussi d’améliorer en quelques points ses mœurs. C’est ainsi qu’il s’occupa de l’abolition de l’esclavage et de la suppression de certaines castes vouées par état au vol. Connues dans le Bengale sous le nom de Kallantrous ou Kalla-Bantrous, ces tribus sont répandues dans toute l’Inde. Nous les avons rencontrées au sud dans l’armée de Haider-Ali, dont elles formaient le noyau. Chez les Siks, au nord, elles prennent le nom de Mahar-Khaïs. Partoutces voleurs étaient tolérés, protégés par les princes indigènes, à la condition de payer au collecteur d’impôts une partie de la valeur des objets dérobés. Les villages traitent quelquefois avec eux et se rachètent du déçoit (c’est le nom qu’on donne à l’industrie que pratiquent les Kallantrous), moyennant une rançon dont le taux ordinaire est d’un quart de roupie et d’une volaille par maison. Malgré cet honneur que leur font les princes et les peuples de les traiter en puissance reconnue, la foi juree n’est pas tellement obligatoire pour leur conscience de voleurs, qu’ils ne s’ex|iosent quelquefois à compter avec la justice, qui ne les traite, que pour ce qu’ils sont et leur fait brutalement couper le nez , le poignet ou les oreilles. C’est avec orgueil qu’après ces sortes de mésaventures ils étalent les cicatrices qu’elles leur ont laissées Ces voleurs déploient dans leur carrière une adresse inouïe, une grande cruauté et un courage qui résiste à toutes les tortures.
Hastings , dont les prédécesseurs avaient déjà établi une pénalité trèsrigoureuse contre les Kallantrous, institua en leur honneur une magistrature et une milice spéciales. L’esclavage, qu’il avait aboli en interdisant pour l’avenir toute vente d’enfant ou d’adulte non déjà esclave, fut maintenu contre les Kallantrous. Tout homme de cette caste arrêté pour un délit déterminé était pendu sur les lieux mêmes ; sa
famille devenait esclave. La police de Calcutta dut aussi au gouverneur de grandes et indispensables reformes.
Quoique l’administration deWarren Hastings ait été moins guerrière qu’organisatrice, cependant les diversions militaires n’ont point manqué à ses travaux pacifiques. Les Mahrattes, ce vieux peuple indigène, refoulé autrefois dans les montagnes par l’invasion musulmane, ne laissaient point de répit à la caducité de l’empire usurpé de Timour. L’alliance que les Anglais , usurpateurs nouveaux, avaient faite avec le nabab d’Oude, dernier débris de l’empire mogol, les ramenait souvent sur cette frontière. Le besoin d’argent déterminait aussi la présidence à taire pour son compte , ou comme auxiliaire, des expéditions dont elle espérait tirer quelque profit. Il la poussait même à vendre ce qui ne lui appartenait pas, témoin les provinces de Corail et d’Allababad, qui, garanties par un traité à l’empereur, puis cédées par celui-ci aux Mahrattes , furent aussitôt, sous prétexte qu’il ne les avait cédées que par contrainte, mises par lui sous îa protection des Anglais, lesquels, moyennant une stipulation de 50 lacs de roupies, s’engagèrent à les livrer, non aux Mahrattes ni à l’empereur, mais au vizir de l’empereur, au nabab d’Oude.
Une invasion de Rohillas dans les États du vizir vint suspendre l’effet de ce traité. Fyzoulla-Khan, leur chef, battu dans plusieurs rencontres (1773- 74) par le vizir et par les Anglais, fut réduit àdemander la paix. Vers le même temps , les Anglais étendaient par un traité leur puissance au nord de Calcutta. En 1772, le rajah de la province de Coutch-Bahar , tourmenté par ses voisins du Boutan, et mineur, fit proposer à la présidence de prendre la protection ue son État avec la moitié des revenus , à la condition qu’elle le délirerait des vexations que lui faisaient endurer les Boutanéens. La proposition fut acceptée, et une expédition envoyée dans le Boutan remplit si bien les conditions du traité , que le grand lama, chef religieux et seigneur suze-
rain du Boutan , crut devoir interposer sa médiation en faveur de son vassal. Il s’ensuivit une négociation , qui fit pénétrer pour la première fois des Anglais dans le Thibet. Le traité relatif à la guerre fut conclu le 25 avril 1774, niais Warren Hastings voulut mettre à profit cet incident pour nouer avec le Thibet des relations commerciales , et il envoya au teshou-lama ( tuteur et représentant du dahlaina encore mineur ) une ambassade chargée de présents. Le P. (j*Andrada, jésuite portugais, était le seul Européen connu qui eilt jusque-là, avec ses compagnons missionnaires, pénétré dans les terres sacrées du lama, en 1625.
