‹ Indicateur général de l'Algerie description geographique, historique et statistique de toutes les localitesChapitre 16 sur 123 · TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE

quantité

ti’eau

Minima.

Mail ma.

Moyenne.

millimètres.

1 Janvier.

Février.

J Mars.

1 Avril.

Mai.

Juin.

Juillet.

Août.

j Septembre.

| Octobre.

Novembre.

i Décembre.

La seule remarque que nous ayons à faire à ce tableau c’est que, d’après de nombreuses observations personnelles, les chiffres de températures nous paraissent un peu trop élevés, ce qui provient, sans aucun doute, de ce que l'instrument est trop abrité.

Climat des plateaux montagneux du Tell. — Il est plus froid et plus chaud que celui de la côte. Les maxima y sont plus élevés de 4 à 5 degrés pendant 5 mois de l’année, les minima descendent jusqu’à 0°.

Climat des steppes . — Il a été peu étudié. C’est un climat moins froid et plus chaud que le précédent. Sa moyenne parait être 19°0.

Climat du S’ ah’ ara. — On ne le connaît que très-imparfaitement. Les minima sont élevés, les chaleurs trèsfortes. Sa moyenne paraît être 23°0. — 0. Mac Carthy.

productions. Les principes généraux qui font la base de l’agriculture en Europe, sont les mêmes en Algérie. Tout cultivateur devra particulièrement s’attacher à faire des labours profonds, à entretenir le plus de bétail possible, afin d’obtenir les engrais sans lesquels on ne peut conserver la fertilité des terres, ou augmenter la puissance de celles qui ne sont pas suffisamment fertiles. Ici, plus qu’en Europe, il faut être fort en attelages, pour pouvoir préparer promptement les terres et les couvrir de semence lorsque la saison arrive. Il est à remarquer que certaines cultures, pour lesquelles en France on n’a qu’un mois, peuvent avoir lieu en Afrique pendant trois ou quatre

mois de l’année ; les pommes de terre, les petit pois, les céréales sont dans ce cas.

La culture des céréales peut se diviser ici, comme en France, en deux époques :

1<> En automne, durant les derniers jours d’octobre, et les mois de novembre et décembre;

2° Au printemps, dans les mois de janvier et février.

Un tableau de l’année agricole, dans le Tell algérien, exposera mieux que toutes les généralités que nous pourrions dessiner à grands traits, dans le cadre étroit de cet aperçu général, les ressources naturelles du sol, qui font sa plus certaine richesse (1).

En Janvier, le colon laboure pour le tabac, la pomme de terre, le maïs, le coton et pour toutes les cultures du printemps en général. Il peut semer des blés, des orges, des avoines, des betteraves, des fèves et aussi des petits pois dans des terrains à l’abri de la gelée. La herse passe sur les fèves au moment où elles commencent à lever. On plante la pomme de terre, les arbres et la vigne. L’amandier est en (leurs à la fin du mois. La récolte des oranges et des citrons continue, ainsi que celles des petits pois et des pommes de terre semés en septembre. Les bananes sont mûres, les cantons où on recueille ce produit fort estimé en France ont réalisé de jolis bénéfices. Les fraisiers produisent beaucoup, les parterres sont remplis de fleurs.

(1) Voir pour des détails plus complets sur l’agriculture algérienne, le Calendrier du Cultivateur en Algérie , par M. J. Vallier, un volume in* 12. — Prix i 2 francs. — Librairie Bastide.

En Février, on continue de «préparer les terres pour les cultures du printemps et on sème encore des blés, des avoines, des petits pois, des fèves, des pommes de terre, des betteraves, des carottes, des navets, du persil, des melons, des concombres, des pastèques, des courges. Les patates sont mises sous couche pour donner des drageons enracinés. Récolte des pommes de terre semées en automne.

En Mars, la herse passe sur les blés et les avoines; les fèves, les petits pois sont sarclés. Le cultivateur sème des haricots, des pois pointus, des betteraves, du maïs, du sorgho, des melons, des pastèques, courges et cornichons. Il doit planter la patate et peut encore planter des pommes de terre dans les terrains qui conservent la fraîcheur ou dans ceux qu’on peut arroser. Le repiquage du tabac commence; le mûrier pousse des feuilles, les vers à soie éclosent, les abeilles essaiment. Les prunes, cerises, abricots sont noués. Récolte des fèves et des petits pois que la France nous enlève en masses sous prétexte du carême.

En Avril, la graine des melons, des pastèques, du piment, du maïs, du sorgho est jetée dans les terrains frais et arrosés. Les petits pois, les fèves, les petites courges donnent encore; tous les légumes en général montent à graine ; les jardins produisent des fleurs de toute sorte. Le mûrier donne des feuilles en abondance. On commence à semer le coton.

En Mai, on continue à repiquer le tabac. Il faut sarcler celui qui a été repiqué en mars *, la greffe

îles oliviers commence.; la graine des mûriers est récoltée et semée de suite. Les prairies sont fauchées. Dans les terrains frais, il est possible de semer des melons, des pastèques, du maïs, du sorgho. Les drageons enracinés des patates sont plantés et arrosés pour que la reprise en soit assurée.

En Juin, les faucheurs s’occupent des fourrages, les moissonneurs des céréales, les jardiniers des légumineuses. C’est le moment de châtrer, d’ébourgeonner le labac — de préparer les séchoirs — de sarcler le maïs, les cotons — de greffer le figuier à œil dormant. Récolte de pommes de terre.

En Juillet , la moisson se fait sur tous les points et le dépiquage commence. Le tabac mûr est récolté en première cueillette. Le grenadier et la clématite sont en fleurs, ainsi que l’agave (aloès). Le maïs, en bonne terre, a six pieds de haut et commence à mûrir. Récolte d’oignons, d’échalottes, de melons, de pastèques, et de pommes de terre encore.

En Août, a lieu le battage des céréales, la coupe du tabac à mesure qu’il mûrit, la récolte du maïs, celles des figues et aussi du miel. Les melons et les pastèques couvrent les tables; on peut cueillir quelques patates en évitant de toucher celles qui sont trop petites. Les pommes de terre ne font pas défaut. Le jardinier sème des choux, des oignons.

En Septembre, les jujubiers, les grenadiers, les bananiers offrent de beaux fruits. Le raisin est complètement mûr et la vendange commence. Le sorgho

arrive à maturité. Les Arabes cueillent les figues de Barbarie (produit du cactus). Le fumier, porté dans les champs, y est répandu aussitôt après les premières pluies. C’est alors que l’on confie aux terrains bien exposés, la semence des petits pois qu’on veut recueillir en janvier et février.

En Octobre , le laboureur travaille et sème les céréales, les fèves, les petits pois. Le repiquage des oignons, des échalottes, des artichauts préoccupe les paysans qui se livrent aux cultures maraîchères. Les papillons reparaissent, les oiseaux reprennent leur ramage; c’est comme un printemps qui renaît.

En Novembre, les narcisses, tulipes, jacinthes sortent de terre. Les renoncules et anémones prennent de la force, la violette va fleurir. Quelques choux-fleurs sont mûrs, les fruits de l’arbousier sont bons à manger et le coton à recueillir. On livre le tabac, on cultive et fume le pied des arbres, sans oublier de préparer les trous pour les plantations. Les travaux de grande culture se poursuivent.

En Décembre, mômes labours pour les céréales. La transplantation des arbres s’opère avec succès. L’herbe abonde partout : le sainfoin, le trèfle et la luzerne forment de bons pâturages. Quelques melons d’hiver paraissent encore. Les orangers et les citronniers donnent leurs fruits.

Le commerce des primeurs est fort actif avec la France. Il a été en 186G de près d’un million. — Les provenances sont du département d’Alger pour la plus

grande partie. Mostaganem, Oran et Bùne contribuent aussi à cette constatation.

En 1863, la culture a opéré sur une étendue de 2,451,457 hectares et le rendement a été de 25,508,753 hectolitres.

La superficie cultivée en vignes par la population agricole européenne et indigène des centres colonisés en 1864, a été de 9,715 hectares et la récolte en vin a produit 403,832 hectolitres. Le prix moyen de l’hectolitre est de 40 francs.

Les vins blancs de Médéa et de Mascara, sont bons et capiteux. Les vins rouges des environs d’Alger, ceux de Miliana, d'Orléansville, de Saint-Denis-du-Sig et de Bône, rappellent les vins ordinaires de France, mais ne peuvent guère être exportés.

La culture cotonière, fin 1864, avait produit en récolte nette 461,104 kilogrammes, 800 grammes.

La soie de la campagne 1864, a donné 15,534 kilogrammes 750 grammes de cocons.

La culture du tabac s'opérait sur une étendue de 6,108 hectares, et la récolte en feuilles avait été de 4,716,060 kilogrammes.

En vertu de la décision ministérielle du 2 avril 1857, les débitants de poudres à feu de la régie vendent les tabacs des Manufactures de France suivant le tarif du 31 mai 1854 : Tabacs dits étrangers 8 francs; tabacs ordinaires 6 francs le kil.

Les colons ont importé le chanvre de Piémont et le chanvre de Chine. — On ne cultive guère que le

lin de Riga ou de Russie, particulièrement propre à la fabrication des grosses toiles. Le rendement de la récolte du lin avait été pour 187 planteurs sur une superficie de 765 hectares 90 ares, de 305,336 kilogrammes en graines, et 1,596,900 kilogrammes en paille d’huile.

Sur 4, 683, 340 arbres de toutes essences, les orangers, citronniers et cédratiers,, au nombre de 130,411, ont donné 14,285,580 fruits à l’exportation.

1,821,097 oliviers greffés, sont d’un rendement annuel de 19,686 hectolitres.

La garance, le ricin, le laurier-rose, le lentisque, le myrte, le figuier, le cyprès, le palmier-nain, dont on fait le crin végétal, vivent à l’état sauvage. Les chênes blancs, verts, ù glands doux, les lièges, les peupliers, Forme, le frêne, l’aulne, le pin, le génévrier, le pistachier, peuplent les forêts nouvellement explorées. Le noyer, le châtaignier, le houblon, le micocoulier, le caroubier, le cédratier, le cognassier, le pêcher, le poirier, le pommier, le néflier du Japon prospèrent en divers cantons.

D’autres productions végétales, moins connues que celles que nous venons de signaler , et se ressentant des climats chauds, ornent aussi le pays. Le Cactus, vulgairement nommé figuier de Barbarie, donne, sur le bord de ses feuilles en raquette, des fruits d’un goût agréable et frais dans une enveloppe épineuse. L’agave, improprement nommé aloës, déployé à sa base de vastes feuilles épineuses et dresse

sa hampe qui a la forme d'un gigantesque candélabre. Le goyavier des Amériques, donne ses fruits en abondance. Le sorgho à sucre, venu de la Chine, dont, à Alger, on commença à parler en 1853, donne 50,000 kil. de tiges par hectare. L’halfa (stipa tenacis aima), abonde dans le Sud, et le dis (arundo festucoï des) y dans la partie septentrionale. Le henné (lawsonia inermis), est spécialement cultivé dans les oasis et lazérolier dans la province de Constantine. Les palmiers se montrent plus nombreux à mesure qu’on pénètre dans l'intérieur; ce n’est qu’au versant méridional de l'Atlas qu’ils sont productifs, et donnent quelquefois jusqu’à 300 livres de dattes. Le cyprès, le thuya articulé atteignent à la hauteur de 20 mètres. Le cèdre et le térébinthe ont la même altitude. Le premier présente une circonférence de 4 à 5 mètres et le second quelquefois de 8 mètres. Le sumac épineux parvient à 7 mètres. L’azedarac ( lilas des Indes), le nopal de Castille ( opuntia coccinillifera) où s’élève la cochenille, — le bambou, la canne à sucre, l'indigotier, le caféier, l’arbre à thé peuvent s’acclimater. Le riz sec de la Chine prospère dans de certains fonds. Le pavot somnifère, dont on extrait l’opium, produit 627 kilogrammes de capsules par hectare. La salsepareille du Pérou, le carthame d'Lgypte deviendront des produits habituels de l’Algérie.

Les plantes oléagineuses sont nombreuses : le sésame, la navette, l’œillette, le colza, la moutarde blanche, la caméline, la madia sativa, l’arachide (pistache de terre vulgairement nommée cacaouete ), produisant

3,000 kilogrammes de gousses par hectare. Les drupes* du margousier donnent aussi une huile vermifuge, vulnéraire et rhumatismale. Le citronnier, l’oranger, l’amandier, la cassie, la menthe, la rose, le géranium et le jasmin donnent des essences odoriférentes, avec lesquelles on fait des pommades et des savons d’excellente qualité.

A l’exposition internationale qui a eu lieu à Londres en 1862, — 265 récompenses, (le plus grand nombre relativement), ont été décernées aux colons algériens*. Leur blé a été reconnu pour être le plus beau. Un arrêté du 30 août 1861, dispose qu’une exposition générale annuelle des produits de l’agriculture et des industries agricoles de l’Algérie sera successivement ouverte au chef-lieu de chaque province, aux époques qui seront déterminées. Une exposition permanente des produits de l’Algérie existe dans une des ailes du palais de l’Industrie, à Paris.

minéralogie. L’opulence du sol ne fleurit pas seulement à la surface, et renferme dans son sein, soulevé fréquemment par des commotions intestines, des preuves solides de sa fécondité. Le grès, le marbre, sont communs dans toute l’Algérie, et surtout dans la province de Constantine. On trouve aussi le fer sous toutes les formes, depuis les cristaux spéculaires jusqu’à l’ocre pulvérulent. De nombreux concessionnaires exploitent les mines de cuivre et les gisements de plomb, d’antimoine, de mercure. Près de Mascara on a vu un lit étroit de chalcédoines très-grosses, des monceaux de

cristal de roche à Collo, et des mines de sel gemme à la base des hauteurs de l’Atlas. Le calcaire hydraulique, le combustible minéral se montrent sur quelques points.

11 existe des schistes bitumineux qui pourraient donner des produits utiles. Le sulfate de magnésie se rencontre dans plusieurs localités où il se dépose par évaporation sur le bord des ruisseaux.

Les sources minérales sont assez abondantes dans une bande qui court parallèlement à la côte, surtout de la Cale à Sétif.

