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I. cercle de batna qui comprend neuf kaïdats

IL cercle de biskra. Biskra, chef-lieu du Cercle de ce nom, est située par 34°51’ de latitude N., et par 3°20’ de longitude E., à 12C kilom. S. de Batna. Une fois par semaine, une voiture ü quatre chevaux apporte les voyageurs qui viennent de ce point, et suivent la route impériale de Stora à Tougourt, qui traverse Biskra. C’est une oasis de trois lieues de tour, sur les pentes inférieures des monts Aourès et à l’entrée du grand désert, comprenant, au pied d’un fort construit à son ex-

trémité N., une agglomération de maisons en terre et sept villages couronnés de palmiers. AuN.-O. est un rideau de collines qui la sépare de la plaine d’Outhaïa. Les principaux sommetsde ces montagnes, qui s'élèvent à peine à 200 mètres au-dessus de la ville, se nomment Hou Mengouch et Bou R’ezal.

Aucune inscription antique n’a été trouvée dans l’oasis, mais des fragments de colonnes annoncent assez une ancienne occupation romaine sur ce point important. Son nom antique était Vescer. Il y avait un évêché. La position de Biskra lui a valu la prépondérance dont elle jouit sur les autres villes des Zibans, et l’avait fait choisir pour résidence de la garnison destinée à commander au nom des Beys dans les régions éloignées. A l’arrivée des Français à Biskra, ou mieux Rasel-Ma , en 1844, les soldats de l’Émir, qui tenaient garnison dans la Kasba, ont pris la fuite, et les habitants se sont empressés de venir au-devant de nous et d’acquitter la contribution.

En 1846, l’ancienne citadelle a été abandonnée, et du monticule où gisent ses ruines, on tire du salpêtre dans un établissement nouveau, où il est traité pour alimenter la fabrique de poudre de Constantine. L’ancien village a été aussi délaissé : on l’a reporté en dehors des palmiers, prés de la rivière que l’on nomme l’oued Zeymour. A sa sortie des montagnes, elle se nomme Oued Branis ; elle est peu considérable, mais elle a de l’eau en tout temps. Elle descend de l’Aourès, et devient un véritable torrent dans la saison des pluies et

à l'époque de la fonte des neiges. Alors, après un cours sinueux de 50 kilom. dans le désert, elle va se perdre dans l'oued Djedi. En temps ordinaire, l'eau de la rivière est épuisée à Biskra. Son volume est employé en entier pour les besoins de la culture des palmiers et des céréales. Sur la rive droite, les irrigations de Biskra comprennent 103,915 palmiers, — dont quelquesuns rapportent 20 fr. — et 4,000 oliviers greffés ; celles de Chetma embrassent 10,588 palmiers; sur la rive gauche, à Filièch, 15,802 palmiers sont arrosés aussi par des rigoles. La répartition de Peau se fait avec un soin admirable ; un homme qui tient une horloge de sable, préside à cette distribution, qui a lieu au moyen de canaux naturels et on ne peut mieux ménagés.

Biskra a échappé à une ruine presque totale le 18 avril 1862. Un orage, d’une violence jusqu’alors inconnue dans ce pays, avec grêle et averses torrentielles, s'est abattu dans le cercle de Birkra. La rivière de Biskra, ordinairement peu abondante, descendait des montagnes de l’Aourès avec un fracas semblable à celui du tonnerre. Ses rives, séparées par un espace qui v^rie entre 500 et 800 mètre?, devinrent bientôt impuissantes pour contenir la masse d'eau qui se précipitait des montagnes. Déjà, l’eau amenée par le canal d’irrigation, débordait sur les places de la ville, et on éleva une digue qui préserva d'une destruction complète, car les maisons, construites pour la plupart en terre séchée au soleil, n’auraient pu opposer aucune résistance. A Saada, les flots ont surpris les tribus campées et qui

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n'avaient pas vu d’eau depuis 8 ans. Ce fut là un phénomène dans ces régions.

L’Empereur est venu visiter Biskra le 31'mai 1805.

Le fort Saint-Germain, contenant tous les établissements militaires et les citernes, est élevé au N. de Biskra..On y trouve un Hôpital pour 70 lits, convenablement organisé, de beaux magasins pour les Subsistances, une Caserne de 911 hommes, un Cercle pour les officiers, qui possède une bibliothèque assez bien fournie. La population de la ville et de 179 Français, 27 Étrangers, qui ont une église, 56 Juifs, 1,485 Arabes. Les chefs indigènes se sont associés pour se créer un bain maure. Les maisons entourent la place Napoléon, la place Petit, la place du Dar Diaf ; tel est le nom d’une espèce

d’hôtellerie où les Arabes sont hébergés par l’autorité.

