‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 4 sur 38 · IS DE · texte numérisé non relu

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cet officier était, dans l’origine, d’une nature purement commerciale; toute-

qui peut, dans chaque saison, être le plus convenablement adopté. Votre premier soin , après votre arrivée à Hyderabad , sera donc d’obtenir l’autorisation d’adopter ces mesures; et lorsque ce but sera atteint, le gouvernement de Bombay devra en être immédiatement informé par le colonel Pottinger, afin qu’on ne perde pas de temps pour prendre les arrangements nécessaires.

« Le point le plus important, ensuite, sera d'assurer l’exécution actuelle du traité relativement à la communication entre le fleuve et la mer. Le traité stipule qu’un droit fixe sera perçu une fois pour toutes, à l’embouchure de la rivière, sans qu’il puisse être élevé aucune autre prétention aussi longtemps que la marchandise ne quitte pas la ligne fluviale, et qu'un agent non Européen {native agent) sera stationné, de la part du gouvernement anglais, à un endroit convenable pour veiller à ce qu'aucune exaction n'ait lieu. Les droits excessifs preleves jusqu’à ce jour excluent tout espoir que le commerce puisse renaître si ces arrangements ne sont pas mis à exécution.

«Il parait désirable à Sa Seigneurie en conseil, qu'avaul de quitter Bhoudj, vous décidiez , de concert avec le colonel Poltinger, sur quel point l'agent que le gouvernement anglais doit entretenir peut , pour le moment, être le plus convenablement établi; vous pourrez ensuite conduire cet agent avec vous à Hyderabad, le présenter aux Amirs, et enfin l'envoyer à son poste à l'embouchure du fleuve, après avoir fait donner les ordres nécessaires aux autorités locales, leur défendant de lever aucun autre droit, soit sur les navires venant du fleuve, soit sur ceux qui viennent du large, que les droits stipulés par le traité, et leur prescrivant de s'entendre avec l’agent sur tout point qui pourrait donner lieu à contestation. La conclusion de cet arrangement devra être immédiatement communiquée au gouvernement de Rombay, afin qu'avis public en soit donné à Bombay et autres ports de la présidence de Bombay. On pourra dans la suite changer le lieu de résidence de l'agent selon les indications que fournira l’expérience.

«Vous n’ignorez pas que la navigation entre la mer et Tatta a, dans tous les siècles, présenté de grandes difficultés, et qu’à de certaines époques, les obstacles ont été tels qu’il* ont conduit à l'abandon partiel ou

fois, tandis que le capitaine Bûmes était en route pour Caboul , le gouver-

complet de cette portion de la route par eau. Il sera conséquemment nécessaire d être préparé pour le cas possible où la roule par terre, dans l’ctendue ci-dessus mentionnée, deviendrait seule praticable pour le transport des marchandises ; l’occasion actuelle semble favorable pour obtenir qu’on eu écarte tout obstacle inutile. Vous représenterez donc aux Amirs combien sout excessifs les droits de transit actuels entre la mer et Tatta, et ceux qui, contre l’esprit du traité , sont extorques sur le transport par eau de Vikhur {yikher) en remontant le Buggaur, et vous tâcherez d’obtenir la réduction de ces droits à des taux assez modérés pour ne pas entraver le commerce. I.e plan le plus équitable et le plus conveuable serait peut-être de prélever le même droit et au même endroit, que les marchandises parcourussent cette portion de leur trajet par terre ou par eau ; ou n’a cependant pas l'intention que cet arrangement change l ieu à ce qui est établi pour la perception des droits sur l’opium que l'on sait être trèsproductifs. Sa Seigneurie en conseil croit que les Amirs ne seront pas insensibles, dans les circonstances actuelles, aux avantages d’une parfaite intelligence avec le gouvernement anglais, et ils doivent savoir que, bien que tout ce qu’on leur demande soit de se conformer strictement aux traites existants, cependant un accord complet et sincère entre les deux gouvernements ne peut résulter que d'un concours cordial pour atteindre le but unique dans lequel ces traités out été conclus, et qui est l'encouragement réel et solide des entreprises commerciales. Pour donner le développement convenable au plan tendant à rouvrir la navigation de lludus, il serait nécessaire de choisir quelques lieux d'eutrepôt et de rendez-vous général, à l’abri de toute oppression et exaction, à rétablissement desquels on donnerait toute la publicité possible et où les marchands pussent se rendre ea toute sécurité. On pourrait peut-être indiquer comme les points les plus convenables pour cet objet, Tatta vers l’embouchure du fleuve, et Mitthun-Kotc vers la jonction de ses branches supérieures; mais on pour] a mieux juger sur les lieux mêmes du parti à prendre à cet égard. Vous avez aussi suggéré, comme un moyen de succès qui pourrait n’èlre pas sans importance dans cos

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neur général renit avis que les troupes soudainement, et sans provocation, de Dost - Mohammed - Khan avaient attaqué celles de notre ancien allié, le

contrées, de proclamer l'établissement d'une fuire où se rassembleraient des marchands de tous pays depuis llombay jusqu'à Bokliara, et depuis Tabriz jusqu'à Calcutta. Sa Seigneurie en conseil croit devoir s’en rapporter plus au temps , à la continuation de la paix cl à l'accroissement graduel de la confiance, qu'à des mesures de cette nature; mais, comme moyen secondaire de réussite, elles ne doivent pas être négligées.

« Ce serait un grand point de gagné que d'obtenir des Amîrs le rétablissement de Tatta sur son ancien pied d’entrepôt commercial; et on ne manquera pas d’arguments pour leur prouver tout ce que leurs intérêts et leur réputation auraient à gagner à l'adoption d'une telle mesure. I.a proclamation d'une foire annuelle à cet endroit, dans la saison convenable, avec des droits peu élevés , cl la présence d’un officier anglais pour régler les différends, pourrait aussi contribuer à attirer des marchands de Bombay d’un côté, et des divers pays de l’intérieur de l’autre; toutefois, quant à la suggestion de celte mesure ou d’autres analogues, vous serez guidé par vos propres connaissances locales et par les avis du colonel Potlinger, avec lequel il est bien entendu que vous conférerez amplement, avant de quitter Bhoodj , sur les différents points que vous aurez à négocier.

<• L’attention du gouvernement a été dernièrement appelée par un rapport de Mohim Lal ( Motion Lait) sur la tribu des Mazaris, qui occupe, comme vous le savez, une contrée d'environ soixante milles d’étendue au-dessus de Shikarpaur, et dont les habitudes de brigandage causeront un tort considérable au commerce sur cette portion de la roule, si elles ne sont efficacement réprimées. Le pays des Mazaris (ou Mouzaris ) dépend nominalement du Sinde, et avait été compris pour sa part dans le calcul des droits à percevoir. Mais on dit que cette tribu met au défi l’autorité des Amîrs. (l’est aux Amîrs cependant que nous devons nous adresser d’abord pour réprimer toute violence de ce côté, et on doit espérer que lorsqu’il sera connu que le gouvernement du Sinde agit par notre désir et pour l’accomplissement d’nn objet auquel nous attachons voie grande importance, les efforts de ce gouvernement réussiront à assurer au commerce, sur tout le cours du fleuve, le res-

pect et la protection qui lui sont dus. TTn des buts de votre visite à Hyderabad sera donc d’amener les Amirs à adopter des mesures efficaces pour empêcher les Mazaris de molester en aucune façon les bateaux remontant ou descendant le fleuve. Les Amîrs détermineront eux-mêmes quelles doivent être ces mesures, niais vous serez libre de leur soumettre tel avis que vous jugerez convenable.

« Après avoir quitté Hyderabad , vous vous rendrez par la rivière à Kliayrpour; mais dans l’état actuel des relations politiques entre le chef de Khayrpour et les Amirs de Hyderabad, il ne parait pas qu’il y ait de motif de négocier séparément avec lui. Cependant vous renouerez vos rapports d’ainilié avec ce chef; vous lui expliquerez le but de votre mission, et vous demanderez sa coopération pour tous les points sur lesquels elle pourra être nécessaire.

« De Kliayrpour, vous vous rendrez par la même voie à Mittliun-Kote, où vous rencontrerez le capitaine Wade et le lieutenant Mackeson ; le maharadjah Raudjit Singh sera aussi invité à y avoir un agent présent. Vous discuterez alors, avec les officiers anglais plus haut mentionnés, la question de savoir quel est l’endroit le plus convenable pour l'établissement d’une foire ou entrepôt puur toutes les branches de commerce descendant ou traversant l’Indus, et quels sont les moyens le mieux adaptés à l'établissement d’une foire annuelle; vous aurez à soumettre un rapport collectif sur ees points au gouvernement suprême. Vous remarquerez particulièrement, cependant, que toutes négociations avec le maharadjah llandjit Singh , qui pourront être nécessaires à l'accomplissement du plan projeté , pour la sécurité des marchands, pour la fixation de droits modérés, peut-être pour la résidence d'un officier anglais dans la ville choisie pour entrepôt , seront conduites d’après les instructions qui pourront être fournies au capitaiue Wade. Vous devez vous considérer comme n'étant investi d'aucune autorité comme agent politique, hors des limites de Sindli.

» Il sera nécessaire que vous teniez le capitaine Wade et le lieutenant Mackeson exactement informés de vos mouvements, afin qu’ils puissent se trouver avec vous à l'épuque convenable à Mitthim-Kote.

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maharadjah Randjît Singh. Il était naturel d appréhender que Son Altesse Je

« "V ons savez que les arrangements qui ont etc établis par le traité, pour rouvrir la navigation de l’Indus, ne s'étendent pas plus haut que Mitthun-Kote, quant an cours principal de ce fleuve. Il sera donc necessaire de demander la permission du maharadjah Raudjit Singh pour remonter I Indus jusqu’à Attock, d'où vous vous rendrez a Peshawar et Kaboul.

- En vous rendant à Pesbawar et Kaboul, vous vous informerez de l’état actuel du commerce dans ces pays; vous préviendrez les marchands que telles mesures ont été concertées, et tels officiers employés dans le but d assurer la libre navigation de l’Indus; vous les encouragerez par tous les nioyeus en votre pouvoir à conduire leur commerce par la nouvelle route, et vous les inviterez, quand ce plan sera suffisamment mun , a se rendre à l’entrepôt et à la foire quon a l'intention d’établir. Vous serez muni en temps utile, d’une lettre pour Uosl-Mokammed-Khan, établissant d’uue manière generale les objets pour lesqueU vous etes envoyé , et sollicitant pour vous sa protection amicale.

« De Kaboul vous vous rendrez à Kandaliar, où vous prendrez les mêmes informations, et où vous solliciterez la même coopéra lion pour les plans en progrès pour la restauration du commerce. On pense qu il existait autrefois un commerce florissant entre J’Indus et Kandahar, et qui s’opérait par plusieurs routes dans les montagnes, qui sont maintenant fermées; vous preudrez des informations sur ces routes et sur la possibilité de les rouvrir, pendant votre voyage sur l’Indus et sur votre chemin de Kaboul à Kandahar. La route directe de Kandahar à la mer, par Kelat et Soumianie, occupera aussi votre attention.

« Vous retournerez de Kandahar à Hyderabad par la passe du Bolan et Slnkarpour.

« Votre traitement est fixé à quinze cents roupies par mois; vous êtes autorisé à porter en outre au compte du gouvernement toutes les dépenses qu’il pourra être nécessaire d encourir au sujet de la mission. Il sera peut-être à désirer que vous vous procuriez immédiatement à Bombay les objets qui pourront être offerts en présents aux différents chefs sur votre route. Ils ne devront pas etre d’une nature coûteuse, mais doivent être choisis particulièrement dans le

maharadjah ne tarderait pas à se venger de cette agression, et on devait craindre que, la guerre une fois allumée dans les pays où nous cherchions a étendre notre commerce, les intentions pacifiques et bienfaisantes du gouvernement anglais ne fussent entièrement paralysées. Dans te but de détourner une telle calamité, le gouverneur général résolut d’autoriser le capitaine Burnes à intimer à Dost- Moliainined-Khan que, dans le cas où il se montrerait disposé à un arrangement juste et raisonnable avec le maharadjah, Sa Seigneurie emploierait ses bous offices auprès de Son Altesse pour le rétablissement de la bonne harmonie entre les deux États. Le maharadjah, avec cette confiance caractéristique qu’il n’a cessé de placer dans la bonne foi et l’amitié de la nation anglaise, consentit immédiatement aux propositions du gouverneur général, et a suspendre provisoirement toute hostilité de son côté.

» Il vint subséquemment à la connaissance du gouverneur général qu’une armée persane assiégeait Itérât , que j actives intrigues se poursuivaient dans i Afghanistan, dans le but d'étendre l’influence et rau/orité de ta Perse jusqu’aux bords de V Indus et même au delà, et que la cour de Perse avait non-seulement commencé une série d'injures et d’insultes envers les officiers de la mission de Sa Majesté Britannique à la cour de Perse, mais encore donné des preuves de ses desseins, entièrement opposés aux principes et à l’objet de son alliance avec la Grande-Bretagne.

but de montrer la supériorité des manufactures anglaises.

<■ Vous aurez strictement égard à l’économie dans tous -vos arrangements, ce que vous pourrez faire aisément, le faste ne convenant pas au caractère d'une mission commerciale.

« En conclusion, je suis chargé de vous assurer que Sa Seigneurie, le très-honorable gouverneur général en conseil, se repose avec confiance sur votre habileté et voire intelligence bien connues. *

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« Après un long temps passé par le capitaine Bûmes en vaines négociations à Kaboul , il devint évident que Dost-Mohammed-Khan, comptant surtout sur les encouragements et l’assistance de la Perse, persistait à avancer les prétentions les plus déraisonnables par rapport à ses différends avec les Sikhs , prétentions telles que le gouverneur général ne pouvait, sans déroger à la justice et à ce qu’il devait à l’amitié de Randjît Singh , consentir à les soumettre à la considération de Son Altesse (*). Il fallait reconnaître également que Dost-Mohammed-Khan affichait des plans d’agrandissement et d’ambition nuisibles a la sécurité et à la paix de nos frontières, et qu’il menaçait ouvertement de faire concourir à Inexécution de ces plans toute assistance étrangère dont il pourrait disposer. Enfin, il donnait hautement son appui aux desseins de la Perse sur l’Afghanistan , quoique parfaitement instruit du caractère hostile de ces desseins en ce qui touchait à la puissance anglaise dans l’Inde; et, par son mépris absolu pour les vues et les intérêts du gouvernement anglais, il obligea le capi taine Burnes à quitter Caboul sans avoir rempli aucun des objets de sa mission (**).

(*) L’Amir de Kaboul demandait avant tout que Randjit Singh consentît à lui abandonner la province de Peshawar, province ue le maharadjah avait conquise et que 6 plus il avait eu la précaution de se faire céder par un traité conclu avec le souverain légitime , Shah Shoudjâk , dès le mois de mars i833.

(*') Voici un extrait de la lettre écrite . parle capitaine Humes au secrétaire du gouvernement suprême, immédiatement après avoir quitté Kaboul :

«Dans la nuit du a5 avril, j’ai eu l’hon- «neur de rendre compte, par votre intermé- «diaire, au très-honorable gouverneur gé- « néral que j’avais eu mon audience de congé « de l’Amir de Kaboul; je quittai la ville le « jour suivant (a6) , accompagné jusqu’à deux « milles environ des portes par trois des fils *de l’Amir, et jusqu’à la première halte,

« Boûtkhak , par Mirza Sami-Khan. Je me «propose maintenant de soumettre à Sa

« Il devenait évident dès lors que le gouvernement anglais ne pouvait exercer aucune influence ultérieure pour rétablir la bonne intelligence entre -le souverain sikh et Dost-Mohammed- Khan , et la politigne hostile de ce dernier chef montrait trop clairement qu’aussi longtemps que Caboul resterait sous sa loi, nous ne pourrions espérer de maintenir aucune tranquillité dans notre voisinage, ou que les intérêts de notre empire dans l’Inde pussent se conserver intacts.

« Le gouverneur général juge nécessaire de revenir ici sur le siège <THéràt et la conduite de la nation persane. Le siège de cette ville par l’armée persane continuait depuis plusieurs mois. Cette attaque sur HérAt avaitun caractère de cruauté querien ne pouvait justifier; elle avait été commencée

«Seigneurie quelques détails additionnels « qui me semblent propres à jeter du jour « sur les motifs et les projets de Dost-Mo- «hammed Khan, qu’il me parait être de «notre intérêt de contre-carrcr, maintenant « que nous ne pouvons plus agir de concert « avec lui. »

Après être entré dans les détails qu’il avait annoncés, le capitaine Burnes termine ainsi sa lettre :

«Au moment d’expédier cette dépêche «de Djellalabad, à mi-chemin de Peshawar, «j’apprends de bonne source que l’Amir a « été constamment avec le capitaine Vicko- «vitch depuis mon départ; que cet officier «a positivement insisté pour qu’il lui fût «permis de se rendre sans délai à Hérât «par l’Hazarehdjât, s’engageant solennelle- « ment à satisfaire l’Amir sur tous les points « avant un mois. Il s’est aussi engagé à de- « mander au maharadjah Randjit Singh de «renoncer à Peshawar, et sur ce que Dost- « Mohammed s’enquérait s’il y était auto- «risé, il a répondu qii’il était porteur d’une « lettre de l’empereur à ce potentat , qui « mettrait promptement ordre à cette affaire. «Que tout ceci ait été promis et que là «conversation que je rapporte maintenant «ait eu lieu, je n’en doute pas; il reste à voir «quelle sera l’exécution de ces belles pro- « messes; mais je puis compter sur mon «correspondant, et les nouvelles qu’il me « donne ne font que confirmer des rapport* « précédents. ■

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et continuée nonobstant les remon- qui menaçait notre propre terri trances solennelles et réitérées de l’en- toire.

voyé anglais à la cour de Perse, et « L’attention du gouverneur généaprès que toutes les offres d’arrange- rat a été naturellement appelée , dans ment justes et raisonnables eurent été cette conjoncture, sur la position et faites et rejetées. Les assiégés s’é- les droits de Shâh Shoudjd - Oultaient conduits avec une bravoure et Moulk , qui, tant qu’il avait eu le pouune énergie dignes de la justice de voir entre les mains, avait cordialeleur cause, et le gouverneur général ment accédé aux mesures de résistance se plaît à espérer encore que leur hé- combinée que le gouvernement anglais roïsme maintiendra la lutte jusqu’à avait jugé nécessaire d’adopter à cette l’arrivée des secours que l’Inde an- époque contre les ennemis du dehors, glaise leur envoie. Cependant les des- et qui, lors de l’usurpation de son emseins ultérieurs de la Perse, en tant pire par les chefs actuels, avait trouvé

3u’ils pouvaient affecter les intérêts dans nos domaines un honorable asile.

u gouvernement anglais, se sont ma- « Il avait été clairement établi, d’anifestés de plus en plus ouvertement près les renseignements fournis par par la succession des événements. Le divers officiers qui avaient visité l’Afgouverneur général a récemment ac- ghanistan, que les chefs barekzaïs, quis la certitude, par une dépêche offi- par suite de leur désunion et de leur cielle de M. Mac-Neill, envoyé de Sa impopularité, ne pouvaient devenir, Majesté, que Son Excellence a' été obli- dans aucune circonstance, d’utiles alliés gée, par le refus d’obtempérer à ses à notre gouvernement, ou nous aider justes demandes et par un manque dans les mesures justes et nécessaires systématique d’égards et de respect qu’exige la défense de nos intérêts envers lui, de quitter la cour du shâh nationaux. Néanmoins, aussi longer de déclarer publiquement que toute temps que ces chefs s’abstinrent d’accommunication avait cessé entre les tes nuisibles à nos intérêts et à notre deux gouvernements. La nécessité où sécurité, le gouvernement anglais rese trouve plaoée la Grande-Bretagne connut et respecta leur autorité. Mais de regarder la marche des armées une politique différente paraissait plus persanes dans V Afghanistan comme que justifiée aujourd’hui par la conun acte d’hostilité envers elle , a duite de ces chefs, et indispensable été également communiquée au shâh pour notre salut. Le bien-être de nos d’une manière officielle , d'après les possessions dans l'Orient exige que ordres exprès du gouvernement de nous ayons sur notre frontière de Sa Majesté . l’ouest un allié intéressé à s’opposer à

« Les chefs du Kandahar (frères de l’agression et à maintenir la tranquil- Dost - Mohammed - Khan de Caboul) lite, au lieu de chefs toujours disposés ont avoué leur adhésion à la politique à servir les vues d’un pouvoir hostile de la Perse, ainsi que la pleine etentière et à favoriser ses plans de conquête et connaissance que cette politique était d’agrandissement, en opposition avec les droits et les in- « Après de sérieuses et mûres délitérêts de la nation anglaise dans fin- bérations, le gouverneur général s’éde , et ils ont donné ouvertement leur tait convaincu qu’une nécessité prèsconcours aux opérations dirigées con- sanie, aussi bien que les principes de tre Itérât. la politique et de la justice , nous

« Dans l’état critique des affaires, autorisait à épouser la cause de depuis le départ de notre envoyé de Shâh Shoudjd -Oui- Moulk , dont la Caboul, le gouverneur général a senti popularité, dans toute l’étendue de de quelle importance il était de pren- l’Afghanistan, avait été établie aux dre des mesures immédiates pour ar- yeux de Sa Seigneurie par le témoirêter les progrès rapides de l'in- gnage aussi fort qu’unanime des meilfluence étrangère et de l agression ieures autorités. Une fois arrivé à

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cette détermination, le gouverneur général était également d’avis qu’il était juste et convenable, non moins a cause de la position du maharadjah Randjît Singh qu’en conséquence de son inébranlable amitié envers le gouvernement anglais, d’offrir à Son Altesse de prendre part aux opérations projetées. M. Macnaghten fut, en conséquence, député, en juin dernier, à la cour de Son Altesse, et le résultat de sa mission a été la conclusion d’un triple traité entre le gouvernement anglais, le maharadjah et Shûh Shoudjâ- Oul-Moulk, traité qui garantit à Son Altesse ses possessions actuelles , et par lequel elle s’engage à coopérer au rétablissement du shûh sur le trône de ses ancêtres. Les amis et ennemis de l’une quelconque des parties contractantes seront considérés comme amis ou ennemis des trois. Plusieurs points discutés entre le gouvernement anglais et Son Altesse le maharadjah ont été réglés de manière à montrer aux États environnants l’identité de ses intérêts avec ceux de l’honorable Compagnie.

On offrira aux Amirs de Sinah une indépendance garantie à des conditions favorables , et la possession d’Hérât par son souverain actuel sera respectée dans toute son intégrité, en même temps que des mesures déjà prises ou en cours d’exécution auront pour résultat, on peut raisonnablement l’espérer, d’encourager la liberté générale et la sécurité du commerce.

Le nom et la juste influence du gouvernement anglais se feront connaître d’une manière convenable parmi les nations de l’Asie centrale ; la tranquillité sera rétablie sur la frontière la plus importante de l’Inde, et nous élèverons une barrière durable contre les intrigues et les empiétements de nos ennemis.

« Sa Majesté Shûh Shoudjâ-Oul- Moulk entrera dans l’Afghanistan , entouré de ses propres troupes , et soutenu, par une armée anglaise, contre toute intervention étrangère et toute opposition factieuse. Le gouverneur général espère avec confiance duc le shûh sera promptement replacé

sur son trône par scs propres sujets et ses amis , et, une fois son pouvoir affermi et l’intégrité et l'indépendance de l’Afghanistan bien établies, l’armée anglaise sera rappelée. Le gouverneur général a été conduit à l’adoption de ces mesures par le sentiment du devoir qui lui est imposé de veiller à la sûreté de la couronne d’ Angleterre ; mais il est heureux de penser qu’en remplissant ce devoir, il aura pu contribuer à rétablir r union et la prospérité des peuples de l'Afghanistan. Dans le cours des opérations qui se préparent, l’influence anglaise sera soigneusement dirigée vers l'exécution des mesures d’un intérêt général ; elle s’attachera à apaiser les différends , assurer l’oubli des injures, et mettre un terme aux dissensions dont le bienêtre et la prospérité du peuple afghan ont souffert depuis tant d’années. Elle s’emploiera à assurer un traitement honorable et libéral , même à ces chefs dont les actes hostiles ont justement offensé le gouvernement anglais, s’ils savent se soumettre à temps et cesser toute opposition aux mesures qui peuvent être jugées les plus convenables pour l’avantage général de leur pays.

« Par ordre du très-honorable gouverneur général de l’Inde

« W. II. Macnaghten,

• Secrétaire: du gouvernement de l'Inde près «lu gouverneur général. >»

A la suite de cette déclaration remarquable, on trouve la nomination de M. Macnaghten comme envoyé et ministre du gouvernement suprême à la cour de Shàh-Slioudjû-Oul-Moulk , et celles de divers officiers, destinés à servir, comme agents politiques , sous ses ordres. En apprenant la retraite des troupes persanes employées au siège d’Hérût, le gouverneur générai publia la déclaration suivante (*) :

« Le très-honorable gouverneur gé néral de l’Inde juge à propos de publier l’extrait ci-joint d’une lettre du lieutenant - colonel Stoddart , datée d’Hérât, le 10 septembre 1838 , et

(*) Datée du camp de Iladdi , le 8 novembre i838.

adressée au secrétaire du gouvernement de l’Inde :

« Par ordre de l’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique, et envoyé de l’honorable Compagnie des Indes orientales à la cour de Perse , j’ai Phonneur de vous informer, pour que cela soit porté à la connaissance du très-honorable gouverneur général de l’Inde en conseil, que Sa Majesté le shâh de Perse a levé hier le siège de cette ville et commencé son mouvement rétrograde vers ses propres États. Toutes les troupes ont campé à Sangbust, à environ quatre lieues. Sa Majesté se rend sans délai à Tehran par Tourbat, Shekhi-Djaum et Meshed.

« Ce mouvement a eu lieu par suite de l’acquiescement de Sa Majesté aux demandes du gouvernement anglais, que j’avais eu l’honneur de lui remettre le 12 août, et auxquelles Sa Majesté a accédé en entier le 14.

« Sa Majesté Shâh-Kamran , son vizir Yar-Mahommed-Khan et la ville entière reconnaissent pleinement la sincérité de l’amitié du gouvernement anglais, et M. Pottinger et moi-même, nous partageons leur gratitude envers la Providence pour l’heureux événement que j’ai l’honneur de vous annoncer. »

« En publiant ces importantes nouvelles , le gouverneur général croit convenable de déclarer aussi que, tout en pensant que le gouvernement de l’Inde et ses alliés doivent se féliciter à bon droit de l’abandon par le shâh de Perse de ses desseins hostiles contre Hérût , il n’en continuera pas moins à poursuivre avec vigueur l'exécution des mesures qui ont été annoncées , dans le but de substituer une domination amie à un pouvoir hostile dans les provinces orientales de l’Afghanistan, et d’établir une barrière permanente contre tout plan d’agression qui pourrait menacer notre frontière au nord-ouest.

« Le très-honorable gouverneur général juge à propos de nommer le lieutenant Eldred Pottinger (du corps de l’artillerie de Bombay) , agent poli-

tique h Hérât, sous les ordres de l'envoyé et ministre à la cour de Shâli- Shoudjâ-Oul-Moulk. Cette nomination doit dater du 9 septembre dernier, jour où le shâh de Perse a levé le siège d’Hérât.

« En nommant le lieutenant Pottinger au poste désigné ci-dessus , le gouverneur général se félicite de l'occasion qui lui est offerte d'applaudir hautement , comme il le doit , aux services signalés de cet officier, qui , pendant le long siège d’ Itérât, et dans des circonstances particulièrement dangereuses et difficiles , a , par son courage, son habileté et son jugement, soutenu honorablement la renommée et les intérêts de son pays.

« Par ordre du très-honorable gouverneur général de l’Inde ,

« W. H. Macnaghten,

« Secrétaire du gouvernement de l'Inde prés du t gouverneur général. »

k Le plus important des traités auxquels la déclaration du gouverneur énéral fait allusion est le triple traité ont voici la teneur :

Traité entre le gouvernement anglais,

le maharadjah Randjit Singh et

Shâh Shoudjâ-oul-Moulk , conclu

à Lahore, le 26 juin 1838.

« Attendu qu’un traité, composé de quatorze articles ( sans compter le préambule et la conclusion), avait été conclu antérieurement entre le maharadjah Randjît Singh et Shâh Shoudjâoul-Moulk ; et attendu que l'exécution des clauses dudit traité a été suspendue pour certaines causes (*), et attendu également que M. W. H. Macnaughten vient d’être envoyé par le très-honorable George lord Auckland, G. C. B. (**), gou verneurgénéral de l’Inde, en la présence (*'*) du maharadjah

(*) Allusion à la tentative infructueuse de Sliàh Shoudjâ, eu 1833-34, pour remonter sur son trône.

(**) Grand-croix de l’ordre du Bain.

(***) l,a Présence, désignation honorifique ou emphatique, hairatt;

y j-acl. houtour; expressions à peu près

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Randjît Singh , et investi de pleins pouvoirs pour rédiger un traité d’une manière conforme aux relations amicales subsistant entre les deux États, le traité ci dessus mentionné est reçu et conclu avec certaines modifications, et quatre nouveaux articles y ont été ajoutes avec l’approbation et le concours du gouvernement britannique; et les clauses dudit traité, ainsi au’elles sont contenues dans les dix-huit articles suivants, seront dûment et fidèlement observées.

« Art. 1er. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk renonce à tout droit de sa part, de la part de ses héritiers , successeurs, et de tous les saddozaïs , sur les territoires situés sur les deux rives de la rivière Indus, que peut posséder en ce moment le maharadjah, savoir: Kashmir, y compris les limites est , ouest, nord , sud , avec le fort d’Attock , ïehetch, Hezara.Khebel, Aub (pronon.

àbl) avec ses dépendances, sur la rive gauche de la susdite rivière; et, sur la rive droite, Peshawar, avec le territoire Eusefzye ( Youssoufzaï), Kheteks , Hésht , Nagor , Meehnee ( Alhini ), Cohaut ( Cohât ), Hangou, et toutes les places dépendantes de Peshawar. jusqu’à la passe Khyber(A'Aaêber) ; Bennou , le territoire Vezeree ( f 'azirl ), Dour ( Daôr ), Tonk, Gorâk, Kalabagh et Kushal Ghur ( Koushal Car h), avec leurs dépendances; Dera Ismael Khan et ses dépendances, ainsi que Dera Ghâzi Khan , Rote (ditlhun , Oinar Rote et leurs territoires et dépendances; Singhur, Ileren, Dadjel, Hadjipour, Radjenpour et les trois Ketchs , ainsi que Idankera avec son district, et ia province de Moultân, située sur la rive gauche. — Ces pays et ces places sont considérés comme étant la propriété et formant l’apanage du maharadjah; et le shâh n’a , ni n’aura à s’en occuper en aucune fuçon; ils appartiennent au maharadjah et à sa postérité, de génération en génération.

équivalentes entre elles, et exprimant une idée mixte que représenterait assez bien la combinaison des mots majesté et sainteté.

« 2. On ne souffrira pas que les habitants du pays de l’autre côté de la passe de Khayber commettent aucuns vols , agressions ou désordres de ce côté.— Si un officier de l’un des deux États, coupable de détournement des deniers publics, se réfugie sur le territoire de l’autre , celui-ci s’engage à livrer le délinquant; et il ne sera permis à personne d’obstruer le cours d’eau qui sort du défilé Khaiber, et qui, de tout temps, a fourni de l’eau au fort de Fattehgurh.

«3. Attendu qu’aux termes du traité conclu entre le gouvernement anglais et le maharadjah, personne ne peut traverser de la rive gauche à la rive droite du Sutledge sans un passe-port du maharadjah , la même règle sera observée relativement au passage de l’Indus , dont les eaux joignent le Sutledge , et personne ne pourra traverser l’Indus sans la permission du maharadjah.

« 4. Touchant Shikarpour et le territoire du Sindh, sur la rive droite de l’Indus, le shâh consentira à s’en rapporter à tout ce qui pourra être déterminé comme juste et raisonnable, conformément aux heureuses relations d’amitié subsistant entre le gouvernement anglais et le maharad jah, par l’intermédiaire du capitaine tVade.

« 5. Quand le shâh aura établi son autorité dans Kaboul et Kandahar, il enverra annuellement au maharadjah (par la rivière de Kaboul à Peshawar) les objets ci-après mentionnés, savoir : cinquante-cinq chevaux de race, de couleurs approuvées et d’allures agréables; onze cimeterres persans, sept poignards persans , vingt-cinq lionnes mules ; des fruits secs et frais de diverses espèces, serdas ou melons musqués, d’une saveur douce et délicate ( des envois de ce dernier fruit seront faits pendant toute l’année); des raisins, des grenades, des pommes, des coings, des amandes, des raisins secs, des pistaches,une abondante provision dechaque espèce de ces fruits, ainsi quedes pièces de satin de toutes les couleurs; des chogas ( tchogas , pelisses) de fourrure; des kimkhâbs ( brocarts) d’or et d’argent, et des tapis persans ; le tout au nombre

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de cent et une pièces (*) : lesquels articles le shah s’engage à envoyer tous les ans au maharadjah.

<> 6. Chacune des parties contractantes correspondra avec l’autre sur le pied de l’égalité.