Les eaux thermales sont fort multipliées, tièdes, chaudes et brûlantes quelquefois jusqu’à une température de 95 degrés centigrades, ainsi qu’il a été observé aux bains d’Hammam Meskhoulîn, où elles cuisent la viande en quelques minutes.

zoologues. Les coraux de Bône sont les seuls produits marins remarquables des côtes de l’Algérie, qui abondent en toute sorte de poissons, parmi lesquels les thons et les sardines, en fort grande quantité. Des crustacés de toute espèce, langoustes, homards, crevettes, oursins et autres coquillages se montrent aussi en grand nombre. Les serpents pourchassés par les cigognes, sont communs; les espèces venimeuses habitent les % régions du Sud. Les lézards, les caméléons, les tortues sont fort multipliés. L’invasion des sauterelles est un des fléaux les plus redoutables de l’Afrique; nul moyen n’a d’efiicacité contre ces colonnes dévorantes, lorsqu'elles ont pris leur cours à travers un pays ; en quelques heures est consommée la dévastation de la plus

riche campagne; heureusement ces migrations, toujours suivies de maladies endémiques, sont rares. Elles n apparaissent que trois ou quatre fois dans un siècle. — L'invasion la plus déplorable que nous ayons à noter, est celle qui a eu lieu durant la première partie de l'année 1860. — Une souscription a été ouverte en Algérie et en France pour indemniser les colons des perles faites par eux, et qui s'élèvent à 19,652,781 francs. Cette souscription avait rapporté au 14 novembre la somme 800,000 francs.

L'entomologie fort riche, ne présente guère de sujets à craindre, si ce n'est le scorpion, le mille-pieds (scolopendrum ferruginomm ) , qui sont assez rares. Une grande variété de beaux coléoptères se présente aux recherches des amateurs et attire dans de certains cantons des rossignols très-remarquables qui font leur pâture de ces insectes.

Des animaux, dont quelques-uns sont formidables, parcourent ces cantons et, s'égarant de ravins en ravins, descendent quelquefois jusqu'aux abords de la mer ; ce sont le lion, la panthère, les lynx. Les singes, les porc-épics, l'acelaphe bubal, l'antilope adax, le mouflon à manchettes, les gracieuses gazelles fréquentent les solitudes; les nombreux sangliers y deviennent la proie de la hyène qui est commune et redoutable. Le dromadaire, improprement nommé chameau, est employé avec avantage par les Arabes, dont les chevaux, de petite taille, ont bien dégénéré de leur antique réputation.

Toutefois, les résultats déjà obtenus pour l’amélioration de la race chevaline autorisent, à cet égard, de légitimes espérances. Les tentatives dans cette voie, datent du gouvernement du maréchal Bugeaud; mais M. le maréchal Randon a donné à la question une impulsion décisive. La création de dépôts d’étalons appartenant soit à l’État, soit aux tribus; l’établissement de courses dans les chefs-lieux des trois provinces; l’allocation de primes aux meilleurs produits, ont fait marcher à grands pas dans ce chemin tracé.

La population chevaline en toute l’Algérie , dans l’année 1861, a été évaluée approximativement à 72,703 chevaux et 92,699 juments.

Les ânes et ânesses étaient au nombre de 193,667. Les mulets atteignaient au nombre de 117,164: Il y a environ un million de têtes de l’espèce bovine.

La population agricole européenne et celle des indigènes dans les centres colonisés, possédaient à la fin de 1864— 1,255,952 têtes de gros ou menu bétail.

Les Arabes élèvent pour les grandes chasses une espèce de chiens qu’ils nomment Slongui, et qui provient, dit-on, de l’accouplement des louves avec les chiens. Les chiens vulgaires sont féroces et ingrats; ils tiennent du chacal, sorte de loup timide qui ne fait la guerre qu'aux produits des jardins et aux basse-cours.

Les aigles, les vautours et les milans, concurremment avec ces voleurs domestiques, sont très rapides à enlever les belles poules de Carthage et ces gracieux échasssiers appelés Demoiselles de Numidie. Le faucon est dressé,

comme au moyen-âge, pour la chasse, par les chefs du Sud. Les perdrix rouges, les cailles et tous les gibiers d'eau : bécassine, canard, héron, poule sultane, ne manquent pas pour les plaisirs des chasseurs. Le cygne, la grèbe et l'outarde se montrent en quelques localités. Les pigeons et les tourterelles forment de nombreuses espèces; les rossignols, les serins, tous les oiseaux chanteurs se plaisent dans les campagnes ombragées, où abondent les insectes dont ils font leur nourriture. Une belle alouette bleue annonce le printemps ; les étourneaux et les cailles arrivent en Algérie par nuées vers le milieu de l’automne, tandis que l’autruche arpente, au midi, les steppes du désert éloignés des cantons habitables et fertiles.

note historique. Les premters hommes qui furent appelés par la Providence à régner sur cette création variée avec tant de magnificence, furent, au dire de Strabon et de Josèphe, les Gélules, descendants de Chain (2105 av. J.-C.). Ils se virent refoulés dans l’intérieur par l’armée composée de Mèdes, d’Arméniens, de Perses, qui marchait à la civilisation du monde sous la conduite d’Hercule (1300). Ce héros laissa fuir les Gétules sur l’Atlas, où ils prirent par la suite le nom de Berbères, tandis que ses soldats, les conquérants du rivage, adoptèrent celui de Maures, dès cette époque reculée. L’émigration des peuplades du pays de Canaan, cnassées par Josué (1059', l’introduction de l’élément arabe par les tribus sabéennes à la suite (ÏAfriqui, dont ce continent prit le nom, ne tardèrent pas à compliquer le mélange de ces nations diverses. Une invasion de nomades Lybiens, trop à l’étroit dans leur patrie, vint l'augmenter encore et imposer le nom particulier de Numidie à la partie orientale du territoire actuel de l’Algérie. Jarbas, roi des Gétules et de l’ensemble hétérogène de toutes ces hordes, désira vainement unir son sort à Didon (860), lorsque cette princesse tyrienne fonda Carthage sur les bords de la Méditerranée. Ses successeurs, jamais vaincus parles Carthaginois, mais trompés par la foi punique, laissèrent dans tous leurs ports s’établir les comptoirs de ces marchands (400), qui finirent par s’y

montrer les maîtres. Tout ce qui n’était pas d’origine phénicienne était alors désigné sous les noms de Massy liens, dans la Numidie orientale, et de Massessyliens , dans l’O. L’Oued el- Kebir, qui se jette dans la mer à ' l’Est de Djidjeli, était, pour ces peuples, une ligue de démarcation. De cette division territoriale se formèrent deux royaumes <202), qui, après la ruine de Carthage (148), se dévoraient mutuellement, lorsque Scipion et les Romains vinrent donner à Massinissa, roi des Massyliens, une prépondérance marquée sur Syphax, roi des Massessyliens, dont l’héritage fut absorbé par son rival. Massinissa, à sa'mortt laissa le trône des deux Numidies à son fils Micipsa (146), qui les gouverna vingt- six ans, et les partagea (122) entre ses deux enfants Adherbal, Hiempsal, et son neveu Jugurtha. Mais ce dernier fit assassiner Hiempsal à Thirmida et dépouilla Adherbal de son apanage. Les Romains, intervenus dans la querelle, ordonnèrent que la Numidie serait également partagée entre les deux princes survivants. Les commissaires envoyés pour cette délimitation, corrompus par l’or de Jugurtha, lui attribuèrent les côtes et donnèrent la possession de l’intérieur, région peu fertile et moins riche, au jeune Adherbal. Jugurtha mécontent encore de cette inégale répartition, où Davantage était cependant tout de son côte, attaqua et prit dans Cirta le pauvre Adherbal qu’il fit périr dans les tourments. Les Romains accoururent venger le fils de leur ancien allié, et ne purent finir la guerre désastreuse, que la résistauce invincible de Jugurtha prolongeait, qu’en s’emparant de sa personne, au moyen d’une perfidie. Boccnus, son beau-père, roi de Mauritanie, qui l’avait trahi, reçut en récompense la Numidie. La partie orientale fut divisée entre Hiempsal 11 et Mandrestal, fils de Gulnssa, prince numide, — et la république romaine. De sa portion et des rivages qu’elle garda, elle composa la province nouvelle , opulente adjonction à la province proconsulaire d’Afrique , s’étendant aux anciennes possessions de Carthage (105). Juba l*r, qui succéda à son père Hiempsal, eut le malheur de prendre les armes contre César, après la bataille de Pharsale. Vaincu, il se donna la mort; son fils fut traîné en triomphe, et son royaume resta réuni à l’empire romain.* — Ce fut alors que Salluste, envoyé en Afrique en qualité de proconsul, exerça les pillages Tes plus vexatoires. Peu de temps après, le jeune Jnba H, marié a Sélène, fille de Cléopâtre et a Antoine (42), revint régner sur sa terre natale, où la race des Bocctius s’était éteinte. La Massessylie lui fut donnée sous le nom de Mauritanie césarienne, s’étendant du fleuve Moulouïa à l'Ampsaga (Oued el-Eebir à l’Est de Djidjeli), et aussi la Gétulie, qui n était que le domaine de l’intérieur, la région des Hauts-Plateaux. Ce nouveau roi, abandonnant Siga, qui jusque-là avait été la capitale de la Mauritanie occidentale, établit son trône au port d’iol, fondé par les Carthaginois, auquel il donna le nom de Julia Cæsarea, dont nous retrouvons les restes en la petite ville de Cherche!.

Il y régna 45 ans, ne s’occupant que de sciences et d’arts. Les Athéniens lui érigèrent des statues et ses sujets des autels. Ptolémée, son fils, ne marcha pas sur des traces aussi glorieuses. Ce fut de son temps qu’apparut Tacfarinas, aventurier maure, qui souleva contre Home toute la Numidie. Ptolémée contribua puissamment à l’écraser. De concert avec le proconsul Dolabella, il le battit et le tua auprès du fort d’Auzia (Aumale), mais le luxe qu’il affichait ayant irrité la démence de Caligula, dont il avait éclipsé la parure dans une fête solennelle, il fut massacré par les ordres de cet insensé, et la Mauritanie césarienne, soulevée par CEdémon, son affranchi, se vit de nouveau réunie au territoire de l’empire romain (40 après J. C ).

C’est à cette époque que se rapporte la plus belle expansion du génie artistique sur la terre a Afrique, l’érection des monuments dont la rage des Barbares, durant douze siècles d’efforts, n’a pu parvenir à éteindre tous les restes. La prospérité de ce pays était parvenue à son comble. La magnificence des ruines

Îu on y rencontre à chague pas en a gardé la preuve, et déjà ibère avait rendu un décret qui portait défense d’exiler en Afrique, parce que, y est- il dit, en quittant Rome on y retrouverait Rome. L opulence de quelques particuliers surpassait les bornes de toutes les fortunes qu’on pouvait voir. Néron devint ialoux de six grands propriétaires qui possédaient entre eux la moitié de l’Afrique, et les sacrifia. La tyrannie des maitres du monde, les crimes de leurs délégués, les forfaits des ambitieux et les brigandages des révoltés, promenèrent de longs ravages sur cette terre et ne parvinrent cependant pas à ravir à la ville éternelle les plaines de la Numidie et des Mauritanies, d’où elle tirait sa subsistance. Les prétendants à l’empire rejetèrent tour-à-tour les partis vaincus sur ce théâtre où toutes les gloires et les infortunes de cette période ont eu le sort de se montrer. Les tribus qui habitaient la partie centrale et montagneuse de l’Afrique, et avaient toujours prêté appui à qui leur avait promis l’expulsion des Européens, crurent, à la suite des conspirations tramées par les partisants de Vitellius, des Gordiens et des Julianus, que le moment était venu de se déclarer indépendantes, mais, réduites par Maximin Galère (297), heritier présomptif du trône impérial, elles amenèrent une nouvelle subdivision dans leur patrie. Sous Vcspasien il y avait eu treize colonies romaines dans la Mauritanie césarienne et douze en Numidie. La Mauritanie césarienne fut scindée : une part, celle des côtes, retint le premier nom, et l’autre, le département de l'intérieur, — l’étendue de terre du Tell qui régne entre le petit et le grand Atlas, — fut appelée Mau iHtanie siliféenne , a cause de la ville de Sétif qui y fut érigée en capitale. La portion orientale de la Numidie, jusqu’aux frontières de Tunis, conserva la dénomination ancienne, et prit le second rang après la province romaine, divisée elle-même enfiysacèjiect province proconsulaire d'Afrique, proprement dite.

Le Christianisme n’adoucit qu’imparfaitement les âmes féroces des habitants de ces contrées, Du moins il mit en lumière l’énergie de leur caractère, la ténacité de leur foi. Saint Namphauion avait été le premier martyr qui avait eu le bonheur de donner sa vie pour J.-C (198).*— Son exemple fut suivi par des milliers d Africains durant les cent quatorze ans que durèrent, à diverses reprises, les persécutions contre les chrétiens. Tertullien avait élevé sa voix éloquente pour l’apologie de la vérité (220). Saint Cyprien l’avait scellée ae son sang. A

Eeine quelque repos fut -il accordé à l'Eglise par la paix que i conversion de Constantin (3t2), et, plus tzfrd, l’insouciance perfide de Julien l’Apostat, accordaient à la religion chrétienne (361;, qu’elle vit avec horreur sortir de son sein de sauvages sectaires qui, sous le nom de Circoncélions, plus cruels que les Manéchéens et autres hérétiques déià apparu?, descendirent de leurs montagnes, immolant les orthodoxes et torturant les Donatistes, leurs co-religionnaires. Firmus, un des principaux chefs des Maures, réunissant des brigands non moins barbares, dans la région montueuse de ce qui fut plus tard désigné sous le nom de province de Titri, au sud d’Alger, leva l’étendartde la révolte contre le gouverneur Romanus, dont les exactions les avaient poussés au désespoir. Il organisa la résistance contre l’empire romain et s’empara de Julia Césaréa qu’il détruisit; mais bientôt, pris par Tnéodose, usant de la trahison d’igmazen, chef montagnard des Issafliens, i! s’étrangla, et son cadavre fut envoyé à Sétif, comme preuve de sa mort. Son frère Cildon, fidèle aux Romains, fut revêtu par eux du titre de gouverneur des provinces de l’Afrique. II y oppressa ses compatriotes et, après un règne de cruautés et de débauches inouies, voulut se déclarer indépendant; enfin, comme son frère, i! n’eut d’autre refuge contre les forces d’Honorius, que le suicide sur l’ile de Tabarca, où il s’était enfui. Le comte Bonlface, homme d’un mérite bien supérieur, qu't lui succéda, fut encore plus fatal au pays. Les gouverneurs romains entretenaient alors entre eux des rivalités qui, à leur insu, avaient pour résultat la perte de la puissance de leur métropole dans les diverses parties de l’univers où ils exerçaient le pouvoir. Boniface, marié à une femme vandale, fut dénoncé par son faux ami Ætius à l’impératrice Placidie, comme un traître qui voulait livrer son gouvernement aux Rarbares du nord. Boniface en vint à cet acte de perfidie, en effet, lorsqu’il se crut perdu à la cour. L^s remontrances de saint Augustin n’eurent aucune forée sur cet esprit aveuglé par les trames des courtisans Les Vandales d’Espagne, sous la conduite de Genséric (430), envahirent les trois Mauritanies qu’on leur avait promises, établirent leur quartier général à Bougie, et, après avoir chassé Boniface, qui les avait introduits en Afrique, ne s’arrêtèrent pas même à Carthage, qu’ils détruisirent de nouveau. De là, ils se portèrent sur Home qu’ils saccagèrent, et revinrent chargés des dépouilles

de Tltalie. Ils occupèrent presqu’exclusivement la partie dont Carthage était la capitale, ne laissant dans les Mauritanies que des postes cantonnés sur des ruines. Genséric était véritablement l’empereur d’Occident, sa marine était formidable, et la piralerie semblait être le seul génie de ses barbares sujets. Ses descendants n’eurent rien tant à cœur que de la favoriser, et c’est là qu’il faut chercher les préludes des brigandages exercés au moyen-âge, par les corsaires de ces côtes. Ariens, ils persécutèrent avec fureur les Catholiques. Sous Huméric, il y avait encore 466 évêques en Afrique, dont 120 dans la Mauritanie césarienne, 44 dans la province de Sétif, et 125 en Numidie. A l’extinction ne la monarchie vandale, ils étaient réduits à 217 ; ils avaient été 690 au temps des empereurs romains.

