‹ Indications, Contre-Indications De La Convulsivothérapie Par Électro-Chocs Dans Les Syndromes NéropathiquesChapitre 31 sur 44 · IV. — La névrose obsessionnelle · texte numérisé non relu

IV. — La névrose obsessionnelle

Dans les précédentes observations, l’on a vu que la Sismothérapie influençait peu les phobies et les obsessions. La névrose obsessionnelle, qui survient principalement sur une constitution anxieuse ou psychasténique, relève avant tout de la psychothérapie et de la rééducation de la volonté. Mais dans quelques cas, les obsessions sont aggravées par l’apparition d’un important élément d’anxiété (Obs. 19-20). C’est alors que l’opportunité de quelques Chocs se discute. Il en est de même lorsque l'intensité de l’obsession est telle qu’elle rend toute vie sociale impossible. |

Cependant, KALNOwSKkI prétend que si l’anxiété prédomine, il faut employer la psychothérapie; par contre, KoRSON propose .une série d’Electro-Chocs intensifs, faisant suite à de nombreuses séances de narcosynthèse.

MarTN et LEMIEUX ont constaté que dans les obsessions, les états obsédants mixtes, les phobies, les succès de la Convulsivothérapie sont relativement peu satisfaisants (0 à 25 % de guérisons ou d'améliorations pour 40 % d’échecs complets). Mais si le résultat doit être favorable, il l’est rapidement; plus l’affection est ancienne, moins il est bon.

OsMaN avait aussi remarqué que les obsessions à caractère intermittent étaient favorablement influencées, et cela beau- coup plus dans les cas d’hyperthymie que d’hypothymie.

Les Chocs paraissent pouvoir être indiqués lorsque l’obsession empêche toute activité. Comme toujours, ils diminuent l’'appoint anxieux, ils rendent les malades plus accessibles à la psychothérapie qui conserve toute sa valeur. Dans des cas très graves de névrose obsessionnelles, on peut même envisager les Chocs par sommation. A la faveur de la confusion mentale ainsi obtenue, le sujet sera rééduqué grâce à une psychothérapie attentive et suivie.

Il convient encore de signaler qu’il existe tout un groupe de malades, chez lesquels les obsessions apparaissent sur un fond anxieux d'évolution périodique, provenant d’une perturbation de la vitalité. De ce fait, ces états, voisins des états dépressifs endogènes, sont accessibles aux thérapeutiques par Chocs (LOPEz-IB0R).

Par conséquent, il y aura des cas d'espèces où la Convulsivothérapie trouvera son emploi. Il semble préférable de traiter les syndromes obsessionnels, en premier lieu par la psychothérapie. En cas d’échec, on lassociéra aux Electro-, Chocs.

NEVROSE OBSESSIONNELLE

OBs. 18. — (7.473 F). Pre... Marguerite, 42 ans, entrée, à Grange- : Blanche le 29 novembre 1945.

Dans les antécédents collatéraux et personnels de cette malade, on relève : une sœur jumelle qui présenterait des troubles analogues, un mari décédé des suites de la guerre de 1914; elle a toujours été « nerveuse », s’irritant facilement. Cette malade depuis environ six mois présente une obsession du Contact masculin. Sténo-dactylo, elle ne peut plus supporter pendant son travail le voisinage et l'approche des employés hommes, Elle ne veut pas toucher les objets qui auraient pu être touchés par des personnes de sexe mâle. Elle ne veut plus sortir, et dès qu’un homme l'approche, elle court se laver. Malgré ses troubles, elle conserve son sens critique, mais elle ne parvient pas à résister à l’obsession.

Après une série de 6 E. C., elle est quelque peu améliorée, se lavant moins souvent. L’obsession n’a pas disparu, mais elle est devenue supportable, et la malade peut reprendre une vie en apparence normale. Le 14 décembre, elle quitte l’hôpital. Elle recommence à travailler en fin Janvier 1946.

