‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 28 sur 38 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

NOUVELLE ORGANISATION FINAN- CIÈRE ET JUDICIAIRE; GUERRE AVEC TIPPOU.

Les premiers soins de Cornwallis, aussitôt qu’il eut pris possession du pouvoir, lurent appliqués à la solution de l’éternelle question du revenu et de la justice. 11 apportait dans les plans qu'il avait conçus à cet égard une vue nouvelle, mais" tout européenne. Nous

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avons vu que la propriété était en principe, non moins que le droit de rendre justice, un attribut de la souveraineté dans l’empire mogol ; nous avons vu aussi que , de délégation en délégation, l’exercice de ces prérogatives souveraines arrivait entre les mains d’une classe de fonctionnaires nommés zemindars. Ces fonctionnaires , d’abord révocables , avaient fini par se rendre inamovibles et héréditaires, si bien que, moyennant le tribut qu’ils payaient à l'empereur , iis pouvaient passer aux yeux d’un Européen pour les seigneurs véritables d’un territoire dont ils n’étaient d’abord que les administrateurs. Partant de cette idée, lord Cornwallis, dominé par son éducation anglaise, crut trouver dans les zemindars les éléments d’un corps aristocratique, sur lequel s’appuierait la domination britannique. L'empire était démembré, l’empereur n’existait plus, au moins comme puissance. Par ce seul fait, la propriété n’appartenait plus en droit à personne. Lord Cornwallis, revenant sur une idée autrefois émise dans le conseil de Calcutta par M- Francis, fit déeider que la propriété du sol serait dévolue en droit à ceux qui l’exerçaient en fait, aux zeinindars. Par une conséquence naturelle , on laissa h ceux-ci la faculté de prendre pour leurs terres tous les arrangements qui leur conviendraient avec les ryots ou cultivateurs. Seulement on stipula en faveur de ceux-ci que, une fois leurs arrangements fixés, ils recevraient du zemindar un pottach ou contrat , qui en mentionnerait la teneur, et que ce pottach, auquel il ne pourrait être dérogé, formerait entre les mains du ryot un titre qui le mettrait à l’abri de toute autre réquisition ou vexation de la part du zemindar.

La durée de ce système fut d’abord fixée à dix ans. Mais dans l’intérét de l’agriculture et pour encourager les grands travaux dont elle avait besoin, lord Cornwallis avait hâte de le faire déclarer perpétuel, et malgré quelque opposition dans le conseil , ii y réussit , grâce à l’appui de la cour des directeurs qu'il avait su faire entrer dans

ses idées. Le sel , objet de tant de règlements contradictoires, avait fini par ctre mis en régie sous Warren Hastings. Lord Cornwallis conserva ce régime; seulement, au lieu d’établir chaque année un prix uniforme, il le fit vendre , comme l’opium , aux enchères.

Quant à la justice , lord Cornwallis l’enleva définitivement aux zemindars, qui , en dépit de tous les règlements antérieurs, en avaient toujours retenu:

une partie. Il établit au civil trois degrés de juridiction : les zillahs , ou tribunaux de district-, les cours provinciales, tribunaux d’appel , au nombre de sept; et enfin une cour suprême nommée , comme sous Warren Hastings , sudder-dewany-adauiut. Il y avait même une sorte de juridiction inférieure pour les affaires dont la valeur litigieuse ne s’élevait pas au delà de 200 roupies , et ne descendait pas au-dessous de 50. Le juge du zillah les renvoyait à son greffier , pour les jugements duquel Te zillah devenait tribunal d’appel. Quant aux affaires dont le principal ne dépassait pas 50 roupies , elles étaient jugées par arbitres indigènes, et ressortissaient aussi en appel au zillah. Ce tribunal était composé d’un juge, employé de la Compagnie, de son greffier, et d'assesseurs aussi employés de la Compagnie. On leur adjoignait un indigène, pour les éclairer sur les us et coutumes des localités. Leur compétence ne s’étendait qu’aux indigènes. Les sept cours provinciales étaient composées chacune de trois juges , de deux greffiers et d’assesseurs, tous pris parmi les employés civils de la Compagnie ; trois interprètes , un cadi et un pundit (docteur) complétaient le tribunal. Le cadi représentait la tradition musulmane, et le pundit la tradition brahmanique.

