‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 27 sur 38 · HASTINGS REMPLACE , SON PROCÈS · texte numérisé non relu

HASTINGS REMPLACE , SON PROCÈS

Nous avons vu le développement de la puissance anglaise entravé dans sa première période par le manque d’argent. A vrai dire cet embarras ne la quitte jamais. Cependant à mesure que la conquête s’étend et s’affermit, les ressources se multiplient et, dans le Bengale surtout, se tiennent à peu près au niveau des besoins. Cette présidence est même assez riche pour subvenir aux nécessités des deux autres , en s’épuisant elle-même , à la vérité. Mais une fois maîtresse du terrain , la domination sent le besoin Aie s’y organiser , et des premiers tâtonnements d’une organisation qui s’ébauche, des frottements d’une foule de pouvoirs nouveaux et encore mal définis , jaillit une source d’embarras nouveaux : ce sont les conflits. Les conflits sont le vice capital de la période que nous venons de parcourir.

Nous en avons vu entre les membres d’un même conseil , entre les conseils des différentes présidences , entre la Compagnie et les commissaires royaux, enta les officiers civils et les officiers militaires de la Compagnie. Chacun s’étudie à défaire ce que d’autres ont fait, lorsqu’il n'est point parvenu à les empêcher de faire. Plus d’une fois

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l’autorité est annulée et prête à s’abîmer complètement dans l’anarchie la plus profonde. Mais ce que l'on n’avait point vu encore, au moins dans l’Inde, C’était le pouvoir judiciaire voulant empiéter sur l’action du gouvernement. Le même acte du parlement qui avait institué à Calcutta un gouverneur général et un chef suprême, avait aussi établi dans cette même ville une cour suprême de justice. Cette cour, qui n’avait à juger que les contestations des particuliers entre eux, fut amenée par la nature même de ces contestations à s’immiscer dans l’organisation administrative qui leur donnait naissance, et à y introduire par cela seul un abus nouveau. C’était déjà un abus énorme que l’application littérale des procédures anglaises à un pays où elles heurtaient toutes les coutumes , souvent même les mœurs et les croyances. Le conseil suprême qui s'était d’abord constitué juge en dernier ressort de toutes les contestations relatives au revenu, fonction qn’il ne trouva jamais le temps de remplir, eut l’imprudence de s’en débarrasser en l’ajoutant aux attributions de la cour de justice. Il n’en fallut pas davantage pour semer la désorganisation dans le pays, et presque pour tarirles sources du revenu. En effet, lorsqu’une affaire relative à cette matière arrivait jusqu’à la cour de justice, le zemindar était mandé à Calcutta, quelque éloignée que fût sa résidence. C’était souvent un voyage de plusieurs centaines de lieues. Pendant son absence, l’impôt ne se percevait pas : source de ruine pour lui et pour l’État. De plus, au terme de ce voyage très-onereux et quelquefois ruineux, le zemindar était tenu de fournir caution. S’il ne le pouvait dans cette ville où il n’était connu de personne , on le mettait en prison, chose infamante aux yeux des Indous. Alors la dégradation qu’il avait subie , suivant les idées du pays , paralysait dans ses mains les pôuvffirs dont il était revêtu, et eût-il gagné son procès, il retournait chez lui inhabile à exercer aucune autorité. Or comme, d’après des traditions séculai-

res et d’après les lois même établies par les Anglais , la dignité du zemindar était héréditaire, on avait alors un fonctionnaire que l’on ne pouvait remplacer et qui ne pouvait remplir ses fonctions. L’impôt continuait a ne pas rentrer. La juridiction de la cour suprême impliquait en bien d’autres cas contradiction avec le milieu sur lequel elle avait à agir. Hastings finit par essayer d’y remédier en la restreignant et en décidant qu’elle ne s’appliquerait aux indigènes que lorsqu’ils l'auraient voulu expressément. Mais les juges qui étaient nommés par le roi , dont les pouvoirs émanaient directement du roi , regardaient comme inférieurs aux leurs les pouvoirs du gouverneur général qui n’était qu’un officier de fa Compagnie. De la un conflit. Les choses s’animèrent à ce point que Hastings fit arrêter par les troupes un détachement de 60 hommes que le shériff avait employés à fouiller la maison d’un rajah mandé par la cour et refusant de comparaître. Pour remplir sa mission à la lettre, comme en Angleterre , ce détachement avait donné le scandale inouï de violer le zenanah ou appartement des femmes.