Les tribus de l'Atlas ne tardèrent pas à recommencer leurs courses, et chassèrent peu à peu de l’intérieur ces étrangers divisés entre eux. Gélimer ayant usurpé le trône sur son oncle Hildéric, allié de Justinien, empereur de Constautinople, celuici envoya en Afrique Bélisaire, à la tète d’une armée de 35.000 hommes, qui soumit le pavsetmit la mainsur Gélimer (534), réfugié sur le mont Pappua (î’Edough ; ainsi tomba l’empire des Vandales, qui furent anéantis.

Les Numides, sous la conduite de Jabdas, chef des tribus du mont Aurès, tombèrent à leur tour sur les Gréco-romains; ils favorisèrent la révolte de Stoza, un des Grecs, et, après sa défaite, le recueillirent dans leurs contrées ; ils y furent poursuivis et jamais soumis Les exarques, préfets du prétoire, qui gouvernèrent pour l’empereur de Constantinople, eurent sans cesse à lutter contre les Gétules, Maures ou Numides, qui étaient décidés à expulser du sol de leur patrie tout habitant d’origine ou de mœurs européennes. Les soldats bvsantins révoltés, les Maximins, les Gontharis, trouvant dans les indigènes Otaias, Anfalas, de féroces auxiliaires, la dévastation fut longtemps la seule tactique des deux partis. Dans l’espace de 20 ans, la population diminua de cinq millions d’âmes et la Numidie était presque un désert. Les incursions successives des hordes fie l’Atlas avaient resserré les Gréco-bysantins sur l’étroite lisière de la plage, lorsque les Arabes (musulmans envahirent en plusieurs expéditions, le nord de l’Afrique, sous la conduite d’Abdallali, fils deSaïd, de Moaviah (653), d’Ôkba ben Nafé (676), de Zobefr (688) et de Hassan le Gassanide, gouverneur de l’Egypte, qui détruisit enfin pour toujours Carthage, sortie pour la deuxième fois de ses cendres.

Les généraux grecs et les Maures ne laissèrent pas s’établir les Mahométanâ .sans de grandes batailles et d’affreux carnages, sur cette terre, nommée par ces derniers venus, le Moghreb (le pays d’occident), qu’ils divisèrent en Moghreb el-Alcsa (extrême région de l ouest, s’étendant de Tlemceii à l’Océan), el le Mo ghreb el-AonzdV (région intermédiaire de l’ouest, de Tlemceii à Bongle). Le nom Afrikia demeura au reste de l’ancienne Mau-

ritanie césarienne et à la vieille province romaine, qui était ce territoire que nous connaissons sous l’indication actuelle de Tunisie- Ün formidable système d’opposition s’organisa cependant contre les Arabes. La reine Kaina, femme berbère, qui régnait (709) sur les monts Aurès, désola tonte la côte, renversa les édifices, détruisit les ombrages qui formaient, disent quelques auteurs, de Tripoli à Tanger, une suite non interrompue de bocages et de palais, voulant, par cette immense dévastation, rebuter les Asiatiques de la possession d'un désert. Mais et s efforts échouèrent contre la constance qu’inspire un esprit de prosélytisme, et, après d’horribles massacres (711), Tarek, lieutenant de Mousa, dicta la loi du Coran jusqu’à Ceuta, que possédait encore le comte Julien, pour les Goths d’Espagne. Ce chef chrétien, pour se venger d’une injure faite à sa fille par le roi Roderic, traita avec les Arabes et les introduisit en Espagne. Des multitudes de Maures suivirent leurs vainqueurs dans cette excursion, et laissèrent leurs noms aux Musulmans qui occupèrent dès -lors les provinces conquises en Europe. Le Moghreb El-Aouzât’, qu’ils laissaient presque dépeuple après tant de guerres d’extermination, fut divisé en deux grandes provinces, dont l’une, dans l’intérieur, devint l’apanage des Rostamides, princes peu connus, qui régnèrent à Tekeaempt; et l’autre, releva des Aghlabites, dont la famille tenait Kaïrouan, et le pays où fut Carthage. Les Aghlabites tiraient leur origine d’ibrahim, fils d’Aghlab qui, envoyé gouverneur à Kaïrouan, à huit journées des ruines de Carthage, par Haroun al-Raschild l’Abasside (800 , y avait usurpé le pouvoir. 11 laissa une dynastie qui a donné onze monarques, durant 108 années de règne. Ces rois s’emparèrent delà Sicile, furent célèbres par leur magnificence et par leurs crimes. Enfin, ils furent chassés (908) par les Fatimites, qui apparurent avec tout le merveilleux des légendes orientales, et vinrent jeter un grand éclat dans l’Occident. Leur chef, Obeid Allah, tiré d’un cachot pour monter sur le trône, laissa une suite d’enfants,, qui transportèrent peu après le siège de leur puissance en Égypte, où ils ont fondé la ville du Caire. Ils concédèrent toutefois aux H’ammadites, à Bougie, une sorte de royauté qui s’étendait de ce point à leurs anciennes possessions en Afrikia, et protégèrent, au pays d’Achir, où était situé Alger, les tentatives de 7eyry, fils de Mourad, d’origine berbère, pour y créer un trône l sa race. Ce trône subsista 200 ans, et fut fortement ébranlé, vers la fin de sa durée, par Roger, roi de Sicile. Au moment où l’émir almoravide de Maroc, Youssouf ben Tachfyn, vint, par une invasion qui refluait d’Occident en Orient, adjoindre ces petits états à son vaste empire, la contrée de Tlemsen était aux mains des Ouhadytes. Les Almuhades (1148\ qui forment la seconde dynastie des khalifes marocains, possédèrent à leur tour le Moghreb el-Aouzât tout entier La domination passagère de ces derniers fut promptement remplacée par celle des Zyanyles

de Tiemsên, {1270;, et les Hafsytes de Bougie {1276), gouverneurs révoltés et maîtres alternants d’Alger, suivant que le sort eu décidait. De tout le pays ils tirent des lambeaux qu'une guerre incessante déchira encore d’une manière déplorable, jusqu a ce que Tunis, possédée par cette dernière dynastie, en eût réuni les principales divisions. Elles lui échappèrent souvent, et l’éloignement de Tiemsên ou de Tunis faisait naître entre ces deux capitales une anarchie, que les formes gouvernementales des Musulmans entretiennent partout où elles s’étendent.

A cette époque, les Maures, chassés d’Espagne, s’établirent sur quelques points de la côte africaine, et s’y livrèrent à la

Siraterie. Les Espagnols, qu’ils inquiétaient, s’emparèrent de ers el-Kebir (1501 j, sous la conduite de Diego de Cordoue ; d’Üran, en 1509, sous les ordres du cardinal Ximenès; dans les années suivantes, de Bougie et d’un écueil en face d’Alger. Les Algériens devenus tributaires du fort que les Castillans y avaient construit, appelèrent à leur aide Haroudj Barberousse*. Ce célèbre forban, qui venait de perdre un bras à l’attaque de Bougie, mais que la prise de Djijelli consolait de l’échec essuyé par ses armes, se hâta de venir en aide aux habitants d’une ville dont il convoitait l’heureuse position. 11 ne tarda pas à s’y faire déclarer roi, et s’y maintint, malgré les Espagnols, qui firent, en 1515, une descente, à la suite de Diego ae Vera. Attiré à Tlemsôn par une révolution intestine, il fut forcé de s’en échapper avec un petit nombre des siens, lorsque le marquis de Comarès, gouverneur d’Oran. vint le cerner. Poursuivi et atteint, il vendit chèrement sa vie, non loin de l’oued Ma]ah (Rio Salado). Khaïr ed-l)in Barberousse, à la nouvelle de la mort de son frère, fut reconnu souverain d’Alger, où il eut le bonheur de voir échouer la même année (1517), l’entreprise de Hugo de Moncade, et de prendre sur Martin de Vargas, la forteresse du Pegnon (mai 1520) qui fermait le port. Ces divers succès ne l’empêchèrent pas de faire hommage à Selim, empereur de Constantinople, qui le remplaça, dans la position de pacha d’Alger, par l’eunuque Hassan. Il ne fut donc pas témoin de la sanglante défaite qu’essuya Charles Quint, débarqué devant Alger, le 23 octobre 1541, avec une armée, de 25,000 hommes. Depuis celte catastrophe, amenée par les élémens conjurés, l’insolence des pirates algériens monta à son comble. Salah Raïs, Hassan Barberousse, Dragut, Ali Portas, Péchimin, se vantèrent d’être l’effroi de la Chrétienté. Cependant leurs conquêtes en Afrique avaient toujours progressé. Tiemsên, où les dissensions des Zyanytes les avaient souvent appelés; Bougie l’imprenable; Oran, perdu, repris par les Espagnols et abandonné par eux,— étaient soumis à leur desnostime; l’impériale cité de Fes, elle-même, les avait vu deux rois lui imposer des cher ifs. Les rois de Tourgourt et deOuargla avaient été battus et rendus tributaires; et les orgueilleux pachas delà Régence d’Alger avaient pu diviser leur nouvel empire, en dix -huit

provinces. Mais l’usage établit bientôt une répartition administrative moins compliquée et les trois beyliks d’Oran, de Constantine et de Titri, furent créés pour comprendre dans leurs circonscriptions le dividende respectif de tous ces petits états.

La Providence, qui destinait cette contrée à la France, semblait, par des indices encore peu positifs, lui donner une idée de son futur domaine. François de Noailles, évêque de Dax, ambassadeur de France à Constantinople, vint pour traiter avec le sultan de la cession du Royaume d'Alger , en faveur de Henri, duc d’Anjou, depuis roi de Pologne, et ensuite roi de France sous le nom d’Henri 111. La Porte s’en alarma, et Gilles de Noailles, qui succéda à François, rassura le Divan en faisant oublier les propositions dont' Alger avait été le but. Sous le règne de Louis XIII, la France renouvela des capitulations qui dataient de 1520, et avaient été reconnues en 1560 et 1604 par Sélim et Amurat, empereurs de Constantinople. Elle releva un fort entre le cap Rose et le cap Gros, qu’on nomma le Bastion de France , sous la protection duquel se faisait la pêche du corail. Cet établissement, toujours ruiné à chaque rupture de traités illusoires, fut abandonné (1663) pour le comptoir de La Cale , où les vexations de tout genre suivirent la compagnie commerciale qui se dévouait à l’exploitation de cette concession. Les Barbaresques considéraient le droit des gens comme une digue bien frivole pour le débordement presque périodique de leur orgueilleuse férocité.

La terreur imprimée aux nations chrétiennes par la scélératesse et la cruauté des forbans, n’avait cependant point empêché qu’à diverses époques des châtiments sévères n’eussent été infligés à leur foule entassée dans les repaires de la côte. M. de Beaulieu (1617), Robert Mansei (1620), le chevalier Paul (1664), Edouard Spragg (1671), Ruyter, puis Duquesne en 1681 et 1682, Destrées et Tourville en 1688, l'anglais Beach, au commencement du dix-huitième siècle, les avaient tour-à-tour humiliés. Ces brigands incorrigibles se moquèrent des Danois en 1770; ils vainquirent encore, aux portes d’Alger, en 1775, les Espagnols, venus au nombre de 22,000, sous les ordres d’O’ Reilly, — expédition désastreuse, où tout manqua par la faute des hommes, comme tout avait échoué par le concours fatal des éléments en fureur, au temps de Charles -Quint. Les bombardements de 1783 et 1784 ne furent que d’inutiles démonstrations de l’Espagne qu’Alger était accoutumée à braver. L’amiral Nelson (1804), le commodore Décateur (1815), lord Exmouth (1816), qui obtint l’abolition de l’esclavage, produisirent plus d’impression sur ces corsaires en ruinant leur marine à tout jamais.

Pendant ces divers événements extérieurs, les séditions intestines des Koulouglis, fils de Turcs, avaient été étouffées (1626), et les sanglants débats dont les marches du trône étaient depuis longtemps le théâtre, avaient pris fin. Les souverains d’Alger,

envoyés d’abord par la Porte ottomane, en qualité de gouverneurs, trop souvent rappelés et nommés de nouveau par elle, avaient partagé leur autorité (1627;, avec un homme du choix des milices turques de cette capitale. Les successeurs de ce magistrat à vie étaient parvenus à éliminer le pacha envoyé de Constantinople et à obtenir du sultan l’investiture de leur position, pour la forme, lorsque l’élection la leur avait donnée. C’est à un de ces princes, appelés Deys par les Européens, c’est à Hassan Pacha que la France demanda cette fameuse fourniture de grains, dont la dernière guerre a été la suite.