« 7. Les marchands de l’Afghanistan qui voudront trafiquer à Lahore , Umritsir, ou toutes autres parties des possessions du maharadjah, ne seront pas arrêtés ou molestés sur leur route; au contraire, les ordres les plus stricts seront donnés pour faciliter les rapports commerciaux , et le maharadjah s’engage , de son côté , à observer la même ligne de conduite à l’égard des

(*) Ces clauses doivent paraître trèssingulières dans un traité de cette importance, et on peut s’étonner que le gouvernement anglais en ait autorisé l’insertion et garanti solennellement l'exécution. Il ne faut cependant pas perdre de vue, d’un côté, les habitudes orientales, de l’autre, les prétentions et le caractère étrange de Randjit Singh, qui, se voyant appuyé par le gouvernement anglais, et désirant tirer tout le parti possible de la circonstance pour satisfaire sa vanité et sa cupidité à la fois , s'est attribué dans cette occasion décisive le rôle de protecteur et de suzerain. L'article suivant montre que le sbâh ne s’était pas mépris sur cette intention de l’humilier, et a insisté pour que le maharadjah fût remis à sa place. Mais la teneur générale du traité est trop manifestement au profit de ees prétentions orgueilleuses du souverain sikh, et quand ce dernier consent (voy. art. 8) à envoyer quelques présents au roi de Kaboul, c’est uniquement par amitié pour lui (by way of friendship). Les Anglais attachaient évidemment une extrême importance à l’alliance de Randjit Singh , et c'est là ce qui les a déterminés à passer par-dessus ces prétentions un peu exagérées sans doute, mais qui ne touchaient pas au fond de la question. Il nous semble, toutefois, qu’il eût été plus convenable et plus digne d'éviter l'insertion, dans le traité solennel, de certains détails qui auraient pu faire le sujet d'une convention séparée, d’autant plus qu’il n’était pas absolument nécessaire que le parlement anglais fût instruit de la prédilection marquée de Randjit Singh pour les melons musqués et les fruits frais ou secs de l'Afghanistan,

marchands qui désireraient se rendre dans l’Afghanistan.

« 8. Le maharadjah enverra annuellement au shâh les articles suivants en témoignage d’amitié : cinquante-cinq pièces de châles , vingt-cinq pièces de mousseline, onze daupattahs, cinq pièces de kimkhâbs , cinq écharpes , cinq turbans , cinquante-cinq mesures de riz Barèh ( propre au territoire de Peshawar. )

« 9. Tous les officiers du maharadjah qui pourront être envoyés en Afghanistan pour acheter des chevaux ou pour toute autre affaire, ainsi que ceux qui pourront être envoyés par le shâh dans le Pandjâb , dans fe but d’acheter des toiles ou des châles, etc., jusqu’à concurrence de onze mille roupies, seront traités des deux côtés avec les égards convenables, et trou veront toute facilité pour l’exécution des commissions dont ils auront été chargés.

« 10. Toutes les fois qu’il arrivera que les armées des deux Etats se trouveront rassemblées en un même lieu , on ne pourra tuer de boeufs ou de vaches (mot à mot, le massacre des bêles bovines ne pourra avoir lieu) sous aucun prétexte.

«11. Dans le cas où le shâh emploierait un corps auxiliaire de troupes du maharadjah, tout le butin en bijoux, chevaux , armes petites ou grandes , qu’on pourra prendre aux Barekzaïs, sera également partagé entre les deux parties contractantes. Si le shâh parvient 5 obtenir possession de ces effets et propriétés personnelles (des Barekzaïs).sans le secours des troupes du maharadjah, le shâh consent, néanmoins, à envoyer une partie du butin, par son propre’ agent, au maharadjah, en témoignage d’amitié (*).

« 12. Un échange de missions, chargées de lettres et de présents, aura

(*) Cet article 1 1 aurait du, en conscience, èlre réservé pour la convention particulière dont nous indiquions plus haut la convenance. C'est réellement un fait peu honorable pour le gouvernement anglais que l'approbation donnée sans réserve à ce pillage anticipé des Barekzaïs.

L’UNIVERS

constamment lieu entre les deux parties.

« 13. Dans le cas où le maharadjah réclamerait l’aide des troupes du shâh pour l’accomplissement des objets qu’on a en vue dans ce traité , le shâh s’engage à envoyer un corps d’armée commandé par l’un de ses principaux officiers. De même, le maharadjah fournira au shah, sur sa demande, un corps de troupes auxiliaires, composé de mahométans et commandé par un de ses principaux officiers (jusqu’à Kaboul, s’il est nécessaire), pour l’accomplissement des objets qu’on a en vue dans ce traité. Quand le maharadjah aura occasion d’aller à Peshawar, le shâh enverra un shâhzadah (') pour le visiter, auquel cas le maharadjah le recevra et le congédiera avec les -honneurs et la considération dus à son rang et à sa dignité.

« 14. Les amis et les ennemis des trois hautes puissances , nommément des gouvernements anglais et sikh et de Shâh Shoudjâ-oul-Moulk , seront les amis et les ennemis des trois.

« 15. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk s’engage , après avoir atteint le but qu’il se propose, à payer sans faute au maharadjah la somme de deux lacs de roupies, Aànak sh'ahiou kaldar (à compter du jour où les troupes sikhs pourront être envoyées dans le but de rétablir Sa Majesté sur le trône de Kaboul ), en considération de ce que le maharadjah entretiendra un corps de cinq mille hommes au moins, cavalerie et infanterie , de la foi mahométane , dans les limites du territoire de Peshawar, pour appuyer les opérations du shâh, et qui devront être envoyés au secours de Sa Majesté, toutes les fois que le gouvernement anglais, de concert et avec les avis du maharadjah, jugera ce secours nécessaire; et au cas qu’il se passât quelque chose de grande importance dans l’Ouest, on adoptera à cet égard telles mesures que les gouvernements anglais et sikh pourront juger, à cette époque, propres et convenables. Dans Je cas où le maharadjah

(*) Un de ses fils.

aurait besoin de l’aide d’aucune des troupes du shâh , il sera fait au subside une déduction proportionnée au temps pendant lequel ce secours aura été donné ; et le gouvernement anglais se rend responsable du payement ponctuel et annuel de la somme mentionnée au maharadjah, aussi longtemps que les clauses de ce traité seront dûment observées.

« IG. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk consent à abandonner, pour lui-même, ses héritiers et ses successeurs, tous droits de suzeraineté et arriérés de tribut qu’il pourrait prétendre sur le pays oui est maintenant en la possession des Amîrs du Sindli (et qui continuera à appartenir aux Amîrs et à leurs successeurs à perpétuité), à la condition par eux de payer au shâh telle somme

ui pourra être fixée sous la médiation

u gouvernement anglais, de laquelle somme un million cinq cent mille roupies seront par lui remises au maharadjah RandjîtSingh.Lorsqueces payements seront complétés, l’article 4 du traité du 12 mars 1833 sera considéré comme annulé (*), et l’échange accoutumé de lettres et de présents convenables entre le maharadjah etles Amîrs du Sindh sera maintenu comme par le passé.

« 17. Lorsque Shâh Shoudjâ-oul- Moulk aura réussi à établir son autorité dans l’Afghanistan, il n’attaquera ni ne molestera son neveu lesouverain d’Hérât, et le laissera en possession paisible des territoires maintenantsoumisàsou gouvernement.

« 18. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk s’oblige personnellement et oblige ses héritiers et successeurs à s’abstenir d’entrer en négociations avec aucun État étranger, sans la connaissance et le consentement des gouvernements anglais et sikh, et s’oblige également à s’opposer de tout son pouvoir, par la force des armes, à toute puissance qui aurait le dessein d’envahir les territoires anglais et sikh.

<■ Les trois puissances, parties inté-

(*) Cet article /, es! reproduit mot pour mot daus le présent traité et sous le même numéro.

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cessées à ce traité, savoir : le gouvernement anglais, Randjît Singh et Shâh Shoudjâ-oul-Motdk, donnent leur consentement cordial aux articles ci-dessus. Il n'en sera dévié en aucune manière; et, dans ce cas, le présent traité sera considéré comme liant à jamais les liantes parties contractantes ; et ce traité sera mis à exécution , à dater du jour auquel les trois parties contractantes y auront apposé leurs sceaux et signatures.

« FaitàLuhore, ce vingt-sixième jour de juin dans l’an de N. S. 1838, correspondant au 15 du mois d’Assarh 1895, ère de Bikermadgît. »

A la lecture de ces importants documents. les réflexions se présentent en foule. Les prineipesde libéralité, d’humanité, de justice, invoqués pour motiver les actes du gouvernement anglais, paraissent, il faut en convenir, en contradiction avec ces actes eux-mêmes.

L’application insolemment capricieuse de ces principes est ici par trop manifeste , surtout en ce qui touche les droits de Shah Shoudjâ, et la conduite si cruelle, selon le gouverneur général , de la Perse envers le prince d’Héràt. La presse libérale dans l’Inde et en Angleterre n'a pas épargné lord Auckland à cet égard. Le blâme , le sarcasme, sinon l’injure, lui ont été prodigués. On a condamné la résolution prise de replacer Shâh-Shoudjà sur le trône; on a critiqué ensuite les moyens d’exécution de cette grande mesure; on ne manquera pas de se plaindre des résultats. Chez, nos voisins , rien de tout cela ne doit étonner, et il se passe bien, de temps à autre, quelque chose d’analogue chez nous ; mais , à examiner de près cette grande affaire d’Orient, il nous semble que la gloire et les intérêts do l’Angleterre n’ont pas eu à souffrir de la détermination prise par lord Auckland , et si le langage du gouverneur général, dans le manifeste que nous venons de lire, manque un peu de franchise dans les détails, il ne manque certainement, au total, ni de dignité, ni de force. Nous irons plus loin , et nous ne craindrons

pas de dire que jamais homme, dont les résolutions devaient influer sur les destinées d’un grand empire , n’a pris son parti plus à propos et avec plus de vigueur, n'a avoué plus hautement et plus distinctement ses amitiés ou ses naines politiques, et proclamé enfin avec plus d’indépendance ses motifs et son but.

Au moment où lord Auckland annonçait ainsi la chute des princes barekzais et la restauration du shâli de Kaboul, les immenses préparatifs de l’expédition s’achevaient entre la Djamna et le Sutledje. Tous les corps destinés à former l'armée de C Indus avaient été portés au grand complet.

Le premier rendez-vous indiqué pour les troupes du Bengale était la station de Knrnaul, au nord de Delhi, et de là elles devaient marcher sur Firozepour, aux bords du Sutledje, et s’y concentrer. Le corps d'armée du Bengale se composait dans l’origine de cinq brigades d'infanterie, de trois régiments chacune, partagées en deux divisions; d’une brigade de cavalerie et d’une d’artillerie; en tout treize mille hommes environ, dont trois mille Euro-

fiéens. Des arrangements subséquents e réduisirent à huit mille hommes.

Le corps d’armée levé pour le service particulier de Shâlt Shoudjâ, dans le nord , s’était formé à Loudiana et se composait de deux mille hommes decavalerie, quatre mille hommes d’infanterie et une compagnie d’artillerie, achevai : en tout environ six mille hommes commandés par des officiers anglais. En même temps, à Bombay, s’organisait le corps d’armée auxiliaire destiné à occuper le Sindh et à marcher ensuite sur Kandahar, après avoir opéré sa jonction avec les troupes du Bengale. Bombay fournissait pour son contingent deux brigades d’infanterie, une de cavalerie, une d’artillerie, offrant un effectif d’à peu près huit mille hommes, dont deux mille cinq cents à trois mille Européens. Le gouverneur général , de Simla où il s'était établi depuis longtemps , surveillait tous les mouvements de troupes et dirigeait les opérations des nombreux agents

ca

L’UNIVERS

politiques qu’il avait expédiés de toutes parts. Une entrevue se préparait entre le représentant du gouvernement anglais et le lion du Pandjdb. Le capitaine Wade (aujourd'hui le colonel sir Claud Wade) , agent politique à Loudiana, présidait à tous les arrangements préliminaires. Un ordre du gouverneur général, sous la date du Il octobre, avait désigné cet officier pour rejoindre, en temps utile, l’armée du maharadjah Rahdjît Singh à Peshawar, et l’avait chargé , d’après les instructions qui lui seraient données , de la surintendance des affaires du gouvernement anglais, en tout ce qui aurait rapport aux États et aux troupes de Son Altesse. Il devait être assisté à Peshawar de plusieurs officiers, parmi lesquels se trouvait le lieutenant Mackeson, agent pour la navigation de l'Indus. Le célèbre voyageur sir Alexander Bûmes (*), que son activité, son intelligence, sa persévérance infatigable et sa connaissance des intérêts politiques et commerciaux- à l’ouest de l’Indus avaient désigné depuis longtemps comme le guide et l’avant-garde intellectuelle, en quelque sorte, dé l’expédition, s’occupait sans relâche des moyens d’aplanir les difficultés que l’armée pouvait s’attendre à rencontrer sur sa route. La plus grande activité, le zèle le plus anime, l’accord le plus parfait, se montraient dans toutes les branches du service. Des approvisionnements considérables avaient été faits sur plu-

(*) Alexander Bûmes avait été nommé chevalier par la reine et lieutenant-colonel honoraire le 7 août 1 838. Le lieutenantcolonel VVade a été fait chevalier le 1 1 décembre i83g. Ces deux oflicierj nous paraissent avoir amplement mérité les honorables dislinetions dont ils ont été l’objet; le colonel Wade a montré beaucoup de jugement et de prévoyance dans les négociations et la correspondance qui ont précédé la grande expédition au delà de l’Indus, et il nous semble que sou avis a dû avoir une très-grande influence sur la détermination prise par lord Auckland de replacer Shêb 8lioud:à-Oul-Moulk sur le trône de Kaboul

sieurs points, des marchés conclus pour les besoins à venir, des convois organisés; l’armée allait se concentrer à Firozepour, pour y passer la revue du gouverneur général et du souverain du Pandjdb , le seul chef redoutable que le gouvernement de l’Inde comptât parmi ses alliés, et auquel (ainsi qu’à tous les serdars sikhs) il importait de donner à la fuis l’idée la plus imposante des forces militaires dont ce gouvernement pouvait déposer, et un témoignage éclatant d’estime politique et de confiance.

Le général commandanten chef, qui était venu rejoindre le gouverneur général à Simla, publia, le 22 octobre, un ordre du jour qui semblait indiquer qu’il n’avait pas encore une parfaite confiance dans ses troupes , sous le rapport de la discipline, et qui causa d’abord quelque mécontentement dans l’armée. Cependant les officiers, jeunes et vieux , n’en burent pas moins à la santé de sir Henry Fane, et en général l’ardeur et l’enthousiasme des troupes, soit européennes, soit indiennes, se manifestèrent partout et en toute occasion de la manière la plus flatteuse pour leurs chefs, par des acclamations, par des chants , pendant la marche au rendez-vous général à Firozepour, en un mot par les explosions de la joie la plus bruyante.

Le gouverneur général etlecommandanten chef étaient à Firozepour dès le 27 novembre. A cette époque le gouverneur général avait déjà reçu avis de la levée du siège d’Hérât par "l’armée persane. D’un autre côté, la santé deRandjît Singh, depu» longtemps affaiblie par desexces de tout genre, donnait lieu de penser que dans quelques mois, dans quelques semaines peut-être, le maharadjah aurait cessédevivre ; et bien que déjà, dans plus d’une circonstance , il ertt trompé les prévisions des médecins, des renseignements positifs ne permettaient guère de douter, cette fois, que le terme fatal de cette longue carrière d’ambition et d’iniquités n’approchât en effet (*). Aux précautions prises de

(*)Randjit Singh est mort, le 27 juin i83y,

INDE

longue main pour que la tranquillité du Pandjab ne fût pas troublée à la mort de son chef, il paraissait prudent d’en ajouter de nouvelles. C’est à ces divers motifs qu’il nous semble naturel d’attribuer les dispositions suivantes de l’ordre du jour du 27 novembre :

« Les circonstances ont tellement changé dans les pays à l’ouest de l’Indus depuis le rassemblement de l’armée destinée à entrer en campagne, que le très-honorable gouverneur général ne juge pas nécessaire de faire marcher toutes les troupes, dont une

Fartie suffira pour remplir le but de expédition. En conséquence, d’après les instructions de Sa Seigneurie, toute la cavalerie, une compagnie d’artillerie à cheval, une batterie de siège, les sapeurs et mineurs et trois brigades d’infanterie , se mettront en marche.

I,e reste des troupes attendra des ordres à Firozepour. La tâte de la colonne commencera son mouvement aussitôt que l’armée aura été passée en revue par le gouverneur général et le maharadjah Randjît Singh. »

La première entrevue de lord Auckland et de Randjît Singh eut lieu le 29, et, à dater de ce jour, pendant plus d’un mois, ce ne fut qu’échange de politesses, de cadeaux, de protestations affectueuses , entre les deux grands personnages, soit à Firozepour, soit à Lahore, où le gouverneur énéral accompagna son royal ami peu e temps apres la grande revue qui avait eu lieu le 3 décembre. Ainsi Randjît Singh s’était trouvé deux fois, dans l’espace de sept ans, assis sur un même éléphant ou à la même table avec le vice-roi des Indes anglaises, passant en revue les troupes de ses alliés et faisant défiler devant eux les siennes , organisées et disciplinées par des officiers français. Toutefois , cette dernière entrevue avait un caractère politique et militaire plus marqué que la rencontre de lord William Bentinck

sept mois environ après lu visite du gouverneur général , léguant le Koh-é-nour au temple hindou de Djaggamàt. Il avait soixante ans.

avec le souverain sikh , au mois d’octobre (831 (*).

Enfin tous ces préparatifs et ces préliminaires , indispensables à l’exécution du traité passé entre les hautes

fiarties contractantes, étant terminés, 'armée commença sa marche le 10 décembre. Le shah, avec les nouvelles levées , avait sur les troupes de la Compagnie une avance de quelques jours. Le 22 décembre, le corps d’armée de Bombay débarquait aux bouches de PI nd us, et marchait sur Hyderabâd, en même temps qu’une expédition destinée à occuper Aden faisait voile de Bombay. Cette expédition , dont nous donnerons l’historique ailleurs , eut le résultat immédiat qu’on en attendait; les Anglais sont en possession d’Aden depuis le mois de janvier, mais ils y sont exposés à des attaques continuelles de la part des tribus arabes de l’intérieur, et paraissent loin encore du but qu’ils se propo-

(*) Cette entrevue de lord William avec Randjît Singh avait eu lieu à Rouper, petit bourg situé sur les bords du Sutledje , à une distance, sur la droite, à peu près moitié de celle à laquelle Firozepour se trouve de Lotidiana sur la gauche.

Dans cette circonstance , Randjit Singh , malgré le voisinage du roi exilé et alors oublié , Shah Slioudjâ , n’avait pas hésité à faire parade du Koh-é nour , que lord et lady William et les personnes de leur suite avaient pu se passer de main en main et admirer à leur aise. Celle fois encore , les hôtes du maharadjah le trouveront disposé à éblouir leurs yeux de l'éclat du Koh-é-nour et d’autres maguifiques joyaux. L’entrevue des deux grands personnages eut un véritable caractère de splendeur et de pompe asiatique, qui témoignait de l'importance que te gouvernement suprême mettait à resserrer de plus en plus son alliance avec le souverain du Pandjib , et dont tout l'Hindoustan fut ému. Les sœurs de lord Auckland et plusieurs autres dames prirent part aux fêtes brillantes qui s’échangeaient entre les Anglais et les Sikhs. Environ diX mille hommes d'élite de l’armée de Randjit Singh furent passés en revue par le gouverneur général et le général en chef, sir H. Fane, le 5 décembre.

saient de rendre Aden l’entrepôt principal du commerce de l’Arabie avec l’Europe et l’Inde anglaise.

Un vaisseau de soixante-quatorze, le IVellesley , démolit, le 2 février, le

fietit fort de Manhara , situé vers 'embouchure la plus occidentale de flndus , et débarqua des troupes (deux mille deux cents hommes environ, dont six à sept cents Européens) qui occupèrent ce fort et la ville voisine de A ’aratchi le jour suivant. La nouvelle de la prise de Karatchi accéléra la soumission des Amîrs.

Avant de tracer l’esquisse historique de l’expédition qui a placé les contrées arrosées par Flndus ou ses tributaires, et plus particulièrement le Delta de l’Indus, sous le protectorat immédiat de l’Angleterre, nous allons essayer de donner en peu de mots une idee des pays traversés, en 1839, par le corps d’armée de Bombay, et que les troupes de cette résidence doivent occuper d’une maniéré permanente.

Les pays situés sur la rive occidentale de l’indus, dans son cours moyen et à partir de Sanngar, sont désignés par le nom de Sindh; mais le Sinclh proprement dit commence au confluent de l’Iudus et du Pandjnud, et a pour limites au nord le Pandjâb et le Katclt- Gandava , au sud la province de Katch et l’océan , à l’est le Radjpoutana et le pays des Daoudpoutras (le Bahawalpo’ur) , à l’ouest enfin , le Beloutchistan. Sa forme est irrégulière , elle approche cependant de celle d’un triangle dont les embouchures de l’indus (occupant une ligne de cent trente milles environ de longueur) formeraient en partie le plus petit côté, et dont l’angle opposé aurait son sommet près de Mitthun- Kote. L’aire de ce triangle peut être évaluée .à environ deux mille six cents myriamètres carrés. I.es quatre cinquièmes au moins de cette surface, si Ton en croit les témoignages les plus dignes de foi , sont propres a la culture; on n’en cultive aujourd'hui qu’un peu plus des (feux cinquièmes. Ce que produit cette exploitation imparfaite du sol suffit cependant et au dplà aux besoins de la population actuelle, qui pa-

raît ne pas excéder tin million d’âmes, si même elle atteint ce chiffre. Dans le Delta comme au Bengale , le riz forme la nourriture principale des habitants; plus haut, le blé, comme dans le cours moyen du Gange, remplace fréquemment le riz. L’aspect de ce pays est dénué d’intérêt. A l’est de Flndus, à l’exception des collines de Bâkker et d’Hyderabad, on ne rencontre pas un seul accident de terrain , pas une pierre depuis le fleuve jusqu’aux monticules de sable du vaste désert qui sépare la province du Sindh de l’Hindoustan ; tout est plat et couvert de buissons.

A l’ouest du fleuve, du parallèle de Mitthun-Kote à celui de Séhwun (26° 30' L. N. environ), on retrouve cette plaine jnonotone et infertile jusqu’au pied des monts Ilaia , qui bordent le Beloutchistan. De Séhwun à la mer, le pays est nu et hérissé de rochers.

Le sol du Delta est riche , mais mal cultivé; la surface en est sans cesse modifiée par les inondations périodiques du fleuve. Les points, eu petit nombre , qui ne sont pas atteints par le débordement, y participent par des canaux artificiels de quatre pieds de large sur trois pieds de profondeur, qui suffisent aux besoins de l’irrigation.

La crue des eaux commence en avril , atteint sa limite en juillet , décroît sous l’influence des vents du nord , et disparait en septembre; les pluies sont très-rares (*). Un huitième environ du sol du Delta est couvert par les lits du fleuve ou ses ramifications; une grande partie des sept huitièmes restants est envahie par une végétation naine, mais vigoureuse , qui forme des fourrés impénétrables. Dans la proximité des villes seulement, comme près d’Hyderabad etdeTatta, on cultive la vigne, le figuier, le pommier, le grenadier, la canne à sucre ; on récolte aussi quelque peu d'indigo , du tabac et du chanvre : ces deux" dernières plantes sont employées comme narcotiques. Partout lès grands arbres sont rares. De

(*) A Karatchi , d’après les renseignements récemment recueillis , il n’aurait pas plu depuis trois ans.

ooglt'

INDE

vastes portions de la surface du Delta sont occupées par des plaines entièrement nues , d’une argile durcie. Sans l’Induset ses inondations bienfaisantes, tout le Sindli deviendrait un desert semblable à celui qui s’étend entre ce pays et l’Hindoustan. Malgré ces désavantages naturels et l’incurie de ses habitants, le Sindh a rapporté, dans ces derniers temps, au gouvernement des Amîrs, environ quarante lacs de roupies (à peu près dix millions de francs); sous la dynastie précédente, les revenus s’élevaient, dit -on, au double de cette somme.

La province de Sindh ne vit donc ,

f»our ainsi dire, que par l'Indus; elle ui doit son importance politique et commerciale, et ses éléments de prospérité ont subi jusqu’à ce jour l’influence des causes physiques qui se résument dans les accidents de ce cours gigantesque, qu’une civilisation , toujours imparfaite, souvent rétrograde, n'a pu maîtriser encore.

Alexandre , cet homme d'une si grande prévoyance, d’une volonté si prompte et si ferme , d'une puissance d’exécution si merveilleuse, avait compris d’un coup d'œil le parti qu’on pouvait tirer d’une occupation permanente du Delta : il s’était rendu maître du cours navigable du fleuve en fondant des villes et en élevant des forts sur deux points qui sont précisément, on a tout lieu de le croire, ceux sur lesquels s’élèvent les villes modernes de Bakker et de Tatta. L’œuvre ébauchée par cet homme, si grand qu’il fdt, ne pouvait être achevée que par une nation et avec toutes les ressources de la civilisation européenne. Ce que tout le génie et la persévérance d’Alexandre n’auraient pu accomplir, même relativement, pendant la durée d’un long règne, se fera de nos jours, sinon sans efforts, au moins sans lutte, et se fera surtout par l’introduction de la navigation à la vapeur, cette puissance miraculeuse qui seule pouvait, en assujettissant complètent mt le cours de l'Indus à la domination d’un grand peuple, doter le Sindh et le Pandjâb d’une vie nouvelle et d’un riche avenir.

5' Livraison. (Inde.)

Du temps d’Aureng-Zeb , il se faisait un commerce considérable par l’Indus et le Râvy jusqu’à Lahore. Ce commerce , ruiné par les commotions politiques du pays, et surtout par les exactions des nombreux chefs qui s’étaient rendus successivement indépendants, sur les lignes parcourues par les marchands, va renaître et probablement acquérir, sous la protection du gouvernement anglais , un développement bien supérieur à celui qu’il avait atteint à l’époque dont nous parlons.

L’histoire du Sindh est assez bien connue. Alexandre avait trouvé ce pays habité par les Hindous et gouverné par les brahmanes. Après avoir fait quelque temps partie de la monarchie baetrienne, le Sindh regagna son indéendance qu’il conserva jusqu’à l’étalissement de l’islamisme, et passa bientôt après sous le joug niahométan.

Les califes renversèrent la dynastie brahmane, et de Baghdad gouvernèrent cette province par députés. Le Sindh passa successivement sous la domination des Ghaznavides et des Ghorides, jusqu’au quatorzième siècle; à cette époque, les princes du pays reprirent le dessus, et plusieurs tribus se disputèrent l’honneur de donner des souverains au Sindh, qui fut soumis de nouveau par les conquérants tartares.

Enfin, Nàder Shah le réunit à son empire; et quand, après sa mort, Ahmed Shâh fonda le royaume de Kaboul, cette province en lit partie et a été considérée depuis lors comme une de ses dépendances. Du temps de Nàder, elle était gouvernée par la famille des Caloras, originaire du Beloutchistan. Sous lerègnedeTimour Shâh ( fils d’ Ahmed Shâh), vers l'année 1786, le pouvoir passa dans la famille des Talpouris, qui l’a conservé jusqu’à ce jour, et qui est également Beloutchi d'origine. On peut donner une idée exacte du caractère et des résultats de leur administration , en assurant qu’elle avait pour but exclusif de remplir les coffres des Amîrs, sans égards pour le commerce, pour l’agriculture, pour le bien-être présent

L’UNIVERS

ou futur des populations. Le gouvernement anglais chercha plusieurs fois à former avec ces princes une alliance qui pût profiter d’une manière efficace et durable aux intérêts commerciaux; mais il n’y avait aucun résultat utile à attendre de traités conclus dans ce but avec des chefs qui n’avaient qu’un respect médiocre pour la foi jurée, et dont les engagements ne liaient pas d’ailleurs d'une manière absolue les chefs secondaires. Nous avons vu que la plus importante de ces tentatives stériles datait de 1832. Le caractère des négociations entamées à cette époueparordreet d’après les ^instructions e lord William Bentinck, se ressentit de la circonspection souvent imprévoyante et de la politique timide et flottante de ce gouverneur général. La dignité du gouvernement suprême en souffrit sans que les intérêts matériels en retirassent aucun bénéfice. Si jamais l’inopportunité et le danger des demi-mesures ont été démontres, c’est en ce qui touche aux relations de l’Inde anglaise avec le Sindh. Lord Bentinck a voulu temporiser, se borner à un traité de commerce avec des gens qui ne comprennent, ou du moins qui ne respectent que la force. Ce traité ne servit à rien, et le traité de 1834, dont on voulut l’étayer, ne remplit pas le but qu’on se proposait , parce que "attitude du gouvernement anglais , tout en témoignant de son désir sincère de voir exécuter les dispositions de ces traités, ne montrait pas la ferme volonté d’en assurer l’exécution, et que les spéculateurs ne pouvaient compter sur aucune protection dans le Sindh , par suite de la désorganisation politique du pays. Il fallait imposer un traité dont les stipulations pussent protéger efficacement les intérêts politiques et commerciaux. C’était le seul moyen d’én finir avec les ‘ Amîrs, et c’est celui qu’a adopté lord Auckland. Parmi les princes de la famille royale régnante, le plus intelligent et le plus puissant de beaucoup est Mîr Mourad- Aly-Khan-Talpour, d’Hyderabad. Les Amîrs de Khayrpour et de Mîrpour, ses neveux , sont

plus ou moins sous sa dépendance.

Mîr-Mourad-Aly a usurpé les droits de Mîr-Sobdar-Khan , un autre neveu, fils de son frère aîné; il a de plus désigné comme son successeur le second de ses propres fils, au détriment de l’aîné; et, comme Mîr-Sobdar-Khan est encore eu vie, à ce qu’on nous assure, il ne saurait y avoir moins de trois prétendants au trône à la mort de Mîr-Mourad-Aly. Toutefois, ces prétentions rivales ont trouvé, ar suite des derniers traités , un aritre dont les décisions seront sans appel; et conséquemment l’avenir politique du Sindh est , sous ce rapport, à l’abri de toute commotion violente.

Nous croyons inutile d’entrer dans de longs détails sur la forme de gouvernement du Sindh et son action dans ces dernières années. La domination anglaise commence pour ce pays , et nous ne pourrions former que des conjectures sur le système d’administration qui vient d’v être introduit. Nous nous bornerons donc à résumer en peu de mots ce qu’on sait sur l’état actuel, la population et les ressources du Sinah et le caractère de ses habitants.

I.es trois districts principaux du Sindh se subdivisent en un nombre presque infini de cantons pressurés outre mesure par de petits chefs absolus qui payent une certaine redevance aux Amîrs. Ces despotes, grands et petits, ont sans cesse les versets du Koran à la bouche, mais ne reconnaissent, par le fait, d’autres lois que leurs caprices. Ils pouvaient mettre à mort, et cela s’est vu maintes fois, leurs femmes ou leurs concubines et leurs propres enfants , sans que personne y trouvât à reprendre. Fumer, mâcher" le bétel ou l’areck, s’enivrer par tous les moyens connus dans l’Inde, chasser ou au moins tuer à loisir le gibier entassé dans les innombrables réserves ménagées à cet effet sur les bords du fleuve, teHes sont leurs occupations habituelles. Ces enclos réservés, connus sous le nom de Shikar-Gahs, occupent à eux seuls une portion considérable du pays. On n’en

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compte pas moins d’une trentaine sur une sèule rivé, entre Hyderabad et Tatta. Ce sont autant d'obstacles à la culture et même à la navigation, car les clôtures descendent jusque dans le voisinage du chenal et interceptent le halage.

La masse de la population du Sindh est mahométane; un quart environ de cette population suit la religion brahmanique. Sous le rapport ethnographique, comme sous le point de vue du climat et des productions, le Sindh est une terre de transition. Bien des races , autrefois distinctes , s’y sont croisées et confondues. Las Sindnis ou Sindhiens proprement dits sont la partie nomade, de la population; on les regarde comme les premiers habitants du pays. Convertis k l’islamisme, ils se sont mélés par le mariage avec la race des -conquérants. Il y a des mahométansdans le Sindh et des Hindous dans la province de Katch qui reconnaissent les mêmes ancêtres. Les mahométans sont grands et bien proportionnés, très-bruns; Hs portent les cheveux longs, ce qui les distingue des autres mahométans de l’Inde; ils portent tous le bonnet, au lieu du turban. Les Hindous du Sindh ne diffèrent pas extrêmement de ceux de l’Hindoustan ; ils ont le teint plus clair que les mahométans. On voit aussi dans le Pandjâb quelques Sikhs ; ceux-ci et les Hindous se livrent exclusivement au commerce.

Le fanatisme religieux est porté par les musulmans au plus haut degré.

En tout ce qui touche aux pratiques extérieures de la dévotion , les Sindhiens sortent de leur apathie habituelle; aussi dit-on d’ordinaire qu’ils n’ont de zèle que pour célébrer la fête de 1 ’Yde(*), ae libéralité que pour nourrir la paresse des sayeds (**), de goût que pour orner les tombeaux de leurs saints. Les sayëds et les fakirs, mendiants religieux à pied et à cheval , abondent dans toutes les parties du Sindh ; iis demandent l’aumône avec

(*) La principale de leurs fêtes religieuses.

(**) Descendants du prophète.

arrogance et souvent la menace à la bouche. Mendier est un métier si profitable dans ce pays, que beaucoup de gens du peuple suivent cette vocation, et s’attirent les respects et les offrandes de la multitude, sans y avoir d’autres titres qu’une apparence étudiée d’austérité et de pieux recueillement.

Rester assis toute une nuit , par exemple, sur le toit en terrasse d'une maison, et répéter des milliers de fois, sans interruption , le nom d 'AUâh, suffit pour donner à l'un de ces personnages une réputation de sainteté.

Au reste, tout se réduit à ces démonstrations extérieures et à ces vaines pratiques. Pour un homme vraiment religieux et de quelque instruction, on en rencontre cent parmi ces classes privilégiées, qui savent à peine lire et qui ne savent pas écrire. Dans toutes les classes , le goût des plaisirs sensuels, des jouissances matérielles les moins relevées , l’emporte sur le sentiment du devoir et les affections de famille. Les personnes des deux sexes s’abandonnent à l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses et des drogues enivrantes. Les exercices môles propres à entretenir et à développer la vigueur de la constitution sont inconnus au bas peuple, qui, ainsi que les grands du pays, regarde l’oisiveté, ü doke/ar niente , comme le bien suprême. Dans ce pays ainsi peuplé et ainsi gouverné, on conçoit ue l’agriculture se repose sur l’Indus u soin de fertiliser le sol , et que le commerce languisse ou soit comprimé dans son essor par l’aveugle rapacité du despotisme. Cependant les Sindhiens ont un penchant marqué à l’imitation et beaucoup d’aptitude pour les arts mécaniques. Ils fabriquent des armes d’assez bonne qualité, ils préparent les cuirs mieux qu’on ne le fait dans l’Hindoustan. Ils réussissent particulièrement dans là fabrication de certains tissus ; mais ces différentes branches d’industrie, que le gouvernement musulman a constamment rançonnées au lieu de leur donner quelque encouragement, n’ont produit, surtout dans ces derniers temps , que oc

L’UNIVERS

qui pouvait suffire à la consommation locale.

