ÉVÉNEMENTS DU CARNAT1QUB
GUEBBE AVEC HAIDEB.
L’esprit de dissension qui soufflait à Calcutta et à Pounah atteignit aussi Madras. M. Pigot, nommé comme Clive baron et pair d’Irlande pour les grands services qu’il avait rendus dans cette présidence, venait d’être appelé (1775) par lu cour des directeurs aux fonctions de président qu’il avait déjà exercées. L’expédition de Mohammed-Ali contre les Marawars et la conquête de Tanjore n’avaient réneontré à Londres qu’un blâme sévère, et ce fut même là ce qui motiva la destitution du président de Madras, M. Winch. Lord Pigot, nommé pour lui succéder, quitta l’Angleterre avec les instructions les
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plus positives pour le rétablissement du rajah de Tanjore. Toutefois des esprits faits comme ceux des ministres mahrattes eussent pu admirer encore ici cette politique qui, tout en improuvant la guerre et en destituant un gouverneur pour l’avoir faite, en profitait pour dépouiller plus sûrement le vaincu qu’elle semblait protéger. En restituant au rajah sa capitale et ses États, la Compagnie lui imposait la condition de recevoir garnison anglaise dans le fort de Tanjore, et d’en prendre à sa charge l’entretien sur des terres assignées à cette fin; de ne faire aucun traité sans l’agrément des Anglais, et de ne fournir à leurs ennemis aucun secours direct ni indirect; de payer au nabab, Mohammed-Ali, le même tribut qu’auparavant, et de lui fournir le contingent de troupes que demanderait la Compagnie. Par ces mesures, qui ne restituaient au rajah que l’ombre du pouvoir, la Compagnie, tout en paraissant venger l’injustice dont il avait été victime, le rangeait sous sa tutelle et retenait en réalité les avantages qu’elle eût pu tirer de la conquête. Les intérêts de Mohammed-Ali ne s’arrangeaient pas aussi bien de cette combinaison. Suivant l’habitude qu’on lui en avait faite , il jeta les hauts cris, pria, supplia, menaça, conjura la Compagnie par son pro'pre intérêt de ne point rétablir sur le trône un ennemi que le nabab eût bien voulu présenter comme encore redoutable.
Lord Pigot avait toujours été opposé aux expéditions contre Tanjore; il avait des instructions positives pour la restauration immédiate du rajah. Le nabab ne put obtenir de lui que des ménagements dans l’accomplissement de ses devoirs.Un incident d’intérêt privé, relatif à une créance produite par un sujet anglais contre le nabab, souleva dans le conseil la question de savoir si la moisson , actuellement sur pied dans le Tanjore , et réclamée comme gage par les créanciers, appartiendrait au nabab qu’on dépossédait ou au rajah restauré. Par une première résolution, le conseil déclara que le rajah, étant rétabli dans la plénitude de ses
droits et pouvoirs, il n’y avait lieu à admettre des requêtes semblables. Mais peu de jours après , un membre de la majorité revenant sur cette décision fit passer une motion qui annulait la résolution précédente. Lord Pigot s’eu tint à son premier avis. Déjà en opposition avec la majorité dont il était venu renverser la politique en rétablissant le rajah de Tanjore, il ne lui fallait qu'un incident de ce genre pour amener une guerre ouverte; elle éclata en effet. Le colonel Stuart, membre de l’opposition et commandant militaire en second , occupait alors à ce titre la place de Velore , considérée comme le point militaire le plus important de la présidence. II demanda que ce commandement fût trauféré à Tanjore, poste occupé alors par M. Russe!, dévoué à lord Pigot. Ce qui n’était qu’une question toute stratégique ou administrative devint, grâce à cette circonstance, une seconde conquête de Tanjore disputée entre la majorité et la minorité.
Toutes les discussions incidentes, qui vinrent s’ajouter à ce débat principal, furent comme autant de rencontres où les partis essayaient leurs forces et poussaient les travaux du siège ou de la défense de Tanjore. Écrasé à coups de votes, le président se retranche derrière une résolution extrême en déclarant nul tout acte de la majorité non revêtu de sa sanction. Celle-ci de son côté nie la nécessité du concours du
f (résident, et montant résolûment a 'assaut, rédige les instructions du colonel Stuart, et l’ordre au commandant de Tanjore de remettre le commandement à cet officier supérieur.
Déjà deux membres avaient signé, lorsque lord Pigot s’avançant arrache des mains d’un troisième les papiers, qu’il met en pièces. Alors il déclare qu'il a une accusation à porter contre deux membres du conseil. Aux termes de la constitution, tout membre accusé perdait le droit de voter sur le sujet de l’accusation. Cette manœuvre habile partageait le conseil en deux parties désormais égales, mais tranchées par la voix prépondérante du président.
Aussitôt la suspension des deux mem-
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bres est votée par la majorité nouvelle. L’ancienne majorité proteste et envoie Une circulaire à tous les officiers civils et militaires. La suspension est votee contre tous les signataires de la protestation. Ceux-ci ripostent en se déclarant investis de tous les pouvoirs du gouvernement, décrètent l'arrestation de lord Pigot, et donnent au colonel Stuart le commandement des forces militaires. La fermeté qui dictait toutes ces mesures , et qui donnait une certaine dighité à l’attitude de l’opposition, se démentit singulièrement dans l’exécution. Le colonel Stuart, chargé d’arrêter lord Pigot, ne sut rien trouver de mieux que de l’aller rejoindre à sa maison de campagne , où il passait la journée, d’y déjeuner, d’y dîner, d’y jouer avec lui", de l’enchanter si bien, que, le soir venu, le président lui offre une place daus sa voiture et le retient encore pour souper à Madras.
Des soldats étaient apostés auprès de la ville. Lord Pigot arrêté alla souper en prison et sans son hôte (août 1776).
Le conseil’suprême de Calcutta prit parti pour la majorité du conseil de Madras, et même blâma celui de Bombay d’avoir paru incliner un instant vers l’avis contraire. Portée devant la cour des directeurs, cette affaire y partagea les opinions et peut-être même y eût-elle été décidée contre lord Pigot. Mais une assemblée générale des propriétaires, convoquée le 26 mars 1777, se prononça en sa faveur à une très-grande majorité. La cour des directeurs eut donc à ordonner la réintégration du président, la suspension des membres au conseil qui avaient eu recours à la force militaire pour renverser le gouvernement-, enfin la cour dut aussi préparer une enquête pour laquelle l’assemblée des propriétaires jugeait à propos de mander immédiatement à Londres le président réintégré et les opposants suspendus. Lord Pigot avait ordre de remettre, en s’embarquant, ses pouvoirs à sir Thomas Rumbold. John Witchill avait la viceprésidence ou seconde place dans le conseil. Il arriva le premier dans l’Inde. Quaud il se présenta à Madras, le
81 août 177T, lord Pigot était mort dans sa prison depuis trois mois, ignorant qu’il était déjà vengé.
Vers la même ‘époque, la question de l’assiette du revenu retombait de tout son poids sur Warren Hastings.