Enfin, le sudder-dewany-adauiut siégeait au siège du gouvernement, et était composé du gouverneur général assisté d’autant de conseillers qu’il en voulait appeler, du chef des cadis et de deux autres cadis , de dix pundits et d'un greffier. Cette cour était cour d'appel pour les jugements des cours

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provinciales , mais seulement dans les

procès dont l'importancedépassait 1000 roupies, suivant la première institution, et 50,000, suivant une modification qu’on jugea bientôt nécessaire.

Pour la justice criminelle, lord Cornwallis établit aussi trois degrés : les magistrats , les cours de circuit et le nizamut-adaulut. Les magistrats jugeaient les simples délits. Les cours de circuit se déplaçaient à certaines époues, et allaient juger comme cours 'assises les crimes commis dans l’étendue dedeur ressort. Elles étaient au nombre de sept, comme les cours provinciales, et composées des mêmes juges. Les juges des zillahs remplissaient aussi les fonctions de magistrats. Quant au nizamut-adaulut, il fut également pendant quelque temps composé comme le suuder-dewany-adaulut; mais, plus tard, on le composa de trois juges , de trois cadis , y compris le chef, et de deux pundïts. La police fut confiée, sous l’autorité des zillahs, à des fonctionnaires nommés daragahs. Il y en avait un par vingt milles carrés.

Tels furent les travaux auxquels lord Cornwallis consacra l’intervalle de paix dont il jouit depuis son arrivée jusqu’en 1790. Mais la guerre sortit presque des mesures que le parlement avait prises pour la prévenir.

Par son dernier bill de l’Inde, il avait formellement interdit les alliances offensives et défensives entre les présidences et les chefs du pays. Lié par cette défense , lord Cornwallis se refusa à diverses propositions d’alliance qui lui furent faites contre Tippou , par le nizam ou par les Mahrattes.

Néanmoins sentant le besoin d’arrêter les projets que le sultan de Mysore pouvait nourrir contre ces puissances amies des Anglais, il profita de la lettre d’un certain traite pour mettre à leur disposition des troupes que ce traité les autorisait à requérir, avec cette réserve toutefois que lesdites troupes ne seraient point employées contre des alliés de la Compagnie. Or comme Tippou n’était point de ces alliés , ces troupes étaient centre lui

une menace. Tippou, qui aimait la guerre , qui avait choisi le tigre pour son emblème, et dont l’axiome favori était qu’il vaut mieux vivre deux jours comme un tigre que deux cents ans comme un mouton, Tippou savait profiter de la paix. Il avait organisé dans ses États un vaste et vigoureux système d’administration, rétabli les manufactures, encouragé l’agriculture et les arts, discipliné toute son armée à l’européenne; il avait étudié la tactique et les fortifications. Ce barbare s’etail admirablement civilisé dans tout ce que la civilisation a de savamment barbare, et même aussi un peu dans le reste. En 1787, cherchant à attirer la France dans une alliance contre l’Angleterre, il avait envoyé à Versailles une ambassade qui, après une longue traversée de dix mois, arriva en France juste à point pour disputer l’attention publiqueà l’assemblée des notables. C’était tout ce qu’une pareille ambassade pouvait obtenir dans un pareil moment. Aussi fut-elle de retour à Seringapatam au mois de mai 1789. Nous touchions déjà, nous, au serinent du jeu de paume. Tippou qui se sentait fort, n’en suivit pas moins ses projets. Plutôt excité qu’arrêté par les demi-mesures que les Anglais avaient prises pour l’intimider et le contenir, ce fut sur eux qu’il fit tomber directement ses premières provocations. Fidèle aux injonctions pacifiques qu’il avait reçues du parlement, du ministère et de la cour des directeurs, lord Cornwallis endura patiemment les premières vexations que Tippou fit endurer aux possessions anglaises du Malabar.