La plupart des chefs sont Beloutchis.

Il y a quelque analogie de position entre eux et les mamelouks au milieu des populations égyptiennes , et ce n’e<t qu’une des nombreuses analogies qui, sous le point de vue physique et sous le point de vue politique, ont été déjà signalées entre le Sindh et l'É-

gypte-

Il y a peu de villes de quelque importance dans toute l'étendue du pays; la plus considérable est Shikarpoùr, dont la population est au moins de vingt-six mille âmes, et qui , se trouvant située sur les bords d'un canal, à peu de distance de l’Indus, sur la grande route suivie par les caravanes, est devenue le centre de relations très -actives (*). Hyderabad, moins

alée, quoiqu’elle soit la capitale ace du Sindh , ne compte , selon Burnes, que vingt mille habitants (Elphinstone lui en donne quatre-vingt mille ! ). Tatta , l’ancienne métropole, la Pattala d’Alexandre, a environ quinze mille âmes. Viennent ensuite Larkhana, Khayrpour, Mitthun-Kote, Séhwun, Karatchi , et quatre ou cinq autres de moindre importance. Au reste, les principales autorités que l’on puisse consulter ne s’accordent guère que sur le chiffre général de la population du Sindh , population qui ne semble pas, comme nous l’avons déjà dit, dépasser un million (**).

(*) Voyez , pour des détails intéressants sur le Sindh et sur Shikarpoùr en particulier, les voyages et les mémoires de Burnes et les voyages de Condlly.

(**) L'imporlanrede Karatchi, dans le présent et dans l’avenir, nous détermine à faire connaître plus particulièrement, dès à présent, ce point intéressant dout les Anglais ont pris définitivement possession depuis plus d'un an.

Ayant des communications sures et promptes par la voie de. la terre avec Tatta , 'àvec la mer et les côtes de l’Hindoustan par sa baie d’un accès facile , Karatchi , le seul port véritable sur toute la côte du Sindh, était destiné à devenir de bonne heure le centre d’un commerce de transit soit entre

Les productious du règne végétal et du règne animal dans le Sindh diffè-

le golfe Persique et celui de Kutch, soit entre l’Hindoustan et l’Afghanistan. Karatchi est situé presque sous le a5e degré de latitude nord et par 65° environ de longitude est , et conséquemment à l’ouest des principales embouchures de l’inclus , entre le cap Mnnzc et l’embouchure Phitti du Baggaur (branche occidentale du petit Delta), à cinq heures de marche de celle embouchure (*). Le petit fort de Manhara ou Manora, qui garde l’entrée du port, est bâti sur une éminence pittoresque. Les Amirs le regardaient comme imprenable.

Quand sir F. Maillant! (l’ancien commandant du Belléroplton ) arriva devant Karatchi, Manhara n’était défendu que par vingt hommes et sept pièces de canoo. La garnison s’attendait à être renforcée dans la soirée du a février, et avait repoussé les offres de capitulation honorable qui avaient été faites par l’amiral dans la matinée, line cinquantaine de coups de canon avaient, avant une heure de l’après-midi, démoli le fort en partie et mis en fuite la garnison, qui espérait pouvoir se réfugier à Karatchi, mais que les troupes déjà débarquées firent prisonnière, et la ville, sommée le soir meme, était occupée par les Auglais dès le lendemain.

Karatchi est une ville, considérable , bien que de chétive ap|)areiice. Les rues en sont étroites et tortueuses à l’excès; toutes les maisons sont construites en terre détrempée mêlée avec de la paille hachée, à toits plats, avec un ou plusieurs ventilateurs faits d’une espèce d’osier et servant à la fois de manche à veut et d’abat-jour; aucun édifice de quelque importance n’attire les regards. Les maisons, dout les plus élevées sont toutes au ceutrc de la ville, dimiuueut graduelle-

(*) Alrxandrei avait reconnu loi-même cette portion du Délia avant d'arrêter le départ de sa flotte pour le golfe Persique. Suivant le récit d’Arrien, Néarque, à sa sortie de l'indus par cette même embouchure peut-être, très-certainement par l'mte des embouchures du Raggaur, longea la cdte des Arabiies, avant à sa droite le mont Irus, et jeta l'ancre près d'une ile sablonneuse appelée Crocala. Les environs de l'embouchure Phitti sont encore aujourd'hui appelés par les nalifs Krokala On voit encore le long de la côte des iles sablonneuses semblables à celle dont parle Arrien, et l'entrée de la baie de Karatchi est fermée à l’est par trois de ces îlots (les îles Andry), débris probables de cette même ile où l'amiral macédonien s’arrêta un jour, au mois de septembre, il y a ai 65 ans.

INDE. «9

rent peu de celles de l’Hindoustan. I.e grandes ressources du pays ; l’un et chameau et le buffle sont les deux l’autre s’y sont prodigieusement mul-

ment de dimensions du centre à la cireonférence , dont un mur épais en terre défendait autrefois les approches. Il ne reste que des portions de cette enceinte. Quoique Karatchi fut depuis longtemps l’entrepôt commercial du Sindh, ni le gouvernement des Amirs, ni l’administration locale n’avaient pris aucune mesure pour faciliter l’arrivage et le débarquement des marchandises par l'établissement d’un quai, le creusement, l'élargissement du canal naturel qui conduit du port à la ville, c’est-à-dire, à plusieurs milles dans l’intérieur, en sorte que le transport s’effectue moitié en bateaux plats qu’on haie avec peine à travers d’une eau vaseuse, moitié à l’aide d’hommes qui portent leur charge sur la tête. Le bazar est grand; quelques-unes de ses rues sont complètement abritées du soleil par des nattes étendues d un toit au toit opposé. Là se presse une population bigarrée, qui présente peu de traits intéressants pour le voyageur. On y remarque toutefois quelques Hindous du Moultân, qui sont les seuls commercants et les seuls hommes d’affaires du pays, et qui se distinguent par la propreté de leur mise et leur air de prospérité. On rencontre aussi des soldais belotiichis, si de pareils brigands peuvent mériter le nom de soldats, dont. le costume pittoresque et la physionomie sauvage attirent les regards. Les Beloiitchis sont des hommes d’une assez fort® stature, et dont l’apparence indique la vigueur et les habitudes martiales. Ils sont armés jusqu’aux dents. Ils laissent souvent croître leurs cheveux par derrière, contrairement à la coutume ordinaire des mahométans. Leur barbe touffue, le bonnet de forme, étrange et de couleurs variées dont ils se coiffent, leur nez aquilin, leurs yeux petits, mais vifs, l’expression sournoise et même farouche de leur regard, tout concourt à les faire reconnaître comme une race à part , et comme les dominateurs du pays. Les Beloutchis formaient, disait-ou, la principale force des Amîrs. On supposait que ces princes entretenaient sur pied un corps d’environ vingt mille hommes de cette milice indisciplinée, infanterie et cavalerie. Par les stipulations du deruier traité, celte armée a dû être entièrement licenciée, et remplacée par un corps de troupes anglaises de cinq mille hommes, répartis suivant le bon plaisir du

gouvernement suprême. Les dispositions les plus récentes désignent Sakker et Karatchi comme chefs-lieux respectifs de deux brigades permanentes d’occupation. Un régiment européen (le 40*), et d’autres troupes appartenant à la présidence de Bombay, occupent Karatchi, qui nous semble devoir être regardé maintenant comme une des clefs de l’empire hindo-britannique à l’occident, se trouvant au sommet de l’angle formé par la ligne des bouches de l’Indus et la brandie la plus occidentale de ce fleuve.

En général, la population mâle de Karatchi a des formes athlétiques et l’apparence de la santé. La tète et la face sont petites, mais d'un beau contour; l’habillement des hommes est d’un tissu grossier, mais il leur sied à merveille, et tous, à l’exception des Hindous, que l’on rencontre en petit nombre , portent le bonnet beloutchi. Les femmes ont, comme les hommes, les traits marqués et le nez aquilin. Leurs cheveux sont simplement partagés sur le front ; mais cependant la coiffure des coquettes .du pays doit, pour être parfaite, satisfaire à une condition étrange. Une mèche de cheveux bien lisse, ramenée avec soin du sommet du front sur le nez, s’attache à l’anneau qui traverse l’une des narines. Les domestiques sont esclaves pour la plupart. Le commerce d’esclaves a été jusqu’à présent en grand honneur à Karatchi. Un bon esclave mâle se payait, en général, de deux à quatre cents roupies (de cinq cents à mille francs environ). Les femmes ne coûtaient guère plus de soixante roupies, les enfants de sept à huit ans, cinquante. Cet odieux trafic a dû cesser depuis que les Anglais sont entrés en possession de ce district. — Le chameau , qui est ici d’uue petite espèce, n’en est pas moins le plus précieux de tous les animaux domestiques. On l’emploie à tout. Les chameaux qui servent de monture font aisément un trajet de soixante et dix milles dans un jour.

Nous avons déjà dit que la portion la plus industrieuse de la population , quoique de beaucoup la moins nombreuse, est hindoue. Le commerce est tout entier entre les mains des Hindous Moultams. Ils occupaient aussi, sous le gouvernement des Amirs, quelques emplois subalternes, mais à la condition de laisser croître leur barbe comme les musulmans et de porter le même habillement au’eux; humiliation que l’a-

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tipliés: le chpmeau estpetit, mais trèsvigoureux; le buffle, d’une grande

mour du gain leur faisait supporter sans hésitation. Le gouvernement anglais n'a pas tardé à utiliser l’intelligence et l’expérience locale de cette classe d'hommes, et nous voyons, par une lettre d’un des officiers appartenant à la garnison de Karatchi que l’amiral sir Frédérik Maitland (*) n’avait pas dédaigné de s’asseoir à un banquet qui lui avait été offert par un de ces Hindous Moultanis, le principal négociant de la place. « C’était chose étrange, dit notre jeune officier, que de voir à la table de Seth Pratom Dass le vétéran qui commandait le Seliérophon quand le grand Napoléon viut s’y placer sous la protection du pavillon britannique. » Après le repas, et au moment où l’amiral prenait congé du riche Hindou, celui-ci présenta à Son Excellence un superbe bonnet beloutchi et une pièce de lounghie, comme échantillons des manufactures du Sindh. Le lounghie est un tissu soie et coton nuancé des plus riches couleurs; la longueur ordinaire d’une pièce de lounghie est de dix à douze pieds, et sa largeur de deux pieds. Roulé autour de la taille, un lounghie forme une ceinture d’une richesse et d’une élégance parfaites. Il paraît qu’il se fabrique à Karatchi une grande variété de ces tissus de soie et de coton, ainsi que des toiles d’une grande finesse et d’un fil très-fort, avec de jolies bordures de soie. On cite parmi les produits les plus remarquables de cette industrie des pièces de toile destinées à servir de vêtement aux femmes. Ces pièces sont d’abord teintes dü plus beau cramoisi; on y imprime ensuite les plus riches dessins, à l’aide d’une composition de gomme et d’étain dont l'effet est précisément celui d'un magnifique tissu d’argent. Des tissus de laine grossiers, et particulièrement une sorte de couverture faite en poil de chèvre et presque imperméable, méritent aussi d'être mentionnés.

Au total, il parait certain que non-seulement les habitants de Karatchi, mais les Sindhis ou Sindhiens, en général, sont adroits et imitateurs par nature, et que différentes branches d’industrie auraient déjà atteint un haut degré de développement parmi eux, si la main de fer du gouvernement musulman n’en eût arrêté l’essor. Les revenus des douanes de Karatchi se sont élevés en i83a à environ cinq cent mille (*) Mort à Bombay, le 3o décembre 1839.

espèce au contraire, et donnant en abondance un lait très-riche. Le mou-

francs. Ils ont beaucoup diminué depuis celte époque, ce qu'il faut attribuer surtout à la mauvaise administration des Amirs, qui, au lieu de protéger et d’encourager le commerce, l'écartaient pour ainsi dire par des exactions et des violences dont on ne pouvait prévoir le terme. Indépendamment des articles que nous avons indiqués plus haut, le commerce de Karatchi, qui est surtout un commerce de transit, oonsiste en noix d’areck, cardamone, cochenille, girofle, draps, cuivre, fers en barre, plomb, quincaillerie, sucres, bois de charpente et autres (qui sont importés surtout de Bombay), etc. Les caravanes de Kaboul et de Kandahar apportent des amandes , des graines de cumin, des dattes, du ghî, du grain, des cuirs, de l'huile, des cotonnades, etc. Karatchi est loin de répondre, par son aspect, à l'idée qu’on doit se former, d'après ce qui précède, de son importance poliliquè et commerciale. Son territoire est borné au nord et à l'est par une chaîne de hautes montagnes, appelée dans le pays le Poh, à l’ouest par la chaîne des monts Lakki, prolongement du ha/a, au sud par la mer. L’espace intermédiaire est une plaine aride presque entièrement dépourvue de végétation , et parsemée çà et là de noirs rochers , dont les blocs- confus semblent témoigner de quelque convulsion intestine de ce sol désolé. A la distance de huit milles environ de Karatchi, et dans les seuls lieux peut-être dont- l'aspect repose un peu le regard qu’attriste sans cesse l’infertilité poudreuse et monotone de ce pays, au milieu de bosquets de dattiers et des tombes de saints musulmans, on a trouvé des sources d’eau chaude dont les propriétés médicinales n’ont point encore été constatées par les Européens. Dans le voisinage immédiat de ces sources, et dans les mares qu’elles alimentent, se voient un grand nombre de crocodiles qui sont non-seulement respectés, niais protégés et nourris par les fakirs. Un jour viendra sans doute où le territoire de Karatchi, utilisant enfin le voisinage des cours d’eau dont il paraît être entouré, et changeant ]iar degrés de nature sous la main intelligente de ses possesseurs actuels, se revêtira de verdure, et produira en abondance des légumes et des fruits. En attendant, on trouve quelques légumes dans les rares jardins, ou terrains cultivés décorés

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ton à large queue ( doumba ) est aussi très-commun. Les produits de la pèche sont assez considérables , non-seulement pour fournir amplement à la consommation, mats encore pour former une branche d’exportation qui ne manque pas d'importance. Le commerce intérieur est insignifiant , la consommation des articles d’Europe est restreinte à la classe élevée ; mais à mesure que la population s'accroîtra avec la liberté et l’aisance des classes inférieures, de nouveaux besoins se développeront parmi ces classes , et nos toiles, nos indiennes, nos soies, nos velours trouveront des acheteurs, soit pour être employés sur les lieux, soit pour être exportés dans l’Asie centrale. Dans ces derniers temps, les principales importations consistaient en mis de construction, en indiennes , mousselines , calicots et autres tissus, de Bombay : velours, soies, satins. Gis de soie, noix de cocos, épiceries. métaux, ivoires, etc., des ports de l’Arabie et autres ports du sud.

Goudjerât, Marwar et Djeyssulmire envoient du sucre et de l’opium Malwa.

Les exportations consistaient en riz , sel, poisson (.l’espèce appelée poutlah, qui est très-dclieate), ailerons de requins , ghî , quelque peu d’indigo, etc.

Suivons maintenant la marche de l’expédition.

de ce nom, aux environs de la ville. Le poisson et le gibier sonl à très-bon compte, ainsi que la volaille. L’can est remarquablement saine et abondante, quoique ce soit de l'eau de puits. Enfin, comme, si la nature eût tenu à dédommager les habitants de ce district des bois touffus, des gras pâturages, des riches moissons qui leur sont refusés, le climat de Karatchi est un des plus beaux de la terre; l’air est vif et pur, les chaleurs sont très-modérées, les maladies y sont rares et les convalescences promptes; en un mot, tout semble indiquer que, comme station militaire et comme entrepôt commercial, les Anglais ne pouvaient choisir dans ces parages un peste qui fût plus à leur convenance La population actuelle de K.aratchi peut être estimée à huit ou dix mille âmes, et augmentera rapidement, selon toute apparence.

Le corps d'année du Bengale passa l’Indus à Bâkker pendant les journées des 14, 16, 16 et 17 février, sur un pont de bateaux jeté par les soins du capitaine Thompson , (Ammandant l’arme du génie , aux sons de la musique de trois régiments. C’était la première fois qu’un corps de troupes régulières et disciplinéesa l’européenne passait ce fleuve fameux, que les préjugés des Hindous leur font considérer comme une barrière qu’il est imprudent de franchir (*).

(*) L’empereur Baber, qui savait aussi bien qu’ Alexandre distinguer d’un coup d’œil les points stratégiques et les utiliser, indiue, dans ses mémoires, quatre passages ifférents de l'Hindoustan dans le Kaboul , niais qui tous présentent des difficultés pour la traversée du fleuve. Il remarque qu’en hiver on arrive au Siudh (l’Indus) au-dessus de l’embouchure de la rivière de Kaboul , et que dans la plupart de ses invasions il avait pris ce chemin; dans la dernière, seulement. il franchit le fleuve en bateaux à Nilâb; Nilâb est encore aujourd'hui situé à environ quinze milles anglais au-dessous d’Attock. Le lit du fleuve y est très-rétréei , l’eau très-profonde et le courant très-rapide (*J. L'empereur Akbar Gt construire le fort d’ Attock pour protéger efficacement ce point important des frontières de l’empire. Mais les faibles princes qui succédèrent à Aureng- Zeb négligèrent la défense de l lndus, et Nader-Shâh , en 1738, s'empara facilement d'Attoek, qui , eu 1809, lorsque Elphinstone visita ce lieu mémorable, tombait eu ruine. Randjit Singh a reconstruit ou réparé la loiteressc, et la garnison en est considérable. Comme position militaire et sous le point de vue politique, Attock a donc une grande importance. Des préjugés religieux , qui ne sont pas indignes d’attention, se rattachent également à ce nom qui a été imposé nonseulcment au lieu , mais au fleuve. Attock signifie empêchement, obstacle, arrêt. Or, d’après les idées traditionnelles , il y a em-

(*) Le cours moyen de l'Indu*, à partir d'Attoek, et inèmele fleuve entier paraissent avoir été désignés souvent par ce notn de Nilâb , principalement par les Arabes. — On a donné aussi ce nom à la rivière de Kaboul, et parfois le nom à.’ Attock , parce que les peuples à l'ouest du grand fleuve regardaient cet affluent comme le véritable Indus ; mais Renneil fait observer que les habitants de l’Hindoustan ont loujours considère la branche nord-est eouune le vrai Sindh.

L’UNIVERS

Toutefois, les sipahies ne montrèrent pas moins d’empressement que les Européens à s’élancer sur la rive opposée. Les négociations conduites par sir Alex. Burnes avaient amené un traité entre l’amîr de Khayrpour et le gouvernement suprême, en vertu duquel la forteresse de Bâkker, située sur une Ile au milieu du cours du fleuve, était cédép en toute propriété aux Anglais ; résultat d’une véritable importance en lui-même, et sur lequel nous aurons

péchement à ce qu’un Hindou orthodoxe traverse la rivière d'Attoek ou même le Simili ou Indus en général. Cependant nous ne pouvons affirmer que la formule prohibitive qui spécifie cet empêchement existe dans l’un des livres sarrés. Quoi qu’il en soit , il est admis parmi ces mêmes Hindous orthodoxes que l’ empêchement cesse immédiatement au-dessus du confluent des rivières d'Attoek et de Kaboul. Les brahmanes du Radjpoutêna et ceux qui habitent l'Afghanistan traversent d’ailleurs le fleuve sans beaucoup de scrupule; et on a vu que les soldats hindous, qui formaient la plus grande partie de l'expédition anglaise dans l'Afghanistan, ont franchi, avec la même ardeur et le même empressement que les troupes européennes , le double obstacle que leur présentait t’Indus. Il faut remarquer, à ce sujet, que l'Indtis , malgré son antique célébrité, son importance, et bien qu'il figure parmi les fleuves sacrés, n’a jamais eu , dans l’opinion des Hindous, le caractère de sainteté qu’ils reconnaissent à d'autres rivières, même d’un cours très-borné. Les causes de cette espèce d’interdiction dont le passage de l’Iudus est frappé, nous paraissent d’ailleurs se rattacher au grand système d’isolement qui fait la base des institutions brahmaniques, et dont le but était surtout de garantir les quatre castes pures du contact des Mtetchas ( barbares ou incivilités) qui ne reconnaissent pas la forme de gout'ernement prescrite par les livres sacres. Nous ajouterons en terminant que diverses espèces d’interdiction atteignent les eaux de quatre rivières dans l’Hindoustan. Il est défendu de toucher les eaux de la Caramnassa , qui sépare la province de Bahar de celle de Ëanares; de se baigner dans la Caratoya, petite rivière du Bengale; de nager dans le Gondah, l’un des affluents orientaux du Gange, et enfin de traverser l’Attock.

occasion de revenir par la suite. Le 31 janvier, les troupes anglaises, après quelques hésitations de l’Amtr, qui ne semblait pas vouloir s’exécuter de bonne grâce, avaient pris possession du fort. Le 20 février, tout le corps d’armée du Bengale et les troupes du Shâh Shoudjâ étalent réunis à Sliikarpour. Le commandant en chef, sir Henry Fane (*) , avait pris congé de l’armée le 16 février pour se rendre à Bombay; l’état des affaires dans le Deccan et les vues ultérieures de gouvernement (par suite des circonstances extraordinaires dans lesquelles les Indes anglaises étaient placées) nécessitaient sa présence dansl’Hindoustan. Le lieutenant général Keune (**), destiné à lui succéder dans le commandement immédiat de l’expédition , s’avançait pour opérer sa jonction avec les troupes du Bengale, après avoir rangé le Sindh sous l'autorité anglaise et imposé aux ainîrs d’Hvderabad un nouveau traité qui assurait la libre navigation de l’Indus, la possession du port de Karatchi aux Anglais, et d’autres avantages matériels ou politiques qui rendent par le fait tout le Delta de l’Indus province anglaise.

Au mois de mars, le gouverneur général écrivait au comité secret (***) ;

« Le mouvement des forces

« combinées vers l’Indus a été conduit « avec une régularité et s’est exécuté « avec une facilité remarquable. L’ar- » méedu Shâh est arrivée sur les bords « du fleuve le 16 javier; la division de « sir Willoughby (Jotton une semaine « après. La discipline et le moral des « troupes pendant toute la marche ont « été admirables sous tous les rapports. « L’état sanitaire s’est positivement

(*) Sir Henry Fan» est mort le 24 mars dernier, dans la traversée de Bombay eu Angleterre.

(’*) Élevé à la pairie le 1 1 dèrembre 1 S 39, sous le titre de baron Keane de Ghizni en Afghanistan et de Cappoquin dans le comté de Waterford.

Voyez. Indien Paper s. imprimés par ordre de la chambre des communes, le ax janvier t84o, p. 4 et suiv.

3 le

INDE

« amélioré depuis que les troupes ont « quitté le camp de Firozpour, la di- « vision du Bengale ayant cent qua- « rante hommes de moins à l’hôpital, « à la date de son arrivée sur l’Indus, « qu’au moment où elle avait levé son « camp sur les bords du Sutledge. . . .

« Une autre branche des opérations « combinées a été confiée au Shâhzada « Timour, fils aîné de Shâh Shoudjâ- « oul-Moulk, accompagné parlelieute- « nant-colonel Wade(cet officier ayant « reçu de moi le rang de lieutenant- « colonel honoraire pour servir au delà « de l’Indus).

« Le but de cette expédition

« partielle est d’attirer l’attention de « Dost-Mohammed-Kan de ce côté, et « de fournir un point de ralliement • aux partisans du Shâh dans la vallée « de Khayber. Cette diversion peut « faire beaucoup de bien, mais c'est « une opération délicate et qui exige « une prudence extrême. Il faut l’en- « visager comme une mesure auxiliaire « destinée à faciliter le grand mouve- <• ment du Shâh et de l’armée anglaise. « On aurait pu être tenté d’essayer de « soulever tout d’un coup les popula- « tions contre Dost-Mohammed-Khan, « ce qui aurait été grandement facilité « par les circonstances , une partie « considérable de son armée ayant été « retenue par les neiges dans le Tour- « kistan, au nord de Bamian, où ces « troupes ont été envoyées contre Mîr « Rlourad, bey de Kôundouz (je ne « connais pas bien encore les circons- « tances et le résultat de la lutte).

« Mais il est de la dernière impor- « tance d’éviter, dans cette entreprise,

« les mesures dont le succès puisse » être douteux ou même temporaire.

« D’ailleurs, nous n’avons encore au- « cune raison de douter de l’impopula- « rité de Dost-Mohammed Khan, son « alliance avec la Perse ayant dil lui « aliéner la masse de la population.

« Nous ne devons pas penser non plus x qu'il soit en son pouvoir d’organiser « des moyens de défense formidables à x Kaboul. Il a, ainsi qu’on pouvait « s’y attendre , envoyé les supplica- « tions les plus urgentes aux autorités

x persanes et russes pour qu’elles vinsx sent à son aide : reste à savoir quel x en sera le résultat , et c’est ce qu’on x verra bientôt. Le lieutenant-colonel x Wade, avec le Shâhzada et les trou- « pes sous ses ordres, était attendu à x Peshawar le 11 de ce mois. Une x somme de six lacs de roupies «(environ 1 ,500,000 fr.) « a été mise à sa « disposition pour les dépenses du x prince et l’organisation des levées x qui peuvent joindre son étendard. Il x y a lieu d’espérer que cette somme x couvrira tous les frais de cette bran- « che de nos opérations. »

Dans les premiers jours d’avril , la jonction des deux armées s’était opérée à Quetta , capitale de la province de Shâï (*). Dès le 19 mars, sir Alex. Bornes, à la tête d'un détachement d’avant-garde, avait franchi les passes du Bolan et s’était occupé, avec son activité ordinaire, des moyens de diminuer, autant que possible, les privations et les souffrances qui attendaient l’année dans sa marche à travers ces défilés , formidables par les obstacles naturels qu’ils opposent au passage, et la difficulté, ou même l’impossibilité de s’y procurer de l’eau.

Cependant, ses efforts n'eurent pour résultat que de rassembler vers le milieu de la passe principale (qui n’a pas moins de quatorze à quinze lieues de long) quelques chameaux chargés d’outres remplies de ce précieux liquide dont chaque goutte valait, pour les malheureux soldats, son pesant d'or.

Toute l’armée cependant était arrivée saine et sauve de l’autre côté des passes, dans la délicieuse vallée de Shâl, sans avoir encore rencontré afitun ennemi sérieux, mais inquiétée sur ses flancs et sur ses derrières par des nuees de Beloutchis, et ayant à lutter dans ses longues marches contre la fatigue, la poussièrp, souvent la faim et toujours la soif (**). Comment il s’est

(*) Le» premières communications entre les lrou|>es du Bengale et celles de Bombay avaient eu lieu à Séhwun, où sir H. Fane et sir J. Keane s’étaient rencontrés et cordialement embrassés.

(**) Nos journaux ont reproduit d’après

L’UNIVERS

fait nue les chefs de Kandahar n’ont pas défendu les passes du Bolan, c’est ce qu’il est impossible d’expliquer, car on ne possède encore que des rensei-

Snements incomplets sur cette partie e l’histoire de l'expédition. Peut-être Tardent a-t-il, avec sa toute-puissance ordinaire, aplani aussi cet obstacle.

« Jamais armée dans l’Inde (nous écrivait-on peu de temps après l’entrée des troupes anglaises à Kandahar) n’a été si largement pourvue de fonds pour toutes les branches du service . La patience, le courage, l’admirablediscipline de nos troupes , ont surmonté bien des difficultés pendant cette marche aventureuse de trois cents lieues : l’argent a fait le reste! » Néanmoins, au delà du Bolan et sur le plateau de Kandahar, une résistance formidable pouvait avoir été organisée par les chefs bareckzaïs : on s’y attendait en quittant Quetta, d’où le shâh, M. Macnaghten, sir John Keane et le quartier général avec toute la cavalerie, l’artillerie et la première brigade d’infanterie, avaient marché le 6 avril sur Kandahar : quelques-uns prétendaient cependant que les Serdars enverraient leur soumission

les feuilles anglaises , parmi beaucoup de données inexactes, plusieurs détails aussi vrais qu’intéressants sur la marche de l'armée el sur le passage du Bolan ; mais ils ont accueilli trop légèrement des récils évident ment entachés d’exagération, tant sur la force des troupes expédiliounaires au départ de l’Hindoustan que sur les pertes qu’elles ont éprouvées pendant cette marche mémorable de quatre cenls lieues. Comparer les accidents et les catastrophes partielles du passage du Bolan aux désastres de Moscou, c'était , Vil vérité, passer toute mesure. Une armée qui eût éprouvé une désorganisation pareille, se serait trouvée hors d’état de continuer ia campagne. Tout montre, au contraire, que l’armce anglo-indienne n’a rencontré aucun obstacle stratégique sérieux jusqu’à Gbizni, et n’a éprouvé, vu les immenses obstacles naturels qu’elle avait à surmonter, que des perles tout à fait insignifiantes en hommes , et plus fortes à la vérité, mais prévues d'avance, en bagages et en bétes de somme. Les dépêches officielles et les correspondances sérieuses ne sauraient laisser aucun doute à cet égard.

à l’approche du gros de l’armée.

Toutes ces prévisions furent déçues.

M. Macnaghten, dans son rapport au gouverneur général sous la aate du 24 avril , rend un compte si intéressant des événements qui avaient précédé l’arrivée du shâh dans son ancienne capitale, que nous croyons ne pouvoir mieux faire que d’en reproduire les principaux passages.

« Dans ma dépêche du 12 de oe mois, dit M. Macnaghten , j’avais cru pouvoir annoncer qu’un laps de quelques jours suffirait pour montrer ia haute considération dont Sa Majesté Shâh Shoudjâ Oul-Moulk jouit parmi ses compatriotes, aussi bien que la sagesse des mesures adoptées par le gouvernement anglais, et dont l’exécution nous est confiée. Hier le shâh , avec ses troupes régulières, fit une marche de vingt-deux milles , qui le conduisit à IJen-Hadji, où il eut la satisfaction d’apprendre que les Serdars étaient sur le point de décamper. Nous avons acquis la certitude qu’en effet ils ont pris la fuite hier au soir, suivis de deux ou trois cents cavaliers au plus.

Leur conduite, jusqu’au dernier moment , a été marquée par la bassesse et la rapacité. Tandis que d’une main ils vendaient aux marchands de la ville les grains qu’ils avaient accaparés, de l’autre ils épuisaient les ressources des pauvres nabitants par tous les moyens possibles d’exaction et de violence. Ils sont partis au milieu des malédictions et de l’exécration de toutes les classes. Ce matin nous avons marché sur Kandahar, distant d'environ dix-huit milles, et nous sommes en ce moment campés à moins de deux milles (environ trois quarts de lieue) de la ville. Le spectacle qui s’est offert à nos yeux est, sans aucun doute , le plus intéressant dont il m’ait jamais été donné d’être témoin. Sir John Keane, avec l’armée de l’Indus , était

à une marche en arrière de nous;

les troupes régulières du shâh étaient également en retard, et Sa Majesté avança , accompagnée seulement des officiers de la mission et des gens de sa maison. A chaque centaine de toises ,

INDE

nous rencontrions des troupes d'hommes bien armés et bien montés venant faire leur soumission au roi , tandis que les paisibles habitants des campagnes accouraient en foule, et, se pressant autour du shâh , exprimaient en termes non équivoques la joie que leur causait sou retour. La tranquillité est rétablie... Sa Majesté se proposait d’envoyer un détachement à la poursuite des Serdars en fuite , et il est certain qu’ils méritent peu d’égards après la perversité et la folie de leur conduite , en dépit des avertissements solennels et répétés qu’ils avaient reçus. Il serait sans aucun doute dangereux de les laisser libres de fomenter de nouveaux troubles, mais j’ai dû appréhender que, dans l’état d’excitation des esprits, ils ne fussent exposés à des cruautés inutiles s’ils tombaient entre les mains des troupes du slulh ; j’ai donc persuadé à Sa Majesté de me permettre de faire aux Serdars une offre qui, s’ils l’acceptent, les mettra à même de se retirer en sûreté sur notre territoire. La pension oue Sa Seigneurie le gouverneur général pourrait juger convenable de leur assigner sera nécessairement beaucoup moindre que celle qu'ils auraient reçue , s’ils eussent accepté nos propositions dès l’origine, et je pense qu’une allocation de cinq cents roupies par mois, pour chacun d’eux, serait amplement suffisante... Je leur ai fait écrire dans ce sens, et je ne suis pas sans espoir de les amener à souscrire h ces conditions. »

M. Macnaghten rend compte ensuite de ce qui s’est passé du 12 au 23 avril. Les Serdars avaient eu quelques instants l’idée d’arrêter l'armée à la passe de Kadjak , mais la rapidité des mouvements de l’avant-garde les avait surpris avant qu’ils fussent en mesure, et un détachement envoyé par eux dans la passe avait fait une retraite précipitée après avoir échangé quelques coups de fusil avec la tête de la colonne de marche. Leurs efforts pour soulever la population des provinces contre l’invasion des infidèles avaient complètement échoué. Deux des frères, Raham

dil-Khan et Mehr-dil-Khan , s’étaient enfin décidés à sortir de Kandahar, avec deux ou trois mille cavaliers, dans l’intention de harceler l’armée anglaise et avec l’espoir d’intercepter les convois , de surprendre les traînards ou des détachements isolés, etc. . laissant an troisième frère , Kohan-dil-Khan , la garde de la ville. Mais ces efforts tardifs de résistance n’aboutirent qu’à s’emparer de deux éléphants de M. Macnaghten , qui s’étaient trop écartés du" camp en allant au fourrage , à tuer quelques misérables non combattants qui s’étaient imprudemment avancés dans le pays , et à priver le camp anglais d’eau , pendant quelques heures , en détournant un ruisseau. Dans la journée du 20, quelquesuns des principaux chefs à la suite des Serdars barekzaïs les abandonnèrent et vinrent faire leur soumission.