Au milieu de la place du Marché est un vaste bâtiment ad hoc . Le marché s’y tient tous les jours en hiver; en été, il cesse tout-à-fait. Le commerce s’exerce sur les dattes, le henné, le poivre rouge, les orges, les blés, abondamment recueillis dans la localité où arrivent du Sah&ra quelques produits, entre autres des tissus de laine du Souf et de Tougourt. On fabrique aussi à Biskra des burnous, des haïks, des vases de poteries, des briques, de la chaux. C’est de là que nous viennent les peaux de lions, tigres et panthères. La population civile est composée exclusivement de marchands de liquides et d'épiceries, pour qui la garnison est presque la seule source de commerce. On peut prendre pension à l'hôtel du Sahara. Le café du Sahara, et le café Saint-Germain,

avec une multitude de débits, désaltèrent les citoyens haletants. Les Mozabites, ou marchands indigènes, occupent les abords de la place du Marché. Mais ce qui donne beaucoup de vie à Biskra, c’est la présence, dans cette localité, d’une trentaine de kah'bat (filles de joie), de la tribu des Ouled Naïls, qui se sont affecté un quartier de la ville, et y attirent chaque soir une multitude d’Arabes. Leur occupation habituelle est de danser dans des cafés au son d’une musique abominable. C'est une des principales curiosité du pays.

Biskra renfermait 22 mosquées. Il ne resté pliis que

le minaret de la Djema el-Kebir, qui est d’une construc-

tion beaucoup plus soignée que celles des autres édifices de l’endroit.

Un café arabe a ôté transformé en chapelle chrétienne. Il y a une Justice de paix, une Station télégraphique, une Société de secours mutuels.

La température ordinaire, du 15 juin au 15 octobre, est de 40 degrés le soir, et 30 à 35, la nuit. Les militaires composant la garnison, exposés aux ophtalmies, à

la maladie connue sous le nom de bouton d’Alep,* et à l’incommodité des scorpions innombrables qui pénètrent partout, allègent peu à peu leur uniforme aux heures où le service ne les réunit pas, et se montrent parfois dans le costume primitif du père Adam.

U fait tellement chaud à Biskra, que les chiens n'osent sortir en plein midi, de peur de se brûler les pattes, et que les bougies fondent à l’ombre; Teau des ruisseaux est si chaude, que bien des personnes ne

peuvent s'y baigner. On peut se promener dans l'oasis, à l’ombre des palmiers en dehors de son périmètre, et aller loin sans rencontrer d’obstacles.

Biskra, et les différentes oasis qui apparaissent du haut du col de Sfa, point culminant de . la dernière montagne que Ton traverse pour y arriver, ressemblent à des taches d'encre sur un fond gris. C’est la monotonie du désert au S., — au N. l’aspect de montagnes arides et sans ombre de végétation.

Les sept villages réunis aux pieds du fort Saint- Germain, sont: Bab el-Kouka, El-Msîd, Babei-üarb, Bab el-Ghalek, Gaddécha, Filièch, Clietma; ils ont chacun une sorte d’enceinte fermée par une porte. Au milieu de chacune de ces bourgades est une place que traverse une grande rue.

La Pépinière du Gouvernement (Jardin d'essais et d’acclimatation), créée en 1851, dans l’oasis de Béni Mora, admet un certain nombre d’élèves jardiniers indigènes, entretenus aux frais des villages, et qui reçoivent des leçons de lecture et de langue française. .

•* Autour de Biskra les Arabes créent des prairies artificielles pour nourrir leurs troupeaux pendant l’hiver et le printemps. Pendant l’automne et l’été, il les nourrissent avec la paille provenant de l’orge et du blé.

Zaatcha, Farfar et Lichana, qui sont de riches oasis, se trouvent à 30 kilom. de Biskra.

En dehors des oasis le pays est sec et aride; ici sablonneux, là couvert de cailloux. Ï1 n’y a ni sources ni fontaines potables. Au pied des collines, à PO. de Bis-

kra, se trouve une source thermale et salée exhalant une forte odeur de soufre. Elle se nomme Aïn Enchichi,

et passe pour guérir des maladies syphilitiques les per-

sonnes qui en boivent. Une autre source, nommée

Hammam Djereb, semble convenir aux galeux.