De son côté , la cour fit arrêter l’attorney de la Compagnie et les officiers qui iüi avaient prêté main-forte contre le détachement du shériff, et un procès criminel fut commencé. Dans ce conflit contre une autorité qui représentait l’autorité royale, Warren Hastings et ceux qui résistaient comme lui , avaient continuellement susendue sur la tête une accusation de aute trahison. Il ne fléchit pas néanmoins , et cité devant la cour ainsi que les autres membres du conseil , il signa conjointement avec eux une déclaration portant que les actes au sujet desquels on les poursuivait avaient été accomplis par eux en leur qualité de corps gouvernant, et qu’ils ne reconnaissaient point l’autorité de la cour sur les actes de cette nature. Déjà ils avaient été réduits à évincer les prétentions de la cour qui , sous prétexte d’information , exigeait communication du registre des délibéra-

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tions du conseil , et la cour, sur un refus si naturel et si légitime, avait eu l’incroyable témérité de commencer des poursuites. Tout s’arrangea néanmoins moyennant un salaire considérable que Hastings attacha aux fonctions de membre de la cour d’appel du revenu , dont le conseil s’était déchargé sur la cour suprême. Il avait eu le soin de stipuler que le président de la cour suprême ne jouirait de ce nouveau traitement que sous le bon plaisir du gouverneur général ; ce qui fit de sir Elijah Impey, naguère si récalcitrant, un homme tout à fait à sa discrétion.

Cet arrangement fut sévèrement blâmé en Angleterre, ainsi que la conduite de Hastings avec Cheyte Singh et avec les begums. La cour des directeurs déclara même sur ce dernier point que les pièces qu’on lui avait envoyées n’établissaient nullement la connivence des begums avec la révolte de Bénarès, et ordonna une enquête.

Hastings, qui avait alors la majorité dans le conseil de Calcutta, sut écarter cette injonction par un vote de non lieu. Cependant, écrasé par tant de blâmes non immérités , il entreprit l’œuvre difficile de son apologie dans une lettre qu’il terminait par l’offre de sa démission. Vers le même temps, le renouvellement de la charte de la Compagnie avait amené devant la chambre des communes la discussion des affaires de l’Inde. Là Hastings fut blâmé plus sévèrement encore.

Le 30 mai 1783, une motion fut adoptée qui portait que « Warren Hastings, gouverneur général, et William Hornby, président du conscilde Bombay , ayant à plusieurs reprises agi d’une manière répugnante à l’honneur et à la politiquedela nation, et par là donné naissance à de grands malheurs dans l’Inde, à d’énormes dépenses pour la Compagnie des Indes , il est du devoir des directeurs de ladite Compagnie de provoquer par tous les moyens légaux a leur disposition , l’éloignement desdits gouverneur général et président de leurs oflices respectifs et leur rappel en Angleterre. » En conséquence, la cour des directeurs

formula une autre déclaration dont la conclusion était : « La cour pense qu’il est expédient d’éloigner Warren Hastings de la présidence du Bengale. » Mais une assemblée des propriétaires s’étant prononcée contre cette mesure, la cour annula sa résolution. Néanmoins, en raison des dispositions qu’il avait manifestées et de celles que manifestait l’opinion publique , Hastings eût sans doute résigné ses pouvoirs , s’il n’edt eu à cœur de ne point laisser derrière lui les ruines et le désordre qu’il avait semés dans les provinces d’Oude et de Bénarès.

C’étaient de terribles accusateurs qu’il était bon de supprimer pendant qu’il le pouvait encore. En conséquence, il se remit en route pour Lucknow.