OBs. 19. — Pa. Vincent, 21 ans. Malade sans antécédents pathologiques. En Juillet 1952, à la suite d’un rapport avec une fille douteuse, alors qu’il était en état d’ébriété, le sujet craint d’avoir contracté une maladie vénérienne. Malgré les examens rassurants des médecins, les préoccupations hypocondriaques s’accentuent; il a l’impression que sa verge s’allonge et se rétrécit plus que de normal, que ses testicules remontent ou se metfent en travers... Il est à remarquer que malgré l’absurdité des propos, il ne s’agit pas d’un débile. Il fit ensuite un épisode confusionnel, avec crises de larmes. Hospitalisé au « Centre Psychothérapique de Nancy », un traitement par E. C. fut institué. À la suite de cette thérapeutique, l’obsession semble avoir diminuée, mais il y a une amnésie antérograde associée à un léger degré de confusion.

Le malade est ensuite envoyé à l'Hôpital Militaire Des Genettes où il entre en Décembre 1952. A ce moment, il n° y à pas d’anxiété, il existe encore quelques éléments obsédants, mais qui cèdent rapidement après une visite (à titre psychothérapique) en dermato-vénérologie.

Revu deux mois plus tard, le comportement était sensiblement normal. Par la suite, rendu à la vie civile, il a pu reprendre son travail.

- malade ne peut plus circuler seule

LATE U d'a

Ogs. 20. — « Anxiété d'équilibration ayant évoluée vers l’obsession phobie ».

Madame P..., née en 1910, soignée depuis 1944, père et mère vivants lui original avec tendances hypocondriaques.

Première enfance normale, tendance aux vomissements: impressionabilité extrême, troubles caractériels frappant durant Ja seconde enfance et l’adolescence.

À 21 ans, sur fond d’impressionabilité, premières manifestations de névrose d’angoisse avec crise aérophagique.

Mariée à 22 ans, grossesses bien supportées, mais pendant lallaitement, manifestations d’anxiété, .d’équilibration et agoraphobie. Ces symptômes ont tendance à s’accentuer après chaque naissance. On réussit cependant à combattre ces symptômes pénibles par les neurotoniques habituels : Vitamine B, Hépatrol injectable, Doloma.

Après la 6° grossesse, l’agoraphobie revêt une allure telle que la à pied, même à bicyclette, ce qui avait été jusqu'ici son grand secours. Devant son désarroi et l’impossibilité où elle se trouve de diriger sa maison, qui comprend plusieurs enfants particulièrement pénibles, on décide une cure d'isolement. Pour combattre cette obsession, on pratique en Juillet 1947 une série de 10 E.C. par sommation, parfois à raison de deux par jours. Il en résulte une confusion et une amnésie profonde, à tel point que la malade ne reconnaît pas la photographie de ses deux derniers enfants. On la confie dès lors à une auxiliaire de psychologie qui ne la quittera pas durant un mois et la rééduquera pour lui permettre de reprendre.la vie de famille.

Le résultat de cette cure a été, somme toute, favorable, bien que par la suite, la malade ait conservé une tendance à l’anxiété d’équilibration, et soit toujours considérée par sa famille comme une névropathe anxieuse.

Os. 21. — « Obsession phobie de la folie. Etat subintrant ».

Monsieur V.…. A, né en 1926 de mère certainement névropathe et de père, cafetier, décédé d’ictus à 62 ans.

I1 semble que l'enfance et l’adolescence aient été normales. Le ser-

“vice militaire, dans le Génie, s’est bien passé.

Le premier accident anxieux a lieu en 1948, peu après le mariage.