Au midi des Zibans, à Oum et-Thiour , sur le Coudiat-Dohor, en avant duquel s’étend le petit désert de Morr’an, — près des puits de l’oued Itel, devenus insuffisants, — nos soldats, . véritables bienfaiteurs de ces régions lointaines, ont créé la Fontaine du Commandant , donnant 180 litres de 24* par une profondeur de 107 mètres, où ne pouvaient pénétrer les experts sondeurs du pays , et ils ont vu la prospérité renaître où le silence et la désolation commençaient à s’établir. La fraction nomade des Selmia, vagabonde depuis des siècles, s’est enfin fixée au sol. On est pénétré d’admiration et d’attendrissement, en présence d’œuvres aussi puissantes pour le bonheur des hommes.

A Ghegga, située à 24 kilom. N. de l’oued Itel, à 56 kilom. de l’oued Rir’, la Fontaine de la Fertilité a donné le 26 juin 1857, 90 litres d’eau à la minute, de 22° de chaleur, jaillissant d’une profondeur de 40 mètres.

Le cercle de Biskra embrasse quatorze kaïdats.

A 26 kilom. au S.-E. de Biskra, est la ville sainte de Sidi Okba. C’est là que fut inhumé, avec son cheval, l’un des premiers propagateurs de l’Islamisme, et des conquérants de l’Afrique, Sidi Okba, fils de Nafé, tué l’an 682 de notre ère, dans une bataille que lui livrèrent les Berbères, commandés par Koceïla, à Tehouda, ville du Zab, qui est située au pied de l’Aourès, et à 4 lieues E. de Biskra. Son tombeau, objet delà pieuse vénération des Arabes, recouvert d’un drap de soie, verte, où des inscriptions sont brodées en soie blanche, repose dans un sanctuaire inviolable.

La population de cette ville est sujette à une foule d’infirmités; la lèpre y sévit d’une manière continue; presque tous les habitants sont, en outre, atteints d’ophtalmies, et un cinquième environ est frappé de cécité. Cette ville a été soumise a la France en 1844.

El-Kantara, située à environ 4 myriam. au N. de Biskra, dans le Kaïdat des Saliari, est une ville qui doit son nom à un pont antique sur l’oued Brenis, venant du N., et coulant à travers une coupure étroite, qui divise les montagnes séparant le Tftl du Sahara. On voit aussi, le long de la rive gauche de cette rivière, une chaussée où on signale encore la trace

laissée par les roues des chars romains. El-Kantara renferme sept mosquées, 15,000 dattiers, entremêlés d’abricotiers, de pêchers, de cactus, de figuiers et de vignes. Les habitants, au nombre de 1,620, dans 180 maisons, cultivent du blé et de l'orge dans les espaces existant entre les palmiers. Sur les terrasses des maisons sont placées des ruches d’abeilles, qui composent un miel d’excellente qualité. A partir d’El-Kantara, le pays est fort accidenté. On y rencontre aes ravins très-profonds et beaucoup de rochers; on trouve des montagnes entières de sel et des débris de coquillages, d’hultres surtout. En s’avançant de Biskra au S., le pays devient plat et sablonneux, sous des chaleurs dévorantes, qui vont jusqu’à 54°. Plus on avance, plus on voit des sables, qui sont élevés à 75 mètres au-dessus au niveau de la mer, et moins on trouve d’eau, jusqu’à ce qu’elle manque tout-à-fait.

A la fin de 1854, le glorieux combat de Meggarin amena la soumission de ces contrées lointaines, en nous ouvrant Tougourt, dans l’oued Rlr’.

L’Oued Rir\ dénomination sous laquelle on désigne un ensemble de nombreuses oasis, est très-riche en palmiers. Un vaste marais reçoit l'excédant des eaux qui les arrosent. La ville actuelle de Tougourt, se trouve à 2 kilom. de l’ancienne (Tougourt el-Kedima), qui était située au milieu des palmiers de Nezîa. C’est une ville assez grande, puisqu’elle contient plus de 600 maisons, avec une citadelle qui s’ouvre par deux portes, mais qui n’a aucune pièce d’artillerie. Les étrangers qui vont visiter Tougourt aujourd’hui et explorer la ville, y sont parfaitement hébergés jusqu’au moment de leur départ.

Salah, bey de Constantine, et Ahmed, un de ses successeurs, assiégèrent Tougourt en 1789 et 1821, et furent vigoureusement ramenés.