Le système appliqué depuis cinq ans , bien loin de donner des résultats satisfaisants , avait apporté une confusion plus grande que jamais dans l’administration des finances. La plupart des adjudicataires des terres les avaient prises à un taux qu’ils ne pouvaient soutenir, et menaçaient d'entraîner dans leur ruine le revenu de l’Etat.
Une pareille situation fit beau jeu à l’opposition contre le gouverneur général qu’elle accusait d’avoir voulu tromper la cour des directeurs en la flattant de l’espoir d’un revenu chimérique. Plusieurs systèmes furent proposés pour remédier à l'état des choses, et, après de vains débats, le gouverneuren revint à un projetd’enquête.
L’opposition le repoussa comme faisant double emploi avec le comité de circuit qui suffisait pour l’objet de l’enquête. Toutefois, M. Monson étant mort sur ces entrefaites, la majorité se trouva acquise au président à cause de sa voix prépondérante, et l’enquête eut lieu. Elle ne produisit rien, car la question se trouva bientôt tranchée par des dépêches de la cour des directeurs qui ordonnait que les terres fussent louées à l’année, que la préférence fût donnée aux indigènes habitant sur les lieux, et qu’aucun Européen ou banyan d’Européen ne fût admis à soumissionner. L’enquête était blâmée par la cour, qui témoignait sa surprise et son chagrin de voir, qu’après sept années de recherches et d’études sur le revenu, on n’en fût arrivé qu’à avoir besoin de recommencer des recherches nouvelles.
Dégoûté d’un pouvoir si contesté dans le conseil, si contrarié au dehors, Warren Hastings avait prié la coûr des directeurs d’accepter sa démission, si elle ne préférait le mettre à même d’exercer les fonctions qu’elle lui avait confiées. Au moment où elle reçut cette communication, la cour, dominée par les ennemis de Hastings et mécon-
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tenté de là guerèe contre les Rohiltas, avait elle-même résolu de demander au roi le rappel du gouverneur gênéral. Üne assemblée générale des propriétaires était venue arrêter l'effet de cette démarche, et l’affaire en était là depuis quelques mois, lorsque survint l’envoyé du gouverneur. Le message qu’il venait remplir causa une grande surprise, et ce ne fut pas sans avoir bien vérifié dans toute l’étendue de leurs termes les pouvoirs dont il était porteur à cet égard, que la cour finit par se regarder comme régulièrement saisie de la proposition de Hastings.
Alors acceptant sa démission, elle lui donna pour successeur dans le conseil M. Wlteler, et dans les fonctions de gouverneur général M. Clavering.
Au mois ne juin 1777, Warren Hastings , comme il se rendait au conseil, reçut dans le trajet un ordre qui le convoquait pour le même objet et qui était signé : Clavering , gouverneur général. Soit que l’état des affaires lui eût fourni quelque raison sérieuse de revenir sur sa détermination antérieure, soit qu’il fût piqué au vif du triomphe qu'elle avait procuré à son ennemi, et de la façon un peu brusque dont ce triomphe fui était notifie, il ne voulut plus céder le pouvoir. Ce revirement non moins brusque amena un conflit qui faillit devenir une guerre civile. Mais Warren Hastings eut pour lui un arrêt assez singulier de la cour de justice de Calcutta, et probablement une manifestation de l'esprit public suffisante pour arrêter le général Clavering dans la revendication de son droit. Ce dernier mourut, au reste, deux mois après, et Warren Hastings se retrouva une fois encore en possession de la majorité que l’arrivée de M. Wheler lui avait momentanément enlevée.
La mort de lord Pigot avait bien fait rentrer l’harmonie dans le conseil de Madras . mais elle n’amena point l’ordre et l’honnêteté dans le gouvernement. Lord Pigot, cherchant a modeler son administration sur celle du Bengale, avait institué aussi un comité de circuit pour régler l’assiette du re-
vend, lîn des premiers actes de son successeur, sir Thomas Rumbold, fut d’abolir ce comité, et d’eh déléguer les fonctions aux zemindars. Il passa avec eux tous les marchés directement et sans le contrôle du conseil, qui approuva tout sur parole. Aussi, dès le sixième mois (août 1 778), après son arrivée à Madras, il faisait passer à Londres une somme de 45,000 liv. sterl., et dans les deux années qui suivirent, une autre somme de 119,000 livres.
La totalité des émoluments et gratifications qu’il avait pu recevoir légitimement dans cet intervalle ne dépassait pas 20,000 liv. Les profits que le président se procura ainsi pendant deux années représentaient presque exactement la redevance annuelle de 5 lacs de roupies, que la Compagnie avait souscrite au profit du nizam Ali, en échange de la cession des Circars du nord, redevance que l’épuisement des finances avait laissé arriérer pendant ces deux mêmes années. Un Irère du nizam, rajah du Circarde Guntour, qui après sa mort devait revenir à la Compagnie, entretenait à sa solde un corps de Français, débris de l’armée de Bussy. Le voisinage de ces troupes inquiétait la présidence, qui finit par obtenir du rajah le renvoi des Français et la cession déguisée, il est vrai, mais immédiate du Circar. Aussitôt elle y envoya un corps d’armée pour en prendre possession. Le nizam qui, comme suzerain du Circar, tant qu’il était à son frère , goûtait peu ce démembrement anticipé de ses Etats, fut bien plus étonné quand l’envoyé anglais, chargé de lui porter des explications sur cet envahissement, lui demanda en outre de renoncer aux 5 lacs de roupies qu’on lui avait accordés comme compensation d’envahissements antérieurs. Son irritation l’emporta à des menaces de guerre.
Sur ces entrefaites, les premiers bruits de la guerre entre la France et l’Angleterre arrivèrent dans l’Inde.
Sans attendre la nouvelle officielle , le gouvernement, pour ne point rester en arrière, résolut d’enlever aussitôt tous les établissements français. Chander-
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nagor, Masulipatam, Karical n’eurent pas même le temps de fermer leurs portes. Pondichéry, investi le 8 juillet, lit une défense héroïque, et tint jusqu’à la fin d’octobre, quoique abandonné par la flotte qui , après un combat naval, où elle n’avait point eu le désavantage, quitta la rade et ne reparut plus. 11 nous restait encore Mahé, sur la côte de Malabar. Un corps d’expédition y fut envoyé sous les ordres du colonel Brathwait, qui y entra sans coup férir. Comme il Quittait Madras, on y avait appris l’écliec essuyé par les troupes de Bombay. Aussitôt après la prise de Mahé, il marchait au secours de celte présidence, lorsque la factorerie de Tellichéry lui fit demander protection contre Haïder Ali, dont elle avait encouru le ressentiment en donnant asile à un naïr qu’il voulait punir. Brathwait, bien que non autorisé, marcha sur Tellichéry. Le conseil de Madras l’approuva et envoya un autre corps au secours de Goddart.
La Compagnie se trouvait donc engagée dans une guerre où elle allait avoir contre elle les Français, les Mahrattes, nizam Ali et Haïder.