La créance à laquelle elle avait donné lieu, avait été liquidée, en 1819, à la somme de s*pt millions de francs. Des Français, créanciers du Juif algérien flacri, titulaire de la créance, formèrent opposition au paiement. Le dey réclamait avec instance, il saisissait toutes les occasions de témoigner son mécontentement au consul français, M. üeval. Le 30 avril 1827, il fit avec l’éventail qu’il tenait à la main, un geste de mépris; peu de jours après, le consul de France quitta Alger. Le gouvernement français demanda satisfaction au dey qui, loin de l’accorder, fit détruire l’établissement de la Gale (27 juin 1827). Alger fut bloqué ; mais cette mesure qui coûtait à la France sept millions par an, ne produisit aucun résultat. L’expédition contre Alger, décidée à la fin de 1829, fut poussée avec une vigueur extrême dans les premiers mois de 1830. Le commandement en fut donné au général de Bourmont, ministre de la

fuerre. L’amiral Duperré eut celui de la flotte et fut chargé e diriger le débarquement. Rien ne fut épargné pour assurer la réussite. Trente-cinq mille hommes furent embarqués à Toulon avec tout le matériel necessaire. La flotte comptait lt vaisseaux de ligne, 19 frégates et 274 bâtiments de transport. Elle quitta le port de Toulon en trois divisions, les 25, 26 et 27 mai Une tempête, rare dans cette saison et dans ces parages, força l'amiral Duperré a jeter l’ancre le 2 juin, dans la naie de Palmâ, île Majorque, et d’y rester jusqu’au 10. Le temps devenu plus beau, permit de mettre à la voile et de se diriger sur la baie de Sidi-Fermch où, contre l’attente générale, l’amiral Duperré avait résolu d’opérer le débarquement qui eut lieu si heureusement, le 14 du même mois. Ce n’est que le 19, que les Algériens se montrèrent au nombre de quarante mille, la plupart Arabes, conduits par les beys de Constantine et de Titri, sous le commandement d’ibrahim Aga, gendre du dey. Une bataille s’engagea; les Algériens, attaqués avec impétuosité, ne purent résister à la bravoure et à la tactique française; ils furent entièrement défaits. Cette action a été nommée 'Bataille de Slaouëli . du nom de l’endroit où Ibrahim Affa avait établi son camp. Le général de Bourmont aurait pu, dès le 20, marcher sur Alger, mais la grosse artillerie n’était pas encore débarquée, et ce ne fut que le 25, et après plusieurs combats, tous avantageux aux Français, mais sans être décisifs, que l’armée commença son

mouvement. Les dispositions durèrent jusqu’au 29, et le 4 juillet, les batteries de siège ouvrirent le feu contre le Fort-l’Empereur. Les Turcs qui le défendaient, l’abandonnèrent après une résistance opiniâtre, et en firent sauter le donjon. — Le dey Hussein, déjà découragé par les défaites successives, essuyées par ses troupes depuis le jour du débarquement, céda aux‘ conseils de la prudence et aux insinuations du consul d’Angleterre. Une convention fut arrêtée dans la matinée du 5 juillet, entre lui et le comte de Bourmont. La prise de possession d’Alger ne présenta aucun incident remarquable. Le dey a dit depuis, à Paris, que ce qu’il y avait eu de plus surprenant pour lui et les siens après la conquête, était la générosité des conquérants. M. de Bourmont, nommé maréchal de France, remit le commandement à son successeur, et quitta Alger le 8 septembre. Le dey et les principaux chefs de la milice turque étaient partis le 17 juillet avec leurs familles et la plus grande partie de leur fortune.

M. de Bourmont, par l’occupation momentanée de Bône et de Mers el-Kebir, avait témoigné l’intention d’étendre la domination de la France, à l’E. et à l’O., dans l’ancienne Régence d’Alger. Son successeur, le maréchal Clauzel, donna les mêmes manifestations par son expédition dans l’Atlas, le passage du Col de Mouzaïa, la prise de Blida et l’occupation de Médéa. Le lieutenant-général Berlhezène, qui lui succéda (26 février 1831) en qualité de Général en chef, abandonna cette dernière place et, dans sa retraite, éprouva toute la fureur des Arabes, dont Sid Saadi avait formé une coalition. Le lieutenant- général duc de Rovigo, qui le remplaça (7 janvier 1832), vint alors exercer de cruelles représailles sur la tribu des El-Oufia, et la malheureuse ville de Blida. Toutefois, Bône aussi bien qn’Oran, furent acquis à la France, et durant le long intérim exercé par le lieutenant-général Voirol, Bougie augmenta de sa conquête le trophée de gloire de nos soldats sur ces bords.

Cependant, le jeune arabe Abd el-Kader, considéré comme un saint par ses compatriotes, était élu bey de Mascara par les habitants (28 septembre 1832). Il prit le titre d’émir et commença par attaquer Oran, Arzeu, Mostaganem, et à désoler les campagnes • puis, fléchissant tout-à-coup devant L'honneur de traiter avec la France, qui lui reconnaisait le caractère du pouvoir, il signa une convention de paix <26 février 1834). Fort de ce titre et de la condescendance du lieutenant-général Drouet d’iirlon, nommé gouverneur-général des Possessions françaises dans le nord de l’Afrique, le 27 juillet 1834, il grandit 4 vue d’œil, massacra nos tribus alliées et mit nos troupes en déroute sur les bords de la Makta (28 juin 1835). Le maréchal Clauzel, nommé Gouverneur, le 8 juillet 1835, et désigné à ce poste par les habitants de l’Algérie, vint donner à la colonisation une impulsion heureuse et venger notre défaite par la prise de Mascara (6 décembre 1835), et de Tlemsèn (19 décem-

bre 1835). Toutefois, sous les murs de Constantine (1836), il essuya un revers. Le lieutenant-général Damrémont, investi des pouvoirs de gouverneur (12 février 1837), revint un an après sous les remparts de cette ville, où il périt glorieusement. Le lieutenant-général Valée, qui commandait l'artillerie du siège, succéda et entra dans la cité formidable (13 octobre 1837). Nommé maréchal de France, il gouverna du l#r décembre 1837 au 29 décembre 1840.

Abd el-Kader avait obtenu sur les bords de la Tafna (l*r juin 1837), un traité de paix et de délimitation, qu’il interprétait à son avantage. La glorieuse excursion du duc d’Orléans, Prince royal, dans la province de Constantine, et son heureux passage à travers les Bibans (28 septembre 1839), irritèrent les susceptibilités de ce chef arabe. Il fit connaître qu’il ne pouvait plus retenir l’élan des siens, qui voulaient la guerre sainte. L’attaque de Mazagran, des brigandages atroces exercés en môme temps sur tout le territoire de l’Algerîe, accompagnèrent ce manifeste. Le Prince royal, accompagné de son frère le duc d’Aumale, culbuta de la* Mouzaïa les tribus en armes, et bientôt le lieutenant-général Bugeaud (22 février 1841), élevé au poste de Gouverneur, ruina Tekedemnt, siège delà puissance de l’Emir; détruisit Boghar, Taza, Salua, toutes les places où il avait quelques ressources, et le pourchassa à travers le pays, jusque-la que sa smala (vaste agglomération d’une multitude sans refuge comme lui, qu’il entraînait à sa suite avec ses tentes et ses troupeaux), fut prise et dispersée par le duc d’Aumale. Abd el-Kader s’enfuit dans le Maroc, ou le Chérif lui accordait protection. Là, des insultes furent faites à notre territoire ; là, le général Bugeaud, déjà revêtu de la dignité de maréchal de France, depuis le 31 juillet 1843, terrassa 1 orgueil des Marocainsàla bataille d’Isly. où il conquit le titre de duc, tandis que le prince de Joinville écrasait Tanger et Mogador sous les feux de son escadre.

Un fanatique, sous le nom de Bou Maza (l’Homme à la Chèvre), apparut alors, et vint sourdement réchauffer l’instinct guerrier des tribus abattues, et leur inspirer le courage du désespoir, dont les grottes du Dahra furent l’affreux théâtre. Elles reprirent une sanglante revanche au marabout de Sidi-Brahim, sous les ordres d’Abd el-Kader, reparu sur la scène. Mais ce chef, traqué sur tous les points, ne pouvant plus défendre ni nourrir sa deira (gardp personnelle), se retira sur le territoire marocain, où sa conduite ne put échapper à la surveillance de la France.

D’autre part, Bou Maza, se donnant pour sultan du Moghrcb, — sid Hamed ben-Salem, chef de la Kabylie, ex-khalifa de l’émir, — et l’ex-agha Bel-Kassem ou Kassi, second personnage du même pavs, vinrent faire leur soumission (11, 14, 19 avril 1847), et s’oftrir à ramener leurs compatriotes de leur erreur à notre égard. La grande Kabylie commença à entrer sous

notre domination (30 mai 1847). Après ces glorieux succès, le maréchal Bugeaud rentra en France, le 5 juin 1847, annonçant le désir de se démettre de ses fonctions, et le général Bedeau prit l’intérim, le 20 juillet 1847.

Le 11 septembre 1847, le duc d’Aumale . fut nommé au poste de Gouverneur-Général de l’Algérie, dont il prit possession le 5 octobre suivant.

Le 23 décembre, il recevait, à Djama’ Bazaouât (Nemours), la soumission d’Abd el-Kader qui, chassé du Maroc et cerné par nos troupes, était venu se rendre. Ainsi finit le rôle

œue de l’ex Emir qui, le 24, fut embarqué à Oran pour

Le chérif Mouley Mohammed, l’agitcur^des Kabyles, vint se rendre aussi au commencement de 1848. Les troubles qui régnaient en France, les changements fréquents des Gouverneurs en Algérie — qui vit successivement les lieutenants-généraux Gavaignac, dès les premiers jours de mars 1848, Changarnier, le 29 avril 1848, Cliaron, le 9 septembre 1848, — firent espérer aux tribus les plus turbulentes qu’elles n’avaient qu’à s'insurger aussi pour nous chasser du pays. De sévères corrections infligées à propos, dans les trois provinces, les firent revenir de leur erreur. Ahmed, ex-bey de Constantine, qui, depuis sa défaite battait la campagne entre Batna et Biskra, se rendit à discrétion (24 juin 1848). La révolte éclatait pourtant de toutes parts, et Tannée 1849 fut employée à la poursuivre jusque dans ses lointaines retraites. Zaatcha' fut prise le 20 novembre. Des exécutions rigoureuses marquèrent pareillement, en 1850, sous* le gouvernement du lieutenant-général D’Hautpoul (22 octobre), la présence de nos soldats sur tous les points où se remuèrent les Arabes dans leurs refuges les plus impénétrables. On refoula les Kabyles dans leurs montagnes, et les brigands marocains dans leurs frontières. Un nouvel adversaire de notre domination, Bou Bar’la ( l’homme à la Mule), souleva ces derniers, et osa nous attaquer dès le 19 mars 1851. Toute cette année fut employée à parcourir la Kabylie, et à peser sur elle.

Le lieutenant-général comte Randon fut nomme Gouverneur- Général le 11 décembre 1851.

L’année 1852 élait l’époque fatale où les Français devaient être chassés de l’Algérie par le Moule Sda prédit aux Musulmans. Cette espérance ranime Bou Bar’la et ses hordes infatigables ; mais il est battu partout. Le chérif de Ouargla inquiète notre khalifa à Laghouat, et s’empare de la ville, qui est prise le 4 décembre, après quelques heures d’un assaut meurtrier. Ce ne fut que le 23 décembre de l’année suivante (1853;, qu’on rentra dans Ouargla. La Kabylie avait été châtiée encore durant le mois de mai. A pareille époque, en 1854, le Gouverneur-Général revenait punir les tribus de Sebaou, et, le 2G décembre, Bou Bar’la était tué parmi des voleurs de troupeaux, chez les Béni Mellikeuch.

Nonobstant l’inquiétude causée par cette guerre sans cesse renaissante, qui n’était qu’un enchaînement de petits combats presque journaliers, la colonisation a marché activement sur la côte, où d’anciennes villes ont été agrandies, embellies, relevées, — et dans l’intérieur, où des centres de populations ont été créés, des établissements fondés, de vastes territoires défrichés. Tous les genres d’industrie sont venus exposer leurs produits sur cette terre, maudite naguère sous le nom de Bar- . barie. Toutes les gloires sont venues y jeter au passage un rapide éclat.

,e calme le plus profond régna en 1855, tandis que nos aigles s’illustraient en Orient. Une excursion dans les Ksour du Sahara fut, pour nos soldats, dans les derniers mois de l’année, une belle promenade militaire. Cependant, une fermentation alarmante se manifestait depuis quelque temps en Kabylie, lorsqu’elle éclata dans les premiers jours de janvier 1856. Élevé a la dignité de maréchal de France (15 mars 1856,1e Gouverneur-Général, M. le comte Kandon, repoussa l’insurrection. Le 19 mai 1857, les troupes furent réunies aux pieds des montagnes de la Kabylie ; le 25, on s’emparait des hauteur^ des Beni-Raten, qui complétaient leur soumission le 27. Le 14 juin, on posait la première pierre de Fort-Napoléon, à Souk el-Arba, dominant les crêtes. Le 15 juillet, apres avoir surmonté tous les pitons de cette contrée, vaincu tous les habitants, pris El Hadj Amar, l’instigateur des Beni-Raten, toutes les troupes rentrèrent dans leurs garnisons, heureuses et hères d’avoir pu établir ainsi définitivement la domination de la France sur l’Algérie toute entière.

Le 24 juin 1858, un décret établit un ministère de l’Algérie et des Colonies, dont le prince Napoléon fut chargé. Ce ministère commença à fonctionner le 1er juillet. Le 31 août, un Commandement supérieur des forces militaires de terre et de mer employées en Algérie, fut créé et M. le général de division, comte de Mac Mahon, Sénateur, en fut pourvu. L’organisation administrative de l’Algérie fut complètement remaniée et les Conseils généraux inaugurés (27 octobre). L’ouverture de leur première session eut lieu le 5 décembre. — Dès le 19 novembre.

dont les habitants révoltés se soumirent.

Le 7 mars le Prince Napoléon se démit des fonctions de Ministre, et M. le comte De Chasseloup Laubat le remplaça dans les mômes fonctions, le 24 du même mois. Le 24 avril, M. le général de division Gueswiller fut chargé du commandement des forces de terre et de mer, et, le 15 août suivant, M. le général de division, Comte De Martimprey, lui succéda en cette position. A la tète de 15,000 hommes, il attaqua, le 27 octobre, des tribus marocaines qui, au nom de la guerre

sainte avaient envahi notre territoire; il chassa les fieniSenassen du plateau d’Aïn Taforalt, les frappa d’un impôt de guerre de

1.200.000 francs, et, le 4 novembre, châtia encore les Mata et les Angades dont les chefs se rendirent à discrétion.

Le 25 mars 1860, un agitateur prêchant aussi la guerre sainte dans le Hodna au Sud de la province de Constantine, et entraînant 11,000 tentes à sa suite, fut mis en déroute, pris et traduit devant un conseil de guerre, qui le condamna à mort. Il fut grâcié par l’Empereur. Le 23 mai, dans la même province, nos troupes se réunissaient à Milah, pour se porter contre les tribus révoltées de la Kabylie orientale. Le pays était entièrement pacifié à la fin d’août. Cette fois, encore, ceux qui avaient été la cause de cette rébellion furent condamués a mort, et virent leur peine commuée.

L’Empereur se faisant précéder par ces actes de clémence, et se trouvant dans le Midi de la Frauce, où il visitait les nouvelles provinces italiennes réunies à l’Empire, résolut d’effectuer un voyage, plusieurs fois promis , en Algérie, où il débarqua le 17 septembre, avec Sa Majesté l’Impératrice. LL. MM. II. ne restèrent a Alger que trois jours.