RL Bogie, l’ambassadeur anglais, eut après ce jésuite l’avantage d’étre le premier à explorer ce pays si neuf et si curieux. I.a mort ne lui a' pas laissé le temps de mettre en ordre les notes qu’il eu avait rapportées ; mais on a extrait de ses papiers des fragments qui ont été publiés d’une manière assez confuse par M. Stewart, dans les Transactions philosophiques et dans VAnnual registre ( 1778 ) , et par M. Crawfurd dans un lissai sur l'histoire , la religion , etc. , des Hindous.
Une autre relation plus complète et plus intéressante a été publiée dans les Asiatic Researches , par M. Turner, qui eut aussi une mission à remplir en
Tels avaient été les travaux de Warren Hastings comme gouverneur des pxovinces de Bengale , Bahar et Orissa, lorsqu’il reçut l’acte du parlement qui lui conférait à novo ces pouvoirs et les étendait à toutes les possessions anglaises dans l’Inde. Le 21 septembre 1774, le général Clavering, le colonel Monson et M. Francis, que le même acte. avait nommés , arrivèrent à Madras, le 14 octobre à Calcutta; le 20, le nouveau gouvernement entrait en fonction Dans ce court intervalle et dès avant la première séance du conseil, ia division s’y était mise. La seconde séance manifesta une hostilité déclarée, et bientôt le conflit s’envenima tellement, que l’un des partis ne s’étudiant qu’à empiéter sur les pou-
voirs de l’autre , il y eut dans l’Inde comme deux gouvernements uniquement appliqués à se paralyser ou à s'entre-détruire. Ainsi , tandis que Warren Hastings refusait la commu- ’ nication de sa correspondance diplomatique ou administrative à la majorité opposante qui la réclamait, cette même majorité destituait les fonctionnaires nommes par le gouverneur général, en nommait d'autres, et minutait leurs instructions. Le gouverneur ajournait le conseil , le conseil se déclarait en permanence et retenait toutes les affaires; il décrétait qu’à l’avenir cette coi respondance, qu’on lui avait refusée, serait adressée au conseil et non au gouverneur. L'armée était en campagne contre les Rohillas ; il votait le rappel immédiat des troupes en quelque état que fussent les opérations déjà guerre. Par grand bonheur, au moment ou on rédigeait les dépêches qui contenaient cet ordre insensé, Fyzoulla Khan était réduit à traiter, et la nouvelle en arriva. avant l’expédition des dépêches. Elles n’en furent pas moins envoyées telles quelles, le conseil tenant plus sans doute a manifester l’esprit dont il était animé qu’à ajuster sa conduite aux circonstances.
Non content de violer les traités conclus par Hastings, de bouleverser son administration, le conseil s'oublia jusqu'à vouloir donner le scandale d’une enquête contre le chef du gouvernement L’animosité en était venue à ce point de ne pouvoir plus supporter le masque du seul intérêt public, et à rejeter le caractère d’opposition politiue, pour prendre ouvertement celui 'une haine toute personnelle.