Haïder qui, malgré ses revers, se relevait alors plus puissant que jamais, avait commencé, apres la prise de Pondichéry, par envoyer féliciter la présidence de Madras sur cet événement ; mais en même temps il s'opposait au projet d’expédition sur Mahé. Cette ville, située sur le territoire d’un petit rajah, son vassal et son tributaire, faisait en quelque sorte partie de ses Etats. Comme on n’eut égard à ce s considérations, il menaça d’envahir le Carnatique, et, pour mieux assurer l’effet de celte menace, se hâta de faire la paix avec Morari Rao, chef mahratte, à qui il disputait quelques districts.
Cette attitude de Haïder fut précisément ce qui fit que les Anglais attachaient une si grande importance à l’occupation immédiate du Circar de Contour, et ce qui les aiguillonnait à hâter la conclusion de l’arrangement qui le leur livrait à bail. Haïder, pour qui cette occupation était un grief de
plus, s’empressa d’envoyer ses propres troupes dans le Circar, et, conjointement avec Nizam Ali , contraignit le rajah Bazalut Djung à rompre l’engagement qu’il venait de conclure avec les Anglais. Celui-ci envoya ordre au détachement qui s’avançait de retourner sur ses pas. Mais la présidence avait trop d’intérêt à la possession du Circar de Guntour, qui unissait ses possessions du Carnatique à ses quatre Circars du nord, pour tenir compte des velléités du rajah. De plus, on venait de passer pour les terres de ce district un marche, où les membres du conseil avaient su, dit-on, stipuler leurs intérêts. Nizam Ali , qui perdait avec ce Circar le seul, port (Moutapilly) qu’il eût dans ses F.tats, n'attachait pas un prix moindre à le conserver. Il entra donc assez facilement dans une ligue que Haïder venait de former avec les Mahrattes.
Au mois de juillet 1780, Haïder se mit enfin en campagne à la tête de 100,000 hommes, dont 30,000 de cavalerie et 20,000 réguliers, commandés par des officiers européens, 100 pièces de canon servies en partie par des Européens, en partie par des indigènes que des officiers anglais avaient pris la peine d’instruire pour les engager au service du nabab. Enfin, un petit corps de 400 Français, commande par M. de Lally, neveu du général, complétait cettë armée formidable. Les îles de France et de Bourbon l’avaient approvisionnée d’armes et de munitions en grande quantité. En un clin d’œil le Carnatique fut envahi , dévoré, par cette multitude parfaitement dressée, organisée et disciplinée. La population elle-même, lassée des vexations que lui faisait endurer la domination anglaise, prit parti pour Haïder, bien qu’il répandit la dévastation sur son passage.
Au bout de quinze jours de campagne, la cavalerie mysorienne poussait déjà des reconnaissances jusqu’à Saint- Thomas, et jetait l’épouvante dans Madras. Une armée mahratte marchait sur les Circars du nord. Celui de Guntour était envahi comme le Carnatique par la cavalerie de Haïder; une
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flotte française, nui avait paru devant Madras, portait des troupes de débarquement qu’elle mettrait à terre à ia première occasion ; enfin, un petit nombre de naîrs ou petits princes de la côte du Malabar, s'unissant à Haïder, menaçaient Tellichéry et les autres possessions anglaises de l’ouest. La présidence manquait d’hommes et d’argent. En rassemblant toutes ses troupes, où elle rappelait même les anciens officiers qui avaient quitté le service, elle ne pouvait pas opposera l’ennemi plus de 5,200 hommes sans cavalerie. De celle du nabab, 10,000 hommes avaient passé antérieurement au service de Haïder, le reste avait refusé de marcher, faute de paye. Le colonel Baillie, qui avait remplacé Goddart, et à qui on avait envoyé un renfort en remplacement de celui du colonel Brathwait,Teçut ordre de rejoindre avec toutes ses forces à Conjeveram , lieu du rendez-vous général. Il devait y être le 5 septembre (1780), et le général Hector Munro, qui prenait le commandement, était venu dès la veille l'y attendre. Mais il fut retardé au passage d’une rivière débordée, et Haïder, alors occupé au siège d’Areot, emmenant ses troupes en toute hôte, vint mettre ce retard à profit. Il s’avança jusqu’à Conjeveram pour masquer l’armée anglaise, et détachant son fils Tippou avec l’élite de son armée, il l’envoya au-devant de Baillie. Celui-ci ne se trouvait plus qu'à quinze milles de Munro. Attaqué vigoureusement par Tippou, il reste maître du champ de bataille, mais au prix de pertes si considérables, qu’il ne peut plus espérer de franchir a force ouverte le court espace qui empêche encore sa jonction.
Munro averti détache pendant la nuit une partie de son armée au secours de Baillie. C’était une première faute que de diviser ainsi ses forces, au lieu de les porter en masse sur le point menacé. Cependant, l’habileté au colonel Fletcher, commandant du détachement, trompa , en changeant de chemin, la vigilance de Haïder. Au point du jour, Munro se mit aussi en mouvement, et bientôt entendant la canon-
nade, il marcha sur le canon. Mais, trompé par ses guides , il perdit du temps. L’erreur reconnue et les guides perfides s’étant évadés, le général ne se laissa plus diriger que par le bruit qui continuait et que l'on entendait toujours, quoique de plus loin. Sir Hector marchait avec confiance , ne doutant pas que les corps réunis de Fletcher et de Baillie n’eussent mis en déroute l’armée de Haïder. Mais bientôt des cipayes blessés, que l’on rencontre sur les chemins, annoncent au contraire que l’armée de Haïder est victorieuse. Quand ces rapports lui ont été plusieurs fois confirmés , Munro ne songe plus qu’à sauver du moins les magasins de l’armée dont toutes les ressources sont concentrées à Conjeveram , et il se retourne sur cette place. Ce fut une autre faute et si grosse que Haïder, lorsqu’il en reçut la nouvelle, se refusait à y croire.
Én effet, peu s’en était fallu "que luimême, dans l’appréhension où il était de l'arrivée de sir Hector Munro, ne quittât le champ de bataille, et ne songeât à ménager sa retraite. Assuré que l’armée anglaise avait regagné Conjeveram et n’en voulait plus bouger, il ne songea plus qu’à achever une sanglante victoire. A 10 heures du soir, Baillie se remit en mouvement. Six pièces de canon, embusquées par Haïder sur son chemin, portent le ravage dans les rangs. Il continue néanmoins d’avancer et s’empare même de quatre canons. Au point du jour, il apercevait déjà la pagode de Conjeveram. Un nuage de poussière qui s’élève lui fait espérer que sir Hector Munro arrive à son secours. Au contraire, c’était l’armée entière de Haïder qui venait prendre part au combat. Baillie n’en est pas ébranlé. 60 pièces de canon sont mises en batterie sur sa petite troupe et y percent de larges trouées. La cavalerie s’y précipite de tous les côtés; mais, reçue avec une fermeté inébranlable, elle tourbillonne à l’entour, revient à la charge, et se voit repoussée encore. Dans cette situation redoutable, le colonel ose concevoir le projet de prendre l’offensive, et fait un mou-
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vèment pour tourher l’artillerie mysorienne. La hardiesse de ce inouveinént confond tellement Haïder qu’il ne doute pas que Baillie n’ait reçu la nouvelle de l’arrivée de sir Hector. Haïder revient à ses idées de retraite; mais dans ce moment deux caissons qui font explosion dans les rangs anglais tuent un grand nombre d’hommes, et privent le reste d’une partie de ses munitions. Le courage revient aux ennemis, et le combat se ranime plus acharné que jamais. Alors Baillie se forme en carré et attend l’ennemi à la baïonnette. Treize charges consécutives sont repoussées. Mais les pertes se multipliant toujours, il ne fallait plus songer qu’à assurer du moins le salut du peu de braves qui restaient. Animé à la boucherie, Haïder ne voyait pas les signaux que les Anglais arboraient à la pointe de leurs épees. Ce fut M. de Lnlly qui arrêta le carnage, annonçant que lui et ses Français jusqu’au clerniér étaient, si l’on continuait, prêts à venger un sang aussi indignement répandu. L’armee anglaise laissait 2,000 morts ou blessés sur le champ de bataille. La capitulation sauvait environ 1,250 hommes restés debout.