Le 24 novembre, le ministère de l’Algérie et des Colonies fut supprimé, et M. le maréchal Pelissier, Duc de Malakoff, fut nommé Gouverneur Général de l’Algérie. Le t() décembre, un décret réglait le Gouvernement et la haute administration du pays. Le 12. M. Mercier-Lacombe était nommé Directeur général (les Services civils, et le 16, M. De Martimprey nommé Sous- Gouverneur Général et Major-Général de l’armée. Le 2 janvier 1861, le Duc de Malakoff vint prendre possession de son commandement.

Un célèbre agitateur, qui avait disparu de la scène politique depuis 1858,1e chériff Mohammed ben Abdallah, s’étant montré au milieu des maraudeurs aux entours de Laghouat, a été pris le 18 septembre 1861, auprès d’Ouargla où il était poursuivi.

2.000 Tunisiens qui avaient envahi nos frontières vers la fin de juillet 1862, ont été dispersés, — ont livré au commandant supérieur de la Cale le faux chérif qui leur avait prêché la guerre sainte, et leur tribu a été châtiée par le Bey ae Tuuis.

L’Algérie jouissait d’une paix profonde quand, vers la fin de février 1864, des symptômes de défection se manifestèrent dans les tribus sahariennes de la province d’Oran. Le marabout Si Seliman ben Hamza, — Bach Agha des Ouled sidi Cheikh, — estimant son autorité éclipsée par celle de la France, — se retira dans le Sud avec sa famille et ses approvisionnements, et descendit vers le Nord, appelant les Arabes â la guerre sainte. Le colonel Beauprètre, commandant supérieur du cercle de Tiaret, et le commandant de Geryville s’étant portés vers Si Lala. agha d’Ouargla, oncle du marabout, fut assailli dans son camp d’Aïounct bou Beker, le 8 avril. Il y périt avec tout son détachement. Si Mohammed ben Hamza remplaça a la tète des insurgés Si

Seliman, son frère aîné, qui avait péri le même jour. La révolte s’étendit au sud de la province' d’Alger, et un combat sanglant eut lieu à Saïn-Legta, le 26 avril. L’ennemi fut culbuté à Chaab-el-Ameur, le 13 mai, et au passage d’El-Ferachi, le 16.

Les Flittas, aux entours de Mostaganem, venaient de se soulever, quand le maréchal Pelissier mourut à Alger, le 22 mai

Si Lazreg bel Hadji, fauteur de l’insurrection, s’empara du caravansérail de Rahouïa, le 22 mai, et, le 26, attaqua vainement la redoute d’Amrai-Moussa. Le 31 mai, le Ier et le 3 juin, il dévasta les entours de Uelizane, d’où ses bandes furent refoulées dans la montagne. 11 fut tué au combat de Dar ben Abdallah, le 5 juin. Les Harar tirent leur soumission après la destruction de l’oasis d’El-Abiod-Sidi-Cheik, centre religieux des marabouts auteurs de tous les troubles (15 et 16 juin).

Tandis que les provinces d’Oran et d’Alger étaient le théâtre de ces graves événements, le calme avait continué de régner dans la province de Constantine; cependant quelqu’agitation s’était manifestée dans la Kabylie orientale par l'incendie du Bord] de Zraïa (mars 1864.)

Le cercle d’Ammi-Moussa se soumit le 21 juillet, les Flittas le 27.

Le 12 juillet 1864, le marabout Si Mohammed ben Hamza entraînait de nouveau à l’insurrection les Harrar, qui étaient suivis dans ce mouvement par les Larbas el les goums du Djebel Amour, obéissant à l’appel de Si Lala (7 août). Ainsi une des portes du Tell était ouverte, et les tribus sahariennes du cercle de Boghar prirent le chemin du S -O., pillant et massacrant les Européens sur leur passage. Cependant, eu août, les troupes de la division d’Oran avaient détruit, dans le ISador, à 15 lieues au S.-O. de Tiaret, un gros rassemblement formé des émigrés du Tell. Le 8 août, la colonne de Bouçada, dans la province de Constantine, avait eu à soutenir un* violent combat d’arrière-garde contre les Ouled Madliy révoltés.

S. E. M. le Maréchal de Mac-Mahon, Duc de Magenta, ayant été nommé Gouverneur général, arriva à Alger le 19 septembre 1864.

A Teniet-el-Ribli (30 septembre) et à Aîn Dermel (2 octobre), on repoussa les attaques des rebelles, qui se jettèrent dansl’O., après avoir été frottés le 7 octobre à Aïn Malakoff, où les Ouled Madliy et les tribus du cercle d’Aumale, qui avaient fait cause commune avec les émigrants, se séparèrent d’eux et tirent leur soumission. Au môme moment Si Lala, opérant dans la province d’Oran, avait remporté, au combat a’EI-Beida, un avantage qui décida la révolte des Ouled -Nayl, qui vinrent bloquer Laghouat, le 5 octobre. Si Lala, se jouant des cinq colonnes qui défendaient le Tell de la province d’Oran, vint brûler des fermes aux entours de Saïda, et, chassé de sa position de Touten Yaya, le 11 octobre, se mit en fuite sur la route du S.

(2 novembre). Les Ouled Nayl, et presque toutes les tribus qui suivaient encore la fortune du marabout Si Mohammed ben Hamza dans le Djebel Amour, firent leur soumission. Les Sa- Jiari Ouled Brahim, rentrés dans leurs montagnes et se refusant obstinément à tout acte de repentir, furent sévèrement châtiés, le 28 novembre, à 12 lieues du Gnelt-es-Stel, sur -la route de ' Djelfa. Toutes les tribus de la province d’Alger, à l’exception des Ouled Chaïb, étaient rentrées dans le devoir. Le 29 novembre, ces insurgés furent mis en déroute à Sahh Ahmed AnnouaL près la frontière marocaine, qu’ils passèrent pour y chercher un refuge.

Le 4 février 1865, trois colonnes de la province d’Oran forçaient à Garet Sidi Cheik, dans le S., le marabout Si Mohammed ben Hamza à accepter le combat, où il était blessé à mort, par le Si Hadj Gaddour, chef des Harraras. Il expira le 22 du même mois. La plupart de ses adhérents firent immédiatement leur soumission

Le 12 avril, les populations des Babors qui, dès novembre 1864, avaient chassé leur caïd et incendié leurs maisons de commandement, attaquèrent le camp de nos travailleurs, ouvrant la route de Sétif au cap Àokas , près Bougie. Quatre colonnes présentant un effectif total de 13,000 hommes et 800 chevaux, pénétrèrent dans le massif de la Kabylie orientale. Après divers engagements partiels, elles se réunirent à Sidi Tallout, où un dernier combat triompha de la résistance des Kabyles.

Cependant S. M. l’Empereur venait, de nouveau, honorer l’Algérie de sa présence. Il en abordait le rivage, à Alger, le 3 mai; voyait Miliana, Blida, Médéa. Le 14 mai, le navire impérial le déposait à üran. Sa Majesté se transportait vers Sidi-Bei- Abbés, à Mostaganem, — revenait à Alger, par mer, le 23 mai, pour visiter Fort-Napoléon, — arrivait à Stora le 28, de là, se dirigeait sur Constantine, Batna, Biskara, et revenait vers Bône et Bougie, d’où elle se rembarquait, le 7 juin, pour retourner en France.

Le 19 octobre, Si Lala soulevant les populations sahariennes du Maroc, attaqua Daya, jeta Ja terreur dans le village des Ouled-Mimoun et lit piller les troupeaux au S.-O. de Saïda, près de Tleracen; mais ne pouvant pas franchir la ligne de nos avant-postes, et voyant ses ressources épuisées, il reprit en toute hâte la route du sud, après avoir été rudement traité le 8 novembre. Le 18. la grande tribu des Harayans Gharabas, qui avait éprouvé des pertes considérables, se sépara de lui , rentra dans le devoir et se joignit à nous pour marcher contre cet agitateur. Les tribus algériennes du sud qui avaient été soulevées se rabattirent du côté de Laghouat, où elles furent frottées, le 29 décembre, jour même où une colonne partie de Géryville surprenait la masse des insurgés acculés aux dunes de sables du Sahara orauais, enlevait les douairs

entiers et s’emparait de la plus grande partie des Trafis et de leurs troupeaux. Les populations entraînées par les Ouled Sidi Cheikh se sont rendues à merci.

Dès le commencement de mars 1866, Si Hamed ben Hamza arrêtait encore les goums insurgés gui voulaient revenir à nous. 11 voulait marchander sa soumission et obtenir les mêmes dignités de commandement que la France avait reconnues à son père. 11 fut battu le 15 mars vers Zouïrag, près de Géry ville.

« C’est ainsi que l’Algérie, qu’on était habitué depuis plusieurs « années à regarder comme complètement et franchement sou- « mise à la domination de la France, a été le théâtre d’une « insurrection née dans le sud sous Finfluence principale d’une a recrudescence du fanatisme religieux. ( Exposé de la situation « de V Empire. j

population. Dans le cours de cette revue rapide, qui a fait passer sous nos yeux plus de quarante siècles, se sont pressés, en foule, des peuples qui, en 1830, laissaient de nombreux représentants de leurs antiques races :

Les populations nomades du Sahara pouvaient être prises en ligne de compte pour un million d'âmes;

Les Kabyles , descendant des Berbères, ou des Gélules si r on veut, — considérés comme les primitifs habitants du pays, étaient au nombre de 850,000 ;

Les Arabes, enfants de ceux amenés par les trois grandes invasions musulmanes et les retours annuels du pèlerinage, 1, 800>000;

Les Maures, fils de tous les peuples poussés sur ces rivages, depuis les Argonautes jusqu’aux renégats du siècle dernier, 100,000;

Les Turcs et Coulouglis, se perpétuant depuis les Barberousses , et recrutés sans cesse par les déportations de Janissaires , G, 000 ;

Les Juifs , dont les pères avaient émigré après la ruine

de Jérusalem , au temps de Tibère et d’Adrien , 19,000 ;

Les Nègres vendus à Tombouctou, ou provenant de mariages d’esclaves , 3,000.

Tous ces peuples existent sous notre domination , bien moins nombreux sans doute qu’au moment de la conquête où une statistique approximative fut dressée , pour tenir lieu de recensement. L’émigration, le choléra, les malheurs de la guerre, ont réduit leurmultitude

Cependant le Kabyle , sauvage , barbare, couvert de haillons qui dérobent mal ses formes, dignes delà statuaire, habite encore les montagnes, où il nous cacha longtemps sa vie pleine de souvenirs des patriarches.

L’Arabe, agreste, fanatique et perfide, sort de sa tente ou de son gourbi avec le burnous drapé à l’antique, pour recueillir ses moissons, pour monter 9ur son coursier et nous harceler d’une guerre implacable. Aucun des nobles sentiments ne lui sont étrangers.

Le Maure , obséquieux , jaloux et cupide , habite les villes et les demeures champêtres les plus rapprochées. Il se produit dans de petits négoces, dans de modestes emplois, sans compromettre son amour du repos et des voluptés faciles. Soutenu parla protection, il se montre insolent à l’occasion.

Les femmes de ces hommes , hâtivement flétries par ries couches précoces, n’ont qu’un éclair de beauté éblouissante et traînent dans l’ennui des travaux les plus humbles, une décrépitude prématurée.

Le Turc, s'il en reste, gémit fier et solitaire de l’éclipse du croissant.

Le Juif , timide , intelligent et sordide , dont la femme est belle ici , comme toutes les filles d’Israël , trafique de tout et se pousse dans les affaires de la chicane.

Le Nègre , laborieux et content, toujours probe , fait son ouvrage, et, comme nous, étranger au pays, semble le moins fâché de nous y voir.

Le Saharien, le Touareg, commencent à s’aventurer au milieu des merveilles de notre civilisation , et sont les seuls qui aient la bonne foi d’en manifester leur admiration et d’en exalter les bienfaits.

C’est au milieu de ces familles si différentes de mœurs, de physionomie, n’ayant d’autre lien qu’un idiôme variable de .la langue arabe, et dans lesquelles on peut dénombrer2, 684, 677 individus ( 1), que les Européens sont venus apporter une population dont l’effectif était, au 1er janvier 1867, d’après le dénombrement quinquennal (prescrit par décret du 27 mars 1801), de 217,990 âmes, en territoire civil et militaire, non compris la population en bloc, — (se composant des hospices, lycées, collèges, pensionnats, séminaires, communautés religieuses, prisons, réfugiés à la solde de l’Etat), dont le nombre peut être évalué à 17,232, — ni l’armée dont l’effectif est, approximativement, de 67,774 hommes.

D’après ces données , tel est le tableau de la population en Algérie, au 1er janvier 1867 :

(1) Les tribus indigènes, dénombrées sommairement, présentent un effectif de 2,434,97-4 âmes.

Français 122,119 \

Espagnols 58.510 J

Italiens 16,655 f

Anglo-Maltais 10,627/

Allemands 5,436 \

Autres nationalités. . . 4,643 J

Israélites

Musulmans

Population civile en bloc . . . .

Armée

Tribus arabes

La population européenne était en 1866. 217,990 Et le dernier recensement quinquennal, en 1861, était 192,746

Il en résulte, pour les cinq dernières

années, une augmentation de 25,244

Comme détails de statistique plus circonstanciés ,

nous donnerons les constatations suivantes :

En 1862 — 1929 mariages, — - 8648 naissances, — 5903 décès.

Moyen, p. an, 1828 — — 8531 — — 5915 —

Par 100 indiv., 0,85 — — 3,97 — — 2,76

division du territoire. La nation nouvelle qui se forme avec des éléments si diversifiés, est répandue sur trois provinces : Alger, Constantine et Oran, dont chacune est divisée en territoire civil et en territoire militaire. Le territoire civil de chaque province forme un département , et le territoire militaire une Division proprement dite, mais en réalité la Division comprend et le territoire civil et le territoire militaire.

Celui-ci, au point de vue administratif, est placé sous l’autorité du Général commandant la Division.

Chaque département comprend un certain nombre d’arrondissements administrés par des Sous-Préfets, — de districts (circonscriptions enclavées dans le territoire militaire) administrés par des Commissaires civils qui ont, dans leur ressort, les mêmes attributions que les Sous-Préfets. — Les arrondissements et les districts sont eux-mêmes subdivisés en communes. Chaque département est soumis au régime administratif des départements de la métropole, sauf les exceptions résultant de la législation spéciale à l’Algérie, qui est publiée au Bulletin officiel du gouvernement général de l'Algérie, créé par arrêté du 14 janvier 1861, et dans le Moniteur de l'Algérie, journal officiel de la Colonie, créé par arrêté du 22 juillet, même année. — La circulaire du 6 juin a aussi créé un journal officiel arabefrançais, imprimé dans les deux langues et portant le nom de Mobacher.