Consternés de ces défections soudaines et de l’approche des troupes anglaises, les Serdars s’étaient repliés en toute hâte sur Kandahar, d’ou ils se déterminèrent à fuir, comme on l’a vu, dans la soirée du 23. Quand nous portâmes pour la première fois ces détails à la connaissance du public, au mois de janvier dernier (*) , nous n’hésitâmes pas à dire qu’il nous paraissait difficile que les chefs barekzaïs acceptassent les conditions humiliantes que M. Macnaghten leur avait fait notifier. Descendre d’une royale indépendance à l’humble condition de pensionnaires à cinq cents roupies par mois, devait leur sembler, selon nous, une détermination déshonorante pour des Barekzaïs. Nous n’avons rien appris de positif sur l’accueil fait par les chefs fugitifs aux propositions du ministre anglais: mais if paraît probable que ces propositions ont été en effet rejetées , et que les Serdars ont trouvé un asile en Perse. D’après les derniers avis, Kohan-dil-Khan serait mort à Téhéran , vers le mois de mai de cette année. Quoi qu’il en soit, le soleil des Barekzaïs ue reparaîtra plus sur l’horizon politique de l’ Afghanistan ; mais

Ç*) Revue des deux mondes.

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il ne faut pas prendre, selon nous, dans un sens absolu tout le mal que les Anglais ont pu dire ou penser de ces chefs. La tribu des Barekzaïs est une des plus puissantes et des plus honorées de l’Afghanistan. Elle a produit plus d’un homme de cœur et de tête, plus d’un ministre, plus d’un guerrier.

Les chefs de Kandahar et celui de Kaboul avaient , sans aucun doute , tous les vices de leur race , et probablement à un haut degré; mais ils en avaient aussi les vertus. Dost Mohammed , et la plupart de ses frères , sont représentés par les autorités les moins suspectes et les plus compétentes, sans aucun doute, comme braves, intelligents dans les affaires , généreux envers leurs alliés , leurs clients , leurs serviteurs , hospitaliers envers les étrangers. Plus d’un voyageur anglais a été reçu en ami par eux , comblé d’égards , d'attentions, de soins ; protégé dans sa personne et ses bagages en traversant leur territoire. Nous en avons les preuves sous les yeux , et , tout en reconnaissant que la civilisation européenne fera , selon toute probabilité, au bien à l’Afghanistan, même en s’y introduisant brusquement et les armes à la main , nous pensons qu’elle a plus à gémir qu’à s'indigner, et qu’elle ne doit pas s’étonner si elle n’est pas comprise tout d’un coup par des hommes comme Rahem-dil-Khan et ses dignes frères, ou même par la génération qui les suivra. Nous croyons , au reste, avec M. Macnaghten, que Shâh Shoudiâ Oul-Moulk est mille fois plus digne de régner sur l’Afghanistan que lesSerdars barekzaïs de Kandahar ou de Kaboul ; mais nous soutenons aussi, à part les considérations politiques qui ont déterminé les Anglais à prendre si chaudement le parti de Shâh Kamrân contre la Perse et les princes barekzaïs, que ces derniers, aux yeux de tout homme civilisé et de tout juge impartial , mériteraient plus de considération et d’égards que ce petit roi d’Hérât, dont les dangers avaient excité si inopinément les sympathies britanniques. Ce Kamrân , que nos journaux ont représenté comme un

souverainjmn?, brave, entreprenant, est un vieillard usé par les débauches les plus honteuses et l’usage continuel de l’opium , le tyran le plus cruel et le plus abject en même temps que Dieu pût imposer à un peuple. Les témoignages sont unanimes à eet égard. Les officiers anglais « voyageant en Afghanistan par ordre du gouverneur général » représentent eux -mêmes, sans exception, le souverain d’Hérât comme un prince d’un caractère cruel , tyrannique , avare , débauché , écrasant son peuple d’impôts, et arrachant à ses sujets par la torture et tous les genres de supplices les contributions extraordinaires dont il ne cesse de grossir son trésor. Et voilà cependant le protégé de l’Angleterre , tandis que les Barekzaïs sont signalés par son gouvernement au mépris et à la haine des nations. Nous croyons Sliâh Shoudjâ meilleur qu’eux tous, sans aueun doute, mais par un accident de sa nature , et nous nous en réjouissons pour les peuples qu’il est appelé à gouverner de nouveau , après un exil si long et si instructif à la fois. Toutefois nous craignons, pour eux et pour lui, le retour des anciennes habitudes de despotisme , les mauvais conseils et les flatteurs. Ce <jui nous rassure cependant, c’est la présence, ce sont les conseils du ministre anglais; et d'ailleurs les Afghans, il faut en convenir, n’ont pas le droit d’être difficiles en fait de gouvernement. Ceci nous rappelle un trait d'humanité et de justice de Shâh Shoudiâ lui-même, que nous avons entendu raconter dans l’Inde, et que les gens du pays admiraient fort. Un des serviteurs intimes du shâh, disaiton , ayant commis un crime qui méritait là mort, le shâh, fort attaché à cet homme, et résolu cependant de ne >as laisser le crime impuni , fit couper es oreilles du coupable qui, dévoué plus que jamais au maître dont la clémence avait épargné sa vie, ne voulut pas se séparer un instant de lui au milieu de ses plus cruelles infortunes.

Un souverain absolu qui , pouvant faire abattre la tête , se contentait des oreilles, méritait, dans les idées de ses

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compatriotes , la palme de la modération et de l’indulgence. Rentrons à Kandahar avec Shâh Shoudjâ et l’envoyé du gouvernement britannique, dont la prudence, aidée des baïonnettes anglaises , a amené ce triomphe et en prépare de nouveaux.

L’entrée du roi dans l’ancienne capitale de l’empire afghan présenta le spectacle le plus imposant et le plus touchant à la fois. L enthousiasme de la population était à son comble : les femmes se pressaient sur les balcons; les hommes, en masse compacte , bordaient les rues de chaque coté; les acclamations de cette foule heureuse enfin du présent , parce qu’elle était confiante dans l’avenir, retentissaient de toutes parts. « Sovez le bien-venu , fils de Timour! vous êtes notre refuge! Kandahar a été ruiné par les Barékzaïs ! Que votre pouvoir nous protège à jamais ! Périssent vos ennemis ! »

Tels étaient les vœux et les félicitations qui accueillaient le souverain sur son passage. On jetait des fleurs sur lui et des corbeilles pleines de pain sous les pas de son cheval. Shâh Shoudjâ, apres avoir traversé la ville, se rendit avec tout son cortège à la mosquée où est suspendue, dit-on, la tunique du prophète , et offrit ses actions de grâces au Dieu des croyants. De la le shâh se rendit au tombeau de son grand-père, Ahmed Shâh. pour y prier encore. Son émotion était visible; le souvenir de ses maux passés, le sentiment de sa prospérité actuelle , prospérité si inattendue , ce témoignage muet, devant ses yeux, de la vanité de la conquête et du néant des grandeurs humaines, tout se réunissait pour remuer fortement son cœur et lui inspirer des sentiments à la hauteur de sa situation . Aussi, se tournant vers l’une des personnes de sa suite, donna-t-il l’ordre de faire courir après les chefs barekzaîs, non plus cette fois avec des idées de vengeance, mais pour leur dire de sa part de ne pas errer à l'aventure comme des mendiants et des gens sans aveu , de venir à lui , et qu’il prendrait soin de leur avenir. « Je ne sais plus faire de différence , ajouta-

t-il , entre les Barekzaîs et les Saddozaïs ! » Ce sont là des mots heureux , des inspirations de bon augure. Le shâh ne se borna cependant pas à des paroles, et le premier acte de son gouvernement a été , à ce qu’on assure , la remise d’un lac et demi d’impôts.

Le roi prit possession solennelle de son trône le 8 mai avec tou( l’appareil et l'éclat que pouvaient donner a cette imposante cérémonie la présence des troupes anglaises , la foule des chefs ralliés autour du souverain légitime, et l'empressement des populations accourues de toutes parts pour jouir de ce spectacle. Le général en chef avait donné ses ordres pour qu’on ne laissât au camp que le nombre de troupes strictement nécessaire à la garde des malades , du trésor et des bagages.

Huit mille hommes de toutes "armes furent commandés pour la parade; une plate-forme avait été élevée pour le roi sur le front de la ligne occupée par les troupes.

A l'approche du roi, un salut fut tiré par une des batteries, et lorsqu’il eut atteint le centre de la ligne et pris place sur son trône, les drapeaux saluèrent , les tambours battirent aux champs, et une salve de cent un coups de canon annonça que la main de l’Angleterre venait de replacer sur le front de Shâh Shoudjâ-Oul-Moulk la couronne de l’Afghanistan. L’envoyé et ministre anglais, M. Mac* naghten, le général en chef et leurs suites, avec les principaux chefs afghans, étaient à la droite du roi , les savèdes et les moullas à sa gauche. Le ministre et le general en chef présentèrent leurs nazzers (offrandes), circonstance digne de remarque, et qui avait pour but sans doute de grandir Shâh Shoudjâ aux yeux de ses sujets , en témoignant ainsi publiquement du respect du gouvernement anglais pour lui. Les officiers anglais des troupes du shâh furent ensuite admis à présenter leurs nazzers, et enfin ceux de ses propres sujets qui avaient droit à cette distinction. Le défilé des troupes eu grande tenue termina la cérémonie.

Le roi présenta à sir John Keane un

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sabre magnifique, et exprima l’intention d'offrir un gage de sa reconnaissance à chaque officier présent, et le soir même un ordre du jour, d’après le commandement exprès de Sa gracieuse Majesté, exprimait aux généraux, officiers, sous-officiers et soldats

Erésents dans cette occasion mémorale, la profonde reconnaissance de Sa Majesté polir les grandes obligations qu’elle leur avait, ainsi qu’à la nation anglaise en général.

L'armée anglaise, après s’être reposée à Kandahar de ses immenses fatigues, se remit en marche du 27 au 30 juin; mais, bien que la distance de Kandahar à Ghizni ne soit que de cent soixante milles, bien que la route, soit presque droite et en général assez belle, l’insuffisance des moyens de transport , d’autres causes matérielles de retard, et les précautions indispensables à la sûreté de l’armée en avançant dans le pays, ne permirent pas d’atteindre les environs de cette place avant le 2t juillet. Dans la matinée de ce jour, l’armée mareha en trois colonnes, cavalerie, artillerie et infanterie, sur Ghiznr, dont l’ennemi défendit les approches d’abord par une vive fusillade, et bientôt par une canonnade qui annonçait enfin une lutte sérieuse.

L’artillerie de siège était restée à Kandahar; l’armée n’était point pourvue de moyens d’escalade ; la place était plus forte d’assiette et d’ouvrages qu’on ne se l’était figuré. Il n’y avait pas de temps à perdre ; le général en chef prit ses mesures, et, après s’être concerté avec l'habile directeur du génie, capitaine Thomson , il fut décidé qu’on ferait sauter la porte de Kaboul (le point le plus faible de l’enceinte) d’après un plan indiqué par le colonel Pasley en 1835. (Des copies lithographiées de ce plan avaient été adressées par la cour des directeurs au gouvernement de l’Inde, et distribuées aux officiers d’artillerie et du génie.) Tous les préparatifs s’achevèrent dans la journée du 22. Le 23 , à deux heures du matin , sir John Keane et son état-major prirent position sur les hauteurs de Balloul, à portée de canon

de la place. Les batteries étaient en avant avec qüatre régiments d’Européens , suivis des sipahies, prêts à se porter à l’assaut. A trois heures , la canonnade commença, et bientôt après, avant que le jour eût paru, ‘une explosion terrible annonça que le plan arrêté la veille avait été nns à exécution. Il avait eu le succès le plus complet. Les troupes s’étaient précipitées sur les déeombrps , avaient pénétré dans la place après une lutte courte , mais acharnée, et à cinq heures , aux premiers rayons du jour, les couleurs anglaises flottaient sur la citadelle de. Ghizni. Protection fut immédiatement accordée aux femmes , dit le rapport du général en chef, et ce mot honore la conquête plus encore que ne l’a fait la résistance des vaincus.

La garnison et la colonne d’assaut étaient à peu près d’égale force, au moins numériquement parlant, environ trois mille cinq cents hommes de part et d’autre. La perte totale du côté des Anglais en tués et en blessés, dans cette brillante affaire, n’a été que decent quatre-vingt-deux hommes, tant officiers que sous-officiers et soldats.

A l’assaut de Bhurtpour, le 18 janvier 1826 , l’armée anglaise avait perdu cinq cent quatre-vingts hommes, après une lutte corps à corps avec les Djâts. Nous mettons ces deux faits en présence pour prouver que les Afghans, malgré la bravoure qu’ils ont montrée à Ghizni, n’ont pas été les adversaires les plus redoutables que les Anglais aient eus à combattre dans l’Inde. Plus de cinq cents Afghans paraissent avoir trouvé la mort dans cette rencontre sanglante. La garnison était sous les ordres de Mohammed -Hyder, un des fils de Dost-Mohainmed , qui fut fait prisonnier dans un des bastions où il s’était réfugié, quelques heures après la prise de la place, et confié, d’après sa demande, à la surveillance bienveillante de sir Alex. Buroes, qui l’avait connu à la cour de son père. Celui-ci avait compté que le siège de Ghizni arrêterait un an ou deux l’armée anglaise ; la prise de cette place produisit une grande impression sur les

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Afghans et sur le chef de Kaboul luimême. Toutefois, en apprenant le désastre de son Élis , il se mit à la tête d’un corps de douze à treize mille hommes , avec vingt-huit pièces de canon, et prit position à Arghandie, à trente milles de Kaboul; mais ici, comme à Kandahar, les derniers efforts des usurpateurs furent inutiles : à l’approche de l’armée anglaise, qui s’était dirigée de Ghizni sur Kaboul . en deux colonnes les 30 et 31 juillet, les troupes de Dost-Mohammed-Khan se débandèrent; il ne resta autour de lui que les hommes de sa propre tribu , les Barekzaïs. Enfin ce malheureux chef, après quelque hésitation , convaincu de l'impossibilité de défendre les approches de son ancienne capitale , se détermina au dernier moment à prendre la fuite dans la direction de lialkh, laissant en position à Arghandie toute son artillerie, qui , presque immédiatement après , tomba entre les mains de deux cents lanciers formant l’avant-garde de l’armée.

Enfin, le terme de tant d’efforts approchait. Le but de cette expédition lointaine allait être atteint. Le 6 août, Shah Shoudjü-Oul-Moulk, avec l’armée anglaise, campa en vue de Kaboul ; le 7, dans la soirée, le roi fit son entrée dans sa capitale, accompagné de AL Macnaghten, du général en chef, de l’état-major général, et escorté, d’après son désir exprès, par un escadron du quatrième régiment de dragons légers de la reine. La réception du vieux monarque par ses sujets de Kaboul parut aussi cordiale que celle qui lui avait été faite à Kandahar, quoique l’enthousiasme ne se manifestât pas d’une manière aussi bruyante.

La dernière dépêche officielle du ministre anglais, relative à l’expédition, conclut ainsi : •• De Kandahar à Kaboul , Shah Shoudjâ-Oul-Aioulk a été rejoint par toutes les personnes d’un rang un peu élevé et de quelque influence dans le pays , et il a fait son entrée triomphale en cette ville dans la soirée du 7 courant. Sa Majesté a établi sa résidence dans le Bala-Hissar, et a voulu que la mission anglaise s’y

établit provisoirement près de lui. »

Au moment où le roi de Kaboul arrivait sous les murs de sa capitale, le corps d’armée auxiliaire, fourni par le souverain du Pandjàb pour coopérer avec les troupes anglaises, et fort de cinq mille hommes , infanterie et cavalerie, tous musulmans, conformément aux conditions du traité , se rendait maître des passes de Khayber (*), d’où Mobammed-Akbar (autre

(*) Le 7 août — Le 26 juillet le petit fort d’Ali-Masdjcd , qui commande les passes, avait été occupé. Pour bien faire comprendre l’importance de cette position , nous entrerons dans quelques détails. Les montagnes opposées à l’Hindou -Koush, au sud de la rivière de Kaboul, se nomment monts Tira ou Khaybcrs. Il faut les traverser pour se rendre de Peshawar à Kaboul. La passe deKhayber, longue de vingt- cinq milles, est pour les provinces du haut Indus ce que la passe du ftoiau est pour les provinces du Sindh. L’une et l’autre peuvent être défendues par une poignée d’iionunes résolus contre les efforts de toute une armée. Nader- Sliàli fut arrêté plus d’un mois et demi devant la passe du Kbayl>er, et craignant de ne pouvoir la forcer saus y perdre une grande partie de son armée, les Khaybériens lui ayant déjà tué et blessé beaucoup de monde, il négocia avec eux et obtint le passage moyennant une somme convenue, se mettant ainsi aux lieu et place des empereurs moghols qui allouaient à ees dévaliseurs de caravanes une certaine redevance annuelle. Cette redevance , déguisée sous le nom de pension que la munificence impériale daignait accorder à des sujets dévoués, n'avait pas (au temps de l’invasion de Nader-Shàh) été payée depuis cinq ans. Shah Shoudjàh, lors de sou avènement au trône , avait passé une sorte de traité avec les Khaybériens , en vertu duquel , moyennant 60,000 roupies qui leur étaient allouées par an, ils répondaient du libre passage des hommes et des marchandises. De nouveaux arrangements ont été conclus avec ces montagnards depuis la restauration du Sliàli, mais, sous divers prétextes, ils ont essayé plusieurs fois de secouer ce jüug incommode et manifesté par des attaques dirigées contre des détachements , convois ou caravanes (et dont quelques militaires anglais ont été victimes) leur penchant ordinaire à la rapine et au

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filsde Dost-Mohammed), chargé de défendre ces défilés, avait été rappelé en toute hâte par son père pour le rejoindre avec ses troupes sur la route de Kaboul à Ghizni. Ce corps auxiliaire, auquel on avait joint quatre ou cinq cents hommes de troupes du Bengale, avec deux ohusiers , avait été placé sous la direction du colonel Wade qu’accompagnait le prince Tiinour, hls de Shah Shoudjâ (*). Après avoir pourvu à l'occupation des points de quelque importance sur la ligne de communication de Peshawar à Kaboul , le prince et le colonel Wade se rendirent avec une partie de leurs troupes dans la capitale, où, toutefois, le colonel Wade ne fit pas un long séjour, les ordres du gouvernement suprême le rappelant sur le Sutledge (**).

Le but des expéditions combinées paraissait être complètement atteint.

Les chefs barekzaïs étaient en fuite : un des filsde Dost-Mohammed, prisonnier : le pays depuis Kandahar jusqu’à Kaboul, et depuis Kaboul jusqu'aux défilés des monts Khayber et au delà , reconnaissait l’autorité du shah. Le major Todd, expédié en toute hâte à Héràt avec de l’artillerie et des munitions , avait été bien accueilli par Shâh Kamrân qui s'était résigné à reconnaître le shah Shoudjâ, son oncle, comme souverain légitime de l’Afghanistan. Les Anglais s’engageaient à réparer les fortifications d’Hérût et garantissaient à Kamrân la souveraineté du petit royaume dont cette ville

pillage. Ces tentatives ont été réprimées, ces excès punis; cependant, cette partie du pays exige une surveillance continuelle, et les derniers avis reçus semblent indiquer clairement que le gouvernement sikh n'est pas étranger aux troubles qui ont éclaté non-seulement dans les districts limitrophes de la proviuce de Peshawar, mais sur d’autres points.

(*) Voyez p. 7 a et 73.

(**) Le prince Timour et le colonel Wade arrivèrent à Kaboul, le 5 septembre. Le colouel en repartit pour retourner dans le Pandjâb , vers le 5 octobre.

est la capitale.— Shoudjâ-oul-Moulk reprenait le sceptre sous les plus heureux auspices ; il y avait , sans doute , beaucoup à faire encore pour arriver à la reconstruction de l’unité gouvernementale dans l’Afghanistan , et on devait prévoir que la consolidation du pouvoir royal serait avant tout l’œuvre de l’influence anglaise. Mais cette influence s’exerçait par l’intermédiaire d’un homme ferme, éclairé, ayant une longue habitude des affaires de l’Inde, une grande connaissance des hommes et des choses. On pensait que M. Macnaghten , aidé de la présence de quelues troupes d’élite , commandées par e bons officiers , réussirait, en moins d’un an , à asseoir le nouveau gouvernement sur des bases durables, et que le commerce, ruiné par les troubles continuels dont ces malheureux pays avaient été le théâtre pendant tant d’années, allait renaître et s’accroître rapidement à la faveur des mesures actives et intelligentes que le ministre anglais ne manquerait pas de recommander à l’adoption du sliâh. Dans ces circonstances, le ministre et ie général en chef, avec une confiance dans l’avenir que ce qui se passait autour d’eux semblait autoriser en partie Jugèrent que l’occupation prolongée du Kaboul par des forces considérables devenait inutile.Un'ordredu jourdesirJ. Keane, sous la date du 27 août, détermina la composition des brigades qui resteraient cantonnées à Kaboul , Kandahar et dans la province de Shâl. Le chiffre effectif de ces corps (six régiments d’infanterie, un de cavalerie régulière , un détachement de cavalerie irrégulière et trois bataillons d’artillerie légère, indépendamment des troupes régulières du shâh , commandées par des officiers anglais) pouvait s’élever à cinq ou six mille hommes.Le reste de l’armee d’occupation devait rentrer dans les présidences, savoir : les troupes du Bengale, commençant leur mouvement en octobre , par le PandjâL , et celles de Bombay par la passe du Bolan et Quetta, commençant leur mouvement en septembre.

Les passes par lesquelles on com-

mimique du haut pays avec la vallée de ('Indus sont assez* nombreuses; les principales, sous le point de vue commercial, sont celles qui se trouvent sur la route conduisant du Moultan au bassin de la rivière Gomul (prononcez GomeuU),t t de là à Ghizni, et cellesqui mènent plus haut, par les pays de Bannou et Bu ngush(/fa«ÿef s/i ), d i rectement à Kaboul. La première route , qui passe par Dérabund , n’est suivie que par les Lohanies, tribu guerrière, pastorale et commerçante à la fois, qui, depuis longtemps,’ est en possession presque exclusive du commerce de l’Htndoustan avec Kaboul et le nord de l’Afghanistan par le Moultân. La seconde route, beaucoup plus courte et bien plus praticable, et qui était autrefois la grande route entre Kaboul et Moultân , avait été abandonnée par suite des troubles du pays; mais il est probable qu’elle va être rétablie. Au sud de ces deux routes que nous ne faisons qu’indiquer, les plus importantes sont celles dont Mittbun - Kôte , au confluent de l’Indus et du Pandjâb(*), et

(*) De Nilàb à Karabâgh (improprement appelé Calahbdgh) , vers 33° de latitude nord , l’Indus serpente au travers des montagnes (voyez la note, p. 71). Au-dessous de Karabâgh , ce fleuve qui, depuis sou entrée dans l’Hindouslan, prend le nom d’Attork , ou rivière d’Attock , se partage tout d'abord en quatre bras, qui courent en serpentant pour se réunir à peu de distance, se diviser ensuite en de nouveaux rameaux, se réunir et se diviser encore, de manière que le lit principal du fleuve, sous l'influence des crues, inégales et des accidents du terrain, se déplace sans cesse. Près de Mitlhun-Kôte , sous le a8° 55' latitude nord, il reçoit du côté gauche, c’est-à-dire du Pandjâb (*) , les eaux de cinq fleuves réunis en un seul sous le nom de Tchénab (d’après celui des cinq qui est le plus voisin de l’Indus), et désigné, à l’est de l’Indus seulement , sous le nom de Pandjund, Panajnud , ou Pandjnoud. Ce puissant affluent coule presque parallèlement à l’Indus l’espace de soixante-dix milles , et à peu de distance, en sorte que pendant la saison des inondations en juillet et en août, presque tous le pays intermédiaire est sous (•) Pandj, cinq; db, eau ; Cinq-Eaux.

6e Livraison. (Inde.)

Shikarpour, près de Bakker, sont les points de départ à l’ouest de l’Indus.

La seconde de ces routes mène à Bâgli, Dâder, et de là à Quetta , par la passe Bolan, et, enfin, de Quetta à Kandahar; c’est la route suivie par l’expédition anglaise, mais elle est peu fréquentée, surtout pendant l’été; on lui réfère une autre route qui , de Shiarpour, mène, par la passe de Gandava , à travers le Beloutchistan , à Kélat et Moustoung, et rejoint ensuite la route royale de Kandahar.

Lié parle plateau de Kélat à l’Afghanistan, le Béloutchistan est une vaste contrée soumise à divers chefs,

l’eau. Les cinq rivières qui arrosent le pays des Sikhs , et dont la réunion forme le Pandjnud , sont le Sulledje ( Hesudrus des anciens) , le Béyas ou Beyah ( Hrphasis ) , le Ilàvy (Hydraota), le Tchénab (Àcesines) et le tjjélôm ( Hydaspes .). Le plus considérable de ces fleuves tributaires est le Sutledje, qui prend sa source au lac Mansarowar dans l’Himalaya thibetain , à cinq mille deux cents mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et probablement dans le voisinage des sources principales de l’Indus. C’est à une distance de neuf cents milles de son origine , et sous-tendant pour ainsi dire l’arc immense décrit par le roi des fleuves de l’Inde , que le Sutledje rejoint ce dernier à Mitlhun-Kôte. Ainsi, comme deux bras gigantesques, l’Indus et le Sutledje embrassent le Pandjâb , le Kashmir et une partie du Thibet , et l’avenir politique et commercial de ces contrées est soumis désormais à l’influence de l’Angleterre, dont ces deux vastes cours d’eau navigables reconnaissent aujourd’hui la domination.

Le Sutledje est navigable pour de grands bateaux dans la majeure partie de son développement fluvial. Apres sa jonction avec le Beyah’, dont le volume d’eau est au moins égal au sien, il prend le nom de Ghana jusqu'au Pandjnud. Après le Sutledje , le Tchénab est le plus important des affluents de l’Indus. Il n’a pas moins de cinq cent quarante milles de cours sur une profondeur moyenne de dix à douze pieds. Le Djélôm , le Ràvy et le Beyah sont aussi des rivières assez considérables et comparables à plusieurs des principales rivières d’Europe par le volume de leurs eaux et l’étendue de leur cours.

L’UNIVERS

et dont les limites politiques ont varié comme celles de l’ Afghanistan. Le principal serdar, le khan de Kélat, reconnaissait la suzeraineté du roi de Kaboul, auquel il payait tribut et fournissait un contingent de huit mille hommes, sous la condition toutefois que ces troupes ne fussent pas employées dans les guerres civiles. Du temps d’Ahmed - Shâh , le prince béloutchi Nasser-Khan était maître de tout le pays, et le shâh lui avait abandonné en outre la province de Shâl , et deux autres districts près de Déra- Ghazi-Khan, en récompense de ses services. La ville de Kélat porte encore, d’après ce chef, le nom de Kélaté-Nasser. Dans ces derniers temps, les possessions du khan de Kélat ont été réduites par la rébellion ; cependant, lorsque l’expédition anglaise traversait le Bolan , l'autorité du khan s’étendait jusqu’à Dâder et sur les districts voisins. Le gouvernement anglais s’était cru assuré de la coopération active de Mîr Mehrab-Khan (c’est le nom du serdar), ou au moins de sa neutralité; mais loin de tenir les engagements qu’il avait contractés à cet égard, Mehrab-Khan avait cherché tous les moyens de nuire à la marche de l’armée èt au succès de l’expédition. Cette conduite ne pouvait rester longtemps impunie. Aussitôt que le shâh eut repris les rênes du gouvernement à Kaboul, il fut résolu de déposer Mehrab-Khan. Le major général sir Thomas Willshire reçut, le 17 septembre, l’ordre de se porter avec une forte brigade sur Kélat. Cette brigade se composait de auinze cents hommes, dont un millier (('Européens, avec six pièces d’artillerie. Le 13 novembre, après quelques pourparlers inutiles, Mehrab-Khan ayant déclaré qu’il s’opposerait à l’entrée des Anglais dans Kélat, une marche rapide conduisit les troupes sous les murs de la place , et après une vive escarmouche aux abords de la porte principale, l’assaut fut donné, la place et la citadelle enlevées en une heure, à dater du moment où les colonnes d’attaque eurent commencé leur mouvement. Dans cette

circonstance, comme à Ghizni, la lutte a été acharnée, corps à corps, mais de courte durée, et par une cause qu’il est intéressant de signaler. Le sabre n'a pu lutter longtemps contre la baïonnette. La supériorité de cette arme terrible, dans deux combats où la force physique et le courage paraissaient si bien balancés, a été établie d’une manière incontestable. Mehrab- Khan mourut, comme il l’avait dit, le sabre à la main , à la porte de son zénana. Ce chef avait été remplacé dans le gouvernement immédiat du district de Kélat par un serdar béloutchi qui semblait dévoué aux Anglais; mais plusieurs des districts voisins avaient été replacés sous l’autorité directe du shâh.

Les dernières nouvelles reçues par la voie de Bombay représentent tout le Béloutchistan comme étant dans un état de fermentation menaçant, nonseulement pour les intérêts du shâh, mais pour le maintien de la domination anglaise dans le Sindh , et surtout pour la sûreté des communications de l’Inde anglaise avec l’Afghanistan.

Les Anglais n’avaient laissé à Kélat qu’un résident avec une très-faible escorte ; un lils de Mehrab-Khan , conduit par sa mère, qui avait rassemblé des forces considérables pour attaquer le protégé des Anglais et venger la mort de Mehrab-Khan, parait avoir trompé la vigilance du résident (le lieutenant Loveday), investi subitement Kélat, négocié secrètement avec le nouveau chef, déterminé ce dernier à lui abandonner le matmad ( trône ) comme au successeur légitime de Mehrab, et fait prisonniers le résident et son escorte. D’un autre côté, une attaque dirigée par une troupe nombreusedeBéloutchis (principalement de la tribu des Marries , l’une des plu$ sauvages du Béloutchistan) , contre le fort de Kalia n, occupé par les Anglais, avait échoué (*) ; mais yn détachement

(*) D'après les avis les plus récents, ce fort a été évacué depuis, à la suite d'une convention qui a |>ermi< à l’officier anglais commandant de rejoindre le corps d'armée

INDE

considérable envoyé de Sâkker, sous le commandement du major Clibborne, au secours des assiégés , avec mille chameaux (dit-on) et d’autres bétes de somme chargées de munitions et de provisions de toute espèce, avait été attaqué dans les montagnes par des forces supérieures, et , après les avoir repoussées avec une rare intrépidité et leur avoir causé une perte énorme, avait été obligé, par le manque absolu d’eau, les pertes qu’il avait essuyées lui-même et l’état de faiblesse et de découragement des troupes, de Ttattre en retraite, abandonnant à l’ennemi ses deux canons et la presque totalité du convoi. Ce sérieux échec paraîtrait avoir tellement endé l’audace des Béloutchis, qu'un soulèvement général en aurait été le résultat.

Nous ne croyons pas, cependant, la position aussi grave que la dépeignent les journaux de Bombay, trop disposés à accuser le gouvernement suprême d’imprévoyance et à exagérer la portée des événements qui semblent justifier leurs attaques. Ce qui paraît certain , c’est que les Béloutchis ont tenté un dernier effort pour secouer le joug que les Anglais leur imposent", et qu'ils ne renonceront pas à leur sauvage indépendance avant d'avoir reçu une leçon plus sévère encore que celle que leur a donnée il y a un an le général Wiilshire. Au mois de septembre dernier, toutes les mesures étaient prises à cet effet, et il est probable qu’en ce moment les serdars insurgés sont tués, dispersés ou captifs.

Parmi les actes qui ont signalé le rétablissement de Shâh Shoudjà-oul- Moulk dans l’exercice du pouvoir souverain, l’un des plus spontanés, comme l’un des plus remarquables par les tendances nouvelles qu’il contribue à indiquer chez les princes asiatiques, et qui decèlent l’influence progressive des idées européennes, a été l’institution d’un ordre de chevalerie. — Nous avons eu occasion d’en dire quelques mots plus haut (p. 28 , note) , et nous

qui se formait dans le haut Sindh, avec armes et bagages.

pensons qu’if ne sera pas sans intérêt de reproduire la lettre par laquelle Shâh-Shoudjâ exprime, h sa royale sœur d’Angleterre, sa reconnaissance pour le puissant secours qu’il a reçu des armes britanniques et la résolution qu’il a prise pour en éterniser le souvenir. — Voici la traduction à peu près littérale de ce curieux document, qui avait été expédié de Kaboul le 19 août , et immédiatement transmis en Angleterre parle gouverneur général :

«Sa Majesté Shâh-Shoudjü-oul- Moulk , roi d’Afghanistan, à Sa Très- Gracieuse Majesté Victoria , reine de Grande-Bretagne et d’Irlande.

(Après les compliments d’usage.)

« Qu’il soit connu de Votre Majesté que m’étant mis en marche de Shikarpour (*), accompagné des troupes anglaises victorieuses, je suis maintenant, par la grâce de Dieu et l’extrême bienveillance du gouvernement anglais, monté sur le "trône de mes ancêtres; Kandahar, Ghizni (**) et Kaboul étant tombés successivement en mon pouvoir.

« Les expressions me manquent pour peindre ma reconnaissance d’un si grand bienfait.

« Je prie le Tout-Puissant pour la préservation et l’accroissement de la prospérité et de la gloire de Votre Majesté.

« J’ai réfléchi depuis quelque temps aux moyens de récompenser les officiers européens et les troupes qui m’ont accompagné, et qui se sont exposés, pour défendre ma cause, à tant de dangers et de fatigues.

(*) Voyez pages 68 et ya.