La retraite de sir Hector fut désastreuse. Il y perdit une partie de l’artillerie, ses bagages, les papiers de l’état-major, parmi lesquels se trouvait un plan des Etats de Haïder, avec les réductions que l’on comptait leur faire subir. La chaleur et la fatigue tuèrent à elles seules 200 Écossais dans cette courte retraite de Conjeveram à Madras. Si Haïder s’était présenté devant cette ville, au milieu de la consternation que ce désastre y jeta , il n’y eût trouvé aucune résistance.
La présence d’un danger aussi grave n’avait pas suspendu les hostilités entre les membres du conseil suprême.
Loin de là, les querelles, s’il est possible, s’envenimaient encore. Poussé à bout par les personnalités insultantes, Warren Hastings, qui jusque-là avait déployé un sang-froid inépuisable contre les plus violentes injures , crut devoir appeler sir Francis en
duel. Celui-ci fut blessé grièvement, et quitta l’Inde aussitôt que l’état de sa blessure lui permit de supporter la mer. Cependant, au mois de septembre (1780), la nouvelle des derniers événements et de la détresse où Se trouvait la présidence de Madras arriva à Calcutta. Aussitôt un secours de 15 lacs de roupies et d’un corps considérable de troupes fut voté par le conseil. Sir Eyre Coote, nommé commandant, emmenait avec lui 330 hommes d’infanterie et 200 artilleurs européens, 630 lascars et une cinquantaine de volontaires. Plusieurs bataillons de cipayes, à qui des scrupules religieux ne permettaient pas de s’embarquer, prirent la route de terre.
Sir Eyre Coote apportait aussi à Madras la destitution de sir Hector Munro comme gouverneur du fort Saint- George.
Pendant que le gouvernement suprême s’occupait en outre de faire la paix avec les Mahrattes, la présidence de Madras s’efforcait de détacher le nizam de l’alliance’ mysorienne. Elle lui rendit son Circar âe Guntour, et s’excusa beaucoup, tant sur l'arriéré du tribut que sur la pensée qu’elle avait pu manifester de s’en affranchir. Elle protestait au contraire du zèle qu’elle mettrait à le payer aussitôt après la guerre. Le concours du nizam en faveur de Haïder n’avait guère été plus actif, il est vrai, que celui du nabab en faveur de la Compagnie. Celle-ci avait tellement abusé de l’infortuné Mohammed-Ali, elle l’avait tellement pressuré et réduit à rien, qu’elle l’avait mis dans l’impossibilité d’équiper un seul homme. Le colonel Bratnwait avait été chargé de lever de la cavalerie dans le Tanjore. Les troupes de toutes les garnisons , à l’exception de trois, avaient été rappelées, de même que celles du Circar de Guntour. Grâce à toutes ces mesures, sir Eyre Coote put entrer en campagne avec une armée d’un peu plus de 7,000 hommes , dont 1,400 Européens, 5,000 cipayes, 800 hommes de cavalerie noire et 60 pièces de canon.
Haïder, après avoir pris sans coup
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féritr la plupart des forts du Carnatique, était revenu mettre en personne le siège devant Arcot. Après six semaines de tranchée ouverte, il entra d’assaut dans la ville, et le traitement humain qu’il lui lit détermina aussitôt la garnison du fort à se rendre. Le vainqueur, tout en s’occupant activement de relever les fortifications d’Arcot, fit investir en même temps d’autres places. Wandeswah avait une grande importance pour les Anglais, et c’était là tout ce qui pouvait lui en donner pour Haïder. Mais Velore en avait une plus directe pour lui, parce qu’elle commandait les communications avec ses propres États. Ces deux places investies se défendirent avec une grande énergie. Les assiégeants n’en montrèrent pas une moindre dans l’attaque. A Velore surtout, le peu d’épaisseur du sol, qui reposait sur de la roche, ne leur permettait pas d’ouvrir de tranchées. Ils durent y suppléer par des gabions dont ils allaient chercher la terre au loin dans la plaine sur laquelle domine le rocher de Velore.
Parfois des masses de roche leur fermaient le passage, et il fallait employer la mine pour les faire sauter. Chaque pas que gagnaient les assiégeants dans leurs ouvrages leur coûtait ainsi des travaux infinis. Néanmoins en trois semaines ils étaient venus à bout d’élever deux batteries, et avaient déjà démoli un des angles du fort, lorsque l’entrée en campagne de l’armée anglaise obligea Haïder à tourner toutes ses forces de ce côté. Sir Eyre Coote longea d’abord les côtes pour observer une flotte française qui voulait tenter un débarquement. Haïder le suivit sans le perdre de vue, et d’assez près quelquefois pour pouvoir s’amuser a canonner en marchant. Dans cette suite de marches et de contre-marches, qui n’amencrent aucun engagement sérieux, les Anglais s’emparèrent de Caddalore, Haïder d’Ambour, de Thiagar et de presque tout le royaume de Tanjore. Mais enfin , un petit échec essuyé par les premiers dans une tentative sur la pagode de Chillumbrum, détermina le second à engager une ac-
tion décisive. Le souvenir récèrit de la bataille de Permibacum enflammait le cœur de ses soldats. Ils se croyaient si bien assurés de la victoire, que lorsque les fourrageurs des deux armées se rencontraient, ceux de Mysore cédaient la place aux Anglais, en leur criant : Avancez, avancez, nous nous garderions bien de faire du mal à des prisonniers de Haïder Ali. Il n’en alla pas toutefois ainsi. L’engagement eut lieu près de Porto-N’ovo, le l*r juillet (1781), et si le succès n’en fut pas complet pour les Anglais restés maîtres du champ de bataille, ils le durent au manque de cavalerie, qui ne leur permit pas d’achever la déroute d’une armée dix fois plus nombreuse que la leur. Haïder, qui avait sauvé son artillerie et ses bagages, eut bientôt rallié ses troupes, et, étant arrivé trop tard pour secourir Trippasour qu’assiégeait Eyre Coote, il alla se poster sur le glorieux champ de bataille qui avait vu la défaite de Baillie, et de la écrivit au général anglais une lettre de défi. Celui-ci, non moins impatient d’en venir aux mains, s’empressa de répondre à cet appel qui rappelait d’autres temps. La position quxtccupait Haïder, déjà forte par elle-même, avait encore été fortifiée par une ligne de retranchements et d’ouvrages de campagne où il avait logé son artillerie. Tous ces ouvages furent successivement emportés par les Anglais, mais sans autre avantage, de sorte que le lendemain Haider, qui n’avait rien laissé aux mains des ennemis, et qui emmenait son armée en bon ordre, s’attribua comme eux la victoire. Dans un troisième engagement qui eut lieu peu de temps après (27 septembre), il fut plus manifestement battu et ne réussit qu’à empêcher les Anglais de lui couper sa retraite par la route d’ Arcot, où il fit passer toute son artillerie, moins un canon qui fut pris.