On appelle Oued Souf un vaste canton, situé à l’E. de l’Ouâd Rlr’, qui ne présente guère à l’œil qu’un vaste ensemble de dunes de sables arides, mais où l’on trouve de l’eau en abondance dans des puits d’environ 2 mètres de profondeur. Les habitants, au nombre de 17,000, dont le teint est fortement basané, possèdent 300,000 palmiers. •

Djedlaoun, à 36 kilom. N.-E. de Tougourt, possède les ruines d’un établissement considérable des Béni Mzab, où l’emploi de grandes pierres polygonales gypseuses rappelle, sur une échelle tres-réduite, les constructions cyclopéennes. Ces lieux ont été visités par M. Berbrugger en 1850.

Les oasis de l’oued Rlr’ ont été créées par des eaux jaillissantes, à des époques reculées. Faute d’entretien et de moyens assez puissants employés par les sondeurs indigènes qu’on nomme les rtas, ces cantons se mouraient, lorsque des soudages artésiens furent entrepris, le 19 juin 1856, dans ces localités éloignées de plus de 145 lieues du littoral. A Tamernn ,

oh vit bientôt jaillir une nappe d’eau, tirée de 60 mètres de profondeur, et versant 4010 litres à la minute, d’iine température de 21° centigrades. La reconnaissance des populations baptisa cette source du beau nom de Fontaine de la Paix. ' Mais c’est à Sidi Rached, situé à 26 kilom. N. de Tougourt, que la Fontaine de la Reconnaissance a jailli à 54 mètres, pour donner 4300 litres à la minute, de 24° de chaleur. (Le maximum du puits de Grenelle n’a jamais donné que 3400 litres). r

A K’s’our, au N.-O. de Maggarin et à peu de distance de ce point, le 12 novembre 1847, la sonde ayant pénétré à 48 mètres* l'eau jaillissait à la surface du sol, à raison de 3336 litres à la minute.

A Sidi Sliman , autre oasis de l’Oued Rtr’, privée d’eau depuis 44 ans, le 4 décembre 1857, la sonde brisait la couche artésienne, et une source, qui ne donnait pas moins de 4000 litres d’eau à la minute, sortait d’une profondeur de 75 mètres et baignait tout l’oasis.

A Temasin , à 250 kilom. au S. de Biskra, dans la zaouïa de TameVhat , où habite le chef de l’ordre religieux de Tedjini, une autre fontaine, dite de la Bénédiction , a donné, par les mêmes moyens de forage, 35 litres à la minute, de 21° centigr. de chaleur, et celle dite de Y Amitié, qui jaillit dans les jardins même du Patriarche, 120 litres. Ces ondes ont été obtenus de 58 mètres de profondeur.

Pour donner une idée plus complète de cette région et des mœurs de ses habitants, nous ne saurions mieux faire que d'emprunter quelques traits au remarquable ouvrage de M. Fenoux-Maubras ( Voyage de S. M. Napoléon III en Algérie J (1), au chapitre du voyage de S. M. à Batna et a Biskra :*

« Parti de Cônstantine le 30 mai, à 7 heures du matin, l’Empereur arriva de très-bonne heure au Kroub.

« A mesure que l’on s’avance vers le Sud, à la région des cultures succède celle des parcours. Les habitations deviennent de plus en plus rares ; de loin en loin on rencontre quelques maisons isolées, quelques caravansérails parés d’arcs de triomphes rustiques et pavoisés aux couleurs nationales. D’un relai à l’autre, on aperçoit çà et là quelques Européens attirés par le passage de 1 Empereur, ou quelques nègres à la physionomie placide, occupés, sous un soleil torride, à casser des pierres le long de la route.

« Bientôt, Sa Majesté débouche dans la vaste plaine de M’iila. Les goums arabes s’ébranlent et s’avancent au-devant de l’Empereur, qui se trouve, quelques instants après, au milieu d’un

(I) Un y (il. in-18. — librairie Bastide.

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immense campement de nomades, appartenant aux arabes Cheragas, Rherabas et Zemouls.

a Cette population primitive avait déployé pour recevoir l’Empereur tout le luxe de la tente ; elle était venue là, dit le Moniteur Universel, avec les trésors qu’elle cache habituellement, avec ses femmes, ses enfants, ses vieillards, scs troupeaux. Cette manifestation est chose unique dans les annales musulmanes. Une magnifique tente en poil avait été dressée au milieu du campement; le sol était recouvert par des tapis du sud et un seul sopha ornait l’installation saharienne: c’était la salle de réception. A quelques pas en arrière, se dressait un guitoun , petite tente de guerre en toile, doublée de damas, dans laquelle on avait établi un lit de repos pour l’Empereur.