Mais à la fin , le sultan ayant forcé à main armée une ligne de fortifications qui fermait au nord les États du rajah de Travancore , ami des Anglais, ce fut un cas de guerre, et le parlement lui-même autorisait en pareil cas les alliances. On vit alors les trois grandes puissances de l’Inde , le Nizam , les Mahrattes et les Anglais, liguées contre un empire qui ne faisait que de naître; et trois civilisations représentées par les Mahrattes ou

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l’Inde antique, le Nizatn ou l’Inde musulmane, les Anglais ou l’Inde chrétienne et européenne , conspirant la ruine de cet État d’un jour qui, plus barbare que l’une , moins barbare que les autres , et participant un peu de toutes, les offusquait également toutes trois. Au mois d’août 1790, le royaume de Mysore était cerné à l’est et au sud par les Anglais , dont les armées occupaient depuis les passes du Carnatique, jusqu’à Coîmbatour, où était le quartier général du commandant en chef Medows ; au nord, par le Nizam posté sur la rire gauche de la Kistnah , et

f>ar son neveu qui occupait Adony sur a rive droite; au nord-ouest, par les Mahrattes et les Anglais de Bombay, qui avaient passé la Kistnah et gagnaient, le long de la côte, la province de Canara. Ce fut justement dans cette position menaçante en apparence que Tippou démêla de quoi changer en un clin d’œil la face des choses et prendre aussitôt lui-même l’offensive ; il avait laissé prendre aux Anglais Coîmbatour, Dindigul, tout le pays au sud du Cavery et du Bowanny.

Tout à coup il passe cette rivière , franchit les passes du -Guielhatty et fond sur le colonel Floyd, dont la retraite est si précipitée , qu’il abandonne Sattimungul avec les approvisionnements qui'y étaient amassés et trois pièces de canon. Tippou , qui le poursuit sans relâche , trouve bientôt une occasion favorable , et dans un engagement nouveau, tue à l'ennemi lus de 400 hommes et lui prend son agage. Mais plus prudent qu’il n’eût fallu, et craignant l’arrivée du général Medows qui accourait au secours .de Floyd , il ne poussa pas plus loin un avantage qu’il eût pu facilement consommer, en achevant le colonel, dont les troupes n’avaient pas mangé depuis deux jours , et en marchant ensuite au-devant du général, qui se fût trouvé trop faible isolément pour résister.

Leur jonction se fit, et ils se retirèrent sur Ceïmbatour, où ils se firent rallier par le reste de l’armée anglaise.

A la tête de toutes ses forces, le général eût bien voulu réduire le sultan à

accepter une bataille. Mais celui-ci , trop heureux d’avoir dès le début de la campagne transporté la guerre hors de ses États, ne voulut pas mettre au hasard cet avantage. Après une suite de mouvements , où les Anglais perdirent complètement sa trace , et où il faillit leur enlever Coîmbatour, il revint prendre auprès de Sattimungul la première position où il les avait déjà battus , et qui assurait ses convois. Pendant ce temps, les Anglais qui n’avaient emporté, et à travers mille peines, que pour quarante jours de vivres, arrivaient à la firfde leurs provisions. Il fallut envoyer un détachement pour les renouveler. Concevant alors un projet hardi , Tippou passe le Cavery sous les yeux du général Medows, et va porter la guerre au cœur même des possessions anglaises. Suivi par leur armée qui n’ose l’attaquer , il se présente successivement devant Tritchinopoly et Thiagar , s’empare de Trinomaly et de Permacoil , menace Madras , et vient enfin s’arrêter auprès de Pondichéry , où il entre en conférence avec le gouverneur français (janvier 1791). De là, il envoya expressément au roi , pour lui demander un renfort de 6000 hommes. Les Anglais avaient reçu d’Europe de nombreux régiments' ; mais le climat leur était mortel , et Tippou venait de leur apprendre à être battus. Moins heureux dans l’ouest, où il n’était plus en personne , le sultan y perdait toutes ses possessions du Malabar , qui lui étaient enlevées par l’armée de Bombay.