(**) Les Anglais écrivent assez généralement Ghuznee} Motion Lüll (*) écrit Ghnznin d’après l’orthographe persane ^ \y-

(*) Mohan Léll, dont le nom se trouve mentionné dans les instructions données à Bûmes (yoy. p. 5a, note), au sujet d’un rapport sur la tribu des M.uarit's , est un jeune Hindou qui beaucoup voyagé aux frais du gouvernement suprême des iodes anglaises. Il accouipngnait Bu rues et Gérard dans la première mission à Kaboul, et a publié une relation intéressante, mais peu connue, de cette mission , ou plutôt le journal de ses observations pendant cette mission. (Journal of a tour through tht Panja6t Afghanistan y Turkistan , K harasan and part ojPersia , etc. Calcutta, i834> London, i835.)

L’UNIVERS

« Je suis maintenant pleinement résolu à instituer un ordre , qui portera la désignation d’Ordre de l’Empire Douranie {Néshân-é-Dour -é- Dourân) , et qui sera divisé en trois classes.

« Je désire conférer la première classe de mon ordre au très-honorable George lord Auckland, gouverneur énéral de l’Inde; au général en chef e l’armée , sir John Iveane ; à l’envoyé et ministre de ma cour, W. H.

Macnaghten esq. ; au major général sir Willoughby Cotton ; au lieutenantcolonel sir Alëxander Burnes; et au lieutenant-colonel C.M. Wade. Je destine la seconde et la troisième classe de l’ordre aux officiers nommés dans les listes qui accompagnent ma lettre.

« Comme je désire également conférer, à l’armée tout entière aussi bien qu’aux officiers , quelque marque de distinction en mémoire de la bataille de Ghizni , j’ai l’intention de faire frapper une médaille qui sera donnée à chaque officier et soldat présent dans cette glorieuse occasion.

« C’est avec la plus entière confiance que j’appelle, sur ce que je désire, la bienveillante attention ue ma royale sœur; et je suis assuré qu’elle me fera la grâce de permettre que les officiers et soldats , que j’ai mentionnés, portent la décoration que je leur destine ; j’aurai laissé ainsi un souvenir durable, et le récit de tant de glorieux exploits dans cette partie du monde retentira dans tout l’univers. »

Les intentions du shâh ont été remplies. L’ordre de l’empire Douranie brille maintenant sur la poitrine d’un nombre assez considérable d’officiers anglais.'

Dans l’esquisse historique que nous avons tracée des événements qui ont amené l’expédition d’Afghanistan, nous nous soqjmes arrêté plus particulièrement sur les circonstances qui témoignaient de l’importance politique d’une des provinces anciennes dépendances du royaume de Kaboul, la principauté d’Hérât. Nous rappellerons à nos lecteurs qu’aux termes de la déclaration de lora Auckland , Hé-

rât devrait demeurer indépendante , à l’avenir, sous la garantie de l’Angleterre ; cependant, les derniers avis de l’Inde font pressentir comme but ultérieur de l’expédition destinée à soumettre le Béloulchistan , l’occupation d’Hérât par les troupes anglaises.

Il paraît certain que les dépenses auxquelles les Anglais ont été entraînés par l’engagement pris de relever les fortifications d’Hérât et la nécessité de protéger les malheureux habitants de la ville et des villages environnants contre les exactions du roi et de ses ministres, s’élèvent déjà à plus de six millions. D’ailleurs, la conduite vacillante et indécise du shâh Kamran , les intrigues perpétuelles de son ministre Yar Mohammed, les intentions toujours hostiles du roi de Perse, le défaut presque absolu d’administration et de police régulière, et conséquemment l’absence de toute protection efficace pour le commerce , semblent devoir déterminer les Anglais à se charger de diriger plus immédiatement les destinées de ce malheureux pays, soit en le replaçant sous la suzeraineté de Shâh-Shoudjâ , soit en lui donnant un souverain nominal, dirigé, comme l’est le roi de Kaboul , par un envoyé et ministre anglais.

Balkh et Bokhârâ étaient aussi autrefois des dépendances de la monarchie Douranie. De l’attitude que prendraient les chefs de ces contrées dans lesquelles Dost-Mohammed-Khân avait été chercher un asile , et de la nature des relations qui s’établiraient entre ces chefs et le prince d’Hérât, dépendait, en grande partie, la consolidation plus ou moins prompte du pouvoir de Shâh-Shoudjâ. La présence de l’amîr dans la vallée de l’Oxus et dans le. voisinage du Kaboulistan , où il entretenait des intelligences, le bruit de plus en plus accrédité de l’approche d’une expédition russe, destinée à châtier le khan de Khiva , et qui appuierait les tentatives de l’amtr pour ressaisir le sceptre de l’Afghanistan, les intrigues auxquelles ces diverses circonstances ne

INDE

pouvaient manquer de donner lieu , et dont Hérât, Bokhàrâ, et par suite, Kandahar et Kaboul, seraient les principaux foyers : telles étaient les conséquences "prévues et inévitables de la restauration du shâh, et évidemment sir William Macnaehten (*) et Shâh-Shoudjâ devaient déjouer ces intrigues et se prémunir contre les tentatives probables de Dost-Mohammed, avant de pouvoir accomplir la tâche que leur impose la réorganisation politique de l’Afghanistan. Le .premier soin du gouvernement avait été en effet d’occuper les passes principales qui conduisent du Kaboulistan dans les pays que dominent également les crêtes neigeuses de l'Hindou-Kôh et

u’arrose l’Oxus. Ce sont les clefs

e l’Irân d’un côté, du Tourün de l’autre (voyez p. 37). Pour mieux faire comprendre la position relative de ces passes, nous essayerons de donner en quelques lignes une idée nette de la partie septentrionale de l’Afghanistan.

Nous avons déjà établi que la limite de l’Afghanistan au nord était la continuation occidentale de la grande chaîne de l’Himalaya, le Caucase indien des Macédoniens , désigné par les géographes orientaux sous les noms de Hindou-Kôh, Hindou-Khou , Hindou-Koush. Les vallées de l’Abou-Sin, du Londye (l’une des principales branches ae la rivière de Kaboul ) , du Kaméli , appartiennent à sa pente méridionale; l’intérieur et la pente septentrionale de cette chaîne sont inexplorés.

(*) M. Macnaghten a été élevé à la dignité de baronnet du royaume-uni de Grande- Bretagne et d’Irlande, le n décembre i83g. Le colonel Henry Pottinger a été honoré de la même distinction par lettres patentes de la même date. Cet officier avait acquis, comme résident politique dans le Siudh , des droits nombreux à la confiance du gouvernement suprême et à la reconnaissance de son pays , dont le commerce trouvera, dans la libre navigation de l’Indus , des avantages immenses dont la prudence et l’activité de ce haut fonctionnaire ont su hâter la réalisation.

La pente sud n’a été étudiée que vers son extrémité ouest, dans ces dernières années, par Bûmes, qui en a mesuré et franchi les passes principales. Le fleuve ou rivière de Kaboul coule au pied de mindou-Kôhet reçoit ses affluents en partie des montagnes avancées au sud et à l’ouest, en partie de la terrasse du Kaboul, en partie, enfin, de l’Hindou-Koush même. La petite rivière qui passe par la ville de Kaboul est le plus insignifiant de ces affluents, mais donne cependant son nom au cours principal. A quatre journées de marche , à l’ouest de Kaboul , on trouve le village de Sir-Tchaschma ( sir , tête; tchaschma , source); c’est là que la rivière prend sa source, et non loin de là s’élève la première rangée de montagnes que l’on passe à la hauteur de trois mille trois cent cinquante mètres environ. C’est le commencement d’une chaîne dépendante de l’Hindou-Koush, connue sous le nom de Koh-e- Baba, et qui s’étend vers le sud-ouest . entre Kaboul et Bâmiâu ( Alexanària ad Caucasum).

L’ Hindou- K hou ou Hindou-Kôh, strictement parlant, est la contrée montagneuse qui Lomé le bassin de la rivière de Kaboul au nord , comme le font les monts Khaybers au sud, et dont le point le plus élevé paraît atteindre six mille mètres (le Kound d’Elphinstone, le pic Kouner de Burnes). C’est cette même contrée montagneuse vers le haut Kound , dans laquelle Alexandre pénétra par la vallée de Kouner le long du fleuve Kamé (le Koas de Ptolomée). Le nom de Hindou-Koush ou Hindou-Kôsh , qui a de l’analogie avec le premier et qui , souvent , est confondu avec lui , ne se rapporte qu’aux passages plus occidentaux entre Bâmian et le pays de Balkh. D’après Ibn-Batouta , qui franchit ces passes vers le milieu du quatorzième siècle, l’étymologie de Hindou-Koush se déduit de la destruction causée par le froid parmi les Indiens qu’on traînait en esclavage dans la Bactriane, et qui trouvaient la mort dans ces montagnes. Hindou- Koush signifie, en effet, mot à mot.

L’UNIVERS

destructeur ou tueur des Hindous (*). Tout le pays au nord du fleuve Kaboul fut le théâtre des combats livrés par l'une des divisions de l’armée d’Alexandre. Il est connu aujourd’hui sous le nom de Kohéstan de Kaboul {Kohé-stan, c'est-àdire, pays de montagnes), et ses hauteurs avancées du côté du fleuve, sous le nom de Kohdamon. Les Anglais ont eu auss. à livrer plusieurs petits combats, tout dernièrement, dans ces mêmes districts où l’autorité du shah Shoudjô n’est pas encore fermement établie(**) ; mais le véritable danger qui menaçait la restauration avait sa source dans le nord-ouest du Kohéstan , au delà de Bâmiân , à Khouloum , où le Dôst

S comme les Anglais dans l’Afghanistan lésignent familièrement Dost-Mohammed-Khan) avait trouvé un appui dans le tvâll ou chef ouzbek de cet endroit, et rassemblé quelques milliers d’hommes, à la tête desquels il espérai pénétrer dans le Kaboul , soit par Bâmiân, soit par le Kohéstan. Les négociations entamées depuis long-

(*) Ceci sc rapporte particulièrement aux six passages reconnus par Bornes, et qui serpentent dans ces montagnes à des hauteurs de trois mille trois cent cinquante à quatre mille mètres. Les observations de Bornes prouvent que Bâmiân se trouve déjà au nord de la ligne de partage des eaux entre l’Indus et l’Oxus (*). Ihn-Batouta , savant sheik et voyageur célèbre, florissait à la cour de l’empereur de Débit , Mahmoud-Toglnk, veis 1340. Les voyages d’Ibn-Batouta ont été traduits de l'arabe par le révérend Samuel Lee. Londres , 1839, in-40. Uolian-Làll donne la même étymologie du mot Hindou-Koush qu ' lbn- Batouia, mais, selon lui, la tradition rapporte qu’une armée hindoue aurait péri tout entière dans ces montagnes.

(**■) Le capitaine Edward Conolly, frère du voyageur Arthur Conolly, a été tué dans une de ces rencontres. C'est une perte, assure-t-on, non -seulement pour l’armée anglaise , mais pour la science. Le capitaine E. Conolly était un orientaliste distingué.

(*) La haute vallée de Bâmiân s'étend dans une direction est et ouost, à peu près, entre les passes Knlnu et Ak-robit.

temps avec ce redoutable vaincu n’avaient eu pour résultat que de déterminer son frère, le nawab Djabbar- Khan, et quelques autres personnes de sa famille, à se placer sous la protection du gouvernement anglais. Il ne cherchait pour lui-même dans ces négociations qu’un avantage , celui de gagner du temps et d'étendre son influence parmi ses compatriotes, plus disposés à ressaisir les habitudes d’une vie aventureuse qu’à se rallier autour d'une légitimité qui leur était imposée par la civilisation ambitieuse, d’un peuple européen. Dost-Mohammed-Khan, chef brave, habile et longtemps heureux , était regretté par d’anciens compagnons d’armes, qui n’attendaient qu’une occasion favorable pour se ranger de nouveau sous son étendard; plusieurs avaient déjà déserté la cause de Shâh-Shoudjâ ; et quand il fut avéré que le vieux serdar llærekzaï approchait de Bâmiân par la passe Ak-Robât, que les avantpostes des troupes anglo - afghanes venaient d’abandonner pour se replier sur le quartier général , une compagnie tout entière d’un régiment afghan (régiment commandé par un officier anglais) décampa pendant la nuit et passa à l’ennemi. Cependant, les mouvements de Dost- Mohammed ne pouvaient échapper à la vigilante surveillance de sir William Macnaghten; et quand il ne fut plus permis de douter qu’il approchait des passes, des troupes furent envoyées de Kaboul pour renforcer la brigade de Bâmiân , sous le commandement du brigadier Dennie. Cet officier général ayant poussé une forte reconnaissance "dans la direction où il s’attendait à rencontrer seulement l’avant-garde du corps «nnemi , se trouva inopinément , Je 18 septembre dernier, en présence de la petite armée que l'ex - ami'r de Kaboul dirigeait en personne contre Bâmiân. Sans hésiter un instant et malgré l’infériorité numérique de ses troupes (puisqu’il n’avait que cinq cents hommes d’infanterie régulière , moitié Hindoustans, moitié Gourkhas, trois à quatre cents hommes de cava-

INDE

lerie et deux pièces de canon à opposer à cinq ou six mille Ouzbèks et déserteurs afghans), le brigadier marche droit à l’ennemi , le déloge en un instant de ses positions , le met dans une déroute complète, le fait poursuivre par sa cavalerie qui en fait un rand carnage. Dost-Mohammed-Khan, lessé dans l'action, s’échappe à grand’peine avec un de ses fils et quelques centaines de cavaliers (on le dit mort depuis) : les tentes et tous les équipages de l’amtr tombent au pouvoir des vainqueurs. Tel a été le résultat d’une tentative audacieuse sans doute, mais qui prouve combien Dost-Mohammed se faisait une idée peu exacte encore de l’immense supériorité de la tactique et des armes européennes, et s’exagérait les espérances qu’il pouvait fonder sur les ressources dont il disposait et sur les sympathies d'une portion des populations auxquelles il avait imposé sa domination endant plusieurs années. Il est proable que cette brillante affaire de Bâmiân découragera complètement les chefs ouzbeks que Dost-Mohammed était parvenu à intéresser à sa cause; et si celui-ci , survivant à ses blessures, ne fait pas sa soumission (que le gouvernement du shâh aurait sans doute encore la prudente générosité d’accepter), il court grand risque d’être livré à Shoudjâ-oul-Moulk par ses anciens alliés, ou peut-être égorgé par eux, dans l’espoir de se concilier plus sûrement, par une démonstration aussi décisive, l'indulgence et la protection du gouvernement anglais.

Tel est donc l’état des choses en Afghanistan. Shâh-Shoudjâ aura longtemps encore, aux yeux des Afghans, le tort d'être remonté sur son trône à l’aide d’une invasion étrangère.

Sa • position , sous ce rapport , est délicate et dangereuse, et il nous est impossible de ne pas trouver une analogie frappante entre Louis XVIII, écrivant au prince régent qu’après Dieu il doit la couronne de France à l’intervention de l’Angleterre , et Shâh-Shoudjâ déclarant a la reine Victoria, dans le solennel et

pompeux langage de l’Orient, qu’il est, par la faveur divine et l’extrême bienveillance du gouvernement anglais , remonté sur le trône de ses pères , et u’il veut, par l’institution d’un ordre e chevalerie, éterniser le souvenir de ce grand événement. Ce n’est pas ici le lieu d'établir un parallèle détaillé entre les deux restaurations, mais nos lecteurs trouveront au moins dans ce que nous avons dit et dans ce qui nous i*este à dire (dans cette partie de notre travail), au sujet de l’Afghanistan, les principaux éléments d’une comparaison qui , sous le point de vue historique et politique , nous semble d'un véritable intérêt.

Ce sera, nous le répétons, une oeuvre difficile que celle de l’affermissement dü pouvoir royal dans l’Afghanistan et de la réorganisation du pays.

Créer une armée régulière, établir des communications sûres et permanentes entre les principaux points, soumettre les chefs turbulents, protéger et étendre le commerce, surveiller les mouvements des peuples voisins au nord et à l’ouest , tels sont les premiers devoirs à accomplir ou les plus importants besoins à satisfaire. I.e shâh s’applique principalement à organiser son armée et à discipliner, avant tout, son infanterie à l’européenne. Les Afghans sont en général plus propres au service de la cavalerie, et c’est comme cavalerie qu’ils se sont rendus redoutables à leurs voisins; cependant, le Kohéstan de Kaboul fournil d’excellentes recrues pour l’infanterie. Si le shâh réussit à se concilier l’affection et la confiance des principaux khans douranîs et ghilzies (nous ferons bientôt comprendre l’importance politique de ces chefs;, il ne tardera pas à exercer sur la nation, par leur intermédiaire, l’influence nécessaire à la consolidation de son autorité. Il pourra s’occuper alors de l’introduction de réformes , qui doivent porter bien plus sur les vices de détail de l'administration ultérieure, que sur l’esprit même des institutions, institutions admirablement adaptées à l’é-

L’UNIVERS

tablissement d’une monarchie tempérée par une représentation nationale, dont tous les éléments sont, pour ainsi dire, sous la main. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur l’organisation primitive du peuple afghan , telle qu’elle s’est maintenue jusqu’à nos jours, et qu’elle nous a été révélée plus particulièrement par le bel ouvrage d’EIphinstone (*). Quelques notions exactes sur ce sujet et une indication sommaire des mœurs et des habitudes de ce peuple singulier nous semblent indispensables, dès à présent, pour que nos lecteurs puissent comprendre quelle est l’attitude de Shâh-Shoudjâ et de ses protecteurs vis-à-vis des Afghans, et quels sont les éléments politiques de l’avenir de leur pays.

Il n’y a qu’un siècle et demi que les Afghans sont désignés dans l’histoire sous ce nom A' Afghans comme peuple dominateur, il est fait mention d’eux par Tavernier et par Chardin sous les noms A'Aghuans, A'Aguanes et Augans , et Tavernier les désigne de la manière la plus significative par ces mots : « peuples appelés Augans , qui habitent depuis Candahar jusqu’à Kaboul , vers les montagnes de Balkh, et qui sont gens forts et voleurs de nuit. » Elphinstone, qui les a étudiés

(*) An account of the Kingdom of Can « hui, etc. Dernière édition, a vol. in-8. Londres, 1839.

L’ouvrage d 'Elphinstone abonde en observations judicieuses et en détails précieux, surtout en ce qui concerne l’ethnographie de l’Afghanistan. Eûmes , qui a visité ces contrées vingt-trois ans après Elphinstone, a confirmé par son témoignage toutes les observations de ce dernier. Il les nomme , à juste titre, classiques. La carte jointe à la dernière édition de la description du royaume de Kaboul seritble laisser encore beaucoup à désirer. Nous regardons la carte d’Arrowsmilh, publiée à Londres en 1834 ( Central A sia, comprising Bokhara, Cahool, Persia, etc.), d'après les observations d’Alexandre Eûmes, comme la meilleure carte générale qu’on puisse consulter pour l’intelligence des questions qui nous occupent.

dans le pays , en parle comme d’un peuple auquel la nature a donné un caractère très-marqué au physique comme au moral. Il nous représente les Afghans comme des hommes forts, osseux, bien faits, ayant les yeux vifs, le visage long, le nezaquilin et une chevelure noire ou brune, rarement rousse : leurs manières sont simples et prévenantes ; leur caractère franc, valeureux, sans dureté bien que sans culture ; ils portent des barbes longues , ce qui leur donne un air grave, bien que naturellement ils soient vifs, agiles, adroits, presque coquets dans leurs mouvements et enfants dans leurs jeux (*); leur parole est facile et coulante, leur mémoire active et fidèle (surtout en ce qui concerne la généalogie et l’histoire de leurs tribus) ; leur ignorance estjmoins grande que ne l’est leur modestie et leur désir de s'instruire. Ils sont regardés comme des barbares par les Persans , mais c’est parce qu’ils sont plus véridiques que ces derniers et qu’ils ont des inclinations moins vicieuses.

On remarque d’assez grandes différences entre les Afghans orientaux et les Afghans occidentaux : les premiers sont bruns comme les Hindous , les seconds plus olivâtres; chez les uns et chez les autres, on rencontre des figures noires comme celles des habitants du Dekkan, au milieu de visages au teint clair et animé comme ceux des peuples du Caucase; mais cette complexion européenne se montre bien plus souvent chez les Afghans orientaux. Les Afghans occidentaux sont plus grossièrement organisés que ceux du côté de Kaboul ; ils sont plus lourds, plus mous que ces derniers. Les uns tenant à la Perse , les autres à l’Inde, ils forment par leur ensemble une sorte de peuple hindopersan. Bien qu’également indépendants à l’égard de l’un et de l’autre

(*) Il n’est pas rare , dit Elphinstone , de voir des hommes d’un âge mûr jouer aux billes, ou à une sorte de lutte à clochepieds.

INDE

pays , ils préfèrent les vêtements , le langage et les habitudes persanes , à tout ce qui pourrait leur venir de l’Inde. Cependant c’est un peuple différant essentiellement des Hindous, des Persans et des Tartares , et qui , converti l’un des premiers à l’islamisme , a su néanmoins résister courageusement à tous les conquérants del’Irân. Mohammed, Tchingiskhan, Timour, Abbâs, Nader-Shah, ont tous trouvé les Afghans indomptables ou prêts à se révoïter.

La race afghane forme trois groupes principaux: les Béloutchis, les Ghildjies et les Douranies; ces trois groupes se distinguent par la bravoure militaire et les habitudes de pillage.

Celui des Douranies a des dispositions très-démocratiques, et cependant les hommes faisant partie de ce groupe sont presque tous établis dans les villes , tandis que ceux des deux autres mènent la vie de pasteurs. L’or- , gariisation des tribus de ce singulier peuple est pour ainsi dire toute généalogique et peut se résumer dans la formule qui suit :

Chaque famille est sous le gouvernement absolu de son chef.

Dix ou douze familles sont présidées par un ancien , spin-zhéra (mot à mot, barbe blanche ) , ancêtre commun de ces familles ou son représentant.

Dix ou douze spin-zhéras reconnaissent l’autorité d’un canndidâr, représentant l’aîné de toutes ces familles.

Un certain nombre de ceux-ci composent une subdivision à laquelle préside un mallik ou moushir, qui à son tour doit représenter l’ancêtre commun. •

Plusieurs subdivisions forment une division régie d’après le même principe ancestorial.

Enfin plusieurs divisions composent le khail, et plusieurs khails forment les grandes familles ou tribus, telles que 'es Barekzaïs, les Saddozaïs, lsinaëlzaïs , etc. (*).

(*) Le zais , qui termine si fréquemment les noms de tribus en Afghanistan, a la

Chaque groupe de khails ou chaque khail indépendant, ou même chaque division qui a pour chef un khan, est désigné par le mot oulouss.

Ce qui distingue particulièrement les Afghans, c’est l’amour extrême de la liberté et de l’indépendance. Ce sentiment a donné à leur caractère un fonds immense d’originalité. Leur système militaire, leur cavalerie, leur législation et leur gouvernement, tout est frappé, dit Elphinstone, d’un sceau qui leur est particulier. Ils obéissent aveuglément à leur chef, mais c’est que , dans ces chefs , ils voient la personnification de la force et de l’éclat de leurs tribus; c’est que, dans leur grandeur et leur influence, chaque Afghan voit la splendeur de sa propre famille. Ils les accompagnent à la guerre avec la soumission aveugle et le tendre dévouement d’un enfant pour son père. En général, ce gouvernement est aussi étranger à l’égoïsme qu’il se complaît dans une discipline militaire dure et inexorable. Les Afghans parlent avec enthousiasme (de la liberté de leurs institutions : ils sont toujours prêts à maintenir que tous les AJghans sont égaux , ce qui, bien que l’histoire du passé et celle du présent donnent un démenti formel à cette prétention, montre au moins leurs dispositions naturelles et la tendance constante de leurs idées. Elphinstone s’efforcait un jour de convaincre un vieillard de leurs tribus , homme très-intelligent, de la supériorité et des avantages de la vie civilisée dans nos grandes monarchies, comparée aux tumultes , aux alarmes et aux discordes sanglantes , résultat inévitable de leur système de gouvernement. Le vieillard , répondant avec une chaleureuse indignation à ces arguments , conclut en ces mots :

« Nous aimons la discorde , nous

signification de fils, comme le vilch à la fin des noms russes et le mac au commencement des noms écossais. Les termes mallik et moushir , d'origine arabe , désignent , le premier un roi ou chef suprême , le second un conseiller.

L’UTJIY EUS.

aimons les alarmes, nous aimons le sang, mais nous n’aimerons jamais un maître! » Avec de pareils sentiments, le gouvernement monarchique est en effet difficile, et il est aisé de prévoir que pendant un longtemps encore la présence d’une armée anglaise pourra seule contenir l’esprit turbulent et inquiet et les vagues désirs d’indépendance de ces copulations, qui n'ont jamais montré a’unité nationale que pour envahir eux-mêmes ou repousser l'invasion.

Les Afghans , tout en aimant la guerre, la rapine et le pillage, prétendent qu'il n’y a de force que (fans la justice; mais* ils sont justes à leur manière : l'hospitalité est encore une de leurs vertus; seulement cette hospitalité ne dépasse pas les limites du village ou du territoire; au delà de ces limites, le droit de pillage reparaît dans toute sa force, et ne respecte personne ; les amis comme les ennemis subissent la loi commune.

Telles sont principalement les mœurs des habitants des monts Soliman et du Béloutchistan.

Les Afghans primitifs résidaient, selon toute apparence, dans le Paropamise, entre l’Inde, la Perse et la Bactriane. Les données que nous fournit l’histoire, et qui remontent au temps d’Alexandre, prouvent que, déjà à cette époque , il y avait une différence profonde entré les habitants de l’Afghanistan actuel et les populations de l’Hindoustan. Les premiers sont actifs, agiles, entreprenants et énergiques; les seconds, dotix, indolents, plonges dans une extase et une contemplation habituelle. Cette différence de caractère et de mœurs frappa les Anglais. Ils aimaient à retrouver dans l'habitant de l’Afghanistan un homme de la trempe européenne.

C’est de ce point de vue que les Afghans furent étudiés et représentés par Elphinstone. D’autres écrivains sont allés plus loin , cherchant à donner un tableau exact de l’état actuel de ce peuple remarquable , en même temps qu’a pénétrer jusqu'à son origine , pour en faire ressortir tous les

points d'afBnité avec la race germanique, la race iranienne, et celle des peuples occupant l’Asie centrale. Parmi ces écrivains, nous citerons surtout Fr. Wilken, dont la dissertation sur l’Origine et le gouvernement des Afghans , très-estimée en Allemagne, n’est pas encore , que nous sachions , connue en France.

Le point de départ de Wilken est diamétralement opposé à celui de ses prédécesseurs. A commencer par les écrivains persans et arabes , tels que Neamet-Oulla, Ebn-Batuta , tous les autres, et particulièrement Ferishta, J. Potocki, A. Burnes, etc. , etc. , mêlant plus ou moins de fables à leurs récits , se sont plu à déduire l’origine des Afghans de la race juive habitant primitivement les monts Caucase.

Wilken protesta contre cette hypothèse ou cette assertion , au nom de données historiques et ethnographiques aussi curieuses qu’incontestables, que nous résumerons ici.

De tous les peuples conquis par les musulmans, les Afghans ont été les plus fidèles gardiens de leur nationalité. Leur organisation sociale a résisté à toutes les tentatives faites par leurs rois pour y établir un gouvernement despotique. Elle ressemble sous plus d’un rapport à celle des anciens Persans et à celle des anciens Germains.

Les Afghans se divisent, comme autrefois les Persans, en deux grandes classes : 1° colons établis , 2° pasteurs. Ces derniers changent de place périodiquement, à de certaines saisons de l’année. D’après leurs mœurs, ils se divisent encore en Afghans orientaux et en Afghans occidentaux. Les tribus les plus renommées et exerçant une espece d’autorité sur les autres tribus sont celle des Ghildjies (Gildschi) (*) et celle des Douranies. Ces divisions n’en font pas des peuples aussi différents les uns des autres que l’avaient été jadis, dans la race germanique, les Francs et les Saxons. Les Afghans déduisent leur origine de Kais-Ab-

(*) Molian-Lall écrit Qaljdis (que nous prononcerions Queldjais.)

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dulraschid et de ses quatre dis. Ce Kais fut, suivant la légende, le premier de son peuple qui , du temps de Chaled, accepta l’islamisme. Ce mythe n'a probablement d’autre but que d’indiquer l’origine de la noblesse afghane.

Le roi des Afghans est le chef de l’État ; il a un pouvoir suprême dans toutes les affaires concernant le peuple entier, mais it n’administrait anciennement que le domaine de sa propre tribu , et ne se mêlait des choses touchant les autres tribus que lorsqu’elles le lui demandaient ellesmêmes. Cependant elles étaient toutes 1 obligées à lui fournir des troupes et à payer un impôt. Nous avons vu quelle est l’organisation intérieure de la 1 tribu ; la moins importantede ses subdivisions compte rarement moins de l dix à douze familles.

De même que les tribus se forment 1 des familles, de même le peuple n’est qu’un assemblage de tribus. Les liens I qui unissent entre elles toutes ces i parties sont les mêmes que ceux qui l unissaient jadis les demen et les phyl len des Grecs , ou les pagi et les vici l des Germains , et dont les traces se l sont conversées jusqu’à présent parmi quelques peuplades des Slaves méridionaux.

L’union du droit de succession aux l dignités vacantes , au droit d'élection i des chefs de famille, repose sur les l mêmes bases que chez les anciens Francs. Dès qu’un khan ou un supérieur quelconque meurt, l’élection a lieu. Ordinairement c'est le puîné de la famille qui est choisi. Cependant c’est une règle qui n’est pas obligatoire. Le roi n’a que le droit d’approbation. Quelques tribus lui accordent celui de nomination, dont il n’est libre de se servir qu’en faveur des membres de la famille possédant telle ou telle dignité par droit d’hérédité.

Ce système de succession politique I expose les Afghans , comme c’était jadis chez les Germains, à des guerres intestines. Ils prennent, suivant l’ui sage adopté par ces derniers, leurs reges ex nobilitate et leurs duces ex

vlrtute. Leur khan est , comme autrefois le roi des Germains , le chef de la tribu pendant la paix. Il résigne son pouvoir pendant la guerre entre les mains d’un commandant général ou dictateur. Après la guerre, les khans redeviennent ce qu’ils avaient été auparavant. L’administration intérieure de chaque tribu afghane se trouve encore tracée par Tacite: De minoribus rebus principes consultant, de majoribus omnes (*). Les khans , les malliks et les moushirs ne peuvent donc rien décider dans les circonstances graves sans prendre l’avis préalable des chefs de famille et de la masse de leurs subordonnés. Les assemblées des chefs de famille, ou les djirgas, sont convoquées par un spîn-zhéra (barbe blanche), et ne contiennent que les chefs de famille. Les djirgas (assemblées) A'vulousses se composent de tous les spîn-zhéras. Les djirgas des malliks n'admettent que leurs subordonnés, les mouhsirs; et les djirgas des khans ne sont composées que de malliks.

DariS toute affaire concernant la tribu entière, et devant être réglée par la décision de tous les chefs de famille, on prend les voix de la manière suivante : les spîn - zhéras interrogent les chefs de famille qui leur sont subordonnés. Ils se rendent ensuite à l’assemblée des moushirs. Les moushirs forment le conseil privé des malliks , qui sont le dernier et le seul organe par lequel le khan apprenne la volonté de sa tribu. Les affaires courantes ne passent pas à travers cette filiation des assemblées populaires, et sont décidées ou réglées par le khan lui-même ou par ses subordonnés. En examinant cette organisation de près, il est impossible de ne pas se croire transporté au milieu de ces anciennes tribus germaines réglant toutes leurs affaires par leurs villages [gauen) , leurs bourgs ( marken ) et leurs cantines (a ehenten).

Les djirgas exercent aussi un pouvoir judiciaire, et leur intervention, en général conciliatrice , substitue par

(*) Tacite , Germ. II.

L’UNIVERS

degrés, aux habitudes sanglantes de vengeance , l’idée d’une proportion équitable et régulière entre la peine et le délit. Les Afghans seuls jouissent de tous les droits consacrés par les djirgas; ils sont, à peu d’exceptions près, les seuls propriétaires et citoyens dans le pays. Les peuples qui leur sont soumis n’ont, au contraire, aucun droit de propriété sur les terres qu’ils habitent. Le pays entier est divisé entre les différentes tribus, de manière que chacune d’elles possède un district à elle seule.

Parmi quelques tribus des Afghans orientaux , l’occupation territoriale suit, comme chez les anciens Germains, un tour de rôle; c’est le sort qui en décide. Le tirage des lots se fait à des époques périodiques et de manière à ce que les terres les plus fertiles puissent changer de mains. Cette opération s’appelle waish. Dans la tribu des Youssouf-Zaïs, elle a lieu tous les dix ans (’).

(*) L’ensemble des contrées comprises entre le Kaslimir et le Kohistan de Kaboul

fient se diviser en trois régions : dans les lasses plaines les plus chaudes se sont établis les Afghans proprement dits ; dans les vallées moyennes , les Youssouf-Zaïs ; les hautes vallées presque inaccessibles de la chaine géante sont habitées par un peuple tout à fait distinct , les Kafers. Le Kaferistàn , ou pays des Kafers {kafers , mécréants, infidèles, qui ne sont ni mahomélans ni Hindous), est d'une étendue indéterminée , mais qui comprend au moins tout le pays au nord du fleuve de Kaboul , depuis Tdùtril jusqu’à Jladakslian , Anderao et lialkji. Le. Kaferistàn offre un vaste champ aux explorations des voyageurs futurs; c’est une vraie terra incognita dans sa partie orientale. Klphinstone, dans son excellent ouvrage sur le Kaboul et les pays voisins, a donné une notice très-interessante sur les Kafers ou Siapôstus (*). C’est un fait très-remarquable que non-seulement ces peuplades (visitées en 1810 par Moulla- Nadjib, et dont Elphinstone décrit les

(*) Sia , noir, pôsh , habilles de noir. On donne ce nom à quelques-unes de leurs tribus , parce qu’elles portent une espèce de surtout de poil de chèvre. — Voyez nus*» : Nouveau journal asiatique (Asiatic Journal, new sériés.'), vol. 28, iSüq, p. i33.