« Lorsque l’Empereur arriva, escorté par les goums qui s’étaient portés au-devant de lui, il fut salué par les acclamations des trois tribus, et des cavaliers brillants commencèrent ce tournoi d’adresse et d’agilité si connu aujourd’hui sous le nom de fantasia . A chaque passe le touloml des femmes se faisait entendre plus aigu et plus strident, lorsqu’il s’adressait, soit à un chef puissant, soit à un cavalier accompli. Dans cette joute, qui simule la guerre, l’Arabe met tout son amour-propre : il est fier, le cavalier qui a dépassé son partner en lançant son long fusil et en le rattrappant au vol, et dans la plaine de la M’üla l’émiilation était grande, car la présence de l’Empereur surexcitait la hardiesse de chacun. Pendant tout le temps que dura la fantasia, Sa Majesté se tint seule en avant de la tente; sur le second plan étaient groupés le maréchal de Mac-Mahon, le générai Fleury et tous les officiers de sa Maison.

« Aussitôt que cette fantasia fut terminée, un nuage de poussière se forma à l’extrémité de la plaine; c’était une caravane on marche : les chameaux portant les palanquins, renfermant les femmes, défilaient lentement, escortés par les fantassins armés en guerre; les Djeliba, troupeaux de moutons, suivaient,

dirigés par les pâtres prose par quelques cavaliers, gare A peine la caravane eut-e’

ne nus, et la marche était fermée iens des trésors de la tribu nomade, le dépassé la hauteur de la tente impériale, que de grands cris éclatèrent dans l’air et un goum en incursion fondit sur là proie facile pour la razia. Alors eut lieu un spectacle étrange, que le pinceau seul est apte à reproduire, — une mêlée pittoresque dans laquelle se confondaient assaillanls et assaillis, et que vint compléter l'arrivée des guerriers de la tribu attaquée.

« Ce spectacle intéressa vivement Sa Majesté. Aussitôt que ce simulacre de razia fut terminé, une scène plus patriarchale eut lieu; les Arabes vinrent, en grande pompe, présenter la diffa au Souverain ; plus de cent Arabes, portant des plats en bois de hêtre pleins de couscous et des moutons rôtis, embrochés à- de longues perches, vinrent se placer devant l’Empereur, et lui offrirent l'hospitalité. Sa Majesté daigna accepter

cc symbole de soumission en faisant transporter sous sa tente un plat de couscous. Après avoir pris deux heures de repos. Sa Majesté monta en voiture et continua sa route vers Batna.

« Toutes les plaines qui s’étendent dans les parafes des deux Lacs salés, étaient ainsi occupées par des tribus nomades, les unes campées, les autres en marche. Spectacle étrange, dont, sans en avoir été témoin, il est impossible de se représenter l’imprévu et la grandeur.

a A son arrivée au milieu des gonms, Sa Majesté a ôté saluée par des acclamations frénétiques, accompagnées des modulations stridentes de la musique primitive des indigènes, — les cavaliers agitant leur chapeaux et faisant tournoyer leurs armes en l’air, comme dans le délire d’une fantasia. Suivi de cette escorte, l’Empereur est arrivé a Batna.

« Dans la matinée du 31 mai, l’Empereur s’est mis en route pour Biskra. De Batna à Biskra, la distance à parcourir est de 126 kilom. Les étapes intermédiaires de celte longue route sont les Ksours, El-Kantara, placé à la limite du Tell et du pays . des Oasis ; El-Outaïa, dans la vaste plaine de ce nom, qui ne sera bientôt plus qu’une immense cotonnière.

« El-Kantara est placée à l’issue d’un étroit défilé qui débouche dans la plaine d’El-t luthaïa. El-Kantara est une station presque • à moitié route de Batna à Biskra. Lorsqu’on arrive de Batna. Ei-Kantara se présente sous l’aspect d’une étroite coupure verticale dans un prodigieux entassement de rochers d’une hauteur énorme.

« A droite et à gauche de cette coupure, qui n’a guère que quelques mètres de largeur, le rocher s’élève à pic jusqu’à 150 ou 200 mètres de hauteur.

