ACTION PHYSIOLOGIQUE
Et effets thérapeutiques de l'ignipuncture.
À présent que nous connaissons le manuel opératoire de l’ignipuncture, ainsi que les soins qu’il faut donner avant et après l'opération; nous allons étudier maintenant les effets physiologiques et thérapeutiques qu'elle exerce sur l'utérus.
Au premier abord, ii semblerait que la pointe ignée en pénétrant dans le tissu du col utérin dût éveiller la douleur; mais il n’en est rien, c’est à peine si les femmes éprouvent la sensation d’une légère chaleur s’irradiant vers l’abdomen, ou d’un liquide chaud qu’on verserait dans le vagin. L'ignipuncture agit d'une façon complexe, et parmi les effets qu’elle produit dans le tissu utérin, il en est qui lui sont communs avec la cautérisation actuelle ordinaire, ce sont l’action révulsive, et l’action destructive; d’autres qui l’en éloignent et la caractérisent d'une façon particulière, ce sont les actions modificatrice et limitante, propriétés maîtresses de l’ignipuncture qui l’élèvent à la hauteur d’une méthode.
Le premier effet de l’introduction de la pointe ignée dans les tissus du col c’est de détruire les parties qu'elle traverse en même temps de provoquer une révulsion sur les parties profondes, en effet, après une séance d’ignipuncture on voit le col utérin prendreune coloration rose pâle, qui pertiste pendant plusieurs heures et même quelques jours. 3
À cette action révulsive et destructive il faut joindre l’action modificatrice, c'est la qualité maîtresse de l'igni-
Lits), rs
puncture, c'est à elle principalement qu’on doit les bons résultats qu’on obtient de la cautérisation ignée. Les pointes rougies qui traversent le tissu utérin le sillonnent de trajets multiples dont les parois sont plus ou moins profondément atteintes; il se produit dans chacun de ces sillons une eschare, ainsi qu'une coagulation du sang à une certaine distance de ces parties qui sont mortifiées. Autour de ces eschares il se développe une inflammation nouvelle d’une nature différente de celle qui sévit dans le tissu utérin et ayant une plus grande tendance à la résolution. Le travail inflammatoire s'établit en général avec une grande promptitude; une inflammation suppurative se montre au pourtour des parties mortifiées, l’eschare ne tarde pas à se ramollir et son élimination s’opère en général du huitième au dixième jour, laissant à sa place des trajets suppurants; c’est de cette suppuration plus ou moins prolongée qu’on doit savoir profiter pour obtenir la résolution de l’organe.
Chacun de ces trajets au bout de quelque temps tend vers la cicatrisation, et ils sont comblés par un tissu cicatriciel, qui lui aussi agit sur le tissu utérin par üne sorte de compression en exprimant les liquides infiltrés dans son épaisseur et amène ainsi la diminution du volume de l’organe, au même temps qu'il retrécit les vaisseaux et par là rend impossible la stase sanguine.
Ces modifications imprimées au tissu du col se propagent aisément au tissu du reste de la matrice, qui devient le point de départ d’une activité morbide qui, bien dirigée, donnera pour résultat et d'une manière graduelle, la résolution plus ou moins complète de l’inflammation dans tout l'organe.
Ainsi la suppuration abondante et la formation de tissu cicatriciel nous expliquent l’action modificatrice de l’igni-
puncture et nous rendent parfaitement compte des premiers phénomènes que l’on observe à la suite de cette opération, tels que retour de l’utérus s'ir lui-même, le réveil de sa vitalité, l’allègement du poids, la suppression du catarrhe, la régularité des menstrues,la possibilité de redresser l’organe et de lui faire supporter l’application des pessaires en anneaux, etc. Consécutivement à ces effets produits dans l’utérus par la cautérisation ignée, ilse manifeste une réaction dans le système médullaire. La névralgie lombo-abdominale et sacrée quiaccompagnent presque toujoursles affections utérines sontun des premierssymptômes qui disparaissent à la suite de cette opération.