Les Afghans ne cultivent pas toutes les terres qui leur échoient en partage,

mœurs et les usages, surtout d’après cet observateur musulman), mais en général toutes les tribus qui habitent au nord de l’Hindou-Koh et sur la rive droite de l’Indus jusque dans le petit Tiliet, prétendent descendre des Macédoniens de l’armée d’Alexandre. On peut espérer que M. Vigne, voyageur anglais qui a tout récemment exploré avec soin les pays au nord de l’Hindoustan, et dont on imprime en ce moment la relation à Londres, aura recueilli des renseignements curieux sur cette intéressante question.

Au-dessous et à l’est du Kaferistàn , le pays montagneux entre la rivière Londyt et l’Indus (au nord d’Attock) est habité par la tribu des Youssouf-Zaïs, dont l’importance historique mérite une mention particulière. D’après les traditions et les histoires écrites que possède cette tribu, les Youssouf-Zaïs sont originaires du pays situé entre Hérat et le Béloutchistau , sur lès confins du Dushté-Lout, ou grand désert salé ; et lorsqu'ils en furent expulsés vers la fin du treizième , ou au commencement du quatorzième siècle, ils peuplèrent en partie la haute terrasse de Kaboul , et , de proche en proche , s’établirent , de gré ou de force, dans les districts voisins du bassin de l’Iudus , et plus particulièrement dans celui que nous avons désigné, et d’où ils ont envoyé des colonies dans tout l’Hindoustan. Les Youssouf-Zaïs n’ont ni agriculture, ni industrie, ni commerce. Propriétaires par droit de conquête, ils vivent du travail des tribus qu’ils ont soumises ; et si l’accroissement de la population rend les moyens de subsistance précaires , l’émigration est une ressource que leur audace aventureuse a su exploiter avec avantage depuis des siècles. Comparable en quelques points aux Lacédémoniens par son organisation intérieure, aux Normands par le caractère et le but de ses expéditions , ce peuple turbulent , connu à l’est de l'Indus sous le nom général de Patânes , a exercé, à diverses époques, une grande influence sur les affaires de l'Hindoustan. Les armées nioglioles se sont toujours recrutées de ces émigrés. line dynastie de leur souche a occupé le trône de Delhi pendant trois siècles, et sur les ruines de l’empire du Grand - Moghol, ils avaient élevé la république des Bohillas dans l'ancienne province de Kaltaïr (au sud-

ni ne les font cultiver par leurs colons , mais ils en abandonnent une grande partie aux peuples vaincus.

Ces derniers sont partagés en plusieurs catégories pareilles à celles qui existaient parmi les esclaves des anciens Germains.

Les relations des Afghans avec les habitants reçus par octroi ne sont pas moins dignes d’attention. A cette classe appartiennent non - seulement les colons , mais aussi les fermiers et les Buzgurs , connus sous le nom générique de Humsayehs (voisins). Ils n’ont ni le droit de propriété ni celui d’assister aux djirgas. Cependant ils peuvent s’y faire représenter par des personnes de leur choix. Chaque Humsayeh est tenu de se choisir un patron parmi les Afghans. Le nombre de ces patrons , qui rappelle l’usage adopté à cet égard par les Romains , est, dans certaines tribus , très - considérable.

Le sort des Uumsayehs est généralement assez heureux. Leurs patrons sont obligés de les défendre et de les protéger de tout leur pouvoir et dans toutes les circonstances possibles. La plupart d’entre eux sont Tadjiks (*) ou

est de Hardwar), aujourd’hui le Rohilkond, d'où ils s’étaieut rendus souvent redoutables aux Anglais eux-mêmes. Ce pays est aujourd’hui soumis entièrement à la domination anglaise , ainsi que les autres colonies afghanes de moindre importance qu’ou trouve dans toute l'étendue de l'IIindoustan, telles que Kerruckabad , Ropâl , Karnoul , Kadappa, etc. ; mais les Palâncs sont toujours rangés , sinon parmi les meilleurs , au moins parmi les plus braves soldats de l’Hindoustan.

(*) Sous le nom de T luit, Tadjik , Tadschik , Tadschek , il faut comprendre toute cette réunion de peuplades agricoles qui occupe le pays supérieur de l’Irân , n’appartenant à aucune des races nouvellement dominantes , et n'ayant d’autre unité que celle de la même dégradation et du même avilissement. L’origine du mot Tadjik (*) est persane; les Tartares donnent ce nom à la Perse entière , et dans la langue moghole il signilie le paysan. Quand a-t-il été imposé

(*) Malcolm' j Uist. of Persio, tom. II, pag. 606. — Mobau-Lalt écrit Tajokt (que noua prononcerions Tadjeks).

étrangers. Cependant on y voit aussi des Afghans venant d’une autre tribu.

à celte partie de la population de l'Afghanistan ? c’est ce qui n’est pas facile à préciser. Ritler a prouvé , en s'appuyant sur les annales chinoises , que, par ce mot de Tadjik, on désigne dans toute l’Asie centrale un homme parlant te persan. Du temps de Tirnour, on appelait ainsi tous lus habitants de l'Iran qui n’étaient ni Arabes ni Moghols. Ce nom était déjà alors un signe de mépris et correspondait au fellah des Turcs dans l’Égypte. Malcolm les regarde avec vraisemblance comme un restant de l’ancienne population autochthone , qui survécut à toutes les guerres , révolutions et secousses désastreuses de l’Iràn. Les Tadjiks s’étendent par toute la Perse , tout le Béloulchislan , tout l’Afghanistan, jusqu'à la Boukharie. Ils parlent dans tous ces pays un des dialectes du vieux persan, mélangé de néo-persan, de poushtou et de tourkoman , et forment une classe de serviteurs, des gteha: adscripti, des colons vivant sous la domination tyrannique de leurs maîtres.

En jetant un coup d'œil sur toute l'Asie supérieure de l'ouest , depuis les monts Hindou-Koush jusqu'au Taurus, on aperçoit un contraste très-constant et très-prononcé entre les peuples nomades cl les peuples agricoles. Les rapports de l’une de ces deux classes à l’autre ressemblent à ceux qui existent ordinairement entre les seigneurs et les serfs, entre la noblesse et le peuple. L’origine de cette division remonte, si l’on peut croire les témoignages de quelques officiers d’Alexandre le Grand, jusqu'au temps de l’expédition de ce conquérant en Asie. Les Afghans et les Tadjiks sont l’expression la plus frappante qui existe encore de cette division.

Les Tadjiks se trouvent aussi dans le Tourkestan chinois ; ils y sont établis comme dans le Tourkestantartarc, dans le pays des Ouzbèks et dans toute la Perse. Leur sort diffère cependant dans chacun de ces pays. Dans le plateau d’Iran, où ils furent conuis par les khalifes avec le premir déborement de l’islamisme, ils restèrent serfs tant que dura la domination arabe; mais dès que celle-ci s'écroula, ils se mélèreut avec leurs dominateurs, et en prirent, jusqu’à un certain point, les mœurs, la langue et la civilisation. Tel fut le sort de la population primitive de la Boukharie. L’Afghanistan, au contraire, conserva son indépen-

LesHumsavehs d’origine afghane sont plus estimes que les autres.

dance plus longtemps. Il résista aux Arabes pendant prés de truis siècles, et lie fut influencé par le contact de cette race qu’en passant sous la domination de la Perse. C’est alors que naquit dans ce pays, du mélange de la population arabe et persane avec la population indigène, la classe des Tadjiks, classe des travailleurs aux yeux de toutes les bordes nomades qui traversèrent ce pays, mais classe profondément différente de celle des anciens cultivateurs de l’Afghanistan, qui, à l’approche de l’ennemi, se sont retirés dans les montagnes, emportant avec eux leur vieille liberté.

La noblesse de l’Afghanistan n’est pas rélenlieuse; elle admet dans son sein les ouïmes les plus incultes, pourvu qu’ils soient d’origine libre. Aussi celte classe y devint facilement très-nombreuse, par l’incorporation de différentes hordes nomades tout entières. Mais à mesure qu’elle croissait, la classe des Tadjiks devenait de plus en plus asservie. La majeure partie des hommes de cette classe se recommande par des mœurs' douces, paisibles et industrieuses. Ils sont généralement plus policés, plus entreprenants et plus intelligents que leurs maitres, pour lesquels ils sont obligés de travaillei , et auxquels ils livrent souvent la moitié de leurs revenus. Dans les villes, ils sont attachés à différentes branches d’industrie manuelle, et se louent tant par au. Leur religion est celle des Sounis ou Sunnites. Dans le Sistan (Sedjeslan) et le Kéloutchislan , ils forment la majeure partie de la population. Ailleurs, ils sont semés çà et là par groupes, et présentent ainsi le triste spectacle d’un peuple dispersé par tous les vents des révolutions.

Parmi les races d’origine étrangère qui ont colonisé l’Afghanistan, et dont la plus ancienne, celle des Tadjiks, n’est encore qu’un jeune peuple métis, il faut distinguer les Kauelbashis (appelés Qizalbash par Mohan-Lall; Kuzzitbuushes par Elphinstone), tribu lourkomaue, qui du temps de la domination des dynasties tourkomanes parvint en Perse à un haut degré de puissance, et qui, à la suite de Nader-Shâh et d’Ahmed-Shàh , s’est établie, au nombre de plusieurs milliers de familles , principalement à Kaboul et dans les antres graudes villes de l’Afghanistan. Les Kazzelbashis , race intelligente et vauiteuse, à la fois insolente et

Telle est l’organisation intérieure des Afghans : toutes les tribus de ce

servile, passionnée pour la gloire et les plaisirs, aimables compagnons, mais dangereux amis, sont à Kaboul en possession de presque tous les postes de confiance dans les grandes familles et même à la cour, et exercent par leur nombre, leur union, les qualités redoutables de. leur esprit et leur audace, une assez grande influence sur le gouvernement et le peuple, dont ils sont cependant haïs à cause de la différence des religions, les Kazzelbashis étant de zélés Shiahs, tandis que la masse des populations appartient à la secte des Sounis. Les Kazzelbasliis ont vu , avec une extrême jalousie, que les Anglais eussent pris une part si active et si glorieuse au rétablissement de l’autorité de Sbàb-Slioudji. Depuis l’arrivée de l’armée anglaise à Kaboul, ils n’ont cessé de témoigner, par l’insolence provoquante de leur langage et de leur conduite, de la haine que leur inspiraient ces étrangers et du mépris qu’ils affectent pour les troupes indiennes, ces cypahis dont la froide bravoure, la persévérance intrépide et la discipline forment cependant uu contraste si frappant avec la folie jactance, les habitudes corrompues et l’insubordination orgueilleuse de ces fils dégénérés des compagnons d’armes de Nader-Shàh. A entendre les Kazzelbashis, l’armée anglo-indienne n’a dû son salut qu’à leur modération. « Si ce n’était pour ces hommes blancs, disent-ils, nous aurions bon marché de ce ramas d’Hindoustauis. » Une affaire un peu sérieuse aux portes de Kaboul aurait rabaissé la morgue de ces «bonnets rouges (*),» et leur aurait appris que le eypahi leur est aussi supérieur en vrai courage et en mérite militaire qu’en conduite et en valeur morale. Les Kazzelbashis sont de beaux hommes, bien montés, bien aimés, prompts à s’offenser comme à offenser les étrangers, surtout les Européens qu’ils ont en aversion : avec de semblables dispositions, il parait bien difficile que le séjour des trou|>es anglaises à Kaboul puisse se prolonger beaucoup sans amener quelque collisiou sanglante entre eux et les Kazzelbashis.

Outre ces étrangers, il y a encore dans les plaines du haut pays afghan plusieurs débris des innombrables hordes de conquérants qui les ont traversées. Dans cette catégorie, les Hazarehs tiennent, par leur

(*) C'est U signification des mots kaitel-beth.

INDE

peuple jouissent de droits égaux et sont soumises à des obligations égales. La tribu des Douranies est la seule qui fasse exception à celte règle, comme étant attachée par des liens de consanguinité à la maison royale.

Les Douranies sont exempts des impôts fonciers. Les rois des Afghans font partie de VOulouss Populzai, et particulièrement de la famille Saddozai. Cette famille a des privilèges considérables : aucun de ses membres ne peut être condamné et puni qu’en vertu d’un décret prononcé dans le sein de la famille. Le khan de VOulouss des Douranies lui-même n’a aucun pouvoir sur aucun individu appartenant à la famille Saddozai. Leurs personnes sont sacrées et placées , du consentement de la nation , à l'abri de toute attaque particulière, fût-elle la plus juste au fond.

YVilken a montré qu’il existait de très-grandes analogies entre cette organisation à la fois démocratique et monarchique (avec des privilèges en faveur d’une tribu particulière), et l’organisation politique de, la Perse ancienne, au temps de Cyrus. 11 a donné, par ses savantes recherches, un très-grand degré de probabilité à l’hypothèse de Klaproth sur l’origine

nombre, la première place ; viennent ensuite les descendants des Moghols , des Tartares, des Kalmouks, des Kourds, des Lesguis et d’aulres peuples du Caucase. On rencontre aussi plusieurs Abyssiniens; le roi de Kaboul en avait autrefois à son service comme gardes du corps. Quelques hommes sortis de celte caste ont joué dans l’IrAn un rôle remarquable. Le nombre des juifs élablis dans l’Afghanistan n’est pas considérable; la plupart d’entre eux se tiennent dans le Kaboul , et s’occupent du commerce de la haute Asie jusqu’à ta Chine.

Ainsi une multitude de peuplades d’origines différentes vivent maintenant côte à cote dans l’Afghanistan, et y ont conservé jusqu'à un certain point leurs habitudes et leurs moeurs; mais rarement admises dans le sein des populations indigènes de manière à s’y fondre, et ne pouvant pas conserver leur individualité comme peuple, elles ont, eu général , passé comme serfs sous le joug des plus forts.

delà \zn%oepoushtou{*), lien commun de toutes ces peuplades. La constitution primitive des Afghans , constitution marquée énergiquement au coin de l’individualité persane, vient à l’appui de cette hypothèse d’une maniéré aussi tranchante que la langue même. Selon Klaproth, YVilken et Ritter, le poushtou serait d’origine perso-mède. Des recherches toutes récentes semblent continuer les analogies déjà soupçonnées entre le poushtou et le sanskrit (**) ; mais c’est un pointquia grand besoin d'être éclairci.

Quoi qu’il en soit, la langue des Afghans parait n’être rien moins qu’harmonietise(**‘). Cependant cette langue, selon Eiphinstone, ne manque ni d’expression ni surtout d’énergie , et elle se prête aux sentiments les plus passionnés; elle a sa poésie, et les poètes poushtous sont assez nombreux , surtout depuis deux siècles.

Ahmed-Shâh a composé un recueil d’odes en poushtou; son fils Titnour en a publie un en persan. Le shâh actuel, Shâh-Shoudjâ, est lui-même trèsversé dans la littérature arabe, persane et poushtou. Dans un pays où la poésie est en honneur, l’amour se révèle tôt ou tard à l’homme en dépit des institutions qui assignent à la temme le rôle d’esclave et la condamnent à ne pas franchir les limites de la vie

(*) Un Afghan se désigne lui-mèmepar le nom de poushtine ou pousktoune (au pluriel poushtane/i), d'où est venu par corruption patine.

(**) Voyez Asialic journal, décembre i83g , page î55.

(***) La tradition s’es» même égayée à ce sujet. Selon elle, un certain roi ayant envoyé son vizir pour étudier les différentes langues de la terre et lui en rapporter des vocabulaires, le vizir, à son retour, essaya de donner à son mai re une idée de chaque langue par des citations. Quand il en vint à Yafghani, il s’arrêta, et, prenant un vase en étain dans lequel il avait mis un gros caillou, il commença à secouer le vase. Le roi surpris lui demanda ce que signifiait ce charivari; le vizir déclara que , n’ayant pu réussir à apprendre la langue des Afghans , il n'avait vu que ce moyen d’en donner une idée à Sa Majesté.

L’UNIVERS

intérieure. L’amôur est un sentiment qu’éprouvent fréquemment ces populations nomades ou guerrières de l’Afghanistan, et qui chez elles paraît même présenter des caractères tout à fait analogues à ceux qui distinguent Je véritable amour d’après nos idées européennes. La condition des femmes , malgré les restrictions qu’imposent les hanitudes musulmanes , est au total heureuse dans ces contrées, et l’influence du beau sexe se manifeste souvent dans les événements qui changent la destinée des familles, et même celle de l’État. L’appel d’une femme à la protection d’un Afghan n’est jamais fait en vain , et la forme même de cet appel a quelque chose de simple, de noble et de touchant , comme la confiance dont elle est le signe. Ainsi , à la mort de Timour-Shâh , la reine favorite , mère de Shâh-Zeman , envoya son voile à Sarfraz-Khan, chef de là tribu des Barekzaïs , et se plaçant ainsi avec son fils sous la protection de ce puissant serdar, le mit dans l’obligation d’appuyer les prétentions de Shâh-Zeman au trône.

Elphinstone évaluait la population totale de l’Afghanistan et de ses dépendances à plus de quatorze millions.

Ce qui reste de l’ancien empire douranie, sous la domination de Shâh- Shoudjâ, compte probablement encore de huit à dix millions. Cette population est trop mélangée et trop remuante pour qu’il soit possible de lui imprimer promptement la direction salutaire qui doit la mener à un heureux avenir. Cependant , il y a au fond de l’esprit afghan , et dans la constitution des peuples qui habitent à l’ouest de l’Indus, des tendances européennes que l’influence de la civilisation anglaise parviendra à développer tôt ou tard.

Nous nous proposons de consacrer l’une des sections de la quatrième partie de cet ouvrage à une description succincte mais complète des pays afghans , considérés sous le point de vue historique et ethnographique , et plus particulièrement dans leurs rapports avec l’Inde anglaise; mais nous avons cru devoir , dès à présent , faire con-

naître à nos lecteurs les traits les plus saillants du caractère des peuples qui habitent la droite du bassin de l’Indus, et les faits récents qui témoignent de la résolution prise par l’Angleterre de disposer à son gré de l’avenir de ces peuples. Nous commençons à comprendre en France que* nous avons quelque intérêt à savoir ce qui se passe dans ces contrées lointaines. Les nouvelles de l’Inde occupent chaque mois plusieurs colonnes de nos journaux, et exercent déjà , par intervalles , une influence légitime sur nos débats parlementaires. Il importe donc de nous familiariser promptement avec les notions qui sont , pour ainsi dire , les éléments de toute appréciation convenable des événements qui tendent à changer la face du monde asiatique.

C’est dans cette conviction que nous nous sommes hâté d’esquisser le récit de l’expédition anglaise au delà de l’Indus, et de soumettre à nos lecteurs un résumé rapide des causes et des résultats de cette expédition. L’attitude définitive que prendront les populations de l’Afghanistan , tant à l’égard du souverain que l’Angleterre aide à régner sur elles , qu’à l’égard des chefs de l’Asie centrale, de la Perse, et indirectement de la Russie , exercera une extrême influence sur l’avenir politique et commercial du vaste empire hindobritannique. L’organisation intérieure des Afghans est très-remarquable. Il y a, dans ce peuple, un sentiment profond de nationalité , une vie d’ensemble dont les éléments épars pourront être un jour réunis et mis en jeu par une main habile. A dater de ce jour, la puissance anglaise dans l’Inde sera consolidée ou menacée du coup mortel. Les avantages qu’offre la possession de l’Afghanistan comme barrière , et , en cas de besoin , comme théâtre d’opérations militaires, sont immenses.

Le capitaine A. Conolly, dans un ouvrage (*) qui renferme’ une foule de

(*) Journey to the north of India , overland front England throngh Russia, Persia and Afglianistaun. By licut. Arthur Conolly, a vol., ad ed. Hevised. London, 1 838, Bentley.

INDE

renseignements précieux sur l’état des pays aii nord et à l’ouest de l’Inde britannique , a consacré un chapitre fort intéressant à l’examen de l’importante question de V Invasion de V Inde par terre. Il y démontre clairement que si les Afghans, comme nation, étaient déterminés à résister aux agresseurs , les difficultés qu’éprouverait dans sa marche l’armée envahissante seraient à peu près insurmontables; que les Afghans pourraient détruire ou mettre facilement hors de la portée des assaillants le peu de provisions ou de ressources qu’offre le pays ; qu’ils n’ont rien à gagner, et ont, au contraire, beaucoup a craindre de l’invasion des Russes ; qu’ils sont les ennemis naturels des peuples dont les Russes doivent rechercher l’alliance ou se faire aider en premier lieu, soit Ouzbèks, soit Persans ; et qu’ils nourrissent, en outre, une antipathie fanatique contre ce dernier peuple (*). Les Afghans seuls, maîtres des passes, pourraient opposer une résistance formidable à toute tentative d'envahissement; et il est à présumer que les Russes ne pourraient jamais pénétrer de force dans l’Afghanistan , soit par le nord , soit par l’ouest (c’est-à-dire , par Balkh ou Meshed), sans éprouver des pertes énormes. Il nous parait évident, en outre, qu’avec l’aide de la science militaire et de la discipline européenne, dans un pays aussi difficile , une armée combinée anglo-afghane pourrait défier toutes les forces que la Russie amènerait du nord ou de l’ouest pour tenter la conquête de l’Inde. Avant de jeter un coup d’œil sur les causes qui peuvent entraîner la Russie à des tentatives d’invasion dont l’état présent du monde asiatique éloigne indéfiniment la possibilité, résumons en peu de mots la question d’Afghanistan.

La seule conclusion certaine pour nous de tout ce qui précède (en ce qui regarde plus spécialement l’Afghanistan et le Sindh), c’est que les peuples

(*) Les Persans sont, pour les Afghans, des hérétiques : shidhs ; les Afghans sont sounh ou makométans orthodoxes.

7° Livraison. (Inde.)

de ces contrées transindiques , depuis longtemps dans un état de bouleversement et de désorganisation politique, devaient abandonner tôt ou tard à l’Angleterre ou à la Perse (cette dernière sous l’influence et avec le concours de la Russie) la direction de leurs affaires. L’Angleterre a saisi le moment favorable et établi sa suprématie. Non-seulement cela était dans la nature des choses, mais, particulièrement, dans la nécessité des conditions d’existence de l’empire hindobritannique.

Ce qui nous semble ensuite le plus évident, c’est qu’ayant à choisir entre les chefs barekzaïs et les Saddozaïs, successeurs légitimes deTimour Shâh , les Anglais ne pouvaient ni ne devaient hésiter à soutenir la cause de Shâh Shoudjâ, comme la plus populaire, en présence des faits qui témoignaient en laveur de ce prince et contre les Barekzaïs, longtemps avant que l’expédition au delà de l’Indus fût résolue. Le résultat de l’expédition, ou, pour mieux dire, la manière dont cette expédition s’est accomplie, a été la confirmation la plus éclatante de la sagesse de la détermination prise à l’égard de ces grands intérêts. Nous avons vu les scrdars de Kandahar, frères de Dost Mohammed, fuir sans combat et presque seuls; le peuple de cette ancienne capitale de l’empire douranie accueillir avec enthousiasme et saluer de ses acclamations le retour du souverain légitime. Dost Mohammed a été obligé de fuir à son tour, et ses troupes l’ont abandonné. Il a fallu qu’il trouvât, un an plus tard, l’appui de quelques bandes étrangères pour tenter de rentrer dans l’Afghanistan et d’y exciter un soulèvement en sa faveur. Nous savons quel a été le résultat de cette tentative désespérée.

Au total , à l'exception du brillant combat de tihizni , la souveraineté de l’Afghanistan a été tranférée à Shâh Shoudjâ sans aucune lutte sérieuse.

Un pouvoir qui aurait eu une base réelle soit dans l’affection du peuple, soit dans l’habileté et les ressources des dépositaires de ce pouvoir, n’aurait

L’UNIVERS

pas été écrasé en quelques instants, pour ainsi dire, par sa propre chute.

Le fait que le pays a été et est encore, sur plusieurs points, parcouru ou occupe par des bandes de voleurs armés qui pillent indistinctement Anglais, Hindoustanis, Afghans qui s'écartent des camps ou des villes où l’autorité du shâh est fermement établie, ne prouve rien contre la popularité générale de sa cause (et à cet égard , notre opinion est partagée par les publicistes anglais qui ont étudié ces questions avec le plus d’impartialité (*)). Il ne faut pas perdre de vue que l’Afghanistan est un pays où des tribus entières ont été voleurs de profession, de temps immémorial (voyez p. 88), et que ce pays a été dans un état de désorganisation à peu près complète depuis plus d’un demi-siècle. La vie et les biens n’étaient pas plus en sûreté qu’aujourd’hui , quand Elphinstone visita P Afghanistan, il y a trente ans environ. Son récit abonde en anecdotes de rapine et de violence, et il s’en fallut de bien peu que le grand seigneur douranie, envoyé a sa rencontre pour le conduire à la cour, ne fût pillé luimême en chemin. Il n'y a donc rien de surprenant que dans un tel état de société, l’esprit de sauvage indépendance et l’amour du butin soient souvent plus forts que l’attachement h une dynastie. Cependant , nous le répétons, Shâh Shoudjâ est aimé de la généralité de ses sujets et respecté de tous comme l’aîné des Saddozais, et s'il a le bon sens d’encourager le commerce et l’agriculture, et de familiariser par degrés les seigneurs du pays avec les formes du gouvernement représentatif, dont ils connaissent déjà les éléments, et avec les avantages de la centralisation, il se fera pardonner en peu d’années l’appui intéressé des baïonnettes anglaises (**).

(*) Voyez Edinburgh Review, n° cxt.iv,

(**) Shâh Shoudjâ , dans l’opinion des hommes qui ont été le mieux à même de le connaître ou de le juger, est loin d'être un homme ordinaire. U semble , au contraire ,

En jetant un regard en arriéré et comparant l’attitude politique de l’An-

qu’il réunisse à un assez haut degre les qualités qui, dans un prince, commandent le plus sûrement le respect et l’affection. Pendant sou long exil àLoudhiana, Shâh Shoudjâ avait toujours été traité et s’était toujours comporté en roi. Il nous a semblé curieux de rapprocher des témoignages unanimes des voyageurs anglais à cet égard (*), le témoignage du sceptique et spirituel Jacquemont , et nous empruntons à son grand ouvrage sur l’Inde, dont l’impression se continue en ce moment chez MM. Didot(**), le récit suivant de son entrevue avec Shâii Zéman et Shâh Shoudjâ en i83i.

(*) La Revue d’Bdinbnrgh, numéro de juillet dernier, citée pins haut, résaine ainsi les opinions énoncées par plusieurs écrivains distingué» à cet égard.

« .... On a supposé très-gratuitement que Shâh « Shoudjâ était un prince faible et timide dont lord « Auckland a eu tort d’épouser la cause. L'histoire « de sa rie est semée de traits de courage et d’éner- « gir, comme aussi (trnp fréquemment pour ses «intérêts) de modération, de bouté et d’indul- « gence enrers d’ambitieux ingrats. S’il eut été u moins scrupuleux dans l’exercice du pouvoir su- « préine, il l’eût probablement conservé toujours, a M. Elphinstone, auquel personne ne disputera « le droit de bien juger en pareille matière , parle a de lui en toute occasion dans des termes qui in- « diquent qu’il avait une baule opinion de ce prince.

« I.a seule réserre qu’il ait cru deroir faire è cet « égard a élé de dire qu'il ne lui croyait pas le « génie et l'énergie nécessaires pour réorganiser « un gouvernement dgjà plongé dans l’anarchie et a tombant en ruine. Nhih Shoudjâ a reçu depuis a celte époque plusd'une utile leçon à l’école de l’ad.

« versile! Le lémuignage de sir Alexander Bûmes a prouve qu'au moins, sous un certain point de vue, « l'expérience que le royal exilé avait acquise l’avait a élevé au-dessus du niveau ordinaire des hommes a de son rang dans ce pays. Parlant de l’auto-bioa graphie de Sbèh Shoudjâ (dont celui-ci venait de lui a faire cadeau), sir Alexander s’exprime ainsi i a Ce a livra contient le détail de sa ne et de ses aven* « tares , dans un style simple et naturel. On n’y a trouve point ces éxtroits du Koran, ces métapho- ■ res perpétuelles et toutes ces extravagances dont a les aaleurs orientaux abondent. La narration xe a passe aussi de ces miracles que les historiens mua sulmans ne manquent jamais de faire intervenir a en faveur de leurs héros. L’ouvrage , en un mot, a est ceque nous appellerions eu Europe on récit d'éqvénemeuts intéressants.» Un prince mahométan acapibie d’écrire un semblable récit et d’agir avec a autant d'intelligence et de résolution que Shih u Shoudjâ en a montré, soit pour s’échapper avea « sa famille des mains d’un protecteur ausai dana gereux et aussi vigilant que Randgit-Singh , soit a en d'autres occasions difficiles, ne saurait être a considéré comme ua lâche ou un imbécile, a (”) Voyage dans l’Inde, par Victor Jacquemont, 4 vol. gr. in- 4°.

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INDE

SKJ

gleterre dans l’Inde, il y a trente ans, ses vues alors, ses actes , son langage

«Le capitaine Wade fit «lire aux deux princes qu’il désirait me mener à leur audience, et les pria de désigner le moment où il leur plairait de me recevoir. Leur consentement était une chose qui allait de soimème, et le désir de les visiter, .une politessequeje leur offrais, plutôt qu’une faveur qu’il leur demandait pour moi (*). Ils fixèrent tous deux le jour le plus prochain.

« Nous allâmes d’abord chez Shah Zeuiân, avec aussi peu de pompe que nous devions en trouver chez lui pour nous recevoir , à cheval sur nos poneys. Un des officiers de sa maison vint au-devant de nous, sur un misérable tattou. Nous entrâmes dans une petite cour bien modeste , où nous descendîmes de cheval. 11 y avait plusieurs Afghans de la maison du vieux roi :

l’un d’eux, mieux vêtu que les autres, et qui exerce nominalement quelque emploi des plus élevés, nous conduisit dans un très-petit jardin rempli de fleurs , autour duquel sont bâties plusieurs petites maisons du style le plus modeste; nous montâmes quelques marches et entrâmes dans une d’elles , qui est celle du roi. Le vieillard nous attendait : nous le trouvâmes accroupi au fond de la salle et entouré de coussins. A sa droite, mais à plusieurs pas de lui, un de ses fils était assis par terre, personnage muet et immobile pendant la durée de notre visite. Nous nous tînmes debout à la main gauche du shâh, et près de lui : comme il ne parle pas hindoustani, Wade lui parla pour moi en persan.

«Au reste, le prince était de bonne humeur , autant qu’un roi détrôné, vieux et aveugle peut être. Nous lui fîmes faire les frais de la conversation. Quand il apprit que j’allais à Cachemir, dans les montagnes, il envia mon sort, et nous parla des joies de Kaboul. Depuis sa chute et sa cécité, il a fait un voyage à la Mecque, par terre entièrement. Il parait avoir été traité partout sur la route avec égard : cependant il ne fut pas exempt du droit de passage que lèvent les Arabes jur les pèlerins. Il tra-

.Tacqtiemont se trompe, selon nous, dans l'appréciation de ces petites circonstances, et W nuite «1* son récit le prouve peut-être assez. Nous et, faison* le remarque parce que nous désirons aae nos lecteurs ne se fassent pas uue idée fausse du caractère natif que Jacquemout ne nous semble , avoir très-bien compris , et du caractère des princes douranies , en particulier.

à l’égard de ces mêmes princes de l’Afghanistan et du Pandjâb; en les

versa la Perse sur un éléphant , et le désert dans tipe litière portée par deux chameaux, voiture bien incommode. Bagdad est le lieu de sa route dont il a conservé le souvenir le plus agréable. Il y reçut un message du Grand Seigneur, qui lui offrait une pension mensuelle de six mille roupies (i5,ooo fr.) dans une ville de l’Asie Mineure, proposition qu'il a souvent depuis regreite de n’avoir pas acceptée. Malgré ses malheurs, il était encore attaché à sa terre natale. Mais il n’osa point nous dire l’absurde espoir qu’il nourrissait encore à cette époque d’y ressaisir, quoique aveugle, la couronne. Il y a peu de temps qu’il a abandonné tout à feit cette pensée, pour se donner exclusivement à la dévotion. Il dit qu’il n'a plus rien à faire maintenant en ce monde qu'à se préparer à en sortir. Il passe une grande artie des journées à entendre des lectures u Koran, et compte continuellement les grains de son chapelet. Son pèlerinage à la Mecque est son souvenir favori. A recommencer une vie nouvelle, il ne voudrait pas être roi : il serait fakir ou pèlerin. « Quoi de plus heureux, dit-il, que la condition d’uu homme sans souci sur la terre , voyageur par vocation , et qui doit porter constamment avec lui l’idée qu’une vie si sainte ici-bas lui prépare la félicité éternelle dans le ciel ! » Depuis sa retraite à Loudhiana , il a souvent demandé au gouvernement anglais la permission de faire des pèlerinages; mais il en choisissait toujours les lieux si indiscrètement , que le gouvernement dut lui croire d’autres intentions et refuser sa demande. Le gouvernement d’ailleurs consent à ce que le très-petit nombre de personnes qui ont occasion de le voir, lui et son frère Shâh Schoudjà , le traitent avec les honneurs royaux ; tuais il ne lui conviendrait pas que tous les princes détrônés parcourussent l’Inde sous le caractère royal qu’on leur laisse à huis clos. Shâh Zemàn voulait dernièrement faire un pèlerinage du côté de Guzerat, lorsqu'un des princes musulmans de l’ouest avait pris , contre les radjahs hindous ses voisins, une attitude menaçante , et semblait prêt à passer le bas Indus pour envahir le Sind. On eut la preuve que .Shâh Zemàn correspondait avec lui , et qu’ils se proposaient de faire une tentative sur l’Afghanistan.

«Wade, pour lui indiquer qu'il désirait être congédié , lui fit mes compliments

L’UNIVERS

comparant à ce que cette même Angleterre vient d’accomplir sur les rives

d’adieu, auxquels le vieux prince répondit par quelques mots de politesse, et nous nous retirâmes.