«Un cours d’eau, dont les rives sont égayées par de nombreux bouquets de lauriers roses formant un saisissant contraste avec l’aridité du sol, s’ouvre un passage par cette déchirure de la montagne. On le traverse sur un pont construit par les Romains.

« Les montagnes d’El-Kantara forment la ligne de séparation des Hauts-Plateaux et du Sahara, et s’interposent comme un immense rideau entre ces deux régions si différentes.

« Lorsqu’on passe le défilé d’El-Kantara, on assiste à un véritable changement à vue d’un caracîère saisissant : on se trouve brusquement transporté, et, en quelque sorte sans transition, dans la région des oasis, dont on voit surgir sous ses pieds, au débouché même du défilé, un des verdoyants échantillons.

« L’Empereur devait faire halte à El-Kantara. Une table était

dressée pour S. M. dans les jardins de l’Oasis Bientôt

après on arrivait au Col de Sfa, à 8 kilom. de Biskra. De ce point on découvre un panorama incomparable : le Sahara avec ses Ilots verdoyants, ses oasis de palmiers, dont la teinte sombre se détache, avec des rellcts d’or et de pourpre, sur la couleur

uniforme du désert. La plaine immense dont le regard cherche vainement à percer les profondeurs , forme çà et là quelques rares ondulations, dont le relief donne lieu â des jeux de lumière d’un effet indescriptible.

« L’Empereur, à sou entrée à Biskra, a voulu visiter immédiatement l’oasis des palmiers.

a 11 s’y est rendu, entouré d’un brillant cortège de chefs indigènes, au burnous de pourpre, suivi des cavaliers réguliers, des goums et de la foule innombrable des habitants.

« Le cortège, qui s’avançait lentement, rencontrait sur son passage des improvisateurs* indigènes, qui chantaient la bienvenue du grand Sultan de la France et de l’Algérie, en s’accompagnant, à la manière des Bardes, de leurs instruments prjmitifs. Les femmes indigènes, non voilées, avec leurs physionomies étranges, leurs lourds anneaux d’oreilles d’une largeur à y passer la main, leurs visages bizarrement tatoués, et encadrés dans d’énormes tresses de laine, se pressaient, des deux côtés de la route, en groupes nombreux et animés. D’autres, perchées sur des chameaux, se montraient richement parées . dans leurs atatouches entr’ouverts ; toutes poussaient de stridents youl youl dès qu’elles apercevaient l’Empereur.

« il serait impossible d’imaginer un spectacle plus admirable et plus saisissant que cette marche triomphale de l’auguste Visiteur vers la principale oasis de notre Sahara.

« Le désert, cette mer de sable, s’étendant à perte de vue ; le ciel embrasé, dont la splendèur pourprée contraste avec la teinte uniformément grise du sol ; une atmosphère lumineuse, dont la transparence recule à l’infini les bornes de l’horizon ; la verdoyante oasis se déplovant, comme un immense bouquet, sous un soleil de feu; la foule joyeuse, enivrée, aux types étranges, aux vêtements éclatants ; — tels étaient les grands traits du magnifique tableau qui se déroulait sous les yeux, semblable à une fantastique évocation des merveilles des Mille et une Nuits.

« A plusieurs reprises, l’Empereur a manifesté son admiration pour cette splendide manifestation des forces du désert, s’épanouissant, dans toute leur grandeur, sous l’implacable sérénité d’un ciel sans nuages, ouvrant de tous côtés, aux regards éblouis, un horizon sans limites.

« Quelques minutes avant le dîner, Sa Majesté avait reçu les chefs arabes, qu’Elle jugea d’un mot en leur disant :

« Je suis heureux de commander des hommes de fer sur « cette terre de feu. »

« L’Empereur est reparti le lendemain, l#r juin, à 5 heures du matin. A cinq heures du soir, il arrivait à Constantine. »

SUBDIVISION DE SETIF.

La ville de Setif a été décrite à la page 423 comme étant un chef-lieu d’arrondissement du département de Constantine.

La population des centres colonisés est de 2,136 individus ; celle des tribus de 412,371 individus.

La subdivision de Setif embrasse quatre cercles et deux annexes : I Setif et l’annexe de Takitount, II Bougie, III Bordj Bou Areridj et l'annexe de Tannait, IV Bou-

Sa'da.

Toutes ces localités sont soumises à la Justice de paix et autres Tribunaux siégeant à Setif (arrêté ministériel du 15 juin 1861).

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