L’aveu des misères qui assaillirent ses yeux dans cette province de Bénarès, autrefois si riche et si florissante sous le gouvernement paternel de son ra jah, lui échappe involontairement ; l’impôt que lui-même avait établi était trop lourd , et en fuyant leurs terres qui restaient en friche, les populations, si elles emportaient leur misère, échappaient du moins aux vexations qui l’eussent inutilement pressurée. Warren Hastings, au lieu de s’accuser luimême, ne songea, devant ce spectacle, qu’à accuser les agents de l’administration qu’il avait substituée à celle du rajah. Par un nouveau traité qu’il lit avec le nabab d’Oude , il consentit a lui retirer le reste de troupes anglaises dont le dernier arrangement avait maintenu l’entretien à sa charge. Il rendit aux deux begums les jaghires qui leur avaient été enlevés et dont la courdes directeurs avait formellement ordonné la restitution. Les dedx femmes eurent la bonté de s’en montrer extrêmement reconnaissantes : elles y perdaient pourtant encore les millions d’argent comptant ou d’objets de prix qu’on leur avait extorques. Pendant ce voyage, Hastings reçut à Lucknow la visite de Mirza Jehander Shah , fils de l’empereur, et lui lit l’accueil le plus honorable. L’empereur venait de perdre son ministre Nudjif Khan, et avec lui les derniers vestiges de son auto-

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rité. Le faible Shah 'Allam , disputé comme une proie par des chefs ambitieux qui voulaient abriter leurs usurpations derrière le fantôme impérial , n'était plus dans leurs mains qu’un prisonnier. Son ministre Ghalam Khadur avait voulu le contraindre à la guerre contre Scindiah, qui alors s’était approché de Delhi. L’empereur s’était laissé faire, sa faiblesse ne lui permettant pas de résister; mais une lettre de lui à Scindiah fut interceptée par le ministre. Elle contenait l’expression de ses regrets. Furieux à cette découverte, Ghalam Khadur s’empare de l’empereur, et lui fait crever les yeux. Scindiah, ayant fait poursuivre le ministre, lui lit aussi crever les yeux, couper les mains, les pieds, le nez et les oreilles. Cet incident le rendit à son tour maître de l’empereur, à qui il donna le fort de Delhi pour résidence. Ce que le fils de ce malheureux prince venait demander aux Anglais n'était pas même un appui politique pour le recouvrement de son indépendance , c’était de l’argent , c’était de quoi vivre. L’empereur n'avait touché l’année précédente qu’un lac et demi de roupies (375,000 fr.) pour son entretien et celui de sa maison. Le gouverneur voulut bien lui en assurer quatre pour l’avenir. D’ailleurs, pour conjurer les projets ambitieux que pouvait nourrir Scindiah, le chef puissant des Mahrattes, il conseilla à l’empereur de s’allier avec lui et de s’en faire un appui avant qu’il eût le temps de devenir un ennemi. Mais Scindiah dans le même temps envoya à Iiastings un agent confidentiel qui eut avec lui des conférences tellement secrètes, que le secrétaire même du gouverneur n’y fut point admis. Le résultat de ces conférences fut que Hastings, qui avait paru d’abord favorable au maintien des derniers restes de puissance dont jouissait l’empereur, parut encourager Scindiah à s’emparer de sa personne.

L’empereur n’avait même plus besoin du conseil que lui avait donné le gouverneur général , pour se livrer au Mahratte, qui bientôt après prit possession d’Agra et de tous les forts

de la province. Les Seikbs profitèrent de ce dernier coup porté à une puissance jsuinée , pour se ruer sur le pays des Rohillas. L’empire mogol était effacé, même de la carte. Toutefois, comme la personne de l’empereur existait encore, Scindiah s’en servit pour exercer en son nom tous ses droits , même contre les Anglais qui lui devaient un arriéré. D’autres manifestations peu amicales, comme, par exemple, l'accueil empressé qu’il affecta de faire à Cheyte Singh , le rajah dépossédé de Bénarès , faillirent mettre du trouble dans ses relations avec le gouvernement de Calcutta. Un peu ravisé, celui-ci empêcha le fils de l’empereur de répondre aux propositions que lui faisait Scindiah pour l’attirer auprès de lui , et le déroba ainsi à la domination que subissait son père.

En quittant I.ucknow, Hastings revint à Bénarès et de là à Calcutta. Les fruits de son voyage marquèrent un premier pas de retour sur le système suivi jusqu’alors dans la politique de l’Inde. A force d’affaiblir les chefs des États indigènes pour en faire des instruments dociles, les Anglais en avaient fait des instruments inertes , et qui , bien loin de leur être utiles , retombaient sur eux de tout le poids de la faiblesse qu’ils leur avaient donnée.