Le territoire militaire est divisé en circonscriptions déterminées par des arrêtés du Gouverneur général.

Les Français, les étrangers, les indigènes habitant d’une manière permanente les circonscriptions des communes constituées, sont régis, dans les deux territoires, par les institutions civiles actuellement en vigueur.

Les indigènes vivant soit isolément, soit à l’état de tribu, et qui ne sont pas rattachés à des communes constituées, sont soumis ù l'autorité militaire.

ADMINISTRATION CENTRALE. Le pays CSt gOü-

verné aujourd'hui d’après les prescriptions du décret du 7 juillet 1864, modifiant ceux des 27 octobre 1858, — 24 novembre, 10 décembre 1860.

Le Gouvernement et la haute Administration de l’Algérie sont centralisés à Alger, sous l’autorité d’un Gouverneur général.

Le Gouverneur général rend compte, directement, à l’Empereur de la situation politique et administrative du pays ; il commande les forces de terre et de mer en Algérie; toutefois, le Ministre de la Guerre et le Ministre de là Marine conservent sur l’armée et sur la marine l’autorité qu’ils exercent sur les armées en campagne et les stations.

Un Sous-Gouverneur, général de division, chef d’état-major général, supplée le Gouverneur général en cas d’absence, et il exerce les attributions civiles qui lui sont déléguées par le Gouverneur général; — il est spécialement chargé, sous l’autorité du Gouverneur général, ae la direction politique et de la centralisation administrative des affaires arabes.

La Justice, l’Instruction publique et les Cultes rentrent dans les attributions des Départements ministériels auxquels - ilsressortissent en France. Toutefois, les écoles franeaises-arabes et les écoles indigènes restent dans les attributions exclusives du Gouverneur général.

Le Gouverneur général, sauf en ce qui concerne l’Instruction publique, les Cultes, la Magistrature française et les officiers ministériels, nomme directement à tous les'emplois qui étaient, antérieurement, à la désignation du Ministre de l’Algérie. — Four les nominations des fonctionnaires qui doivent être faites par l’Empereur, et qui n’appartiennent pas à l’Instruction publique, aux Cultes et à la Justice, le Gouverneur général adresse ses propositions au Ministre de la guerre, qui les soumet à l’Empereur.

Les actes de haute administration et de gouvernement qui doivent émaner de l’Empereur, et qui ne concernent ni la Justice, ni la Marine, ni l’Instruction et les Cultes, sont, sur les propositions du Gouverneur général, présentées à l’Empereur par le Ministre de la guerre, et les décrets sont contre-signés par lui. Le Gouverneur général statue sur toutes les autres affaires administratives qui n’ont point été placées dans les attributions d’une autre autorité.

Le Procureur général près la Cour impériale d’Alger fait, chaque mois, un rapport au Gouverneur général, et lui remet le double des rapports généraux adressés au Ministre de la Justice. Aucune poursuite contre un fonctionnaire français ou indigène ne peut avoir lieu sans que le Procureur général ait remis au Gouverneur général le double du rapport qu'il adresse

au Garde des sceaux, pour être transmis, s’il y a lieu, au Conseil d’Etat, conformément à l’article 75 de la -Constitution de l’an VIII.

Un Secrétaire général du Gouvernement est chargé, sous l’autorité du Gouverneur, de l’expédition générale des affaires civiles.

Un conseil de Gouvernement est placé auprès du Gouverneur général, et sous sa présidence; il est composé :

1° Du Gouverneur général;

2* Du Sous-Gouverneur ;

3° Du Secrétaire générai du Gouvernement ;

4° Du Commandant supérieur du Génie ;

5° De l’Inspecteur général des Travaux publics;

6° De l’Inspecteur général des Services financiers ;

7° De trois Conseillers-Rapporteurs ;

8° D’un Secrétaire.

Ce Conseil est appelé, en principe, à donner son avis sur les affaires qui intéressent le domaine de l’Etat, les concessions de mines et de forêts, les créations de centres de population, etc., — et, en outre, sur toutes les affaires renvoyées à son examen par le Gouverneur général.

Le Gouverneur général prépare le budget annuel de l’Algérie, l’assiette et la répartition des impôts. — Ce budget est soumis à l’examen d’un Conseil supérieur, qui est composé comme suit :

lu Du Gouverneur général, président;

2* Du Sous- Gouverneur ;

3* Des Membres du Conseil de Gouvernement ;

4° Des trois Généraux commandant les divisions militaires;

5" Du Secrétaire général du Gouvernement;

6° Du premier President de la Cour Impériale d’Alger ;

7* De l’ Archevêque ;

8" Des trois Préfets des Départements;

9° Du Recteur de l’Académie ;

10* De six Membres des Conseils généraux (deux choisis par le Conseil général de chaque Province).

Ce Conseil supérieur se réunit annuellement, aux époques déterminées par l’Empereur; — le projet de budget général, après délibération du Conseil, est transmis au Ministre de la guerre, qui est chargé d’en soutenir la discussion au Conseil d’Etat, et d’en suivre l’exécution comme budget-annexe de sou Département.

administration provirckalb. L’administration générale du territoire civil et du territoire militaire de chaque province est confiée au général commandant la division, qui prend le titre de Général commandant la Province.

En cas d’absence ou d’empêchement, il est remplacé par le plus ancien général de brigade de la province.

Le Général commandant la province est chargé, sous l’autorité du Gouverneur général, de la haute direction et du contrôle des services civils de la province ;

11 rend compte, périodiquement, au Gouverneur générât, de la situation du territoire soumis à son autorité;

Il reçoit les instructions du Gouverneur général pour toutes les mes'ures qui touchent à la colonisation et aux affaires arabes ;

Il propose l’avancement ou la révocation des fonctionnaires ou agents civils de la province, dont la nomination appartient à l’Empereur ou au Gouverneur général;

Il pourvoit aux emplois dont la nomination lui est déférée par délégations du Gouverneur général ;

Il statue sur toutes les affaires d’intérêt provincial dont la décision, réservée au pouvoir central, lui est déléguée, par le Gouverneur général;

Dans les circonstances urgentes et imprévues, il peut prendre, sous sa responsabilité, et sauf à en référer immédiatement au Gouverneur général, des mesures d’ordre et de sécurité publique.

Le Général commandant la province est spécialement chargé, sous l’autorité du Gouverneur général, de la police de la presse.

Il est institué dans chaque province un Conseil général, composé de vingt-cinq membres nommés par l’Empereur et choisis parmi les notables européens ou indigènes résidant dans la province ou y étant propriétaires.

L’élément indigène doit entrer pour un quart, au moins , dans la composition de chaque Conseil général : les israélites peuvent y avoir un membre.

Les généraux commandant les provinces exercent vis-à-vis des Conseils généraux les attributions dévolues aux préfets.

ADMINISTRATION DU TERRITOIRE CIVIL. Le territoire Civil de

-chaque province est administré par le Préfet, sous l’autorité du Général commandant la province. En cas d’absence ou d'empêchement, le Préfet est remplacé par le secrétaire général de la Préfecture.

Le Préfet a sous ses ordres les chefs des différents services civils et financiers dont faction s’étend sur les deux territoires. 11 surveille ces services, soit en vertu de son autorité directe dans le territoire civil, soit par délégation du Général commandant la province dans le territoire militaire.

il y a, auprès de chaque Préfet, un Conseil de préfecture ayant les mêmes attributions qu’en France, qui émet son avis sur toutes les affaires que lui soumet ce haut fonctionnaire. Ce Conseil est composé de quatre membres dans la province d’Alger, et de trois membres dans les autres départements, indépendamment du Préfet, qui le préside.

Le Préfet adresse, périodiquement, au Général commandant la province, des rapports d’ensemble sur la situation du territoire civil.

Il reçoit ses instructions pour toutes les affaires qui intéressent la ‘colonisation et lui rend compte de leur exécution.

11 transmet au Gouverneur général , par l’intermédiaire du Général commandant la province, qui les revêt de son avis, toutes les propositions concernant les affaires réservées à la décision du pouvoir central.

Les Sous-préfets relèvent directement du Préfet, qui peut leur déléguer ses attributions pour statuer sur les affaires d’intérêt local.

Les Commissaires civils relèvent directement, soit du Préfet, soit du sous-préfet chargé de l’administration de l’arrondissement auquel est rattaché leur district.

Les Sous-préfets et les Commissaires civils rendent compte de leurs actes à l’autorité dont ils relèvent , et (fui peut toujours annuler ces actes ou les réformer.

Le décret impérial du 8 août 1854 créa des Bureaux arabes départementaux et régla leur mode d’administration sur les indigènes dans les villes et au moyen de cheiks, commandant aux Arabes sous la tente, en territoire civil. Les Berranis (gens du dehors), eurent leurs amin (syndics).

ADMINISTRATION DD TERRITOIRE MILITAIRE. LC tCTritOÏ TC IDlli- ,

taire est administré directement par le Général commandant la province, qui exerce, en ce qui concerne les Français et les étrangers établis dans ce territoire, les attributions ‘dévolues au Préfet dans le territoire civil.

Le Général commandant la province peut déléguer ces dernières attributions au Préfet, qui signe, dans ce cas, au nom du Général, toute la correspondance que celui-ci ne s’est pas réservée.

Le Général commandant la province a sous ses ordres, pour l’administration du territoire militaire, les officiers généraux et les officiers supérieurs commandant les subdivisions militaires et les cercles, qui exercent leur autorité sur les populations indigènes, par l’intermédiaire des Bureaux arabes.

Les affaires arabes sont centralisées auprès du Général commandant la province, par un Directeur divisionnaire.

Des officiers sont investis du commandement. Ils ont sous leurs ordres les officiers chargés des affaires arabes et les fonctionnaires et agens indigènes de tous rangs : Kalifa, agha, caïd, cheik, etc.

Les Européens établis en territoires militaires sont soumis au régime administratif exceptionnel de ces territoires, où les fonctions judiciaires sont dévolues au commandant de place, qui remplit également celles d’oflicier de l’Etat-civil.

administration municipale. Les centres de population sont

érigés en communes par décrets impériaux, lorsqu’ils ont acquis un certain degré de développement. Le corps municipal de chaque commune se compose d’un maire, d’un ou de plusieurs adjoints, et d’un conseil.

En vertu du décret du 27 décembre 186G, sur l’organisation municipale de l’Algérie, les maires et adjoints sont nommés par l’Empereur, dans les chefs-lieux de département et d’arrondissement- Dans les autres communes ils sont nommés par le Préfet. ' r

Les conseillers municipaux sont nommés à l’élection, pour sept ans.

Les indigènes administrés par l’autorité civile sont rattachés aux communes; leurs cheiks sont, en quelque sorte, les adjoints du Maire.

Le service de l’Enregistrement et des Domaines, et celui des Contributions diverses, sont placés sous la direction immédiate et exclusive du Gouverneur général. La législation métropolitaine sur les droits d’enregistrement , de greffe et d’hypothèques , a été successivement appliquée à l’Algérie, avec les modifications réclamées par la situation du pays. Il n’est perçu que la moitié des droits, soit fixes, soit proportionnels, décime non compris (Ord. royale du 19 octobre 1841). Une législation spéciale régit les Domaines. L’impôt du timbre a été établi (Ord. des 10 janvier et 12 mars 1843), et s’exerce, quant aux journaux, d’après les prescriptions combinées de la loi du 16 juillet 1850 et du décret organique sur le régime de la presse^en France , du 17 février 1852. Les recettes afférentes à la caissedes dépôts et consignations ont été attribuées aux Receveurs des Domaines, par décret du 23 octobre 1856. Les attributions du service des Bâtiments civils ont été réglées par l’arrêté ministériel du 12 novembre 1850. Les architectes à ce titre et les ingénieurs chargés des services

des Ponts-et-Chaussëes et des Mines, les agents supérieurs chargés des travaux de la colonisation, sont sous les ordres directs des Préfets. Le service de la Télégraphie continue à ressortir du Gouverneur général. Les Inspecteurs des finances relèvent directement du Ministère des finances; pareillement le service de la Trésorerie et des Postes, et l'administration des Douanes. La loi du 11 janvier 1851, présentée et soutenue à l'Assemblée nationale par M. le Général comte Randon, alors Ministre de la Guerre, a ouvert au commerce algérien et à la production coloniale une ère nouvelle, dont les bienfaits se font sentir. En vertu de cette loi , le tarif et la législation des douanes métropolitaines deviennent généralement applicables. Les dispositions successives qui prescrivent des exceptions ou des modifications aux règlements qui régissent ce service, aussi bien que tous les autres, ne sauraient trouver place ici , et seront rencontrées avec fruit dans l'excellent ouvrage de M. de Mënerviîle , Président à la Cour impériale d’Alger, intitulé : Dictionnaire de la législation algérienne.

L’organisation générale de la milice algérienne est réglée par un décret du 7 décembre 1859.

culte. Saint Pierre de Nolasque, fondateur de l'Ordre de N.-D. de la Merci pour la rédemption des captifs, suivit les traces de saint Jean de Matha fondateur desTrinitaires, qui , dans le même but de charité, avait souvent envoyé ses Religieux en Barbarie,

cl , vers 1232, vint lui-même à Alger, où il fui retenu prisonnier quelque temps. Son disciple , le bienheureux Pierre Armengaud , resté en étage pour des esclaves rachetés à Bougie, y fut pendu et ne dut sa délivrance qu’à un événement miraculeux. Saint P.aymond Nonat, appartenant au même Ordre, et dans un pareil exercice de dévouement héroïque, à Alger, eut les lèvres fermées d’un cadenas pour qu’il ne pût pas prêcher le nom de Jésus-Christ durant sa captivité (1240). Saint Sérapion , son confrère , avait été crucifié, dans la même ville , quelques mois auparavant. Les successeurs de ces saints martyrs obtinrent de rester enfermés dans les bagnes pour la consolation des captifs. En 1646, saint Vincent de-Paul , qui avait élé esclave en Tunisie et v avait appris que les Chrétiens , capturés par les Barbavesques de F Algérie, n’étaient pas au-dessous du nombre de 20,000, obtint du roi Louis XIII une somme de 10,000 fr. pour établir, à Alger, quatre prêtres de la Congrégation des Lazaristes, dont il est le fondateur (1). Ces prêtres, pieux et dévoués , se perpétuèrent jusqu’à l’époque du blocus, en 1827. Le jour de la prise d’Alger, on célébra une messe d’action de grâces, à la Casbah, sur un autel composé de caisses de tambours. La chapelle des esclaves, au bagne de la caserne des Lions, rue Bab*Azoun, servit quelque temps pour l’exercice du culte, qui fut rétabli dans l’ancienne chapelle des Lazaristes, rue de l’Etat-Major. Le 24 décembre 1832,

(!) Voir Les Saints de l’Algérie, par V. Berard, i in-12, librairie Bastide.

la mosquée, rue du Divan, fut consacrée en église.