Voyageant dans un car, il a éprouvé une bouffée vaso-motrice qui s’est

accompagnée de la phobie de frapper le voyageur placé devant lui. Ces mêmes états paroxystiques se sont reproduits souvent au point de devenir subintrants. Il a peur de traverser les ponts, de se jetter par les fenêtres, de se précipiter dans la cage d’escalier; ce qui traduit sa crainte obsédante de perdre la raison et d’avoir le comportement antisocial d’un aliéné : il a peur de l’hôpital et d'un transfert à Bron. Il lui a été fait en Novembre 1951 quatre Electro-Chocs ambula-

toires. Il se dit nettement aggravé depuis, fortement impressionné par

la confusion mentale consécutive au Choc. La psychothérapie par Nar-

CN Re

cose l’apaise, lui fait reprendre confiance dans une certaine mesure et Jui permet de tenir son emploi de mécanicien de précision, à cette condition qu’il traversera Lyon en vélo Solex pour se rendre à son travail. Il ne pourrait pas encore passer les ponts de la Saône et du Rhône sans recourir à ce véhicule. C’est donc surtout un anxieux, douteur et im-patient, que l’on redoute de voir évoluer vers l’obsession phobie. Le rôle de son épouse qui se conforme aux conseils médicaux lui permet cependant de mener une vie professionnelle et familiale en apparence normale.

La cure par Chocs ambulatoires s’est soldée par un échec complet.

Os. 22. — Névrose obsessionnelle traitée par Chocs à la demande expresse de la malade.

Madame G.. née en 1912, employée des P.T.T. jusqu’à son mariage qui a lieu seulement à 34 ans, a toujours été une scrupuleuse et une anxieuse hyperémotive. Pendant ses fiançailles même, elle était en proie à des tourments impressionnants qui valaient des coups de felée phone à son fiancé.

Depuis le début de sa vie conjugale, elle eut 3 grossesses pratiquement bien supportées; mais ses soucis de maîtresse de maison lui apparaissent singulièrement lourds par suite de scrupules qui la tourmentent et l’obsèdent pour toute décision comme pour touts action banale.

. Une déception profonde au cours de la dernière grossesse a donné lieu à une poussée réactionnelle de névrose anxieuse qui à fait prendre la décision d'isolement en Clinique de quelques semaines. On a pu rétablir le sommeil.

Après l’accouchement, l’enfant est placé dans un Home pour quelques semaines. Lorsque la tristesse et l’anxiété sont calmées, en Mai 1952, la malade reprend sa vie au foyer familial, maïs elle se trouve en présence de mêmes difficultés encore accrues par le fait de sa tendancè au doute et aux scrupules. Par de longues lettres, elle essaye d'exprimer au médecin et au directeur de conscience la multiplicité de ses obsessions et scrupules qui la hantent continuellement.

C’est un prêtre qui lui conseille une cure de Chocs. Elle demande même une cure ambulatoire à l’insu de son mari. On effectue 6 E. C. parfaitement supportés sans état confusionnel. Il ne semble pas que le résultat immédiat ait été favorable, mais le médecin n’a pas été peu surpris d'apprendre au bout de 2 mois qu’une transformation heureuse s'était produite dans le comportement de cette malade, et qu’elle faisait preuve d’un pre de décision, d’une activité et d’une autorité qui paraissaient jusqu'ici lui faire défaut.

Doit-on mettre ce résultat à l'actif des Chocs- Ce n’est pas absolument certain. Dans cette névrose d’obsession, l'influence psychothéra-

pique d’une guérisseuse a peut-être joué, pour un temps le rôle le plus effectif.

En conclusion, la Convulsivothérapie, en ce qui concerne les états obsessionnels, ne donne que de médiocres résultats.

SX De

Ce ne sera que dans des cas graves, soit par l'importance de l'élément anxiété, soit par le degré de l’obsession, rendant la vie impossible à ces malades, que l’on envisagera cette théra peutique. Diminuant l’angoisse, elle facilite la psychothérapie, qui conserve toujours toute sa valeur. La confusion mentale qu’entraine parfois les Chocs, peut être favorable à la guérison des accidents obsédants (Obs. 19).

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