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IV PREFACE

l'enchère montait toujours! — C'est pour vous, dit le crieur. — Pour moi ? se récria l'acquéreur malgré lui ; mais je n'ai pas mis... — Vous me faites signe tout le temps. — ■ C'est mon tic...

Quand on ne veut pas « mettre » il faut se retourner face à l'Hôtel, suivant la méthode des provinciaux qui ont peur d'être pinces chez eux dans les ventes de pacotilles, qu'on vient leur offrir sur la fin des saisons. Et encore, un jour, un marchand, un vrai camelot pourtant, s'écria : « Si tout le monde se retourne, je ne sais à qui adjuger... » Quand il revint l'année suivante, il fit placer tous ses tableaux de manière à ce que personne n'eut le prétexte de se retourner pour les regarder. Face à l'ennemi ! c'est une tactique militaire. Mais alors les provinciaux rompirent les rangs et s'en allèrent. Le camelot resta seul avec son stock.

Vous connaissez l'histoire du ventriloque qu'a racontée Monselet et qui ne voulait que s'amuser : « Il se passe ici quelque chose d'étrange, » s'écria le commissaire-priseur, épouvanté qu'un objet sans valeur s'élevât si haut. Les enchères pleuvaient de tous les coins de la salle, suivant les déplacements du farceur.

On a tout dit de l'Hôtel Drouot ; il n'est même plus nouveau de constater que dans un temps où tout se renouvelle, au gré et selon les besoins incessants d'une époque progressive comme la nôtre, l'officine des ventes publiques soit demeurée stationnaire. A part une grande salle récemment ouverte pour faire concurrence aux salles élégantes de Paris où peu à peu se transportaient les grandes ventes, l'intérieur du bâtiment ne s'est pas amélioré. Il devient inaccessible à certaines heures. Une muraille de brocanteurs intercepte les ventes dans lesquelles il n'y en a plus que pour eux. La publication de votre Journal officiel de la Curiosité va avertir la corporation des commissaires-priseurs, par cela même qu'elle comble une incontestable lacune, qu'il est temps de renouveler l'air dans ces couloirs encombrés, où l'on respire à peine, de mettre des gradins dans ces salles étroites et de désinfecter ces foyers d'épidémie qui s'accommodent mal, de nos jours, avec les lois de l'hygiène et de la salubrité.

Si un monument doit être bien aménagé et briller par le confortable,

c'est bien la Bourse de l'Art et de la Curiosité. « Qu'on cite, dit Champ-

fleury, beaucoup de temples desservis par de si nombreux fidèles » Vous

l'avez si bien compris que, pour inaugurer les améliorations nécessaires,

vous comptez, avant qu'on ne pénètre dans le sanctuaire, faire distribuer le

bréviaire indispensable à la porte. Je vous félicite ; c'est un pas en avant

vers le progrès et je souhaite à votre intelligente initiative tout le succès

qu'elle mérite.

Paul Eudel.

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