Par ordonnance royale en date du 25 août 1838, les possessions françaises dans le nord de l'Afrique formèrent un diocèse dont le siège épiscopal fut établi à

Alger. Ce diocèse, dont la circonscription embrassait

les trois provinces d’Alger, Constantine et Oran, fut érigé sous le titre de Julia Cæsarea, par N. S. P. le Pape, le 9 août de la même année. Mgr Dupuch fut nommé à cet évêché le 25 août 1838. Ce vénérable apôtre de la charité s’étant démis des fonctions épiscopales, Mgr Pavy, fut nommé Évêque d’Alger, par Ordonnance rovale du 25 février 1846. 11 est mort le 16

novembre 1866. Un décret du 12 janvier 1867 érige le siège d’Alger en archevêché et crée deux nouveaux évêchés, l’un à Constantine et l’autre à Oran.

Huit chanoines composent le Chapitre de la cathédrale; un séminaire diocésain, à Kouba, près Alger, prépare au sacerdoce 40 étudiants; une école secondaire ecclésiastique, à Saint-Eugène près de la même ville, donne l'instruction à 135 élèves.

La maîtrise de la cathédrale exerce 30 enfants de chœur. Il y a 193 desservants et 4 vicaires reconnus par l’Etat. A la fin de 1866, il y avait 327 prêtres, et 47 sujets avaient été promus aux Ordres sacrés dans l’année. Plusieurs communautés religieuses existent et sont toutes occupées à la vie active : Trappistes, Jésuites, Lazaristes, dont la plupart tiennent des Orphelinats, ou se consacrent à l’éducation de la jeunesse, aussi bien que les Religieuses Trinitaircs, les Sœurs

de Saint-Vincent, de la Doctrine Chrétienne, les Religieuses du Bon-Pasteur, du Sacré-Cœur. L’OEuvre de Saint-François Régis, qui a pour but la légitimation des mariages , fonctionne concurremment avec les conférences de Saint-Vincent-de-Paul, dont les affiliés portent dès secours aux indigents. Un Comité de la Propagation de la Foi recueille les offrandes hebdomadaires des fidèles de l’Algérie.

Le culte protestant, en Algérie, a été réorganisé par décret impérial en date du 14 septembre 1859. 11 y a à Oran et à Constantine des conseils presbytéraux sous l'autorité supérieure d’un consistoire siégeant à Alger.

Des pasteurs, des instituteurs et institutrices ont été établis.sur tous les points où l’utilité s’en est fait sentir.

Le culte israélite a été organisé civilement, en Algérie , par ordonnance royale du 6 novembre 1845 , et le décret impérial du 21 décembre 1859, a établi un consistoire central et des consistoires provinciaux , et a créé des salles d’asile et des écoles.

Par décret impérial du 4 août 1861 , les édifices et bâtiments domaniaux affectés à ce culte ont été concédés aux consistoires israélites à titre gratuit et en pleine propriété.

La convention entre M. de Bourmont et le Dey d’Alger, le 5 juillet 1830, stipulait: « L’exercice de la religion mahomélane restera libre. La liberté des habitants de toutes les classes, leur religion , ne recevront aucune atteinte. » Ces paroles ont été religieusement observées.

11 n’est peut-être pas inopportun de dire ici quelques mots sur la religion mahométane, dont plusieurs parlent sans savoir ce qu’elle est.

Les Mahométans adorent Dieu, invisible, immatériel, immense, tout-puissant, lis vénèrent Mahomet comme le prophète suprême, médiateur entre Dieu et les créatures. Ils croient à la résurrection, au jugement dernier; ils croient à la prédestination de tels ou tels sujets qui arriveront plus tôt au séjour du bonheur, où doivent enfin se réunir toutes les âmes; l’enfer n’étant point une prison éternelle, — n’étant , suivant leurs idées, qu’un purgatoire plus ou moins formidable.

Ne reconnaissant point la Divinité de N. S. Jésus-Christ, ils l’honorent seulement comme un homme animé d’uue émanation directe de l’esprit de Dieu, et lui donnent le second rang après Mahomet. Ils croient à l’immaculée conception, à la virginité de sa sainte mère Marie. Ils ont foi aux vertus divines de Jésus-Christ, en ses miracles, mais pensent que Dieu l’enlevant à lui au jour de sa passion, n’a laissé à sa place que Judas, qui fut crucifié sur le Calvaire. Ils respectent l’Evan-

Sile, qu ils n’ouvrent pas, disant que les Chrétiens l’ont falsié. La Bible , principalement les Livres de Moïse et le Psautier, sont pour eux des autorités de premier ordre. Les patriarches de l’Ane ien-Testament sont aussi l’objet de leur vénération. Ils racontent sur ces saints personnages des légendes curieuses.

Ils trouvent leur doctrine dans le Coran , qu’ils croient apporté du ciel à Mahomet par l’ange Gabriel. C est dans ce livre qu’ils ont leur code moral et politique et qu’ils puisent aussi les formes de leur liturgie, qui est très-simple. Ils prient cinq fois dans vingt-quatre heures, à des moments déterminés et à l’appel du moudzin, dont la voix se fait entendre du haut de la tour de chaque mosquée. Le vendredi, vers midi, ils sont tenus de se rendre au plus prochain de ces temples, où ils font en commun les prières et prostrations journalières, et, après un prône et une courte lecture, ils continuent à vaquer à leurs occupations. L’époque du Bamadan, jeûne de trente jours , le pèlerinage de la Mecque , la grande fête du Mouloud (naissance de Mahomet), qui dure sept jours, et celle de l’Aid-Kebir ou Doha, où l’on immole un mouton pour la rémission des péchés, amènent diverses veilles et cérémonies où l’esprit de piété semble pénétrer tous les cœurs.

instruction publique. L'instruction publique, en Algérie, est dirigée par un Recteur, dont le siège est à Alger. Il est secondé par deux inspecteurs d'académie et trois inspecteurs primaires, dont un au chef-

lieu de chaque province. On complaît, en 1866 — une école préparatoire de médecine et de pharmacie , un Lycée, quatre Collèges communaux, deux Institutions secondaires publiques, une institution secondaire privée, une École Normale primaire, 503 écoles primaires ou salles d’asile.

Des cours supérieurs pour l’enseignement de la langue arabe existent à Alger, Oran et Constantine, et, le 4 décembre 1849 , un décret accordait une prime annuelle aux employés des services civils qui pourront justifier, devant un jury d’examen , de leur connaissance de cette langue.

L’instruction musulmane, qui est sous la direction supérieure du Gouverneur général et du Général commandant chaque province emploie un Inspecteur d’instruction publique des établissements arabes-français ouverts aux indigènes. Par décret du 14 Juillet 1850, des écoles arabes - françaises furent créées à Alger, Constantine, Bônç, Oran, Blida, Moslaganem et Tlemcen. On les a depuis successivement répandues partout où le besoin s’est révélé. Le décret du 30 septembre de la même année institua, par province, une medersa, école supérieure, exclusivement musulmane, destinée à former des eulama (jurisconsultes) et dont les professeurs sont payés par le gouvernement. Enfin, il a été créé à Alger, aussi bien qu’à Constantine, un collège impérial arabe-français. Une décision ministérielle a institué, en faveur des musulmans, des salles d’asile pour les enfants, des ouvroirs pour les jeunes filles.

La bienveillance de l'administration , à l'égard des enfants de familles pauvres qui ont bien mérité dans les écoles musulmanes, va jusqu’à entretenir durant trois ans, au moyen de bourses dites d* apprentissage, les sujets qui apprennent un métier utile chez un industriel ou un artisan.

En territoire militaire il y a de nombreuses écoles arabes- françaises. Dans les tribus l’instruction est donné par les tolbas. Les trois régiments de spahis ont des écoles régimentaires arabes-françaises dans chacune de leurs smala.

Il sera parlé d’une manière plus détaillée de ces différents établissements et de plusieurs autres que nous avons passés sous silence, lorsque nous décrirons les villes où ils existent.

justice. Le service de la justice est placé comme en France sous la direction du Ministre de la Justice. U est exercé par : 1° une Cour Impériale, dont la juridiction embrasse toute l’Algérie; 2° neuf Tribunaux de lre instance; 3° trente-quatre Justices de paix, dont quelques-unes à compétence étendue (1); 4° des Commissaires civils faisant fonctions de Juges de paix en certaines localités; et, 5° en territoire militaire, les commandants de place, remplissant les môme fonctions.

(1) Les Juges de paix à compétence étendue, établis dans les localités les plus éloignées des Tribunaux de première instance, et qui connaissent de toutes actions personnelles et mo^ bilières en matière civile et commerciale, prononcent en dernier ressort jusqu’à la concurrence de 500 fr. et, en premier ressort, jusqu’à la concurrence de 1,000 fr.

Aux termes de l’ordonnance du 26 septembre 1842, les crimes et délits commis en territoire civil par les européens et les indigènes, sont justiciables des tribunaux criminels ordinaires; un décret du 15 mars 1860, a, depuis, enlevé aux Conseils de guerre et également déféré aux Cours d’assises et Tribunaux correctionnels, la connaissance des crimes et délits commis en territoire militaire, lorsqu’ils l’ont été par des européens ou des israélites.

Les Cours d’assises jugent sans 1 assistance du jury. Leur tenue a lieu, tous les quatre mois, dans chacun des chefs-lieux d’arrondissement où est établi un Tribunal de première instance, cest-à-dire à Alger, Blida, Oran, Mostaganem, Tlemcen, Constantine, Bône, Phi-

lippeville et Sétif.

Le décret du 15 février 1857 avait soumis à un examen préalable les candidats aux emplois de muphtis , cadis , et autres agents judiciaires musulmans.

Le décret du 31 décembre 1859, qui régularisa la Justice civile musulmane, consacra la surveillance de la Justice indigène par notre magistrature.

Le décret du 13 décembre 1866 qui réorganise les tribunaux civils musulmans, dispose, que la loi musulmane régit toutes les conventions et toutes les contestations civiles et commerciales entre musulmans, ainsi que les questions d’État. Toutefois, la déclaration faite dans un acte par les musulmans, qu ils entendent contracter sous l’empire de la loi française, entraîne l’application de cette loi et en même temps la com-

pétence de la justice française, sous certaines modifications. Les musulmans peuvent également, d’un commun accord, porter leurs contestations devant la justice française ; il est alors statué d’après les principes du droit musulman et suivant des formes déterminées par ce décret. Pour le jugement des appels entre musulmans, il y a une chambre spéciale composée de magistrats français et d’assesseurs musulmans.

esprit des habitants. Par suite des sentiments de bienveillance naturels aux nations chrétiennes , l’esprit des Européens est favorablement porté à l’égard des Indigènes. On comprend qu’ils aient voulu défendre leur culte .et leur pays contre des étrangers que des ambitieux leur désignaient comme hostiles à leurs croyances et à leurs usages. Aussi , après la victoire, après la soumission, les rapports se soudent immédiatement, sous les auspices delà loyauté française. On travaille ici beaucoup plus qu’ailleurs, par une surexcitation naturelle qui vient du climat, et encore par le désir impatient de voir établi ce que l’on crée. Un goût très-prononcé pour le plaisir se développe en compensation des labeurs. La mise des hommes est généralement soignée; celle des femmes devient coûteuse. El les recherchent avec empressement les occasions de se montrer, et la religion , tenue avec pompe et grandeur, leur fournit, comme partout, un moyen d’effet qu’elles ne négligent point. Peu de Français salivent sérieusement le culte. L’époque où l’on souffre une moralité douteuse dans une colonie est passée ; cet

état de choses est dû à de dignes exemples offerts en haut lieu. La volonté d’augmenter le bien-être absorbe presqu’entièrement cette foule, qui est venue chercher une place plus belle au soleil, et laisse pourtant subsister en elle une très-chaude sympathie pour les malheurs personnels, causés par les événements de la vie. Un habitant de l’Algérie rencontre avec bonheur en France ou ailleurs , un homme qu’il n’a fait qu’entrevoir dans sa patrie d’adoption. Une gratitude justement acquise est vouée aux hommes de guerre, aux génies organisateurs, à quiconque fait quelque chose pour le bien de la colonie ; on s’intéresse à eux, on ne les oublie jamais ; l'inverse est en même proportion.

La nouvelle du prochain voyage du Chef de l’Etat sur nos plages africaines, lit tressaillir lesol d’une joie universelle, et la présence auguste de l’Empereur et de l'Impératrice en 1860, la seconde visite impériale en 1865, durant laquelle de nombreuses excursions ont pu être effectuées par Sa Majesté dans tous le pays, ont fait naître les plus riantes espérances.

propriété. Sous la date du 22 avril 1863 fut rendu un sénatus-consulte dont la partie générale peut être ainsi analysée, — la reconnaissance et déclaration de propriété en faveur des tribus, relativement aux territoires qu’elles occupent; — la division immédiate entre les douars (fractions de tribus) des terres de la tribu, avec faculté pour ces douars de vendre d’après des conditions déterminées par un règlement d’administration publique; — Enfin, le plus tôt et partout où

faire se pourra, la répartition du territoire des douars en propriétés individuelles. — - Un décret impérial, en date du 10 décembre 1864, relatif à la vente à prix fixe et à bureau ouvert des terres domaniales propres à ta colonisation en Algérie, à réglementé sur de nouvelles bases leur aliénation, dont le décret du 25 juillet 1860 autorisait la concession. Le prix de chaque lot à vendre est fixé par le Gouverneur général, le Conseil du Gouvernement entendu. Ce prix est payable par cinquièmes : le premier cinquième au moment de la vente , et les autres d’année en année. L'intérêt légal , on Algérie, est dû pour la partie du prix non payée comptant.

Ce système est avantageux, surtout pour les personnes ,qui, ayant quelques avances, veulent sérieusemeut s’établir en Algérie, parce qu’il leur évite les lenteurs inhérentes à la délivrance d'une concession et leur permet d’user de suite de leur propriété de la manière qu’ils l'entendent, sans être astreints à aucune des conditions que l’administration avait dû imposer aux concessionnaires à titre gratuit.

traducteurs assermentés . Les transactions ont lieu souvent entre parties qui parlent des langues différentes, et ont besoin, par conséquent, d’un truchement pour s’entendre. L’arrêté du 2 février 1835 avait pourvu à cette nécessité par l’institution de traducteurs assermentés. L’ordonnance royale du 19 mai 1846, l’arrêté ministériel du 29 du même mois , et enfin le décret présidentiel du 20 novembre 1852 — ont fixé

les honoraires qui leur sont alloués pour leurs vacations et rédactions.

denrées. Les denrées sont généralement bonnes en Algérie. Des Commissions sanitaires, créées dans tous les centres de populations, pourvoient à ce que des matières d une qualité nuisible ne soient pas mises en circulation ; ce qui ne peut pas s’entendre de la falsification de certains liquides que le luxe consomme.

bygxêns. Il faut prendre garde à ne point s’exposer au soleil sans précautions, à l’époque des plus grandes chaleurs. Les ophthalmies sont amenées par l’imprudence de promener et de dormir en plein air aux heures où tombe le serein. L'excitation perpétuelle de tout le corps, que l’activité intempestive des Européens porte à l’extrême, les prédispose à des congestions cérébrales et appauvrit leur organisme : de là viennent des gastrites, des diarrhées. La dyssenterie est souvent la suite de l’abus des fruits ou des liqueurs alcooliques. La tempérance et un soin raisonnable de la santé, pareront à tous ces malheurs.