Au commencement de 1775, le nabab d’Oude mourut. Le progrès des armes et de la puissance anglaises, en transportant sur cette frontière toutes les grandes questions qu’avait à résoudre la politique du moment, donnait à ce personnage une haute im- .
portance. Son fils lui succéda sous le nom d’Asoff al-Doulah. Le résident anglais auprès de cette cour était alors celui que le conseil avait envoyé en remplacement de M. Middletou, agent
logle
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de Warren Hastings. Ce nouveau résident,- M. Bristow, conclut avec le jeune nabab un arrangement qui le confirmait dans la possession des provinces de Corah et d’Allahabad, mais ui lui arrachait en échange la cession u territoire de Bénarès, et lui imposait un surcroît considérable de charges pour l’entretien de la 3' brigade des troupes de la Compagnie. Ainsi on lui vendait son légitime héritage et on lui faisait payer de nouveau ce
?|ue son père avait déjà payé. C’était aire un beau rôle à Warren Hastings que de lui donner à défendre à la fois la faiblesse opprimée , la justice outragée et la foi des traités foulée aux pieds. Mais trois autres affaires vinrent rendre aux trois membres opposants leur rôle d’accusateurs. Dans l'une, il s’agissait de malversations et de concussions reprochées au gouverneur par la ranna de Burdwan, veuve du dernier rajah de ce district, et tutrice du .jeune rajah son fils. Dans l’autre, une inculpation de même nature était portée contre Warren Hastings, accusé de prélever, sur les 72,000 roupies allouées au phousdar d’Hougley, 36,000 roupies pour lui-même et 4,000 pour son banyan. L’indigène qui portait cette accusation, s’engageait à remplir les mêmes fonctions au prix des 32,000 roupies qui restaient au phousdar actuel, et ae soulager ainsi le trésor de la Compagnie de tout ce qui passait dans les mains du gouverneur général.
La troisième affaire reposait sur une collusion prétendue entre Hastings et Munny Begum, mère et tutrice du dernier s’uccesseur de Mir-Jafder. Dans les comptes de l’administration de la Begum, une somme de près d’un million de roupies qu’elle avait perçues ne se trouvait portée sur aucun état de dépense. Sur ce chiffre on accusait M. Hastings et M. Middleton d’avoir reçu chacun 150,000 roupies. Malgré les' protestations souvent réitérées de Hastings que jamais il ne permettrait qu’on le fit paraître en accusé devant un conseil qu’il présidait , on appela dans le conseil un indigène qui avait à témoigner sur les faits dénoncés, fré-
tait ce même Nuncomar qui avait été phousdar de Hougley, et dont Warren Hastings s’était servi contre Mahomet Rhiza Khan. Ainsi mis en présence de son accusateur, le gouverneur déclara le conseil dissous, et quitta le fauteuil de la présidence qui était devenu pour lui une sellette d’accusé. M. Barwell, qui jouait auprès de lui le même rôle que lui-même avait joué auprès de Vansittart, le suivit. Ainsi livrée à elletnême, l’opposition, qui s’était déjà aguerrie à cette situation , déclara néanmoins le conseil bien et valablement assemblé, entendit Nuncomar et vota, conformément à ses dépositions, que le gouverneur était convaincu des faits à lui imputés. Malheureusement pour lui, le dénonciateur Nuncomar n’était pas tellement pur que, en fouillant dans les arcanes de cette affaire, on n’en pût exhumer une accusation de faux, qui, jointe à celle de conspiration contre le gouverneur général, le conduisit devant la cour de justice, où, sur le verdict d’un jury anglais , il fut condamné à être pendu. Cette exécution ne rétablit point l’harmonie dans le conseil, mais elle coupa court à la tactique qui , pour perdre le chef du gouvernement, allait évoquer de tous les points du territoire des accusations propres à ruiner la considération et l’autorité du gouverneur général. On essaya pourtant encore de faire passer pour une sorte de trahison une aumône de 100 roupies faite par Hastings à l’envoyé d’un prince ennefîii des Anglais et proscrit, qui essayait de faire valoir quelques réclamations auprès du gouvernement. La présence de ce vvackel à Calcutta, et le témoignage d’intérêt que lui avait donné Hastings, étaient , au dire du colonel Monson , une preuve de connivence avec un ennemi de la puissance anglaise. Warren Hastings se borna à dire que , devant une pareille accusation, il lui paraîtrait inconvenant de répondre. Ainsi iinirent ces incriminations dans lesquelles l’opposition, toujours blâmable, quant à la forme et à la malignité des intentions, n’eut pas toujours absolument tort quant au
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fond même des imputations qu’elle soulevait. Car de même que Clive sur la question de son jaghire, Warren Ilastings offrait prise sur lui par ses relations avec la Munny Begum, dont il nia d’abord, et dont il avoua ensuite les 150,000 roupies, prétendant alors les avoir reçues comme frais de voyage et non comme présent. Quant à l’affaire des 36,000 roupies du phousdar d’Hougley, elle n’a jamais été complètement éclaircie; mais cette obscurité même demeura un préjugé peu favorable pour le gouverneur général.