C’était le premier trophée qu’il laissait aux mains des vainqueurs. La bataille de Sholingur eut un autre résultat plus important, celui d’arracher à Haïder la place de Velore, dont la famine l’eût infailliblement rendu mal-
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tre en peu de jours, lorsqu’il s’y serait présenté une seconde fois.
Sir Thomas Rumbold, dont la Compagnie était a juste titre mécontente, venait d’être destitué et remplacé par lord Macartney, qui fut le premier gouverneur choisi hors des rangs des employés de la Compagnie. Son arrivée (juin 1781) donna une nouvelle impulsion aux affaires. Il réalisa facilement un emprunt, s’empara des établissements des Hollandais dont il connaissait, avant son départ d’Europe, la rupture avec l’Angleterre. Il proposa la paix à Haïder, et sur le refus de celui-ci, la négocia avec les Mahrattes, de qui il l’achetait à tout prix, puisqu’il consentait à la restitution de Guzerate, Salsette et Bassein. Il compléta l’asservissement de Mohammed- Ali qu’il rendit, comme on avait fait des nababs du Bengale, simple pensionnaire de fa Compagnie. Ce trop fidèle et malheureux allié des Anglais, malgré la précaution qu’il venait de prendre d’assurer ses droits par un traité qu’il proposait au gouvernement suprême, dut subir un autre arrangement qui lui faisait expier l'impuissance d’être utile à laquelle il s’était laissé réduire par les conventions antérieures. La Compagnie s’empara de tous ses revenus , s’engageant seulement à en prélever un sixième affecté aux dépenses personnelles du nabab.
La présidence de Calcutta ne souffrait pas d’une moindre pénurie, que les autres. Les efforts qu’elle avait faits pour venir à leur secours avaient épuisé ses propres ressources, et le conseil avait aussi essayé de faire la paix avec les Mahrattes. Bien que les Anglais consentissent à l’abandon d’une grande partie de leurs conquêtes, les Mahrattes ne voulurent point entendre à ces propositions, et la guerre continua. Goddard s’empara de Bassein et du Concan. Le^ colonel Carnac, pénétrant dans les États de Scindiah, prit Oujein sa capitale, occupa tout le pays, et obligea le rajah à traiter. En même temps, le détachement qui avait pris Mahé et secouru Tellichéry se trouvait assiégé lui-mê-
me dans cette dernière place. Mais le capitaine Abington, ayant obtenu un secours de Bombay, sortit de la place, battit les ennemis, et, devenu maître du pays, rétablit dans leur état primitif tous les naïrs que Haïder avait dépossédés ou rendus tributaires. Bientôt, la prise de Calicut qu’il assiégea (février 1782) établit la prépondérance anglaise dans le Malabar, comme les succès de Goddard l’avaient établie dans le Concan.
La guerre qui relevait ainsi la puissance de la Compagnie, ne relevait pas ses finances. Le manque d’argent, qui avait poussé Warren Hastings à offrir la paix aux Mahrattes , le réduisit à des actes moins honorables, bientôt suivis d’actes plus honteux encore, et ui semblent appartenir plutôt à l’inustrie d’une bande de brigands qu’à la politique du représentant d’une grande puissance civilisée.
Depuis 1764, le rajah de Bénarès, Bulwant Singh, avait rendu de grands services aux Anglais dans leurs luttes contre le nabab d’Oude, son voisin et son ennemi. En revanche, les Anglais l’avaient protégé contre les entreprises du nabab; ils avaient même repoussé les avantages que celui-ci leur offrait s’ils consentaient à lui laisser prendre deux des forteresses du rajah. La même protection s’étendit sur Chcyte Singh, fils de Bulwant Singh , et lui assura la succession de son père, dont le nabab souhaitait ardemment de le dépouiller. Par un arrangement conclu en 1774, les droits de suzeraineté que le nabab d’Oude possédait sur Bénarès, furent même cédés à la Compagnie. Bénarès est par excellence la ville sacrée de l’Inde, sa capitale religieuse. A ce titre, la conquête musulmane s’était, pour ainsi dire, arrêtée au pied de ses murs. Le fanatisme des enfants du prophète avait craint de heurter le fanatisme des sectateurs de Brahma, et moyennant un léger tribut, le rajah de Bénarès avait joui , sous la domination mogole, d’une sorte d’indépendance, et conservé les prérogatives les plus essentielles de la souveraineté. Les Anglais, quand ils
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se furent substitués aux droits du nabab d’Oudey voulurent rétablir cette souveraineté dans tout son lustre. Ils lui rendirent le droit de justice criminelle et celui de battre monnaie, et posèrent en principe la parfaite indépendance du rajah. Les choses allèrent ainsi jusqu’en 1778. Alors, en raison de la guerre qui venait d’éclater entre l’Angleterre et la France, Warren Hastings proposa au conseil d'imposer le rajah de Bénarès pour une somme de 5 lacs de roupies. Après bien des résistances , Cheyte Singh s'exécuta, à la condition qu’une pareille exigence nese reproduirait plus.
Elle se reproduisit cependant dès l’année suivante et encore en 1780; et comme la résistance du rajah allait croissant, il lui en coûta la première fois 2,000, et la seconde fois 10,000 livres sterling de plus, pour les frais de mouvements de troupes que ses résistances avaient occasionnés. Bien plus, en 1781, outre la contribution de 5 lacs qui avait passé en coutume, on voulut qu’il fournît à la Compagnie un corps de 2,000 cavaliers. Il eut l’imprudence de débattre encore, et offrit enfin un millier d'hommes, moitié cavalerie et moitié infanterie.
Mais cette fois, Warren Hastings était décidé, comme il l’a écrit lui-même, à tirer parti de ce qu’il appelait les fautes du rajah, pour venir au secours de la Compagnie. « En un mot, ajoute-til , j’étais décidé à lui faire acheter chèrement son pardon, ou à tirer de lui du moins une sévere vengeance. »
Pour conjurer cette vengeance, le rajah offrit 20 lacs de roupies, on lui en demanda cinquante, et bientôt le gouverneur général, quittantCalcutta pour venir faire valoir en personne les prétentions de la Compagnie, la consternation du ;rajah n’eut plus de bornes.