Les violences auxquelles Hastings avait été réduit pour tirer quelque argent du nabab d’Oude, démontraient assez uels impuissants alliés on s’était faits e ces souverains , dont on n’avait voulu faire d’abord que d’impuissants ennemis. Trop assuré qu’ils ne pouvaient plus nuire, si ce n'est par cette impuissance même, Hastings sentitqu’il fallait leur rendre quelque liberté pour leur permettre de relever leur pouvoir et de rendre du nerf à leur administration. Les violences qu’il avait exercées ne tenaient point à son caractère, mais à la violence de la situation elle-même. Aussitôt qu’il le put, il s’appliqua à les réparer , et "tout ce qu’il fit durant ce voyage porta l’empreinte de cette résolution. Ce voyage accompli , il ne songea plus qu’à son retour en Angleterre. Le l,r février 1785,

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M. Macpherson fut reconnu comme son successeur; le conseil décida toutefois que l’installation du nouveau gouverneur n’aurait lieu que la jour ou le vaisseau qui emportait Hastings aurait rois à la voile ; marque de considération qui était certainement due à ses grands services.

Peu de temps après, M. Macartney, président de Madras , fut aussi rappelé. Avant de retourner en Angleterre, il voulut voir Calcutta , et s’y trouva pris par une maladie qui dura assez pour qu’il eût le temps de recevoir à Calcutta même sa nomination de gouverneur général. L’enquête qui se poursuivait au parlement sur les affaires de l’Inde, avait fait passer sous les yeux des commissaires tous les papiers relatifs à l’administration de M. Macartney, et leur avait inspiré une si haute estime pour les qualités qu’il y avait déployées, que l’un d’eux en avait parlé à M. Pitt comme du seul homme qui convint à ces hautes fonctions. Sur la recommandation du ministre, la cour des directeurs , qui l’avait sans doute trouvé insuffisant dans ses fonctions de président de Madras, le promut au gouvernement suprême de l’Inde.

M. Macartney ne refusa point; mais ce qui venait de se passer lui fit sentir la nécessité de s’entendre avec les gens qui , à si peu d’intervalle, voulaient et ne voulaient pas de lui. Avant de prendre possession du pouvoir , il partit pour Londres. Là il exposa ses vues, ses plans , qui furent approuvés par M. Pitt; il demandait surtout une extension de pouvoirs et une prépondérance plus assurée pour le gouverneur général. On en tomba facilement d’accord avec lui. Mais comme il donnait à entendre au mihistre que le lustre d’une haute dignité occupée dans la 1 mère patrie concourrait à assurer cette prépondérance , M. Pitt estimant que la pairie devait être la récompense des services rendus , et non un stimulant pour les services à rendre , trouva cette demande prématurée, et, dégoûté par là de M. Macartney, fit nommer lord Cornwallis.

Le parlement cependant avait consa-

cré plus d’une session à la tâche dans laquelle il s’était engagé, tâche qui devait user plusieurs ministères et plusieurs générations parlementaires , et dont presque aucun de ceux qui l’avaient commencée ne devait sceller de son vote la conclusion. Déjà plusieurs bills avaient été proposés , discutés , acceptés, repoussés; déjà ces formidables questions de l’Inde avaient hâté la chute du ministère chancelant de lord North, renversé tout d’abord le ministère de Fox et acculé celui de Pitt qui lui succédait, à l'alternative d’une dissolution de la chambre des communes ou d’une démission. Quatre ans s’étaient perdus dans ces luttes qui n’avaient amené aucun résultat définitif. Enfin un nouveau parlement fut élu, et le 19 mai 1784 il entra en séance. Après bien des théories mises en avant, on en était revenu à modifier seulement ce qui était. Pitt présenta un nouveau bill, presque en tout point conforme au dernier bill en vigueur. Seulement il ouvrait une porte plus grande à l’action du pouvoir royal par la nomination de six commissaires des affaires de l’Inde, qui approuvaient ou improuvnient toutes les mesures de la cour des directeurs , et par le droit de rappeler le gouverneur général , et même de le nommer, si, dans un délai de deux mois , la cour des directeurs n’avait pourvu au remplacement du gouverneur rappelé. Plus tard , le pouvoir du gouverneur général fut aussi étendu à ce point , qu’on l’autorisa à agir dans certains cas, et sous sa responsabilité, sans l’assistance du conseil. La même latitude était donnée aux gouverneurs des deux présidences inférieures. La première partie du bill avait été votée en 1784, l’autre ne le fut qu’en 1786. Dans l’intervalle, Warren Hastings était arrivé en Angleterre ( 20 juin 1785 ). Remercié à son arrivée par la cour des directeurs , il fut, au contraire, salué dans le parlement par une motion hostile de Burke, qui fut, à la session suivante, convertie en un acte d’accusation. Ainsi commença ce grand et à jamais célèbre procès ; procès dont les fastes criminels