En vertu du traité qu’elle avait passé avec Ragobah, le 6 mars 1775, la présidence de Bombay mit en mouvement un corps de 2,500 hommes , qui , sous le commandement du colonel Keating, rejoignit Ragobah auprès de Cambay, d’où l’armée se dirigea vers Pounah. Malgré des trahisons qui ouvrirent à l’ennemi les lignes de l'armée coalisée, la première rencontre fut heureuse, et l’insubordination qui se mit bientôt dans les troupes de Ragobah pour l’arriéré de solde, ne gâta pas tellement ses affaires, qu’il n’attirât dans son alliance plusieurs chefs et rajahs.
Ceux-ci, tout en donnant leur adhésion aux cessions qu’il avait faites aux Anglais, apportèrent en outre de l’argent, chose dont on pouvait se passer moins encore. Le repos forcé qu’avait amené la mutinerie des troupes, se trouva ainsi fructueusement employé, et les nouveaux renforts d'hommes et d’argent mirent l'armé* en position de reprendre énergiquement l’offensive. Pendant qu’elle attendait la (in de la saison des pluies, des dépêches de Calcutta' vinrent enjoindre à la présidence de Bombay de retenir ou de rappeler immédiatement les secours qu’elle mettait à la disposition de Ragobah, la menaçant de révoquer tous les pouvoirs qu’elle exerçait, et de les rappeler entre les mains d‘u gouvernement central, si elle hésitait à obéir. D’autres dépêches envoyées aux ministres mahrattes désavouaient la conduite tenue par le conseil de Bombay, et déclaraient nulles et sans autorité toutes les résolutions qu’il avait
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prises dans cette affaire. En même temps un plénipotentiaire, qu’on accréditait à Pounah, était chargé de traiter avec les ministres au nom du conseil suprême, et d’obtenir d’eux ce que la présidence de Bombay avait déjà obtenu de ses alliés : l’lie de Salsette et Bassein. Mais comme on ne pouvait prévoir de Calcutta où en seraient les affaires de Ragobah, lorsque le plénipotentiaire, M. Upton, arriverait dans la capitale de l’empire mahratte, cet envoyé portait en même temps des lettres de crédit pour le Peschwah , et des instructions analogues à la circonstance, pour le cas où il-le trouverait vainqueur et maître de Pounah.
C’était un luxe de prudence, car on ne comptait guère à Calcutta sur cette éventualité. Et en effet, quand M. Upton arriva à Pounah , Ragobah était encore sur la Nerbudda. Mais , par cette sage précaution*, le conseil suprême se tenait prêt à tout événement, et, dans l’un ou dans l’autre cas, son action se trouvait substituée à celle du conseil de Bombay. Toutefois il était un troisième point qù’on n’avait point prévu. C’était celui où Ragobah, sans être décidément vainqueur, aurait su rendre son parti tellement respectable et mettre si bien les chances de son côté, qu’il y eût peu de prolit à se compromettre dans l’alliance de ses ennemis.