Il semble donc utile de se maintenir, en Algérie, dans un régime de modération; ne point prendre l’habitude des breuvages spiritueux et choisir une habitation saine, facile à bien aérer et à maintenir dans un état constant de propreté.

Si, malgré toutes ces précautions, la mort, à laquelle personne n’échappe , venait à frapper quelqu’un de nos lecteurs durant son voyage en Algérie, il pourra dormir tranquille : l’institution , dans le ressort de chacun

des Tribunaux de première instance d’Algérie, de curateurs aux successions vacantes, a pourvu à ce que les biens des défunts soient convenablement administrés et rendus aux héritiers; et le décret du 26 mai 1851 a rendu applicable à l’Algérie la législation métropolitaine concernant les cimetières où nous attend le repos.

Aucune maladie contagieuse ou endémique n'a son siège en Algérie. Les Arabes, les Maures, les Juifs, les Nègres, sont exempts de maux qui leur soient héréditaires, et jouissent également d’une bonne santé, aussi bien que les Européens.

livrées d’ouvriers. Le décret du 7 mai 1856, rend exécutoire en Algérie la loi du 22 juin 1854, sur les livrets dont les ouvriers des deux sexes sont tenus de se pourvoir auprès des Maires.

barque de x.’ Algérie. L’assemblée nationale a adopté d’urgence la loi du 4 août 1851 qui a fondé, à Alger, une banque d’escompte, de circulation et de dépôt, sous la désignation de Banque de V Algérie, au capital de 3 millions de francs, représentés par des actions de 500 francs. Un décret du 30 mars 1861 a permis que le capital fût porté à 10 millions. La Banque est autorisée, à l’exclusion de tous autres établissements, à émettre des billets au porteur de 1,000, 500, 200, 100 et 50 francs, remboursables à vue au siège de la Banque ou de ses succursales, Oran et Constantine. Par récente décision ministérielle, les fonds des trésoriers-payeurs des trois provinces sont

déposés à la Banque de l’Algérie, qui en a le libre emploi, et en conséquence, MM. les trésoriers-payeurs prennent le titre de Commissaires du Gouvernement au sein du Conseil d’administration.

Les opérations de la Banque consistent :

A escompter les lettres de change et antres effets à ordre ainsi que les traites du trésor public, ou sur le trésor nubile et les caisses publiques; l t

A escompter des obligations négociables ou non négociables garanties par des récépissés de marchandises déposées dans des magasins publics, par des transferts de rentes ou des dé pôts de lingots, de monnaies ou de matières d’or et d’anrent A pjfter Bnr eftos publics, en se conformant à la loi du 17 mai 1834 et a 1 ordonnance du 15 juin suivant- 1 '

A recevoir en compte courant, sans intérêts. 'les sommes nui lui sont déposées; a se charger, pour le compte des narficiiliers ou pour celui des établissements publics, de l'encaissement des effets qui lui sont remis, et à payer tous mandats et assignations, jusqu a concurrence des sommes encaissées*

A recevoir, moyennant un droit de garde, le dépôt volontaire de tous titres, lingots, monnaies et matières d’or et d’argent • A émettre des billets payables au porteur et à vue des billeK à ordre et des traites ou mandats.

La Banque reçoit à l’escompte les effets à ordre timbrés payables eu Algérie ou en France, portant la signature de deux personnes au moins, notairernent solvables et dont l’une an moins est domiciliée a Alger ou au siège d’une des succursale* L'échéance de ces effets ne doit pas dépasser cent iours (ïê de date ou soixante jours de vue. '

Le taux des escomptes est fixé à 6 p. o/0 par an Four les encaissements opérés à l’extérieur, la Banque est autorisée à percevoir un droit de commission qui sera fixé par le Conseil d’administration. 4 uxe

crédit foncier. Le privilège accordé au crédit foncier de France, est étendu au territoire de l'Algérie.

Les prêts faits par le crédit foncier aux propriétaires d’immeubles situés en Algérie, ne peuvent dépasser cinq pour cent de la totalité des prêts à eux effectués sur le territoire continental de France. Ces prêts sont réalisés en numéraire* ils sont remboursés par annuités comprenant : 1» i’intèrét (8 p. 0}0); 2- la somme nécessaire pour amortir la dette dans

le délai de 30 ans au plus: 3° les frais d’administration (I f. 20 c J. * Pour les emprunts d’une durée moindre de 30 ans, l'annuité est établie sur les mômes bases que ci-dessus.

caisses d’épargnes. Des décrets successifs ont approuvé la fondation de Caisses d’épargnes ù Alger (1852), à Bône et à Philippeville (1844), à Oran et Gonstantine (1855).

Sont déclarés applicables à l’Algérie les lois, ordonnances et décrets qui régissent, dans la métropole, les caisses d'épargne et de prévoyance. Ces caisses reçoivent en dépôt les sommes qui leur sont confiées par les personnes qui désirent y verser leurs épargnes.

Les 'dépôts sont reçus depuis l franc et produisent intérêt (5 p. °/o)de cette somme à partir du jour de la semaine suivante correspondant au jour du dépôt. On ne peut déposer plus de 300 francs à la fois, et on ne reçoit plus (l’argent du môme déposant lorsque les dépôts successifs ont atteint, en y comprenant les intérêts, le capital de mille francs.

télégraphie électrique. Depuis le 31 octobre 1857, la communication immédiate de l’Algérie avec Paris, au moyen du câble électrique sous-marin, est établie. Le fil partant du cap de Garde, près de Bône, atteint Marsala en Sicile, joint le cap Spartivento, à l’extrémité S. de la Sardaigne, passe par Cagliari ; de ce point un fil va sur Malte et Corfou, la Corse, la Spezzia en Piémont, Turin, Chambéry et Marseille.

En Algérie le développement total du réseau des fils électriques a plus de 3,000 kilomètres qui se prolonge en Tunisie, sur une étendue de 500 kilomètres exploitée par les soins de l’administration télégraphique algérienne.

Tarlfi officiel» pour une dépêche simple de 90 mots

(adresse et signature comprises.)

Entre deux bureaux de la môme province d’Algérie. . . t 00

Entre deux bureaux de provinces différentes d’Algérie. 1 50

Entre un bureau d’Algérie et un bureau de Tunisie.... 2 00

Entre un bureau d’Algérie et un bureau de France.. ! . 8 00

Même taxe pour la correspondance échangée avec la Corse

Toutes les taxes ci-dessus sont augmentées de moitié pour chaque dizaine, ou fraction de dizaine de mots en sus devinât.

Les bureaux d’Alger, Constantine, Oran, sont ouverts de jour et de nuit, les autres sont à service limité, c'est-à-dire ouverts de 9 heures du matin à 7 heures du soir.

chemins de fer. Le décret du 8 avril 1857 ayant créé en Algérie un réseau de chemins de fer embrassant les trois provinces, la ligne d’Alger à Blida est livrée à l’exploitation. Les travaux d’exécution pour l’ouverture de sections nouvelles se poursuivent avec grande activité par la compagnie de la Méditerranée.

postes. Le service des postes dépend du Gouvernement général, quant aux questions d’organisation, et du Ministère des Finances, quant au personnel et à l’application des règlements et instructions qui régissent le service en France.

N AVISAT ION COMMERCIALE. Les «UTivageS ,

en 1864, ont été de 3561 navires, jaugeant 465,845 tonneaux, avec 45,808 hommes d’équipage. Dans ce nombre, les navires venant des ports français de la Méditerranée entrent pour 1295, jaugeant 294,656 tonneaux et portant 24,679 hommes, — les navires venant des ports français de l’Océan pour 26, jaugeant 3,694 tonneaux, portant 204 hommes; — les navires venant des pays étrangers pour 2,240, jaugeant 167,495 tonneaux, portant 20,925 hommes d’équipage.

Il est sorti des ports de l’Algérie durant la même

période, à destination de France, — Méditerranée — 1,125 navires, jaugeant 272,367 tonneaux, montés par 23,583 matelots; Océan, 183 navires, jaugeant 29,280 tonneaux avec 1,453 hommes; à destination de l’Étranger, 2,193 navires de 160,702 tonneaux, ayant 20,363 hommes d’équipage.

Les pays étrangers avec lesquels la Colonie a entretenu le plus de relations maritimes sont l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne.

Le commerce de cabotage entre les ports de l’Algérie a participé au mouvement ascensionnel delà navigation coloniale. On a constaté l’entrée dans ces ports, en 1864, de 508,738 quintaux métriques, et un égal poids d’exportation (fait singulièrement remarquable qui, d’ailleurs, est en augmentation de 1,516 quintaux sur l’année précédente). Les céréales, les huiles, les boissons et en général toutes les denrées alimentaires, forment les principaux éléments de cette navigation. •

mouvement commercial. Les importations s’élèvent en 1864 (valeurs officielles) à 136,458,793 fr. La France a envoyé pour 121,410,361 fr. et l’Étranger pour 15,048,432 fr. Les exportations de l’Algérie ont été, sur la France de 80,262,225 fr. et sur l’Étranger, de 17,805,129 fr. Les recettes de toutes natures réalisées par le service des Douanes ont été en 1865 de 5,950,832 fr. — dont 2,424,414 fr. pour le Trésor et 3,526,398 fr. au titre de l’octroi de mer, perçu au profit des communes. Les marchandises soumises au tarif général des Douanes payent en moyenne, à l'en-

trée, 4^39® p. °/o — et les denrées alimentaires ei autres, imposées au titre de l'octroi de mer, acquittent un droit de 13 f 43e p. °/o.

Voici maintenant la nomenclature des principales marchandises qui forment la matière du mouvement commercial de l’Algérie :

1° Importations. — Tissus de coton, de laine, de soie, de lin et de chanvre; peaux préparées et ouvrages en peaux; ouvrages en métaux ; merceries ; matériaux de construction, fonte, fer et acier ; bois à construire bruts ou équarris; bois sciés ; houille ; viandes salées ; saindoux; fromages; poissons; farines; pommes de terre ; légumes secs et leurs farines ; riz ; fruits frais, secs ou tapés; fruits oléagineux; sucre brut, sucres raffinés ; cafés ; tabacs ; huile d’olive, de graines grasses ; savons ordinaires ; acide stéarique ouvré ; vins de toute sorte ; eaux-do-vie et alcools ; poterie de terre grossière , faïence, porcelaine et grès commun ; librairie, papier carton ; meubles.

2° Exportations. — Chevaux, bestiaux; bêtes à laine; autruches ; sangsues ; peaux brutes; laines en masse ; soie ; cire brute ; graisses de toute sorte ; poissons de toute sorte ; corail brut ; sabots et cornes de bétail; blé, orge, maïs, avoine, farines; pain et biscuit de mer; légumes secs; fruits frais, secs ou tapés; tabac en feuille ; tabac fabriqué ; huiles d’olive; fourrages; drilles; minerai de cuivre, de plomb auro- ~ argentifère, d’antimoine; marbres; coton; vannerie; crin végétal et feuilles de palmier-nain.

industrie. Les principales industries des populations indigènes consistent : 1° dans la fabrication des vêtements à l’usage des hommes et des femmes de la contrée : kaïcks en laine, et aussi en soie et laine; mouchoirs (foutah) de laine; gilets (fremlah) de velours brodé; gandoura en laine; pantouflles en maroquin jaune; babouches en velours chargées de broderies; anneaux de jambe, bracelets en argent repoussé; passementeries en soie et or; burnous blanc, gris, rayés, noirs de Mascara; chapeaux en plumes d’autruche; 2° tout ce qui constitue l’équipement des cavaliers : ceinturons, gibernes, porte-pistolets en maroquin et velours brodés d’or ; sabres , avec fourreaux en maroquin ou en argent; platines, bois de fusils incrustés d'argent, de corail, de nacre et d’ivoire, éperons chevaleresques; 3° le harnachement des chevaux : selles arabes , en bois , recouvertes de cuir ou velours , richement brodées d’or ou d’argent, couvertures de cheval ; 4° l’aménagement des tentes et des maisons : nattes en laine et en alpha, tapis en haute laine , en drap brodé; étoffes et coussins pour tentes; tentes (kouba) en toile ; drap et passementerie de soie ; peaux de chèvres teintes; lanternes peintes en fer blanc, de forme orientale; étagères en bois peintes de couleurs tranchantes et de fleurs impossibles; œufs d’autruches ornés d’arabesques, entourés de passementeries d’or et de soie; éventails de plumes d’autruche, brodés et brillantés de canetille et de clinquant; porte-monnaie, porte-cigares de même genre; têtes de pipes dorées et tubes en

bois de jasmin ; vannerie, paniers, corbeilles, plats et cuillères de bois.

Par décret du 15 octobre 1866, l’Empereur a autorisé la Société anonyme formée à Paris sous la dénomination de Société générale Algérienne , ayant pour objet l’exécution de grands travaux publics et d’opérations agricoles, industrielles et commerciales en Algérie. Malgré l’opposition qui a été faite dans une partie de la presse parisienne, le public a souscrit 200,000 obligations et 54,000 actions.

L’Algérie exposant des produits si variés, et aussi, les productions si riches de son sol, doit tixer l'attention générale et acquérir toutes les sympathies. Cette colonie née d’hier au milieu de mille vicissitudes, étale déjà les éléments qui font la prospérité d’un grand pays. A la faveur d’un si beau spectacle la France sortira entièrement de ses doutes et de ses incertitudes à l’égard de sa nouvelle possession africaine, et son appui lui sera généreusement payé un jour par celte terre qui fut, au temps antique, une des plus belles portions de l'Empire Romain.

FIN Ï)K L tNTRODUCTION.

Zurich

Monlenoi/te

Veuille

PioÇhnpvuKé

VtUissel

ebaïn Ain

(Ujmn

\ ) Z nina

litli Hastule à A li/er.

'riltnm

-/fa bol Dj

tfordj Botiira

Uuisour

crut

K Cor MJ. tireur.

Page 1