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d’aucune nation ne fourniraient probablement un autre exemple, et pendant lequel l’accusé occupa neuf ans la sellette, vit se renouveler deux législatures, mourir soixante de ses juges ( la chambre des lords), et fut, en quelque sorte , absous par les (ils de ceux devant qui on l’avait traduit comme coupable. L’arrêt fut rendu au mois d’avril 1795. Peu de jours après, le 9 mai, une assemblée générale des propriétaires décida qu’une indemnité serait offerte par la Compagnie à Hastings , pour les dépenses que ce procès lui avait occasionnées; qu'une indemnité de 5,000 livres lui serait allouée à lui et à ses héritiers, pendant toute la durée du monopole de la Compagnie, à raison des services qu’il avait rendus. Le ministère, tout en approuvant l’esprit qui avait dicté ces mesures , éleva quelques objections sur le droit qu’avait la Compagnie d’engager l’avenir. Après quelques pourparlers, on convint qu’une annuité de 4,000 livres serait allouée à Hastings pendant vingthuit ans et demi , à partir du 23 juin 1785; que la Compagnie lui ferait un prêt de 50,000 livres sans intérêt , et pour dix-huit ans, afin de l’aider à sortir des embarras où l’avaient jeté les- dépenses de son procès. Ainsi finit cet épisode de l'histoire des possessions anglaises de l’Inde. Le procès avait duré neuf ans; mais à partir de la session où le débat avait commencé et où la discussion des faits avait amené le rappel de Hastings, il s’en était écoulé quinze. Ainsi, a proprement parler , cet homme dont la rare fermete avait, au prix de quelques écarts , sauvé la puissance anglaise d’une dissolution imminente et fondé sa stabilité au milieu de l’anarchie, tint pendant quinze ans les deux branches du parlement anglais occupées autour de sa responsabilité politique ou judiciaire. Cela seul indique combien avait été grande l’action de Hastings, et combien son pays avait eu besoin en effet d’un homme de cette force. C'est là ce qui peut, sinon l’absoudre, du moins l’excuser un peu sur les monstrueux abus qu'il en a faits. De cette longue et

terrible épreuve d’un procès qui menaçait son honneur, sa fortune, sa liberté et même sa vie, Hastings sortit pour entrer avec calme dans une vie simple et retirée ; Burke, son accusateur , qui pendant quinze ans avait monté chaque jour à l’assaut de cette grande renommée , Burke qui n’avait engagé dans cette épreuve que son orueil , ou si l’on veut son patriotisme e tribun , en sortit presque fou.

L’idée de Hastings absous, triomphant, et de ces quinze années d’un travail obstiné qui tournait à la confusion de son auteur, devint pour lui une obsession cruelle, insupportable.

Son cerveau échauffé lui forgeait à côté du triomphe réel un triomphe imaginaire ; il voyait Hastings élevé à la pairie, et cette image le poussait aux transports d'une rage inexprimable. La chambre des lords avait dès le commencement témoigné à l’accusé nonseulement une haute impartialité, mais on peut dire un peu de faveur. La chambre des communes , deux fois renouvelée depuis le bill d’accusation , finit elle-même, de guerre lasse, et pour en terminer, par abandonner quelquesuns des chefs dont le bill avait formulé la nomenclature. Au reste, dans le procès, tout le monde eut le temps de changer et de se démentir : M. Pitt , la chambre des communes et l’opinion publique elle-même. Burke seul et la chambre des lords se montrèrent immuables, l’un dans l’animosité d’une conviction passionnée, l’autre dans son froid et imperturbable respect pour les privilèges de ia défense.

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