M. Upton, approvisionné d’instructions pour les autres cas, eu manquait pour celui-ci, qui fut précisément celui qui se réalisa. Son rôle à Pounah fut assez embarrassé, et certaines clauses de ses instructions n’étaient pas faites pour le rendre plus facile. Tout en désavouant et en annulant, par le seul fait d’une alliance en sens contraire , le traité conclu entre la présidence de Bombay etRagobah, le conseil suprême retenait les avantages stipulés par ce traité, c’est-à-dire la cession de Salsette et des autres districts cédés par le nabab de Broach. Ce fut un grand travail pour M. Upton, que d’avoir à faire comprendre aux brahmes ministres, comment le même gouvernement, qui condamnait solennellement la guerre et invalidait tous les actes qui
L'UÎÜVEBS.
l’avaient soulevée ou entretenue, pouvait en déclarer les prolits bien et dûment acquis pour lui. Dans cette entreprise, assez ingrate en effet, le plénipotentiaire ne réussit qu’à persuader aux ministres que s’il suivait ses instructions en venant arrêter la guerre, il prenait sur lui tout le reste. Il était bien vrai cependant que le contre-sens ui choquait si fortement la logique es Mahraltes, n’avait pas scandalisé au même point la raison des membres du conseil suprême, et qu’il avait même eu la puissance d’y rallier pour la première fois l’unanimité. Toutefois, lorsque l'on apprit à Calcutta le succès des armes et des négociations de Ragobah dès son entrée en campagne, Hastings revint sur son premier avis, ce qui réveilla contre lui les violentes attaques des opposants. Mais ceux-ci devaient eux-mêmes se contredire , et plus d’une fois, dans cette affaire. M. Upton avait trouvé la cause des ministres bien chancelante et leur gouvernement d’une désespérante faiblesse. On lisait dans une de ses lettres : « Si trois ou quatre compagnies d’Européens, un petit détachement d’artillerie et deux ou trois bataillons de cipayes étaient embarqués au Bengale pour Bombay, nous pourrions bientôt dicter nous-mêmes la paix aux conditions qui nous conviendraient. » Ces conditions étaient celles que les Mahrattes s’obstinaient à ne point comprendre. Comme le conseil 11e s’obstinait pas moins à les maintenir, il fut bientôt décidé qu’on embrasserait le parti de Ragobah , et que l’on se mettrait aussitôt en mesure de pousser énergiquement la guerre, et d’en finir d’un seul coup. La politique de la présidence de Bombay , si hautement répudiée, triomphait donc avec éclat.
Mais ce triomphe ne devait pas non plus être de longue durée. Tout s’arrangea finalement par un traité où Ragobâh était décidément sacrifié, son armée licenciée , et où les Mahrattes, moyennant la cession définitive de Salsette et l’abandon du tribut qu’ils prélevaient encore sur Baroach, obtinrent des Anglais la renonciation à leurs
prétentions sur Bassein, et à la possession du Guzerat, s'il était prouvé que Futty Singh le leur eût cédé sans en avoir le droit. Une pension de trois lacs de roupies et un corps de mille chevaux étaient accordés à Ragobah qui, déclarant ne vouloir en aucun cas se soumettre à ce traité, obtint un asile à Bombay. Mais les ministres réclamèrent si vivement contre cette marque de protection dont il était l’objet, que, dans la crainte de voir recommencer la guerre, le conseil suprême condamna l’offre qui lui avait été faite, et le bannit de toutes les possessions anglaises. Le Peschwah se retira à Surate, suivi seulement de 200 soldats fidèles à sa fortune. Le conseil de Bombay protesta à son tour énergiquement contre ce traité, comme contraire à la réputation, à l’honneur et aux intérêts de la Compagnie.
Néanmoins, après de longues hésitations, les signatures furent échangées (1776), ce qui ne mit nullement liu aux vicissitudes de cette affaire. Warren Hastings, dans un mémoire qu’il rédigea pendant sa traversée de rerotir en 1785, n’en parle que comme «d’une dispute de peu d’importance entre le gouvernement de Bombay et l'administration de Pounah, concernant un petit chef dépendant des Mahrattes, qui s’était attiré le ressentiment de ses supérieurs par des actes répétés d’hostilité. » Cette manière de présenter les choses n’était pas précisément exacte.