Cette invasion du Carnatique avait, une fois encore, mis à nu toute la misère du vieux nabab. Comme il ne put remplir les engagements qui lui étaient imposés pour le cas de guerre, on lui reprit ses revenus qu’on lui avait rendus, et il redevint un simple pensionnairede la Compagnie. Malheureusement, on ne donna pas cette mesure comme définitive, mais comme subordonnée seulement à l’état de guerre. Cette perspective engagea la plupart des collecteurs à se ménager la faveur de Mohammed Ali plutôt que

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celle de la présidence, et l’impôt tomba tout à coup à rien , de telle sorte que les Anglais se trouvèrent plus appauvris qu’enrichis de la dépouille du nabab.

Les circonstances parurent assez graves à lord Cornwailis , pour qu'il vînt lui-même prendre la direction de la guerre. Le peu de succès du plan de la campagne précédente le détermina à en adopter un autre, et à entrer dans le Mysore par les passes d’Ambour. L’inconvénient de ce plan était la nécessité de faire le siège de Bangalore , l’une des plus fortes places de Tippou. Cependant on vint à bout , avec assez de bonheur , de la ville et du fort. Aussitôt après , lord Cornwailis voulut s’emparer de Seringnpatam, capitale des États du sultan.

Malgré l’insuffisance des moyens de transport, il se mit en marche. Il avait reçu un renfort de cavalerie du Nizam , renfort dont il ne put tirer aucun bon service, et qui ne servit qu’à dévorer les ressources de l’armée.

Tippou avait dévasté les deux routes les plus directes et les plus faciles , il en fallut prendre une troisième, plus longue et plus pénible, où périrent une grande partie des bagages. Lord Cornwailis comptait passer la Cavery à Ariskera , où il avait donné rendezvous à Abercromby , commandant du corps de Bombay. Mais la rivière étant gonflée et le passage impraticable en cet endroit , le gouverneur général résolut de le tenter à Caniannaddy , à huit milles au-dessus de Seringapatam. Là il trouva l’armée mysoréenne , prête à le lui disputer.

Malgré la marche pesante de l’armée anglaise, qui ne traînait plus ses canons qu’à bras d’hommes , et malgré les dispositions habiles qu’avait prises Tippou , l’avantage de cette rencontre resta à lord Cornwailis ; toutefois il devait rester inutile, et le passage du Cavery, délivré de tout obstacle, ne fut pas même effectué. La saison des pluies qui s’avançait, ne permettait pas de commencer un siège. Les moyens de transport manquaient absolument, les vivres de l’armée étaient épuisés,

le pays ravagé. Au terme de cette course, et presque aux portes de Seringapatam, il fallut détruire les équipages de siège qui avaient menacé cette capitale. Heureux encore si l’on parvenait à sauver l’armée. Contre-ordre fut envoyé à Abercromby, qui fut aussi obligé de détruire son artillerie de siège et une partie de ses bagages. Le 26 juin 1791 , l’armée anglaise commença sa retraite , emportant ses blessés sur des brancards , faute de charrettes, et traînant ses canons. C’en était fait d’elle probablement , sans l’arrivée imprevue d’un corps de Mahrattes qui amenaient des vivres , des bœufs de trait et une bonne cavalerie. Ce corps mahratte, commandé par Purseram-Bhao, venait de prendre , après un siège de six mois , la place de Darvar , clef des frontières du Mysore au nord-ouest.

A peine réunis à lord Cornwailis , ces alliés menacèrent de l’abandonner, s’il ne leur avançait un subside. Le gouverneur consentit à leur prêter 12 lacs 1/2 de roupies qu’il n’avait pas , mais qu’il se procura , en envoyant à Madras l’ordre de saisir l’argent des vaisseaux qui arrivaient de la Chine , et de le porter immédiatement à la monnaie.

L’armée combinée vint camper sous Bangalore. Là il s’agissait d’assurer régulièrement ses subsistances. Le secours qu’avaient apporté les Mahrattes, en grain et en bétail, tirait à sa fin. Quarante mille bœufs de trait avaient péri dans la dernière expédition ; il s’agissait de pourvoir à leur remplacement. Cette tâche n’était pas sans difficultés au milieu d’un pays ennemi. Un capitaine anglais , très au fait des mœurs et de la langue , suggéra au général en chef un expédient assez caractéristique pqur mériter d’être rapporté. Parmi les nombreuses tribus ou castes errantes qui parcourent les vastes espaces de la péninsule et du continent indous, il en est une que l’on nomme Lampadys ou Brindjarrys. Ces Lampadys, demisauvages, nus, laids, mpl propres et horribles à voir , mènent une vie ab-

solument nomade , n’ont point de maisons, et ne possèdent que des bœufs ou des chameaux, à l’aide desquels ils font tout le commerce de grains dans l’Inde. Ils marchent par troupes nombreuses, souvent à la suite des armées, entre lesquelles ils gardent une stricte neutralité. Leurs femmes sont renommées par leur lubricité.