Il s’avança aù-devant de Warren Hastings en suppliant, et poussa l'humilité jusqu'à déposer son turban aux pieds du gouverneur qui, sans se laisser fléchir, continua sa route. En effet, il ne s’agissait pas pour lui d’un acte de justice ou de clémence à accomplir, mais d’un acte de spoliation à consom-
mer. L’humiliation qui désarme une juste colère, ne pouvait qu’irriter davantage le gouverneur général, en rendant plus odieuses les violences non provoquées qu'il venait exercer et qui n’avaient même plus de prétexte. Le gouverneur général avait tellement besoin, non de réparations et de justice, mais de violences, que, arrivé à Bénarès, où il avait devancé le rajah, il refusa, lorsque celui-ci l’eut rejoint, de lui donner audience, et, pour se délivrer de toute sollicitation, le mit aux arrêts dans son palais, lui retira ses gardes et les remplaça par descipayes.
L’emprisonnement est l’humiliation la plus cruelle qui puisse être infligée à un prince indou. Le peuple ressentit celle-ci, et, ne consultant que sa fureur, se précipita vers le palais. Là, sans chefs, sans armes, il attaque les deux compagnies de cipayes qui l’occupaient, et, à coups de couteaux, à coups de bâton , à coups de pierres, en tait un tel massacre, qu’il en resta à peine quelques-uns. Le jeune rajah avait profité de la confusion pour s'échapper, et pour se réfugier dans une forteressede l’autre côtéduGange.L’insurrection gagnantde proche en proche, tout le pays fut bientôt en armes. En vain, le rajah protestait-il de sa nonparticipation à ce soulèvement. Warren Hastings, qui avait besoin de griefs, ne voulut pas le recevoir en grâce. Il se mit donc volontairement dans la nécessité de reconquérir par la force des armes un pays qu’un seul mot du rajah eût apaisé si Hastings l’eût voulu. Réduit a se défendre, Cheyte Singh se vit enlever une à une toutes ses forteresses. Maître de l’insurrection, Hastings rentra à Bénarès, où il se hâta de proclamer amnistie pour tout le monde, excepté pour le rajah, qui seul était innocent de ces trouoles, et qui seul avait voulu les arrêter. Un de ses neveux fut nommé à sa place. On imposa au nouveau rajah un tribut annuel de 40 lacs de roupies. On lui ôta lu droit de battre monnaie ainsi que la justice criminelle et la police de sa capitale.
Cheyte Singh s’était réfugié à Bid-
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gagur, dernière forteresse qui lui restât. On l’v vint assiéger. Mais il n’avait pas jugé à propos d’attendre l’ennemi et il s’était enfui chez le rajah du Bundelcund, laissant sa mère dans le fort. Quand celui-ci fut réduit à capituler, la malheureuse ranna chercha à obtenir pour sa personne quelques conditions favorables. Elle voulait qu’on lui permit d'emporter son argent et ses bijoux. Durement refusée par Uastings, elle demanda que du moins, à sa sortie du fort, on lui épargnât, à elle et à ses femmes, l’opprobre d’une visite personnelle.
L’officier anglais qui commandait le siège, un peu honteux du rôle que lui imposaient les instructions de Hastings, prit sur lui d’accorder ce point. Mais ces instructions avaient transpiré dans l’armée, et quand la ranna se présenta aux portes, elle, ses femmes, ses enfants furent, en dépit du commandant , outrageusement dépouillés , fouillés et pillés par la soldatesque.
Le gouverneur, pour couvrir l’odieux de son refus aux demandes de la ranna, avait eu l’imprudence de le fonder sur ce que les dépouilles de cette princesse devaient être regardées comme la légitime récompense du soldat. La prise de Bidgagur rapporta en tout une somme de 2,327,813 roupies. Le gouverneur général réclama cette somme.
Mais instruit par le gouverneur luimême, le soldat en avait déjà fait sa légitime récompense, et rien ne la lui put arracher même sous forme de prêt.
Or, comme c’était bien là tout ce que
fiossédait le. rajah, cette expédition, oin de fournir des ressources nouvelles à la présidence, 11e fit qu’accroître sa gêne et ses embarras. Voilà quels en furent les résultats , quant à la question urgente, c'est-à-dire la question d’argent. Quant aux résultats politiques, en sacrifiant, pour lui prendre un argent sur lequel elle n’avait aucun droit , un souverain dont elle avait, plus haut que personne, reconnu et proclamé l’independance, un allié qui s’était toujours montré fidèle et dévoué, la Compagnie montra que ni les services rendus, ni les droits les plus
solennels n’étaient une barrière assurée contre son audace ou son ingratitude, et que les lois divines et humaimaines étaient un vain abri contre ce monstre insatiable, à qui aucune félonie ne coûtait pour assouvir sa rapacité.
Au reste, on ne tarda pas à voir mieux encore, s’il est possible. Warren Hastings n’avait tiré de son expédition de Bénarès qu'un surcroît de dépenses, ce qui n’etait pus fait pour diminuer i’ardeur qu’il mettait à la chasse de l’argent. Or, ce qu’il venait de faire donnait la mesure dés résolutions désespérées qu’il avait prises pour s’en procurer, et indiquait assez qu'il s’était promis de ne point rentrer à Calcutta sans y avoir réussi.
La mère et la veuve du dernier nabab d’Oude passaient pour être fort riches.
Indépendamment de nombreux jaghires destinés à soutenir leurs dépenses personnelles et la dignité de leur rang, Sujah-al-Doulah leur avait laissé, disaiton, une quantité fabuleuse de millions.
Leur fils et petit-fils , le nabab régnant , était bien loin de jouir d’une pareille opulence. Écrasé par les obligations que lui avaient imposées ses traités avec les Anglais, il se voyait chaque jour surchargé d’obligations nouvelles ; à peine lui restait-il de quoi vivre ; il avait réduit les dépenses de sa maison et de son sérail an quart de ce qu’elles étaie.nt sous ses prédécesseurs , et néanmoins il se trouvait endetté de 15 lacs de roupies. Il demandait à être soulage d’une partie des charges que ies Anglais faisaient retomber sur lui , et depuis longtemps ses instances étaient vaines. Dans le premier moment de l’insurrection de Bénarès, Warren Hastings avait été obligé de se réfugier à Chunar et d’y attendre des troupes. Le nabab profita de l’occasion pour se rapprocher du gouverneur et lui faire entendre ses doléances. Dans nette conférence, il obtint, chose étonnaute vu les circonstances , que toutes les troupes qu’on avait mises à sa solde, à l’exception de la 3e brigade et d’un régiment de cipayes , reviendraient à la solde de la présidence ; que tous les employés
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de la Compagnie résidant dans ses Etats cesseraient d’être payés par lui; enfin qu’il reprendrait tous les jaghires par lui cédés, à la condition de payer aux titulaires une somme annuelle égale à celle qu’ils en tiraient.