Ragobah, héritier d'un pouvoir qui ne dépendait pas des Mahrattes, mais auquel les Mahrattes étaient soumis , n’était pas un petit chef en révolte contre ses supérieurs , mais un grand chef luttant, comme Warren Hastings lui-même, contre un conseil hostile.
Au commencement de l'année suivante (1777), et avant qu’aucune des clauses du traité eût été exécutée, l’arrivée à Pounah d’un agent français nommé Saiut-Lubin vint causer îles ombrages à la présidence de Bombay.
Elle usa des plus vives instances auprès de la cour suprême pour l’engager à relever la cause de Ragobah.
Les sollicitudes de la présidence de
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Bombay n'étaient pas sans fondement.
Il était facile de prévoir dès lors une guerre prochaine entre la France et l’Angleterre, et la présence d’un agent français à la cour mahratte devenait inquiétante en pareille conjoncture.
L’accueil favorable qu’il avait reçu ramenait naturellement la politique anglaise à se servir contre cette coalition naissante des projets d'un prétendant qu’elle avait sous la main. En même temps une partie des ministres mahrattes rompait avec le reste du conseil, et se déclarait pour Ragobah.
La présidence de Bombay se disposa à agir. Quand ces nouvelles arrivèrent à Calcutta, elles y produisirent l’effet ordinaire de manifester la division haineuse et profonde qui séparait les membres du gouvernement. L’opposition déclara illégale, injuste et impolitique la conduite de la présidence de Bombay. Warren Hastings au contraire la déclara autorisée par les circonstances, parfaitement équitable et parfaitement politique. En conséquence , il se disposa à la soutenir. Un petit corps d’armée fut dirigé sur Bombay et placé entièrement sous les ordres de cette présidence. En même temps on cherchait à former une alliance avec le rajah de Bérar. Le parti anglais ou de Ragobah était en ce moment le plus fort à Pounah. Mais bientôt l’intervention d'un autre rajah puissant, Mabdadji Scindiah, rendit la prépondérance au parti français, qui jeta en prison les principaux de ses adversaires (juillet 1778). Les circonstances pressaient. On lit un traité avec Ragobah, on lui avança une somme considérable, et au mois' de décembre un corps d’armée de 4,500 hommes se mettait en mouvement. Les Anglais franchirent les crêtes des Ghauts et s’avancèrent sur Pounah au milieu de l’indifférence d’une population qu’ils s’attendaient à voir se soulever en leur faveur. Le 9 janvier, ils n’étaient plus qu’à quelques lieues de la capitale dont une armee, qui jusque-là s’était bornée a les harceler , leur barrait le chemin. Cet obstacle facile à prévoir prit au dépourvu des gens qui avaient
trop compte ne rencontrer que des renforts. Le conseil de guerre assemblé se prononça pour la retraite immédiate. Dès le 'lendemain au point du jour, les Mahrattes, enhardis par ce mouvement, se précipitent sur farinée anglaise, lui tuent 300 hommes, et lui prennent presque tous ses bagages. Le soir du même jour, le commandant en chef ayant déclaré au conseil qu’il ne croyait plus possible de ramener l'armée jusqu’à Bombay, on fit demander aux Mahrattes à quelles conditions ils voudraient traiter. La première condition qu’ils imposèrent (l’extradition de Ragobah) fut acceptée avec une facilité si grande, qu’elle haussa leurs prétentions. A lors ils demandèrent la révision complète du traité du colonel Upton, et la conclusion d’untraité nouveau sur de tout autres bases. Le conseil n’avait point de pouvoirs pour faire et défaire les traités; mais comme les Mahrattes insistaient, et qu’il fallait ou se soumettre ou périr. c*r le découragement était tel qu'on avait repoussé un plan de retraite proposé par un brave capitaine qui en assumait la responsabilité, les Mahrattes obtinrent des Anglais l'abandon de toutes les acquisitions de territoires que ceux-cj avaient faites dans cette province depuis 1756, la cession de Broach à Scindiah , et deux otages livrés en même temps que Ragobah, en garantie de l’execution de cette convention. Les officiers civils ou militaires qui l’avaient conclue en trouvèrent à Bombay le juste salaire. Ils furent destitués.