Mais une condition essentielle dans l’emploi de l’ignipuncture c’est la direction consécutive imprimée au traitement. L'ignipuncture sur le col utérin remplit le même office que dans les ostéites et surtout dans les arthrites chroniques. Mais de même que dans ces derniers cas les tendances curatives doivent être nécessairement soutenues et favorisées par l’immobilisation du membre, l’emploi de révulsifs, de résolutifs généraux et locaux, de même après l’ignipuncture du col faut-il soumettre la malade à un traitement sévère, si l’on veut espérer d’arriver à une guérison réelle. Il est d’autant plus important d’insister sur ce précepte qu’on a singulièrement abusé de la cautérisation sur l’utérus et qu’on l’a appliquée sans discernement à une multitude de maladies les plus diverses de cet organe. Cautériser une malade et ne lui prescrire ensuite ni repos ni traitement, c’est l’exposer aux conséquences de l'inflammation la plus grave, utérine ou péri-utérine. Cautériser inconsidérément toute la surface du col, y compris son orifice et sa cavité, c’est disposer l’orifice utérin à des rétrécissements dont la conséquence est quelquefois pire que celle du mal qu’on a cherché à guérir.
Appliquer l’ignipuncture sans règles précises, c’est provoquer dans l'organe des déformations préjudiciables à l'exercice de ses fonctions. Aussi faut-il entourer l’application de l’ignipuncture de tous les soins généraux et locaux que comportent en général tous les traitements qui deviennent dangereux, autant ils sont efficaces, par l’effet même de leur puissance. Après l’application de l’ignipuncture, il faut se comporter avec la malade comme si elle était atteinte d’une inflammation aiguë ou subaiguë; les bains prolongés, les injections dans le bain et hors du bain, également prolongées, le séjour au lit pendant la première semaine et le repos pendant la semaine suivante : les eaux minérales résolutives, Vichy, Plombières et même certaines eaux sulfureuses; l’hydrothérapie surtout suffisamment prolongée et les toniques, les reconstituants, le fer, le quinquina, le lait: tels sont les éléments du traitement consécutif, non seulement favorable, mais indispensable à la guérison de diverses affections utérines dans lesquelles l'ignipuncture est indiquée. |
Je terminerai en recommandant de ne faire l’opération que dans l'intervalle des huit jours qui suivent l’apparition des menstrues ainsi que d'interdire les relations sexuelles, au moins dans les deux ou trois premiers mois de ce traitement, et très modéré dans les deux ou trois mois suivants.
Parmi les maladies utérines dans lesquelles l’ignipuncture du col se trouve indiquée, il faut placer en première ligne l’inflammation chronique parenchymateuse ou muqueuse de cet organe accompagnée ou non d’ulcérations,
car pour nous celles-ci ne sont qu’une partie accessoire de la métrite, En effet, la muqueuse inflammée soit primiti= vement, soit consécutivement à l’inflammation du paren« chyme se gonfle, et ne pouvant plus être contenue dans la cavité cervicale elle fait pour ainsi dire hernie par l'orifice externe et s'étale de chaque côté du museau de tanche tout en s’étranglant; cet étranglement produit les ulcérations, Ceux qui les considèrent comme un état pathologique indépendant de l’inflammation de l'organe dirigent leur traitement contre ces lésions accessoires et sont tout étonnés après leur disparition de voir persister la douleur et tous les autres symptômes de la métrite chronique.
À quelle période de la métritechroniquedoit-on pratiquer l’igaipuncture? La métrite chronique comprend deux périodes parfaitement distinctes. Une première période de ramollissement ou d'infiltration ; à cette période, le tissu utérin est mou, gorgé de sang et de sucs rougeâtres, les vaisseaux sont distendus, :l y a une infiltration séro-sanguine, la muqueuse est épaissie et présente une coloration rouge ardoisée et est ordinairement hérissée de villosités et parsemée de granulations et fongosités, on constate la présence d’un grand nombre d’éléments embryonnaires dans le tissu utérin. La dilatation des vaisseaux quiest en quelque sorte la lésion initiale de la métrite chronique est le résultat des stases sanguines de longue durée; ces stases font perdre aux vaisseaux leur tonicité et c'est pour cela que la plupart des moyens employés contre la métrite chronique ont été suivis d’insuccès.
Le relâchement et la dilatation des vaisseaux sont suivis de l’exudation. On observe en outre la présence d’un grand nombre d'éléments embryonnaires le long des parois vasculaires. Cette premiêre période de la métrite chronique est très douloureuse, et nous verrons plus loin que l’em-