Ce traité, qui stipulait une renonciation à des droits acquis, dans le meme moment où la Compagnie mettait un pays à feu et à sang pour lui faire subir des exigences qu’elle élevait contre toute espèce de droit, ce traité pourrait paraître incroyable, s’il n’eût contenu une clause secrète qui en donnait l’explication. Par cette clause, le nabab s’engageait à livrer aux Anglais la dépouille de sa mère et de sa grand’mère. Cette impiété n'était point dans le caractère d’Asoff-al- Doulah. Elle lui était violemment arrachée par la main de la nécessité dont Warren Hastings s’était servi contre lui impitoyablement. Aussi quand il en fallut venir à l’exécution de ce pacte infâme et parricide , il montra assez quelle était son aversion pour un crime aussi inique qu’il était tâche. Ceux qui l’avaient conçu et à qui il devait profiter furent condamnés à en assumer tout l’odieux. Bien qu’il donnât pour prétexte à cette mesure un prétendu appui que les princesses avaient prêté à l’insurrection de Bénarès, crime dont on ne trouva point de traces, et qui d’ailleurs n’intéressait que les Anglais , Warren Hastings avait espéré que l’instigation anglaise pourrait rester cachée et que le nabab seul se mettrait en vue. Dans cette intention il avait violé les ordres formels de la cour des directeurs pour attacher aux pas du nabab un résident, que l’opposition avait déjà rappelé une fois comme dévoué au gouverneur, et que la cour des directeurs avait aussi exclu, en confirmant d’une manière expresse le successeur que l’opposition lui avait donné. Malgré totftes les obsessions dont M. Middleton circonvint le nabab irrité , malgré les commencements de demi-mesures qu’il vint à bout de lui arracher , il fallut enfin que la main qui conduisait cette machine se démas-
quât et parût seule au grand jour.
Déjà le résident s’était mis à découvert en entraînant le nabab à Fyzabad, où les princesses avaient leur demeure; mais les victimes ayant refusé de se soumettre , les derniers scrupules furent levés, et l’hypocrisie fit enfin place à la violence. Un détachement anglais se présenta devant Fyzabad avec ordre de l’emporter d’assaut ; il y entra sans coup férir. Les palais furent cernés , occupés. On y trouva deux vieillards, eunuques et hommes de confiance des princesses; et pour réduire celles-ci à livrer leurs trésors, on mit les deux vieillards en prison et on leur appliqua la torture. Cet expédient réussit tout d’abord à faire paver l’arriéré de la première année, 1779-80 ; on prit l’argent et l’on ne rendit pas les eunuques. Sur l’arriéré de 1780-81, la begum mère fut pressée de vouloir bien encore s’exécuter. Elle répondit qu’elle avait livré tout son argent et tout ce qu’elle possédait de plus précieux. Cependant elle offrit encore des joyaux et autres objets de prix. Les Anglais refusèreut dédaigneusement cette bagatelle , et retournant aux eunuques, ils les soumirent au supplice de la faim. Ceux-ci offrirent alors de payer de leurs deniers la 'somme deman’déeaux princesses, et donnèrent des billets à un mois de date qui furent acceptés. Les princesses de leur côté livrèrent tout ce qui leur restait en bijoux , en meubles , et même en ustensiles ()e table. En quelques semaines 12,500,000 francs étaient ainsi entrés dans les coffres de la présidence. Mais le nabab restait encore débiteur d’une somme de 25,000 livres sterling, suivant les eunuques, du double , au dire du résident. Pour solder cette somme, les prisonniers demandèrent leur relâchement, assurant qu’il leur serait impossible de la réaliser si on rie leur laissait la liberté. L’officier chargé de les garder joignit ses instances aux leurs; le résident, déjà tancé par Warren Hastings pour trop de mollesse, fut inflexible; il ordonna même contre eux un redouble ment de rfgueurs , et poussa la déri-
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sion jusqu’à les menacer de les faire amener à Lucknow , où on leur ferait leur procès pour d'autres crimes. Ils furent en effet amenés à Lucknow, où l’on recommença contre eux l'épreuve des châtiments corporels , c’est-à-dire de la torture. Les femmes de la suite des princesses, qu’on avait jusqu’alors respectées, furent aussi éprouvées par la faim. Il en alla ainsi jusqu’au mois de décembre ( l’arrestation des eunuques datait du mois de janvier 1782); alors seulement on mit trêve à des supplices devenus manifestement inutiles; eunuques et princesses furent rendus à la liberté. Hastings voulut que cet ordre émanât de lui en personne. Les ordres de sévir avaient toujours été donnés au nom du nabab. Jamais, chez aucun peuple, bandits de profession ne se sont joués plus impudemment de toute justice , de toute humanité , de toute pudeur. Cet épisode revint d’une manière écrasante dans le procès de Hastings.
Pendant le voyage qu’il fit dans les provinces supérieures, le gouverneur général reçut de Scindiah des propositions qui/grâce aux grandes concessions que firent les Anglais et à l’épuisement des deux partis, aboutirent à une paix générale avec les Mahrattes. Les Anglais abandonnaient toutes leurs conquêtes , le Guzerat , Salsette , Bassein , le territoire de Gohud , Broach ; les Mahrattes en échange promettaient de contraindre Haïder à rendre toutes les places qu’il avait prises pendant la dernière guerre, et de ne permettre à aucune nation européenne d'élever ou de conserver des comptoirs sur leurs terres. Toutefois ils mettaient pour condition à leur intervention contre Haïder, que les Anglais ne lui feraient plus la guerre, hors le cas de légitime défense. Ce traité, tout onéreux qu’il fût , permettait du moins aux forces britanniques dans l’Inde de faire tête au nou-’ vel ennemi qui reparaissait dans la lice, je veux dire la France.
Au commencement de l’année 1781, une flotte française sortit du port de Brest sous le commandement uu bailli
de Suffren. Elle portait dans l’Inde des troupes de débarquement et escortait un convoi. Vers le même temps , l’Angleterre, en guerre aussi avec la Hollande, dirigeait une expédition contre le cap de Bonne-Espérance. Les deux flottes se rencontrèrent aux îles du cap Vert dans la baie de Praya.
Attaqués à l’improviste par les Français qu’ils n’attendaient pas, les Anglais, quoique plus forts en nombre, perdirent un de leurs bâtiments.