Cependant le corps auxiliaire envoyé de Calcutta , après avoir perdu beaucoup de temps et changé de chef, arrivait en janvier sur le théâtre de la guerre. Il se mit d’abord à la recherche du corps d’armée principal ; mais les avis de sa capitulation ayant été interceptés , le colonel Goddart , qui commandait les troupes de Calcutta, ne voyait que mystères dans les lettres qui lui arrivèrent ensuite et qui supposaient la connaissance du contenu de lettres antérieures. Cependant comme il restait clair pour lui que les paquets qu’il avait reçus portaient in- 3t.
L’UNIVÊRS.
jonction de se diriger sur Surate, à tout hasard il prit cette direction, sans trop comprendre à quel plan une telle marche pouvait se rapporter, ni où il trouverait sur la route amis ou ennemis. Il y arriva le 30 février , ayant reçu dans l’intervalle une lettre écrite sous la dictée des Mahrattes par le comité qui avait fait la capitulation, et qui à cette faiblesse ajoutait une lâcheté. Dans cette lettre, en effet, les membres du comité ordonnaient au colonel de retourner à Calcutta. Sans même soupçonner le piège tendu par les Mahrattes, le colonel se borna à répondre qu’il allait à Bombay par ordre du conseil suprême et il continua sa route. A Surate, il trouva des pleins pouvoirs pour traiter avec le gouvernement de Pounah. La capitulation était réprouvée par le conseil suprême comme elle l’avait été par le conseil de Bombay; mais Hastings ne repoussait pas l’idée d’un remaniement des traités antérieurs, et le gouvernement consentait à négocier sur des bases nouvelles, dont la première toutefois serait la rupture de l’alliance des Mahrattes avec les Français. Après de longs et inutiles pourparlers, les Mahrattes répondirent à l’ultimatum de Goddart par un autre ultimatum portant la reddition de Ragobah qui avait trouvé moyen de s’évader, et celle de Salsette. C’était une rupture. Goddart fut contrarié d’abord par les membres du conseil de Bombay jaloux de ce nouveau venu, qui s’emparait tout à coup du premier rôle. Cependant, il vint à bout de ces résistances, et put bientôt se mettre en campagne. Il avait reçu, avec le pouvoir de faire la paix ou la guerre, le grade de général. En peu de jours il eut conquis une partie de Guzerat (janvier 1780), et traité avec le rajah de ce pays, Futty Sing, qui lui fournissait en outre un secours de cavalerie. Avec ce renfort, il se retourna brusquement sur Scindiuli et Holkar, deux chefs mahrattes qui marchaient contre lui. Après quelques essais de négociations, où cherchait à triompher la finesse indoue, on en vint aux mains. Surpris la nuit , les Mah-
rattes furent battus et dispersés. Cependant les renforts et les alliés arrivaient de toutes parts aux Anglais. Le gouverneur général tenait surtout à se lier par un traité avec le rajah de Gohud, province montagneuse qui sépare les États d’Oude de l’empire mahratte.
Cette alliance acquise aux Anglais leur était une barrière contre les entreprises du gouvernement de Pounah. Aussitôt qu’ils en eurent connaissance, les Mahrattes fondirent sur les terres du rajah de Gohud, et s’emparèrent de ses forteresses. Un détachement anglais envoyé à son secours en reconquit quelques-unes, et surtout la célèbre forteresse de Goualior, située au haut d’un rocher taillé à pic, et défendue par une garnison de 1,000 hommes. Le vieux général Eyre Coote avait déclaré lui-même que ce serait folie de s’attaquer à cette place. Néanmoins, grâce à l’inébranlable fermeté du capitaine Popham, à la bravoure, à l’agilité et à l’adresse de ses cipayes, cette iorteresse imprenable fut prise d’escalade. Cet incroyable coup de main frappa les Mahrattes d’une telle épouvante qu’ils s’empressèrent d’évacuer tout le pays.
Les Anglais restèrent ainsi d'un seul coup maîtres de, la province, où ils rétablirent leur allié.
CHAPITKE XVIII.