Elles se réunissent par bandes pour faire la chasse aux hommes, et malheur à qui ne saurait vaincre le dégoût qu’elles inspirent. A ces coutumes hideuses, ils enjoignent d’atroces dans la pratique des sacrifices humaius. Ils prennent habituellement pour victime la première personne qu’ils rencontrent, lui creusent une fosse dans laquelle ils l’enterrent jusqu’au cou ; cela fait , ils lui placent sur la tête une lampe de pâte de farine, ils l’emplissent d'huile, y allument quatre mèches et se mettent à danser en rond , en chantant autour de la victime jusqu’à ce qu’elle ait expiré.

C’est avec ces honnêtes gens que le capitaine Read mit lord Cornwallis en relation pour l’approvisionnement de l’armée. L’abondance entra bientôt dans le camp. Pour rendre les subsistances plus faciles, les confédérés s’étaient d’ailleurs séparés. Nizam Ali avait rappelé ses 10,000 cavaliers; Purseram Bhao , avec ses Mahrattes et un détachement anglais , avait remonté au nord vers Serah. Quoique le fruit de la bataille de Canianbaddy fût resté en définitive à Tippou , puisque les Anglais avaient battu immédiatement en retraite, et que cette campagne les avait mis à deux doigts de leur perte , cependant son armée n'était pas eu meilleur état que la leur, et, cerné sur toutes les frontières , il n’avait pas comme eux la facilité de se ravitailler. Déjà un magnifique convoi d’eléphants était parti de Madras avec toutes sortes d’approvisionnements pour l’armée expéditionnaire ; elle fut bientôt en mesure de reprendre l’offensive. Pour mieux s’assurer des communications qui lui étaient si utiles, lord Cornwallis vou-

lut s’emparer d’une passe qui offrait un trajet commode du Carnatique au Mysore. Plusieurs forteresses qui en gardaient les défilés , furent enlevées , grâce à des prodiges d’énergie. La conquête et la prise de possession de cette gorge furent inaugurées par le passage du convoi des 100 éléphants chargés d’argent et de 10,000 bœufs chargés de riz, au-devant desquels on envoya pour leur donner avis de prendre cette voie (10 août 1791). L’armée anglaise, ses derrières ainsi assurés, redescendit alors dans le Mysore, où elle commença une guerre de sièges.

Presque toutes les places fortes tombèrent entre ses mains. Dans le nombre , il en était qui passaient à bon droit pour imprenables, et qui ne furent prises, en effet, que parce que la témérité de l’attaque pétrifia en quelque sorte la défense. Le courage des troupes, un peu incertain au début de cette guerre, s’était vigoureusement remonté. Les ressources en tout genre abondaient. A la suite d’une attaque lancée par Fox dans le parlement, contre lord Cornwallis , au sujet de cette guerre nouvelle et de l'alliance avec les Mahrattes et le Nizam, la chambre avait au contraire voté l’approbation expresse de tous les actes du gouverneur général ; la cour des directeurs lui avait envoyé 500,000 livres sterling en espèces , de l’artillerie , des recrues , et voté un supplément de fonds pour l'augmentation des troupes royales au service de la Compagnie (décembre 1790). Avec ces ressources, le courage et la discipline des armées anglaises devaient accomplir et avaient accompli en effet des merveilles. De son coté , Purseram Bhao , à l’aide du capitaine Little, qui avec 700 hommes gagna une bataille contre 10,000 Mysoriens retranchés dans une position redoutable , complétait par les succès qu’il remportait dans le nord , cette belle série de hauts faits et de victoires. Un incident non moins caractéristique que celui que nous venons de rapporter , faillit arrêter en si beau chemin le chef mahratte, ou du moins lui fit changer son plan de campagne.