L’avantage néanmoins resta indécis , car les deux flottes étaient tellement maltraitées qu’elles se séparèrent comme d’elles - mêmes , l’une se retirant et l’autre ne pouvant la oursuivre. Quant aux résultats de la ataille, ils furent tout à l’avantage des Français, qui mirent l’escadre anglaise hors d’état de remplir le but principal de son expédition, et sauvèrent le Cap, où iis arrivèrent avant l’ennemi. Lorsque Suffren, dont l’escadre avait fait sa jonction avec celle de l’amiral d’Orves, atteignit la côte de Coromandel, Haïder était redevenu plus menaçant que jamais dans le Carnatique. L’amiral se porta d’abord sur Madras qu’il espérait surprendre; mais il y trouva neuf vaisseaux anglais, et ne voulant pas les attaquer dans cette position, les attira jusqu’auprès de Pondichéry, où il engagea un combat promptement interrompu par le mauvais temps. De là Suffren se rendit à Porto Novo où l’attendaient deux envoyés mysoriens qui traitèrent avec lui au nom de leur maître, et auxquels il remit 2000 hommes qu’il débarqua. Tippou qui , grâce à M. de Lally , venait de remporter sur le colonel Brathwait un avantage considérable et très-disputé, se mit aussitôt à la tête de ce renfort. De son côte, l'amiral Hughes amenant aussi un corps de débarquement , Suffren manœuvra pendant trois jours pour le forcer à accepter Ig bataille, et l’ayant enfin acculé a la côte, lui livra le combatte plus sanglant et le plus acharné dont lassent mention, les fastes maritimes de l’Inde. Chacune des deux Hottes en resta si endommagée, que
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pendant sept jours elles demeurèrent en vue l’une de l’autre sans pouvoir rien entreprendre. Cependant Tippou se rendait maître de Caddalore, Haïder prenait Carangoly, et battait l’armée anglaise qui voulait lui prendre Arnec où il avait ses approvisionnements et ses trésors. La situation de la présidence devenait critique. Pour comble d’embarfas, l’amiral Hughes, qui venait coup sur coup de perdre une grande bataille à Trincomaly et de livrer un autre combat sanglant , déclara qu’il avait résolu de quitter la côte de Coromandel et de gagner le port de Bombay pour y passer le temps de la mousson (octobre 1782). Ni le danger de Madras exposé à manquer de vivres si la flotte française interceptait les convois , ni le danger de Negapatam que Suffren se disposait à assiéger, ne purent fléchir la résolution de sir Hughes. Le lendemain du jour où il avait mis à la voile , une affreuse tempête qui coula toutes les barques ou les brisa sur la côte, détruisit ainsi 30,000 sacs de riz destinés à l’approvisionnement de la ville , et Madras se trouva daas la situation qu’elle avait appréhendée. La famine y exerça bientôtde tels ravages, que les vivants ne pouvaient suffire à enterrer les morts. L’air vicié par les exhalaisons de cette multitude de cadavres s’empesta. Pendant cinq semaines il mourait jusqu’à 250 personnes par jour. Heureusement pour la ville , le bruit de sa détresse ne parvint pas jusqu’à l’ennemi ; plus heureusement encore Haïder Ali mourut d’un cancer dans le dos, à l’âge de quatrevingts ans.
Pour empêcher l’armée de se débander, les chefs eurent grand soin de cacher cet événement jusqu’à l’arrivée de Tippou, alors retenu dans le Malabar, où il obtenait contre le colonel Humberstone Mackensie des avantages auxquels vint mettre un terme la nouvelle de la mort de son père. Le général sir Eyre Coote, plusieurs fois frappé d’apopiexie, avait alors quitté le Carnatique et laissé le commandement au général Stuart. Celui-ci n’héritait 32' Livraison. (Inde.)
point des pouvoirs extraordinaires qui avaient été confiés à son prédécesseur et qui avaient amené plus d’un conflit entre lui et le conseil de Madras.
L’esprit d’empiétement et les jalousies de pouvoir subsistèrent néanmoins au grand détriment de la cause commune. Le conseil aurait voulu profiter du premier moment de trouble causé par la mort du vieil et puissant Haïder. Mais le générai Stuart , comme officier du roi , prétendait établir sa parfaite indépendance des ordres delà Compagnie, et se constituait seul juge de ce qu’il avait à faire ; le temps s'écoula ainsi en contestations.
L’occasion était cependant favorable pour agir, car les événements du Malabar avaient promptement obligé Tippou à quitter le Carnatique, d ’où il était reparti avec tant de précipitation que, ne pouvant assurer suffisamment la place d’Arcot, il en avait fait sauter les fortifications. Le colonel Humberstone contre lequel il retournait, avait vigoureusement profité du répit qui lui était laissé pour relever ses affaires.
Ayant reçu du renfort de Bombay, il s’était emparé d’Onore, d’Husseingurrv-Ghaut, place fort importante dans" ces montagnes, et enfin de Bednore, capitale du Canara. On avait trouvé dans cette place un trésor de 81 lacs de pagodes (20.025,000 fr.).
Ananpore pris d’assaut avait été abandonné aux soldats, ainsi qu’un sérail contenant 400 femmes qui appartenaient à Tippou. Ses enfants n’avaient u s’échapper qu’a l’aide de quelques ateliers qui leur firent traverser la rivière et parvinrent à les mettre en sûreté dans la forteresse de Mangalore. Un différend survenu entre l’armée et M. Matthews, qui en avait pris le commandement après avoir amené le renfort de Bombay, suspendit les opérations. L’armée prétendait être payée de son arriéré sur le trésor de 81 lacs de pagodes. Le général Matthews préférait , à ce qu’il paraît , n’en rendre compte qu’à lui-même. Plusieurs officiers supérieurs, dont étaient M. Humberstone et Mac Leod, partirent aussitôt pour Bombay. Matthews fut
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destitué, Mac Leod nommé à sa place.
Mais comme il s’en revenait par mer avecses compagnons, ils furent attaqués par cinq vaisseaux mahrattes qui ignoraient encore la paix conclue entre leur pays et les Anglais. Plutôt que d’entrer en explication , Mac Leod préféra se frayer un passage à coups' de canon. Dans le combat il fut blessé, le major Shaxv tué, et le colonel Humberstone aussi blessé mortellement.
Tous les matelots furent tués ou faits prisonniers.
Cependant Tippou reparaissant à l’improviste dans l'ouest, avait repris en passant Bednore, et était venu mettre le siège devant Mangalore (mai 1783). Ce siège, auquel il s’obstina, dura vingt mois, et le sultan y perdit la moitié de son armée, mais il réduisit enfin la garnison anglaise à capituler. Pendant ce temps, les Français et les Anglais se disputaient le Carnatique. Bussy, qui avait reparu sur le théâtre de ses exploits, retrouvait sa vigueur première pour faire essuver aux Anglais devant Caddalore, oit il s’était enfermé, un sanglant échec, qui leur coûtait plus de 900 hommes et 62 officiers. Suffren ne laissait pas de trêve à l'amiral Hughes, et semblait ne vouloir point lui permettre de respirer entre deux combats. Sur ces entrefaites, la nouvelle de la paix conclue en Europe arriva dans l’Inde et amena une suspension d’armes.
Bussy consentit même à servir d’intermédiaire auprès de Tippou. Celuici n’était pas opposé à une paix qui aurait pour base la restitution des conquêtes réciproques. En attendant, la présidence se mit en mesure d’agir vigoureusement ; elle commença par destituer le général Stuart, qui avait contrarié toutes les expéditions, même celles qu’il commandait. Comme il ne voulait point déposer son autorité , on le fit arrêter, et il futembarqué de vive force pour l’Angleterre. Le colonel Fullarton prit le commandement, dirigea dans le midi une expédition que le cours des négociations venait tantôt presser et tantôt interrompre ; il prit cependant Coïmbatour etPalacatchéry.
Il marchait sur Seringapatam et s’en serait probablement emparé, lorsque de nouvelles instructions vinrent encore arrêter sa marche , souvent contrariée de cette manière. Enfin Tippou Sahib voulut bien accorder la paix aux Anglais, et elle fut conclue par un traité du 11 mars 1784, sur la base d’une restitution réciproque. Cette
ftaix marque un temps d’arrêt dans 'essor de la suprématie anglaise sur le continent de l’Inde. Pour la première fois lesAnglais, après une longue lutte contre un ennemi puissant, consentaient à traiter non en vainqueurs, mais en égaux. Pour eux et dans ce moment c’était une défaite. Aussi le traité fut-il improuvé par Hastings.