« Sliàh Zemân a près de 60 ans, mais il ne parait pas si vieux. Son teint est d’un brun jaune clair; ses traits , assez beaux. Sa barbe peinte , par la régularité extrême avec laquelle elle se dessine sur son visage et par son épaisseur, ressemble à une barbe postiche et dissimule peut-être son âge. Il était vêtu d’une grande simplicité ; je ne remarquai que l’extrême beauté du cbâlc roulé en turban autour de sa tête.

«Malgré son âge et sa grande dévotion , il n'a pas renoncé auâ femmes. Il a un petit sérail , mais où il passe plusieurs heures chaque jour; et j’ai oublié de dire que dans la conversation , il se plaignit de l’épuisement de ses forces, et sachant que j'étais médecin , me demanda quelques remèdes pour les ranimer. Je le renvoyai au docteur Murray, qui, depuis plusieurs années, le visite assez souvent.

«Certains jours de fêle, les enfants des marchands de joailleries et d’étoffes de la ville sont admis avec les marchandises de leurs parents dans le petit jardin que nous traversâmes pour entrer chez le vieux roi. Les femmes de son sérail s’y promènent alors en liberté , et font quelques petites emplettes à cette foire enfantine. C’est le seul plaisir qui vienne quelquefois rompre la monotonie de leur cloître.

« Cette coutume est imitée de la cour de Perse , dont Ahmed Shàh avait copié toute l’étiquette. Elle existait aussi à la cour des Grands Mogols.

« Shàh Shoudjâ, chez qui nous allâmes ensuite , demeure assez près de son frère. Nous fûmes reçus par un de ses officiers dans un assez grand et joli jardin, où il a coutume de recevoir deux fois par semaine , à 9 heures du matin , tous ceux qui se présentent. Mais l’heure était passée : on nous dit qu’il nous avait attendus assez . longtemps , et s'était à la On retiré dans son harem , mais en disant qu’il reviendrait. Nous nous promenâmes une bonne demi-heure sans le voir venir. L’homme qui nous faisait compagnie était un vieillard d’une belle et douce figure , vêtu avec beaucoup de goût. — J e rr marquai la beauté des grandes tresses de cheveux blancs qui lui tombaient sur les épaules, et je m’en étonnais, car tous les

du Sutledge et de l’Indus , il est impossible de ne pas être frappé d’éton-

Afghans ont la tête rasée. Wade m’expliqua la cause de cette magnifique chevelure : elle cache des oreilles coupées. C’est peut-être Shàh Shoudjâ lui-même qui l’a fait ainsi mutiler. .

« On vint nous dire que le prince nous attendait dans ses appartements. Nous passâmes à travers plusieurs petites cours fort tristes, à la porte desquelles des soldats en guenilles rouges montaient la garde d'un air nonchalant , et nous entrâmes à la fin dans une grande salle entourée d’une galerie, gardée semblablement. Shâh Shoudjâ était assis sur une chaise, sans autre cour que quatre misérables eunuques .qui se tenaient debout à distance derrière lui. Nous le saluâmes à la manière indienne, et il ne nous rendit notre salut que par un très-léger mouvement de tête, sans porter la main au front. Nous nous arrêtâmes à quelques pas; mais il nous fit avancer tout près de lui à sa gauche , et nous nous tînmes debout pendant toute notre visite. Son extérieur me frappa vivement, et ses manières ne me plurent pas moins. C’est un homme de grande taille, fort sans avoir de l’embonpoint; des traits nobles et réguliers; un maintien plein de dignité et de grâce. Je n’avais encore vu aucun Oriental qui eût un air si distingué. Il comprenait assez l’hindoustani pour que j’essayasse souvent de lui parler sans le secours d’un interprète; mais ses réponses , toujours faites en persan, devaient presque toujours m’étre traduites par Wade. Il me qu’estionna beaucoup sur mes voyages, et parut comprendre aisément leur objet. Je lui dis que j’attendais chaque jour des passe-ports de Reudjit Sing pour aller à Cachemir ; et il en prit occasion pour parler de Rendjit sans beaucoup de considération, et de Cachemir avec enthousiasme. C’était jadis le plus riche joyau de sa couronne; mais il ne le garda pas longtemps. Il ne le vit que dans les expéditions militaires qu’il y fit pour le ressaisir, et que pour apprendre à le regretter. Au temps de sa prospérité , sous les empereurs mogols , Cachemir rendait annuellement un croître de roupies (a5, 000, 000 fr.) ; mais il n’en tira jamais plus de a8 lacks (7,000,000 fr.).

« Le prince nous raconta , en ma faveur, car c’est une histoire que Wade sait par cœur, tant il l’a entendue de fois , quelques détails de sa dernière et malheureuse expé-

INDE

neraent. — Plus d’hésitation dans sa politique, plus d’incertitude dans ses

dition contre Cachemir : une chute abondante et inattendue de neige lui en ferma l’entrée , lorsqu'il y touchait , et qu’une partie nombreuse de la population l’attendait comme un libérateur. Sa petite armée se composait presque en entier d’indiens de plaines, que la rigueur subite du climat des hautes montagnes déconcerta et engourdit tellement , qu’il ne put les faire avancer, et il dut faire retraite ou plutôt s'enfuir, sans autre escorte bientôt qu’un petit nombre de serviteurs fidèles. C’est alors qu’il traversa les montagnes de Koullou et voyagea pendant trois jours sur la neige , avant que d’arriver aux bords du Setludje, en face de Kotgurh.

« Cachemir serait, dit-il, une conquête bien facile à un très-petit corps de troupes disciplinées à l’européenne, et il n’en faudrait guère davantage pour faire celle de l’Afghanistan. L’escorte de M. Elphinstone eût suffi pour décider du sort de la guerre, dont l’issue fut si fatale à Shah Shoudji. Les petites armées afghanes sont non-seulement les plus indisciplinées , mais les plus perfides du monde. Le chef le plus populaire peut se trouver tout à coup déserté de ses troupes en un jour de bataille. La trahison chez ce peuple parait être un caprice, plutôt qu’une noirceur préméditée.

<■ Ce n’est pas seulement la couronne que Shah Shotidjâ paraît regretter de l’Afghanistan , c'est le pays, la terre natale. 11 parle avec entrainement des montagnes de Kaboul ; de leurs forêts et de leurs pâturages ; des eaux limpides et glacées de leurs torrents ; des plaisirs variés qu'y ramène chaque année la diversité des saisons; des neiges et des chasses de l’hiver; des fleurs et de l’éclat du printemps ; des fruits de l’été et de l’automne.

« L’objet de mon voyage lui disait assez que j’étais médecin ; et il me fit à peu près la même confession que son frère , quoiqu’en termes plus détournés : c'est son estomac qu’il accusa d’inertie. Je lui fis quelques questions sur sa santé , et ses réponses me confirmèrent son apparence florissante. Je lui dis que le défaut d’appétit dont il se plaignait , provenait sans doute du défaut d’exercice , et l'engageai à en prendre davantage ou à manger peu; ajoutant que la modération en toutes choses était un remède à bien des maux , et le meilleur moyen de

vues, de ménagements dans ses actes, de circonspection étudiée dans son

rétablir l'équilibre des fonctions dérangé par des excès; au surplus, que c’était du docteur Murray qu’il devait attendre lea meilleurs conseils sur sa santé.

« Il parut fort surpris de me voir des lunettes , et plus encore de la cause pour laquelle j’en portais ; il n’avait aucune idée du myojiisme. « Comment , dit-il , les médecins européens n’out-ils pas trouvé de remède au raccourcissement ou à l’allongement de la vue? — Les lunettes n’en sont -elles pas un admirable remède ? lui répoadis-je ; et il parut frappé de la justesse de mon observation.

«Il ne fit point l’éloge de Loudhiana. La monotonie des plaines , les chaleurs insupportables de l’été affectent davantage un montagnard et lui font plus regretter son pays. Wade lui observa qu'il lui avait souvent conseillé de passer l’été à Simla, et parla avec assurance du consentement du gouvernement à une telle demande de sa part; mais le prince laissa tomber ce propos. Noire visite avait été longue : j’y mis une fin en exprimant au prince mes voeux pour son rétablissement sur le trône du Kaboul, persuadé qu’alors je pourrais visiter avec sûreté ce pays encore presque inconnu aux Européens. Shâh .Shoudji dit à ce sujet quelques phrases obligeantes de bon goût, et nous congédia.

« Il est impossible de paraître plus roi que ce prince détrôné , d’avoir plus de dignité sans morgue ni roideur, plus de noblesse et d’élégance sans affectation.

« Son costume était recherché sans être magnifique. Autour de sa tète était roulé en turban un cachemir du tissu et du dessin le plus délicat, d’un vert pâle. Il avait le corpi enveloppé dans une large robe de chambre à grandes manches , de même étoffe que son turlian, mais à fond blanc tout couvert d’élégantes patinettes, grandes comme la moitié de la main; cette robe se croisait sur la poitrine par une grande agrafe de pierreries en forme de palme : il portait un poignard très-simple à la ceinture ; une longue canne de jonc , à main de cristal de roche ; des pantalons de soie rouge et des bai de Cachemir bariolés; des pantoufles vertes , semblables à celles des gens de sa maison.

« La chambre où il nous reçut s’ouvrait au ciel dans le milieu, et au centre un faible

L’UNIVERS

langage. En 1809, les stipulations des traités éloignaient , nous l’avons vu ,

jet d’eau jouait dans un petit bassin. Cette salle n’était presque qu’une très-large galerie autour d’une petite cour carrée. File était dépourvue d’ornements, et les murs semblaient même n'avoir jamais été bien blanchis. L’officier aux oreilles coupées qui nous introduisit , resta debout à quelques pas, droit en face du prince , pendant toute notre visite : chez Shâh Zemân, notre introducteur avait observé le même cérémonial. Tous deux avaient des chaussettes de drap écarlate. C’est d’étiquette en Perse, de ne paraître devant le shah qu’en bas rouges. Tous les gens de la maison des deux anciens rois de Caboul, que leur service appelle souvent près de leur maître, portent constamment ces bas de cérémonie.

- Le grand nombre de leurs anciens serviteurs qui les a suivis ou rejoints à Loudhiana, ruine ces deux princes ; mais ils ont la consolation de vivre ainsi parmi les témoins de leur grandeur passée, et, comme ils leur donnent encore du pain , de n’en être pas moins respectés qn'anlrefois. C’est d’ailleurs un noyau de partisans , qu’ils ont toujours sous la main pour les accompagner et les seconder dans l’entreprise qu’ils rêvent constamment contre Caboul. Malgré l’extrême modicité des pensions qu’ils leur font sur la leur propre, et la parcimonie de leurs dépenses personnelles, S lut h Zemân est toujours endetté, et Shâh Shoudjâ, qui a un établissement bien plus considérable, quoique aussi misérable en apparence, n’en supporte les frais qu’en vendant de temps à autre des pierreries. II parait qu’il en a conservé quelques-unes de très-grande valeur; et c’est leur haut prix même qui en rend la vente difficile. Il n’y a plus guère dams l’Inde de gens assez riches pour mettre une très-grande valeur à des diamants.

« Dans les premières années de son séjour à Loudhiana, Shàh Shoudjâ prenait un grand plaisir à assister aux exercices des troupes. On le voyait sans cesse dehors, à cheval presque toujours , quelquefois sur un éléphant ; il montrait une activité rare chez les Asiatiques. Lorsque les chaleurs de l’été le confinaient dans sa maison , il se plaignait de cette inaction forcée. Wade alors lui conseilla d’écrire les mémoires de sa vie, et ce fut l’occupation d’un de ses étés. Wade , qui a lu ces mémoires , les dit écrits avec un» pureté et une élégance remarquables.

toute intervention de la part de l’Angleterre , à moins que cette interven-

Shâh Shoudjâ est un prince fort lettré.

« Depuis une couple d’années, il a perdu ses habitudes actives; Wade observe une dépression générale dans ses esprits ; et quoiqu’il continue à parler de ses espérances de redevenir roi de Caboul , il est probable qu’il a perdu l’énergie nécessaire pour risquer une dernière tentative. Il sait cependant combien cette conquête serait facile à tout chef entreprenant, et combien surtout elle lui serait aisée , à lui qui a laissé dans le pays le souvenir d’un premier règne trèspopulaire. Mais il a perdu la confiance et dans scs forces et dans sa fortune.

« W'ade a fait traduire pour son usage de nombreux passages du livre de M. Elphinstone , dont il aime à parler, quoique certainement il lui reproche de lui avoir laissé perdre sa couronne , par le refus que M. F.Iphiustone dut lui faire de prendre avec son escorte une part dans les opérations militaires qui amenèrent sa chute. L’ambassade anglaise eut beaucoup à se louer de ses égards et de sa courtoisie, et c’est sans doute pourquoi le gouvernement le traite plus généreusement que son frère , qui n’avait aucun titre à son hospitalité.

« Quand ces deux frères se voient , c’est sur un pied d’égalité parfaite. Mais Shah Shoudjâ s’efforce de prendre extérieurement en toutes choses la préséance Sur shâh Zemân. Il voulait en faire son pensionnaire, et recevoir du gouvernement les 6,000 roupies (i5,ooofr.) qu’il leur donné ensemble chaque mois , afin que Shàh Zemân reçût de ses mains ce qui lui revient (a,ooo roupies ou 5,ooo fr.) ; cette demande lui fut refusée avec humeur.

- Il a souvent exprimé le désir d’avoir une entrevue avec le gouverneur général : mais la difficulté d’en régler l’étiquette fit décliner cette demande à lord Amhcrst. Lord William Rentinck la voudrait éviter pareillement. Elle ne peut avoir d’objet que le gouvernement puisse accueillir. Ce que Shâh Shoudjâ lui demaude constamment depuis plusieurs années, c’est s’il lui rendrait l’asile qu’il lui donne, et la pension qu’il lui accorde, dans le cas où il quitterait Loudhiana et l’Inde anglaise, pour faire une dernière tentative sur Kaboul, et dans le cas où il reviendrait encore fugitif et sans ressource. A cela le gouvernement lui a toujours répondu qu’il était libre de quitter ses terri-

tion ne fût réclamée ; en 1839 , cette intervention est officiellement stipulée

toires et d’entreprendre an dehors telle expédition qu’il lui plairait; mais il a toujours évité de lui dire eotnment il le traiterait, s'il revenait après cela. Il n’y a pas de gouvernement en Europe aussi équitable que celuici dans sa politique.

« Les Afghans qui ont suivi les deux anciens rois, demeurent assez isolés du réste de la population de Loudhiana : je veux parler de ceux de haut rang. Ils savent le garder dans la misère, ils ne s'allient qu’entre eux. Ces seigneurs durants qui vivent maintenant sur des pensions de i5 à 20 roupies (37 fr. 5o c. à So fr.) par mois, trouveraient peu de musulmans daus l’Inde assez nobles pour épouser leurs filles ou leur donner les leurs en mariage. Quant aux deux princes, ils 11e contracteraient d’alliance qu’avec la maison impériale de Dehli, à laquelle ds ne sont pas étrangers par le sang, Ahmcd-Shàh avant épousé une des princesses de la maison de Timour, lorsqu’il prit Dehli après la batailledePaniput. Leurs sérails sont encombrés d'enfants. Le docteur Murray y a été appelé diverses fois, pour visiter des princesses malades à la dernière extrémité; elles sont traitées comme des esclaves par les eunuques qui les gardent. Murray eut à guérir un ras de fistule anale, chez une des femmes de Sliâli Zemàu : il ne vit que la partie malade au travers d'un trou fait dans une tenture de soie ; mais des femmes plus jeunes rompirent la règle et bravèrent les menaces et les coups des eunuques, pour voir le docteur européen , qu'elles regardèrent avec une excessive curiosité.

“Tous les Afghans sont sounis. C’est aussi la secte de la famille de Timour. Le roi d’Oude descend d’une famille persane chya.

« Quand le commandant enebef, lord Combermère , vint à Loudhiana , Wade eut à résoudre une difficulté d’étiquette considérable. Le général désirait voir Shàh Shoudjâ. Celui-ci était curieux de voir celui qu’on appelait le héros de Bburtpour. Mais soit qu’il fût douteux si l’ancien roi accorderait au général anglais un siège' aussi élevé que le sien , ou si le général consentirait à faire la première visite, ou insisterait pour qu’elle lui fût rendue, Wade les fit se rencontrer à cheval à une revue , en sorte qu’ils se virent et se parlèrent , sans indiquer les prétentions de leur orgueil. SliÀli Shoudjâ

ou établie de fait, et la suzeraineté de l’Angleterre, proclamée à la face de l’Asie et de l’Europe, est reconnue des confins de la Perse au delà du Brahmapouttra , des monts Himalaya au cap Camorin.

Quels ont été, au reste, les résultats moraux et politiques de l’expédition d’Afghanistan? Ces résultats, nous n’hésitons pas a le proclamer, ont tourné, tant à l’intérieur au’à l’extérieur, au profit et à la gloire de l’Angleterre. Pour juger dé l’effet produit à l’intérieur, il suffit de lire l’adresse votée à lord Auckland, à son retour à Calcutta, par les principaux habitants hindous et musulmans de cette métropole des Indes anglaises. Il nous est impossible de ne pas trouver dans les passages suivants, non-seulement l’expression d’une confiance toujours croissante dans la force et l’habileté du ouvernement qui régit les destinées e l’empire indien, mais encore la manifestation la plus remarquable du progrès imménse fait par les Hindoustanîs dans l’intelligence de leurs droits, le sentiment de leur dignité et l’émulation rationnelle qui les rapproche par degrés de la race européenne.

« Nous offrons à Votre Sei-

« gneurie nos sincères félicitations sur

«son retour parmi nous Indé-

« pendamment de la conviction où « nous sommes que la présence d’une » personne aussi haut placée et aussi « éclairée sur les intérêts généraux et « commerciaux de l’empire que l’est « Votre Seigneurie , ne peut qu’être « extrêmement avantageuse à cette « grande métropole, nous nous appro- « chons, dans la circonstance actuelle, « avec des sentiments de gratitude peu «ordinaires, du chef d’un gouverne- « mentqui, parune manifestation ferme « et vigoureuse de sa force militaire , a « assuré à notre pays l’inestimable

« bienfait de la paix Monsei-

« gneur ! il nous était réservé de voir « les soldats de l’Hindoustan porter

aimait mieux d’ailleurs se montrer sur une selle que sur son trône d’oripeau. Il est superbe à cheval.»

L’UNIVERS

« leurs armes victorieuses dans des « régions vers lesquelles nos regards <• ne s’étaient jamais tournés qu’avec « appréhension. Il nous était réservé « de voir ces mêmes régions devenir « le théâtre d’événements qui ont mis « dans tout leur lustre le pouvoir et « la grandeur de l’empire indien et « vengé son honneur et ses droits à « la face de l’Asie et du monde entier. « Il nous était réservé de voir enfin le •t ilôt de la conquête qui , pendant « tant de siècles , a roulé vers l’est , « refoulé dans l’occident par des bandes « héroïques dans les rangs desquelles « nous sommes fiers de reconnaître le « sipahi marchant côte à côte dans « une fraternité guerrière avec le sol- « dat anglais, son compagnon de triom- « plie et de gloire. »

Et qu’on ne croie pas que ces sentiments n’aient trouve d’écho que dans la présidence du Bengale ; les populations plus voisines du théâtre de la guerre ont senti ce que l’affermissement de la puissance anglaise, et l’extension de son influence civilisatrice, avaient d’importance pour la sécurité et le bonheur des peuples; et tout dernièrement encore (au mois de septembre 1840), les principaux habitants de Mhow, ville de garnison à une distance peu considérable de Bombay, prenantcongédu majorgénéral Brooks, nommé au commandement des forces destinées à châtier les Béloutchis, s’exprimaient ainsi :

« Nous regrettons sincèrement

« votre départ, mais, en même temps, » nous désirons vivement vous voir « accomplir l'honorable tâche d’éten- « dre au loin le bienfait de la domina- « tion anglaise, domination que nous « savons apprécier, et que la justice et « l’humanité accompagnent partout où « s’étend son influence; et s’il est per- « mis à des natifs {natives) d’exprimer « leur opinion sur le compte de leurs « supérieurs , nous n’hésiterons pas à « dire que la connaissance que nous « avons de votre habileté et de votre «jugement nous fait entrevoir pour « vous une riche moisson de succès et « de gloire dans les opérations de l’ar-

« niée qui vient d’être placée sous vo- « tre commandement , dans le but de « punir les tribus barbares et cruelles « de Sindhts et d’Afghans, qui, igno- « rant encore les bienfaits de la domi- « nation anglaise, s’opposent par tous « les moyens possibles à l’extension « du commerce , et rejetteraient dans « leur aveuglement, s’ils le pouvaient, « l’heureux avenir qûe leur promet la « Providence. »

Quelque large part qu’on puisse vouloir faire, dans ces démonstrations, aux habitudes de flatterie et à l’intérêt personnel, il est évident, pour nous au moins, qu’un pareil langage indique une révolution salutaire dans les convictions, les espérances, dans les idées, en un mot , et que les natifs appartenant aux classes les plus actives, les plus industrieuses, les plus influentes de l’Hindoustan, comprennent, au profit de la civilisation et de l’humanité en général , la politique récente de l’Angleterre et l’avenir de leur pays.

L’effet produit à l’extérieur par la décision énergique du gouvernement anglais n’a pas été moins remarquable. Les faibles chefs de Kandahar et de Kaboul avaient sollicité l’assistance des Persans dans le but de repousser les attaques des Sikhs, alliés des Anglais.

Us avaient, sans aucun doute, le droit de demander, comme lesPersans le droit d’accorder ce secours ; mais la Russie, alliée de la Perse, encourageait, comme nous l’avons vu, cette combinaison menaçante pour les intérêts de l’Inde anglaise. Aucun acte d’hostilité directe ne pouvait, il est vrai, autoriser le gouvernement anglais à user de représailles en Europe; mais la conduite du gouvernement russe justifiait le mécontentement et les remontrances du cabinet de Saint-James , d’un côté , l’adoption des mesures qui ont signalé la politique ferme et prévoyante de lord Auckland, de l’autre. L’échange de notes très-vives entre les deux cabinets sur cette question délicate de l’intervention de la Russie dans les affaires d’Afghanistan, a amené, comme nous l’avons dit plus haut (p.48), une protestation de désintéressement politique

INDE

de la part de cette dernière puissance, et le désaveu de fait des agents qu’elle avait employés en Perse et du côté de l’Indus. Lecomte Simonich a été remplacé à la cour de Perse par le général Duhamel, et le malheureux Vickovitch (voyez page 48, note), rappelé à Saint-Pétersbourg, s’est fait sauter la cervelle, après avoir brillé ses papiers, à la suite d’une entrevue avec le comte de Neselsrode. La Russie a donc senti que le temps n’était pas encore venu d’étendre son influence ostensible au delà de la Perse.

D’un autre côté, l’expédition qu’elle avait entreprise, il y a un an environ, pour venger les insultes faites à son commerce par le khan de Khiva, et délivrer les sujets russes réduits par lui en esclavage : cette expédition, dont la marche aventureuse et la pénible retraite ne paraissent pas moins dignes d’attention que le spectacle qu’ont présenté les troupes anglaises franchissant, au milieu d’épreuves d’un autre genre , les passes du Bolan , venait de manquer par suite de la rigueur excessive de l'hiver. La Russie , tout en préparant une expédition nouvelle, dont des précautions infinies eussent rendu le succès infaillible , a prêté l’oreille aux humbles protestations du khan de Khiva , et accepté la proposition faite par ce chef (à l’instigation opportune du gouvernement anglais) de renvoyer tous les prisonniers russes à ses irais dans leur patrie. Le khan s’engage, en outre, par les promesses les plus solennelles, à donner à l’avenir toute sûreté, toute protection et tout encouragement possibles au commerce. Le changement inattendu apporté à la balance politique de l’Europe par le traité du 15 juillet 1840, conclu sans la participation de la France, pour régler, par l’influence combinée de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Prusse et de la Russie , les rapports du sultan avec le pacha d’Éptypte, est venu concourir , avec ces événements dans l’extrême Orient, et a dû contribuer à modifier les vues et les déterminations de la Russie par rapport à l’Asie centrale.

Ainsi, en Europe et en Asie, de grandes questions sont en suspens. En Europe,, la France a permis que le sort de l’Égvpte et de la Syrie fût réglé provisoirement sans son intervention.

En Asie, la Russie paraît s’être résignée à abandonner les destinées de l’Afghanistan, de la Tartarie, de la Chine , peut-être, à l’influence suzeraine de l’Angleterre ! Il y a dans ces événements quelque chose d’étrange et d’imprévuqui semble révéler l’action de causes encore imparfaitement étudiées ou toutàfaitincomprises.Nous n’avons cependant pas à rétracter ce que nous avancions il y a un an (')'sur les véritables intérêts et sur les tendances de la Russie dans l’Asie centrale. Le fond des grandes questions n’a pas changé ; les solutions sont ajournées ou modifiées par des circonstances imprévues :

voilà tout. Nous reproduirons ici quelques - unes des remarques que nous avions cru utile de faire à l'époque que nous venons d’indiquer, et nous leur donnerons le développement relatif que la marche des événements nous semble exiger.

Les probabilités d’une invasion des Indes anglaises par la Russie, à une époque plus ou moins rapprochée, ont longtemps occupé et occupent encore les esprits. Les uns ont regardé cette expédition gigantesque comme impraticable ; les autres comme inévitable et devant s’accomplir par des moyens analogues à ceux qui ont conduit Alexandre aux rives de Sutledge et les conquérants musulmans au cœur de l’Ilindoustan. Napoléon , aux trois grandes phases de sa vie politique, général , premier consul (**) , empereur, avait rêvé la conquête de l’Hindoustan. Jusqu’en 1813, et pendant

(*) État actuel des Indes anglaises. Revue des deux mondes, numéro du i5 mai 1840.

(**) Il n’esl pas douteux que l’empereur Paul Irr et le premier consul eussent formé le projet de rassembler une armée combinée à Astrabad pour marcher de là sur l’Indus et envahir l’Inde anglaise. Napoléon a plusieurs fois, à Sainte-Hélène , parlé de ce grand projet que la mort de Paul Ier fit

L’UNIVERS

• les conférences de Prague , il s’occupait de la possibilité d’attaquer les An-

avorter. Voici quel étail le plan de l’expédition :

PROJET D’üHI EXPÉDITION DXMS l'iSD* PER TERRE.

But de V expédition.

Chasser, sans retour, les Anglais de l’Indoustan ; délivrer ces belles et riches contrées du joug britannique ; ouvrir de nouvelles routes à l'industrie et au commerce des nations civilisées de l’Europe , et à la -France eu particulier: tel est le but d’une expédition digne d'immortaliser la première année du dix-neuvième siècle , et les chefs des gouvernements qui ont conçu cette utile et glorieuse entreprise.

Puissances qui doivent y concourir.

I.a république française et l’empereur de Russie, pour envoyer sur les bords de l'Indtis une armée combinée de soixantedix mille hommes ;

L’empereur, d’Allemagne, pour donner passage aux troupe françaises , et leur faciliter les moyens de descendre le Danube jusqu'à son embouchure daus 1a mer Noire.

Rassemblement à Astrakan d'une armée russe de trente-cinq mille hommes, et son transport jnsquà Astrabad.

Du moment où le projet de l’expédition aura été définitivement arrêté, Paul I" donnera des ordres pour qu'il soit rassemblé, à Astrakan , une armée de trente-cinq mille hommes . dont vingt-cinq mille de troupes réglées de toutes armes, et dix mille Cosaques.

Ce corps d’armée s’embarquera de suite, sur la mer Caspienne, et sera conduit à Astrabad , pour y attendre que l’armée française arrive.

Astrabad sera le quartier général des armées combinées : on y établira tous les magasins de guerre et de vivres ; il deviendra le centre des communications entre l’Indoustan , la France et la Russie.

Route que tiendra C armée française pour se rendre des bords du Danube aux bords de V Indus.

Il sera détaché de l’armée du Rhin un corps de trente-cinq mille hommes de toutes armes.

Ces troupes seront embarquées, dans des

glais dans leur empire d’Asie, et le duc de Bassano, alors son ministre

bateaux, sur le Danube, et descendront ce fleuve jusqu’à son embouchure dans la mer Noire.

Arrivées au Pont-Euxin, les troupes passeront sur des bâtiments de transport, fournis par la Russie , traverseront la mer Noire et la mer d’Azoff, et iront débarquer sous Taganrok.

Ce corps d'armée doit ensuite côtoyer le Don. en remontant la rive droite du fleuve, jusqu’à une ville des Cosaques nommée Piati-Izbianka.

Parvenue à ce point , l’armée traversera le Don, et voyagera par terre jusqu’aux environs de la ville de Tzaritzin , bâtie sur 1a rive droite du Volga.

Elle s’embarquera sur ce fleuve et le descendra jusqu’à Astrakan.

Là, les troupes s’embarqueront sur des navires marchands, traverseront, dans toute sa longueur, la mer Caspienne, et arriveront à Astrabad, ville maritime de la Perse.

Alors les Français ayant joint les Russes, l’armée combinée se mettra en marche, passera par les villes d’Hérat , de Fcrah , et de Candahar, et atteindra bientôt la rive droite de l'Indus.

Durée du voyage de Vannée française.

Pour descendre le Danube jusqu'à son em-

bouchure dans la mer Noire... ao jours.

De l’embouchure du Danube à

Taganrok 16 »

De Taganrok à Piati-Izbianka.. . ao - De Piati-Izbianka à Tzaritzin... 4 *

De Tzaritzin à Astrakan 5 »

D’Astrakan à Astrabad io »

D’Astrabad aux bords de l’Indus. 45 »

rao jours.

Ainsi , l’armée française emploierait quatre mois pour se rendre des bords du Danube aux rives de l’Indus ; mais , pour ne rien forcer, on suppose que le voyage durera cinq mois entiers : si donc l’armée part au commencement déniai 1801 (v. s.), elle doit être rendue à sa destination vers la fin de septembre.

On observe que la moitié du trajet sera faite par eau , et l’autre moitié par terre.

Moyens cV exécution.

En s’embarquant sur le Danube , l’armée

INDE

des affaires étrangères, recueillait, pour les lui soumettre , les renseignements

française doit conduire avec elle ses pièces de campagne et leurs caissons.

Elle n'aura besoin d’aucun objet de campement.

La cavalerie , les troupes légères et l’artillerie ne doivent point emmener leurs chevaux ; on embarquera seulement les selles , les harnais, les bâts, les traits, les brides, elc. , etc. , etc.

Ce corps d’armée doit être approvisionné de biscuit pour un mois.

Des commissaires précéderont l’armée, pour faire préparer et distribuer l’étape partout oit il sera jugé nécessaire.

Parvenue à l’embouchure du Danube , l’armée montera sur les bâtiments de transport fournis par la Russie, et approvisionnés de vivres pour quinze à vingt jours.

Pendant que l'embarquement se fera , des commissaires et des officiers d’état-major se rendront par terre et en poste, les uns à Taganrok et à Tzaritzin , les autres à Astrakan.

Les commissaires envoyés à Taganrok se concerteront avec des commissaires russes, pour régler la marche , par terre , de l’armée, depuis Taganrokjusqu’à Piati-Izbianka, pour préparer l’éta|ie et faire les logements, enfin pour rassembler tous les chevaux et les voitures nécessaires au transport de l’artillerie et des bagages de l’armée.

Ces mêmes comoiissairess’entendront avec ceux détachés à Tzaritzin , pour réunir le nombre de bateaux qu’exigera le passage du Don , lequel , sur ce point , est un peu plus large que la Seine à Paris.

Les commissaires placés à Tzaritzin auront eu soin , et à l’avance :

i» De réunir sur trois ou quatre points, entre le Don et le Volga , tous les objets de campement et les vivres nécessaires à l’armée pendant sa marche;

a° De rassembler, sous Tzaritzin, le nombre suffisant de bateaux pour embarquer l’armée française sur le Volga et la faire descendre jusqu’à Astrakan.

Les commissaires envoyés à Astrakan tiendront des navires prêts pour recevoir l’armée , et il sera embarqué des vivres pour quinze jours.

Lorsque l’armée française débarquera à Astrabad , elle y trouvera les objets ci-après, qui auront été rassemblés et préparés par les commissaires des deux gouvernements :

les plus précis que les voyageurs pussent fournir sur cette grande question.

i° Des munitions de guerre de toute espèce , et de la grosse artillerie.

Ces muuitions peuvent être tirées des arsenaux d'Astrakan , de Casan et de Saratof, qui en sont abondamment pourvus

»° Des chevaux de trait pour le transport de l’artillerie et des munitions de t’armée combinée.

3° Des voitures et des chevaux pour le transport des bagages , des ponton» , etc.

4° Des chevaux de seye, pour monter la cavalerie française et les troupes légères.

Ces chevaux pourront être achetés entre le Don et le Volga, chez les Cosaques et les Calmouks ; ils s’y trouvent en quantités innombrables , sont les plus propres au service dans les pays qui seront le théâtre des opérations militaires , et le prix eu sera plus modique que partout ailleurs.

5° Tous les objets de campement nécessaires à l’armée française, pendant sa marche jusqu'aux bords de llndus et au delà.

6° Des magasins de draps, de toiles , d’habits, de chapeaux , de casques, de gants , de bas, de bottes, de souliers, etc., etc., etc.

Tous ces objets se trouvent en grande abondance en Russie, cl à meilleur marché que dans les autres États de l’Europe. Le gouvernement français peut traiter pour ces fournitures avec les directeurs de la colonie de Sarepta , à six lieues de Tzaritzin , sur la rive droite du Volga; cette colonie d’évangélistes , qui passe pour la plus riche , la plus industrieuse et la plus exacte à remplir ses engagements, a son chef-lieu en Saxe; c’est là qu’il faut obtenir des ordres pour que la colonie de Sarepta se charge des fournitures.

7° Une pharmacie approvisionnée de toutes espèces de médicaments.

Elle peut être fournie par la colonie de Sarepta , où il existe, depuis longtemps, une pharmacie qui rivalise, par la variété, la bonté des drogues, avec la pharmacie impériale de Moscou.

8° Des magasins de riz, de pois, de farines, de gruaux, de salaisons, de beurre, de vins, d’eaux-de-vie, etc., etc.

g° Des troupeaux de bœufs et de moutons.