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Il avait coutume de recevoir chaque

I’our à sa table une cinquantaine de irahmes. L’un d’eux s'éprit d’une jeune femme de la caste des Chummars (savetiers), et parvint à la rendre sensible. Pendant plusieurs mois , ce commerce dura inaperçu. Mais enfin il fut découvert. Cette abomination plongea dans le désespoir Purseram et l’armée mahratte. Personne n’était sdr de n’avoir pas communiqué avec le coupable , ou avec quelqu'un qui avait subi son contact depuis son impureté, et personne par conséquent n’était sûr de n’être pas souillé. Les brahmes erraient dans le camp, poussant des cris , déchirant leurs vêtements en désordre. Purseram Bhao, qui devait rejoindre un autre chef , Hurry-Punt, ne pouvait plus espérer de s’en approcher. Il y avait non loin de là une rivière sainte, la Toumbudra; il y marcha pour accomplir les purifications obligées. Mais dans l’esprit de bien des gens, il était douteux que la Toumbudra fût une rivière assez sainte pour laver une aussi horrible souillure que le mélange de castes. Purseram à tout événement s’approvisionna néanmoins de cette première purification, puis se dirigea sur Kourly, village on ne peut plus sacré, situé au confluent de la Toum et delà Iludra. Là il accomplit de nouvelles purifications, et procéda à l’opération sacramentelle et éminemment efficace de la pesée. Il se mit dans le plateau d’une balance, dont l’autre plateau fut chargé d’or et d’argent, jusqu’à concurrence d’un poids égal à celui du Bhao , et cet argent fut distribué aux brahmes. Mais pour nepas perdreabsolument le temps consacré aux purifir cations , il en profita pour assiéger la forteresse de Houly Honora, qui était dans son voisinage , et de là il alla attendre, devant Simaga qu’il prit aussi , le moment où il devait faire sa jonction avec l’armée de Bombay.

Pendant que son empire lui était ainsi enlevé pièce à pièce , Tippou n’osait se hasarder en pleine campagne , tant ses forces étaient réduites.

Deux tentatives qu’il fit, l’une en per-

sonne, l’autre par un de ses lieutenants, sur Coïmbatour, furent, avec une expédition du côté de Purseram q^il ne rencontra pas, les seules marques d’existence qu'il donna. La guerre qu’il avait su rendre si promptement offensive à son début, n’était même plus pour lui énergiquement défensive. Il finit par se concentrer à Seringapatam. Lord Cornwallis qui avait achevé tous ses préparatifs , s’v présenta le 5 février (1792). Il prit aussitôt position. Tippou, dans ce dernier rempart de sa puissance croulante , avait fait d’immenses dispositions de défense. Seringapatam est bâtie sur une île de la haute Cavery.

Le sultan l’avait entourée d’une ligne de redgutes, reliées entre elles par un fosse profond et protégées par une citadelle très-forte. Eu avant de cette ligne, et de l’autre côté de la rivière, il avait établi un autre système de redoutes, couvert sur son front par une haie-rempart de bambous, d’aloès et autres bois épineux , protégé eu arrière par la rivière qui empêchait de tourner la position , et appuyé à sa gauche par un marais profond. Chaque redoute (il y en avait six) avait ses fossés , son glacis et ses chemins couverts. La dernière à gauche , celle qui confinait au marais, avait reçu le nom de Lally , nom qui réveillait' les souvenirs d’une haine mortelle contre l’Angleterre. Cent pièces d’artillerie garnissaient la première ligne de défense , trois cents la seconde. Tippou avait encore avec lui ce qui restait de son armée , c’est-à-dire environ la moitié : 40 ou 50,000 hommes d'infanterie, et 15,000 de cavalerie. Il avait compté qu’un si formidable appareil de défense retiendrait l’ennemi assez longtemps pour que la saison des pluies vînt toujours à temps le forcer à la retraite. Les vents qui soufflent alors ont une telle violence et une telle malignité dans ces parages , que des écrivains anglais ont comparé leurs ravages à ceux de la peste. Mais cette surabondance de moyens était elle-même une cause de faiblesse , parce qu’elle divisait les forces et

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