Les pois , les farines , les gruaux , les salaisons et le beurre seront tirés de Russie ; tous les autres objets se trouvent abondamment en Perse.

L’UNIVERS

Napoléon n’est plus, et le monde a changé de face. Les moyens d'attaque

io° Des magasins de fourrages, d’orge et d'avoine.

L'avoine sera tirée d’Astrakan : le pays donnera les fourrages et l’orge.

Marche de C armée combinée depuis Astra-

bad jusqu'aux bords de f Indus ; mesures

pour assurer le succès de l'expédition.

Avant le debarquement des Russes à Astrabad , des commissaires des deux gouvernements seront envoyés à l’effet de notifier à tous les khan? et autres petits despotes des pays que l’armée combinée devra traverser :

« Qu’une armée des deux nations les plus « puissantes de l’univers doit passer sur « leurs domaines pour se rendre aux Indes; « que le seul but de cette expédition est de « chasser de l'Indoustan les Anglais, qui ont «asservi ces belles contrées, jadis si eélè- « lires , si puissantes, si riches en produc- « tions et en industrie , qu’elles attiraient « tous les peuples du inonde pour prendre « part aux dons et aux faveurs de tout genre « dont il avait plu au ciel de les combler; « que l’état horrible d’oppression , de mal- « heur et de servitude sous lequel gémis- « sent aujourd'hui les peuples de ces con- « trées, a inspiré le plus vif intérêt à la « France et à la Russie; qu’en conséquence, « ces deux gouvernements ont résolu d’unir v leurs forces pour affranchir les Indes du « joug tyrannique et barbare des Anglais ; «que les princes et les peuples de tous les « Etats que doit traverser l’armée combinée, « n’out rien à craindre d’elle; qu’au con- « traire, ils sont invités à coopérer de tous « leurs moyens au succès de cette utile et « glorieuse entreprise ; que cette expédition « est aussi juste dans sa cause qu’était in- « juste celle d’Alexandre qui voulait con- « quérir le monde entier; que l’armée coin- « binée ne lèvera point de contributions , » achètera de gré à gré, et payera argent « comptant , tous les objets nécessaires à sa « subsistance; que la discipline la plus sé- « vère la maintiendra dans le devoir; que « le culte , les lois , les usages , les mœurs , « les propriétés, les femmes, seront partout ■ respectés , etc. , etc. »

D’après une semblable proclamation , et en agissant avec douceur, franchise, loyauté , il n’est pas douteux que les khans et les autres petits princes accorderont un

et dedéfense sesontégalisés ; les nations cherchent dans des luttes d’intelligence

libre passage dans leurs États respectifs; d’ailleurs, divisés comme ils le sont tous entre eux , ils se trouvent trop faibles pour opposer une sérieuse résistance.

Les commissaires français et russes seront accompagnés par d’habiles ingénieurs qui lèveront la carte topographique des pays que l’armée combinée devra traverser : sur leurs cartes ils marqueront les lieux des campements , les rivières qu’il faudra franchir, les villes auprès desquelles l’armée devra passer, les points où le transport des bagages, de l’artillerie et des munitions, pourrait éprouver quelques difficultés, en indiquant les moyens de surmonter les obstacles.

Ces commissaires traiteront avec les khans, les princes et les particuliers , pour les fournitures de vivres, des chariots , etc. , etc., signeront les traités, demanderont et obtiendront des otages.

Lorsque la première division française arrivera à Astrabad, la première division russe devra se mettre en marche; les autres divisions de l’armée combinée suivront successivement , à la distance de cinq à six lieues l’une de l’autre; ces divisions communiqueront entre elles par de petits détachements de Cosaques.

Un corps de quatre à cinq mille Cosaques , mêlé avec de la cavalerie légère des troupes réglées, formera l’avant-garde: les pontons doivent toujours la suivre immédiatement : celte avant-garde jettera des ponts sur les rivières, en défendra les approches , et veillera à la sûreté de l’armée , en cas de trahison ou de quelque autre accident.

Le gouvernement français fera remettre au général en chef de l’expédition des armes de la manufacture de Versailles, telles que fusils, carabines , pistolets , sabres, etc., etc. ; des vases et autres objels de porcelaine de la manufacture de Sèvres ; des montres et des pendides des plus habiles artistes de Paris; de belles glaces; de superbes draps de France, de différentes couleurs , comine écarlate , cramoisi , vert et bleu, qui sont les couleurs favorites des Asiatiques, et en particulier des Persans ; des velours ; des draps d’or et d’argent; des galons et des soieries de Lyon; des tapisseries desGobelins, etc., etc. , etc.

Tous ccs objets, distribués à propos aux princes de ces contrées, et offerts avec la

INDE

et d’industrie des résultats plus complets et plus durables que ceux qu’elles

grâce et l'amabilité qui sont si naturelles aux Français , serviront à donner à ces peuples la plus haute idée de la munificence, de l'industrie et de la puissance de la nation française, et à ouvrir, par la suite, une branche importante de commerce.

Un corps choisi de savants et d'artistes en tout genre doit prendre part à cette glorieuse expédition. Le gouvernement leur confiera les cartes et les plans qui peuvent exister sur les pays que devra parcourir l’armée combinée, ainsi que les mémoires et les ouvrages les plus estimés qui U aitent de ces contrées.

Des aérostiers et des artificiers seraient très-utiles.

Pour inspirer à ces peuples la plus haute idée de la France et de la Russie, il conviendra, avant que l’armée et le quartier général partent d’Astrabad, de donner dans cette ville quelques fêtes brillantes, accompagnées d’évolutions militaires, comme dans les fêtes par lesquelles on célèbre à Paris de grands événements et de mémorables époques.

Toutes choses étant ainsi disposées , il n’y a point de doute sur la réussite de l'entreprise; mais son succès dépendra de l’iutelligence , du zèle , de la bravoure et de la fidélité des chefs auxquels les deux gouvernements confieront l’execution du projet.

Aussitôt que l’armée combinée sera parvenue aux bords de l’Indus , les opérations militaires devront commencer.

On fera observer que les monnaies d’Europe, qui ont le plus de cours et qui sont les plus recherchées en Perse et dans les Indes, sont les sequins de Venise, les ducats de Hollande, les ducats de Hongrie, les impériales et les roubles de Russie.,

(Les objections qui pouvaient être faites à ce plan avaient été résumées, à ce qu’il parait, par le premier consul, de la manière suivante.)

ouEcrions.

i. V a-t-il assez de bateaux pour transporter une armée de trente-cinq mille hommes sur le Danube, jusqu’à son embouchure ?

i. Le Grand Seigneur ne consentira pas à laisser descendre une armée française par le Danube, et il s’opposera à ce qu’elle

devaient autrefois au hasard des batailles. Il y a donc ici encore une question

s'embarque dans des ports qui sont de la dépendance de l’empire ottoman.

3. Y a-t-il dans la mer Noire assez de navires et de bâtiments pour le transport de l’armée, et Paul I" en a-t-il assez à sa disposition?

4. Le convoi sorti du Danube ne courrat-il point le risque d’ètre inquiété ou dispersé par la flotte anglaise de l’amiral Keith, qui, au bruit de cette expédition, franchissant les Dardanelles, entrera dans la mer Noire, pour empêcher la sortie de l’armée française, et la détruire?

5. L’armée combinée étant réunie à Astrabad, comment pourra-t-elle aller jusqu’aux Indes par des pays presque sauvages et dénués de ressources, ayant à parcourir une distance de trois cents lieues, depuis Astrabad jusqu’aux frontières de l’Indoustan?

( L’empereur répond aux objections avec une assurance que le succès aurait peut-être justifiée, à une époque où l’Angleterre était incomparablement moins forte dans l’Inde qu’elle ne l’est aujourd’hui.)

KÉronsas.

i. Je crois qu’il sera facile de rassembler une quantité suffisante de bateaux : dans le cas contraire, l’armée descendrait par terre jusqu’à Ibrahiiof, port sur le Danube dans la principauté de Valachie, et jusqu'à Galatz , autre port sur le même fleuve , dans la principauté de Moldavie; alors, l’armée française s’embarquerait sur les navires préposés et envoyés par la Russie, et elle continuerait sa roule.

a. Paul Ier obligera la Porte à faire tout ce qu’il voudra ; ses forces imposantes feront respecter sa volonté par le divan.

3. L’empereur de Russie peut aisément rassembler dans ses ports de la mer Noire plus de trois cents navires et bâtiments de toutes grandeurs; tout le monde sait les accroissements que la marine marchande russe a pris dans la mer Noire.

4. Si M. Keith veut franchir le détroit , et que les Turcs ne s’y opposent pas , Paul I" s’y opposera; pour le faire, il a des moyens plus efficaces qu’on ue pense.

5. Ces pays ne sont poiut sauvages et arides; la route est ouverte et pratiquée depuis longtemps; les caravanes arrivent ordinairement en trente-cinq ou quarante jours,

L’UNIVERS

préalable, c’est celle de l’opportunité.

La Russie a-t-elle en ce moment, aurat-elle d’ici à longtemps un intérêt ve-

des bords de l’Indns à Astrabad. Le sol n’cit point couvert, comme l Aralûe et la Libye , de sables mouvants; U est arrosé presqua chaque pas par des rivières; les fourrages n’y manquent pas; le riz v abonde, et forme la principale nourriture des habitants; les bœufs, les moutons et le gibier y sont communs, les fruits variés et délicieux.

La seule objection raisonnable que l’on puisse faire, c’est la longueur de la marche, mais cela ne doit pas faire rejeter le projet. Les armées française et russe sont avides de gloire; elles sont braves, patientes, infatigables; leur courage, leur persévérance et la sagesse des chefs vaincront tous les obstacles, quels qu’ils puissent être.

Un fait historique vient à l’appui de celle assertion.

En 1739 et 1740, Nadir-Sbâh, ou Thamas-Kotilikhan , partit de Dhély avec une nombreuse armée, pour faire une "expédition en Perse et sur les bords de la mer Caspienne : il passa par Candahar, Férah , Hérat, Méchehed, et il arriva à Asliabad; toutes ces villes étaient coirsidérables; quoiqu'elles soient bien déchues de leur ancienne splendeur, elles en out conserve une grande partie. •

Ce qu’une armée vraiment asiatique (et c’est tout dire) lit en 1739 et 1740, certes on ne doutera point qu’une armée de Français et de Russes puissent l’exécuter aujourd’hui!

Les villes qu’on vient de nommer formeront les points principaux de communication entre l’Indoustan , la Russie et la France : à cet effet , il sera nécessaire d’organiser une poste de l’armée et d y employer des Cosaques, qui sont les plus propres à ce genre de service.

Nous empruntons les détails curieux qu’on vient déliré à une brochure très-intéressante portant ce titre : Mémoire de Leibnitz à Louis XIV, sur la conquête de C Égypte , publié, avec une préface et des notes , par M. de Hoffmanns , suivi d’un projet d’expédition dans l’Inde , par terre, concerté entre le premier consul et C empereur Paul /rr, en mil huit cent, et dont nous devons la communication opportune à l’obligeance de l’auteur.

ritable 5 menacer les possessions anglaises dans l’Inde ? Nous ne le croyons pas; mais, en supposant même qu’elle eût conçu le projet formel de substituer, au moins en partie, sa domination et son influence a la domination et à l’influence britanniques, nous sommes convaincu que les moyens d’exécution d’un semblable projet ne sauraient être réunis avant plusieurs années, et au nombre de ces moyens d’exécution nous n’hésiterions pas à placer, comme condition indispensable de succès, une alliance qui, dans l’état actuel de l’Europe, est impossible, ou du moins on ne peut plus improbable. Niais, en dehors de ces éventualités conjecturales, il y a des droits évidents, des intérêts actuels, qui peuvent et doivent trouver leur satisfaction. La Russie, par sa position géographique, est, de tous les États du continent, celui qui semble destiné plus particulièrement à servir d’entrepôt au commerce de l’Europe avec l’Asie centrale. Le principal obstacle qui s’oppose au développement de ce commerce est l’insociabilité des peuplades asiatiques voisines de la Russie. Cette puissance a un intérêt immédiat à changer le plus promptement possible un état de choses dont elle souffre dans le présent, et qui entrave évidemment son avenir. De là ses tentatives pour arriver à étendre et à assurer ses communications avec les contrées situéesà l’est de la mer Caspienne. La plus importante de ses expéditions avait eu lieu sous Pierre le Grand. Le prince Bekevitch-Tcherkaski , envoyé a Khiva avec un détachement de soldats, fut assassiné avec toute sa troupe, malgré la foi des traités et des serments. Une partie de sou corps d’armée, qui avait été cantonnée sur les bords de la mer Caspienne pour y former des établissements fortifiés , fut obligée de se rembarquer et de s’en retourner à Astrakhan. En 1813, près d’un siècle avait passé sur ces événements , et la Russie confia à un marchand arménien de Derbend une mission en Tourkomanie, qui n’eut aucun résultat important. En 1819, le capitaine Mouraviev fut envoyé à Khiva :

INDE. lit

il a publié une relation intéressante de son voyage. L’importance de la possession de Kliiva avait fortement frappé Mouraviev, qui ne semblait pas regarder comme douteux le succès d’une expédition dirigée contre ce petit État. « Si nous possédions Khiva, dont la conquête ne serait pas difficile,, dit M. Mouraviev, les nomades du centre de l’Asie auraient redouté notre puissance, et il se serait établi une route de commerce par le Sind et l’Amou-Déria jusqu'en Russie; alors toutes les richesses de l’Asie auraient afflué dans notre patrie, et nous eussions vu se réaliser le Brillant projet de Pierre le Grand. Maîtres de Khiva, beaucoup d’autres États se seraient trouvés sous notre dépendance. En un mot, Khiva est en ce moment un poste avancé qui s’oppose au commerce de la Russie avec la Boukharie et l’Inde septentrionale; sous notre dépendance, la Kliivie serait devenue une sauvegarde qui aurait défendu ce commerce contre les attaques des peuplades dispersées dans les steppes de l’Asie méridionale. Cette oasis , située au milieu d’un océan de sable, serait devenue le point de réunion de tout le commerce de l'Asie, et aurait ébranlé jusqu’au centre de l’Inde l'énorme supériorité commerciale des dominateurs de la mer. La route de Khiva à Astrakhan jaourrnit être de beaucoup abrégée, puisqu'il n’y a que dix-sept jours de marche d'OÙrghendj à la baie de Krasnovodsk , d’où , par un vent favorable, on peut aller en peu de jours à Astrakhan. »

En 1820, des envoyés de Bôkhara ayant exprimé le désir de voir une ambassade russe se rendre dans leur pays, ce vœu fut accueilli par l’empereur Alexandre, qui nomma M. de Négri, conseiller d?État, son chargé d’affaires auprès du khan de Bôkhara.

Parmi les personnes attachées à cette mission se trouvait le colonel de Meyendorff. La relation rédigée par cet officier aété publiée à Paris en 1826 (*).

(*) Voyage d’Orenhourg à Boukhara, etc-, revu par M. Amédée Jaubert.

M. de Meyendorff insiste, de son côté, sur les avantages immenses qui résulteraient de l’établissement de cette influence légitime que la Russie a le droit d’exercer dans l’Asie centrale.

« La marche progressive des lumières en Russie appelle ce vaste empire à réaliser une idee aussi généreuse. C’est à la Russie qu’il appartient de donner aux khanats de PAsie centrale une impulsion salutaire, et de répandre sur ces contrées tous les bienfaits de la civilisation européenne. » La Russie a constamment entretenu, depuis cette époque, des relations actives avec Bôkhara, et il est probable que ce point sera le centre de la lutte commerciale qui s’engage aujourd’hui entre elle et l’Angleterre, lutte appuyée, du côté des Anglais, par ['expédition de l’Afghanistan, et du côté de la Russie par celle de Khiva.

Cette dernière expédition, préparée à Orenbourg sous les ordres du général Perowski, avait été précédée d’un manifeste que nos journaux ont reproduit, et qui énumérait les griefs très-réels de la Russie contre le khan de Khiva.

Le gouvernement russe avait recueilli, dans le cours des années 1825 et 1826, des renseignements d’une grande exactitude sur toute la ligne de marche des caravanes entre les frontières de l’empire et la Tourkomanie, et, en

iiarticulier, sur la ligne que le général Jerowski devait parcourir. Cette route traverse le plateau connu sous le nom kirghiz d 'Oust-Ourlf espèce d’isthme entre la mer Caspienne et la mer d’Aral. Sur ce plateau et daus toutes les régions qui l’avoisinent, les extrêmes du froid et du chaud sont plus remarquables que dans aucun autre climat connu. La chaleur s’v élève souvent, en été, à 40" et 50* de Réaumur; le froid , au cœur de l’hiver, excède fréquemment 30°. Les neiges y sont abondantes, et les redoutables’ tourbillons appelés bouranes, qui les accompagnent parfois, enlevent, emportent, détruisent les hommes et les bestiaux. L ’Oust-Ourt et les côtes de la mer d’Aral et de la mer Caspienne, qui lui servent de limites à l’est et à

L’UNIVERS

l’ouest, ont été examinés, relevés et décrits avec un soin minutieux par l’expédition scientifique qui avait été placée sous les ordres du général major Berg (alors colonel), dans les années que nous venons de désigner (*). L’expédition militaire entreprise cette fois, autant dans le but de contre-balancer, dans l’Asie centrale, l’effet moral de l’échec éprouvé par la politique russe en Afghanistan, que pour délivrer les sujets russes prisonniers du khan de Khiva, et procurer aux relations commerciales la sécurité et l’extension qu’elles réclamaient, avait été résolue, à ce qu’il paraît, en mars 1839. De ce mois au mois de novembre, d’immenses moyens de transport furent rassemblés "à Orenbourg. Les détails ne sont point officiellement connus; mais de la comparaison des divers documents que nous avons pu consulter, résultent, avec probabilité, les faits suivants. L’expédition , divisée en quatre colonnes , et forte d’environ trois mille hommes d’infanterie et quinze cents hommes de cavalerie, artillerie, etc. , se mit en marche d’Orenbourg , du 14 au 17 novembre : elle atteignait les rives de l’Emba le 19 décembre, et avait déjà souffert, surtout dans ses moyens de transport, du froid excessif des steppes et de cette saison , 1839-40, en particulier. De petits détachements occupaient deux points fortifiés sur la route; l’un de ces points se trouvait sur l’Emba, à trois cent quinze milles de la frontière russe; l’autre, nommé Ak Boulâk, à quatre cent vingt-huit milles. D’Ak Boulâk au plateau Oust- Ourt, on compte, à ce qu’il paraît, deux cent vingt-cinq milles. Or, le

(*) C'est d’après les observations et les calculs des ingénieurs attachés à cette expédition que la différence de niveau entre les deux mers a été déterminée : la mer d’Aral se trouve être plus élevée que la mer Caspienne de i to pieds environ, 35m,86. U s’est glissé , à cet egard , dans la traduction de l’histoire des Kirghiz - Kazaks , d’Alexis Lerchine, revue et publiée par Charrière, (imprimée à l’imprimerie royale, 1840), partie 1", chap. 5 , p. 55, une erreur énorme qu’il importe de signaler.

corps expéditionnaire avait déjà perdu plus d’un millier de chameaux avant de dépasser l’Emba, et quand il arriva le 2 février à Ak Boulâk, on en avait perdu cinq mille, et on était à peine à moitié chemin de Khiva! Le général Perowski, craignant avec raison que tous les moyens de transport ne vinssent à lui manquer, par suite de la rigueur inaccoutumée de la saison, se détermina, le S février, à rétrograder sur l’Emba. Ce mouvement rétrograde était complété au 14 février, et des rives de l’Emba, le corps d’armée expéditionnaire se replia sur Orenbourg (*). Cette fois encore, l’hiver avait triomphé de la science militaire et du courage !

Mais la Russie , décidée à pousser à bout cette entreprise, ne pouvait pas reculer, et une nouvelle expédition fut résolue. Des préparatifs sur une plus grande échelle, et protégés par des précautions plus minutieuses encore que celles qui avaient été employées naguère, étaient en pleine activité, quand le gouvernement suprême des Indes anglaises, saisissant l’occasion qui se présentait d’appuyer efficacement la politique récemment adoptée par le cabinet de Saint- James, en ôtant a la Russie tout prétexte immédiat de pénétrer à main armée dans l’Asie centrale, envoya successivement deux officiers intelligents au khan de Khiva, pour le déterminer à donner satisfaction entière à l’empereur. Cette mission, qui n’a pas été sans danger et sans accidents (au moins pour le lieutenant Abbott, le premier des officiers envoyés à Khiva), paraît avoir eu un

(*) Quelques milliers de cavaliers avaient été envoyés par le khan de Khiva pour s’emparer des petits forts russes d’Ak Boulât et de l’Emba. Ils se présentèrent devant Ak Boulâk dans le courant du mois de décembre. On leur tira quelques coups de canon qui les dispersèrent : ils firent ensuite une tentative contre un détachement de deux ou trois cents hommes qui se rendait de l'Emba à Ak Boulâk , mais ils furent repoussés avec une perte énorme et ne reparurent plus.

INDE

lein succès. La proclamation suivante u général Perowski (publiée à Pétersbourg le 24 octobre dernier) fait connaître le résultat des négociations, sans toutefois mentionner' l’intervention anglaise, et on devait s’y attendre.

Le général Perowski a fait publier à Orenbourg la notification suivante, du rétablissement des relations entre la Russie et Khiva :

« La déclaration publiée le 14 novembre 1839 exposait les motifs oui décidaient l’empereur à entreprendre une expédition militaire contre Khiva.

Cette expédition avait pour but de contraindre les Khiviens, par la force des armes, à se rendre aux justes demandes du gouvernement impérial, de délivrer les prisonniers russes qu'ils tenaient dans l’esclavage, de faire cesser les déprédations et autres excès commis sur les frontières de l’empire, et de mettre , désormais , les droits et les intérêts des sujets russes à l’abri de toute attaque. Cette mesure de répression a suffi , même avant son entieraccomplissement, pour convaincre les Khiviens qu’en s’obstinant plus longtemps à sè montrer hostiles à la Russie, ils attireraient nécessairement sur leur pays les plus désastreuses conséquences. Le chef de Khiva , envisageant sous leur véritable jour les intérêts de son khanat, s’est empressé de faire un appel à la magnanimité de Sa Majesté Impériale, apres avoir toutefois satisfait, sans condition, aux principales demandes de la Russie. Au mois de juillet dernier, il a rendu un firman par lequel il interdit à toutes les tribus placées sous son autorité, sous peine d’un châtiment sévère, de commettre aucun acte de violence ou de pillage sur les frontières de l’empire, ainsi que de détenir aucun sujet russe dans l’esclavage. Le khan, en même temps, envoyait en Russie un de nos officiers qui avait été arrêté à Khiva, pour déclarer formellement que lui, le khan, était prêt à accorder toutes les réparations exigées par l’empereur. En témoignage de sa sincérité, il assembla immédiatement et fit mettre en liberté tous les Russes prison-

8* Livraison. (Inde.)

niers sur son territoire, leur fournit de l’argent et les envoya en Russie, accompagnés de son ambassadeur.

Les prisonniers et l’ambassadeur khivien, Ataniaz Hodja Reiss, arrivèrent à Gourieff le 25 septembre. En apprenant que les Khiviens avaient ainsi purement et simplement accédé à nos principales demandes, Sa Majesté Impériale daigna ordonner que l’ambassadeur khivien serait reçu à Saint- Pétersbourg ; que les ‘marchands khiviens arrêtés en Russie seraient mis en liberté; que leurs marchandises qui avaient été séquestrées leur seraient rendues ; qu’On accorderait des secours à ceux d’entre eux qui en auraient besoin pour retourner dans leur pays ; et enfin, que les relations commerciales qui avaient été interrompues avec Khiva, seraient rétablies. Les mesures qui pourront être nécessaires pour placer le commerce futur entre les deux pays sur des bases sdres, deviendront l’objet de négociations entre le gouvernement impérial et le khan de Khiva.

«J’ai pensé qu’il était de mon devoir de faire connaître la volonté suprême de Sa Majesté Impériale aux habitants de la province confiée à ma charge.

« Le gouverneur militaire d’Orenbourg, aide de camp général,

« Pebowski (*) »' 1

Le cabinet russe ne pouvait se laisser démoraliser par un échec. Les tribus Kirghis et Kaissacks, qui ont aidé les Russes dans leur dernière tentative, seraient encore leurs auxiliaires dans une nouvelle expédition, si le khan de Khiva hésitait à remplir ses engagements. Trois cents lieues de pays ne sont pas un obstacle infranchissable pour des nomades qui peuvent aller partout où leurs chevaux

(*) Les journaux anglais ont annoncé que le capitaine Shakespear qui avait été envoyé à Khiva (après le capitaine Abbott) et de là à Pélersbourg , à l’effet de réconcilier la Russie avec le khan ae Khiva, a été présenlé à l’impératrice le 29 novembre dernier.

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trouveront de l’eau et des pâturages, et qui n’exigent pour leur propre, subsistance que ce que la nature ne refuse nulle part. Toutefois, nous le répétons, il est dans l’intérêt de 1a Russie de se borner en ce moment à prendre position dans l’Asie centrale pour la protection et l’agrandissement de son commerce; c'est un droit qu’elle peut exercer sans que l’Angleterre puisse s’en offenser , et si la rencontre de ces deux puissances prenait avant longtemps , contre toute apparence , un caractère hostile, la faute n’en sera pas à la Russie. Il n’est pas au pouvoir de l’Angleterre d’arrêter la marche de la civilisation dans l’Inde. Ce qu’elle pouvait faire, c’était de s’associer au mouvement et de le diriger, et c’est ce qu’elle a fait; mais, tout en s'efforçant de féconder les éléments divers de ses richesses territoriales, et de développer les ressources industrielles et commerciales de son empire, elle a voulu, avant tout, et pour son seul intérêt, exclure de cette oeuvre d'avenir le concours des autres nations européennes, et même jusqu’à leur influence politique. C’est là, selon nous, qu’est le vice radical de son système, et nous ne pouvons croire qu’elle persiste dans cette voie d’exclusion. Malheureusement les nations, comme les individus, s’abusent parfois sur leur valeur réelle, se laissent aller au courant des habitudes et de la routine, caressant certains préjugés vaniteux, s'accoutumant à regarder comme un droit ce qui n’a été que le résultat de la tolérance ou de l’insouciance des autres nations. Les Anglais, en particulier, regardant la mer comme leur domaine, et les spéculations basées sur une exportation illimitée de leurs produits comme un privilège, s’étonnent, s’alarment et s’offensent même au besoin, avec un naïf égoïsme, de toute tentative de concurrence. C’est là l’écueil contre lequel viendra peutêtre se briser l’avenir de l’Inde britannique. Il est toujours plus aisé de détruire que d’édifier, et, par une conséquence inévitable de ce principe, il sera toujours comparativement facile

de s’entendre pour renverser une domination qui n’aura pas su se ménager d’alliances solides au dehors, et au dedans l’affection et la reconnaissance des peuples. L’existence de l’empire russe a été toute militaire jusqu’à ce jour, elle le sera longtemps encore. La Russie a besoin de la guerre; si l’Angleterre lui fournit un prétexte, elle ébranlera bientôt l’Asie : Da mihi punctum , et terrain movebo. Pierre le Grand avait dit : « Il faut maintenir l’empire dans un état de guerre perpétuelle... se pénétrer de cette vérité, que le commerce des Indes est le commerce du monde, et que celui qui en peut disposer exclusivement est le maître de l’Europe. »

Il est de l’intérêt de l'Europe continentale, de celui de la France en particulier, que la Russie tienne l’Angleterre en échec dans l’extrême Orient.

Les forces matérielles de la Russie ne sauraient rester inactives ; si elle est repoussée du côté de l’Asie centrale, elle retombera de tout son poids sur l’Occident, et une politique traditionnelle lui fait une loi ae se mêler à toutes les querelles de l’Europe. 11 ne faudrait pas cependant non plus laisser le champ trop libre à la Russie du côté de l’Inde; car, si une lutte sérieuse s’engageait entre elle seule et l’Angleterre, en supposant cette lutte terminée en sa faveur et l’Angleterre ruinée, où serait la digue qui arrêterait le torrent ? Quant a présent, l’attitude de la France doit être celle de l’observation, mais de l’observation active. Tout en désirant le maintien de la paix, la France ne doit pas permettre qu’on dispose de l’avenir politique de l’Orient, et surtout de son avenir commercial, sans sa participation. Le temps a emporté bien des questions; mais, la question d’Orient est restée et grandit tous les jours.

Autour de cette question désormais s’agiteront les ambitions les plus hautes et se grouperont les plus vastes ressources, les combinaisons les plus hardies (*). L’organisation politique

(') Parlant de l'intérêt que noua avons à

INDE

de la Russie est très-favorable à l’accomplissement de ces grands desseins.

suivre la marche des événements dans l’Orient , M. Bcrryer s'exprimait ainsi devant la chambre des députés , le a5 mars i 8.',n :

« Cet intérêt, on ne saurait le nier.

« Voyez ce magnifique parallélisme politique « et guerrier qui s’étend depuis les fron- « lières de la Tartarie jusqu'aux rives de la « Méditerranée, entre deux nations qui doi- « vent lutter un jour l’une contre l'autre.

«Du fond du monde jusqu’à nos rivages, « l’Angleterre établit sa parallèle guerroyante

• contre la Russie, qui la menace sur les

• limites de ses magnifiques colonies de « l’Inde.

«Considérez ces grandes expéditions à

• cinq cents lieues de leurs frontières ; d’un «côté, l'expédition de Caboul; de l’autre, «la tentative de Khiva. Voyez ces deux «graudes nations marchant à travers le « monde pour établir leur ligne de précau- « tions l'une contre l’autre.

«Oui, l’Angleterre, en écoutant lés pro- « positions de la Russie, voulait sa compen- «sation; elle voulait la mer Rouge; elle «voulait la sécurité du passage; et si cela «arrive au profit de la puissance qui a Gibraltar, qui a Malte, qui a Corfou, que « devient pour nous la Méditerranée? Som- « mes-nous dépossédés, oui ou non? N’en «doutez pas, Messieurs, la question d’É- « gvpte est une question de mort comme « une question d’honneur et de dignité pour «la France.

«Là, vous n’avez pas d’alliés; là, vous

• devez vous attendre à vous en séparer. Il « est donc nécessaire que vous soyez dans «celte situation forte, énergique, appelant «les esprits à la confiance, les volontés à la «résolution, pour déterminer le pays, s’il « n'a pas d’alliés, à se retirer, suivant votre «belle expression, dans sa force, et à ne «douter de rien dans le monde, parce que « cela est permis à la France.

« Qu’y aurait-il contre cette grande réso- « lotion? La résignation. Oui, on l’a dit, au « milieu de cet individualisme que nous ne « pouvons combattre que par le ralliement «ae beaucoup d’esprits généreux sous un « principe indépendant , au milieu de ces « esprits préoccupés de l’intérêt du moment

• et mal intelligents sur cette matérialité des ■ biens dont ils sont si soucieux; on a dit « qu’après tout la France est une puissance « continentale, et qu’elle devait se borner là

La force du gouvernement ne s’use pas comme chez nous, dans ces derniers temps, en luttes électorales, en débats de tribune, en vaines agitations de politique intérieure; efforts stériles où il s’est dépensé journellement plus

«et renoncer aux possessions lointaines.

« V a-t-on bien pense ? Quoi I Messieurs , la « France ne sera qu’une puissance continen- « taie, eu dépit de ces vastes mers qui vien- « nent rouler leurs flots sur nos rivages et «solliciter en quelque sorte le génie de notre «intelligence!

«Il n’en saurait être ainsi; et d'ailleurs, «sur cette question des alliances, qu’avez- « vous fait, vous gouvernement, vous admi- « nistrateurs? Depuis dix ans, depuis trente « ans, vous avez fait des efforts inouïs pour « mettre en activité l’admirable intelligence «de cc peuple; le génie créateur a été «éveillé; sur tous les points du royaume, «l’industrie a été appelée à enfanter des « merveilles.

« La puissance de la nature était insuffi- «santé; l’art est venu en aide à la nature. «Les productions s'accroissent, tout le «monde travaille, tout le monde produit « en France , et vous nous renfermez dans « nos deux frontières de terre et dans nos « deux rivages.

« Et que deviendront toutes ces productions « que vous excitez ainsi dans la France? Et « cette immense machine à vapeur ainsi « mise en mouvement , ainsi chaulTée par « le génie , par l’activité , par l'intérêt de « tous , ne fera-t-elle pas une effroyable « explosion , si les débouchés ne sont pas « conquis ?

» Là, est une rivalité; là, l’alliance est « impossible. Vous avez voulu un gonveme- » ment de même nature; vous avez voulu « porter l’activité des esprits sur les mêmes « objets; vous avez les mêmes besoins , des « besoins rivaux; vous ne pouvez, à moins « d'être condamnés à souffrir, vous ne pou- « vez compter sur cette alliance. Ce peuple « se présente comme dominateur, comme « maître , comme créateur de toutes les in- « Tentions , de tous les progrès qui honorent « l’esprit , l'intelligence humaine. 11 dispu- « tera son ascendant, et la France voudra «rivaliser, parce qu’elle en a le droit; l’al- • liance est donc impossible.

« Telle est la situation des affaires ; telle « est , Messieurs , la situation que vous avez « à servir, que vous devez défendre. »

L’UNIVERS

de capital intellectuel, plus d’activité physique et de temps qu’il n’en eût fallu pour doter la France d’une bonne moitié des avantages qui lui manquent encore! Ce qui manque à la Russie c’est le développement normal de ses ressources productives, de ses relations commerciales, et, par suite, un accroissement de revenus en rapport avec son importance militaire et politique. La question financière, c’est-à-dire, commerciale, est donc celle qui préoccupe le plus vivement le gouvernement impérial. Celle de la domination russe en Orient s’y rattache par des conséquences nécessaires, et c’est cette nécessité d’étendre son influence en Asie qui inspire aux Anglais une jalousie et une inquiétude, dont la correspondance entre les cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg a fait foi.

Quelle sera l’issue de cette rivalité inévitable? C’est un problème dont la solution n’appartient peut-être pas au dix-neuvième siècle!

AFFAIRES DU FANDJAB , DE NAFAL , ETC.

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