‹ Indications et contre-indications de l'ignipuncture du col de l'utérusChapitre 9 sur 24 · MANUEL OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

MANUEL OPÉRATOIRE

La femme étant placée comme pour l'examen au spéculum, c’est-à-dire couchée sur le dos, le bassin un peu relevé, les jambes fléchiés sur les cuisses et les cuisses sur l'abdomen, on introduit le spéculum en ayant soinde faire sallir le col dans son aire, qu'aucun repli du vagin ne s’y présente avec lui; car si on cautérisait le vagin on s’exposerait à des accidents de plusieurs sortes, par exemple, l’inflammation et sa propagation au péritoine ou à la formation des brides cicatricielles qui pourraient occasionner le rétrécissement de ce conduit.

- Quant auchoix du spéculum à employer,ona conseilié de se servir des spéculums faits avec des substances mauvaises conductrices du calorique, mais dans l’ignipuncturela cautérisation se fait rapidement, de sorte que les parois d’un spéculum métallique n’ont pas le temps de s’échauffer suffisamment pour que le rayonnement s’étende jusqu’à la muqueuse vaginale, et faute d'autre, on peut bien se sérvir d’un spéculum plein en métal. M. Chéron emploie celui de Velasco (de Nice), qui est un spéculum bivalve en métal, mais qui a les avantages suivants : 1° 1l présente une forme courbe qui lui permet d'arriver sur le col utérin en suivant la courbure du vagin; et par là son application est plus facile que celle des spéculums droits em-

ployés jusqu’à ce jour, avec lesquels il fallait redresser la courbure vaginale et connaître la direction du col par le toucher préalable; 2° le bout utérin taillé en bec de flûte permet de ramasser le col déplacé ; 3 l’ouverture de ses valves permet aussi d’envelopper le col quel que soit son volume ; 4° il porte deux petites valves de corne articulées de chaque côté de la valve supérieure et glissant sur la valve inférieure qui protègent les parois du vagin, et font de cet instrument un spéculum plein : c’est à lui que nous donnons la préférence. Le spéculum étant introduit et le col seul faisant saillie, on l'essuie avec un tampon de charpie ou de coton pour le débarrasser des mucosités ; et c'est alors que commence la véritable opération.

De quel cautère est-il préférable de se servir pour la pratiquer ? M. le professeur Courty se sert d’un petit cautère à boule, portant à son sommet une pointe effilée longue de deux centimètres, ce petit cautère est chauffé au moyen d’une lampe. M. Siredey emploie le galvano-cautère, que quelques gynécologistes ont aussi employé, sans le trouver supérieur au simple cautère actuel; en outre, il exige un outillage assez compliqué et peu transportable. On emploie aussi le thermo-cautère Paquelin, pour lequel. M. Collin a construit des petits cautères très fins destinés à l’ignipuncture du col. Son action est la même que celle du cautère actuel, et en outre présente le grand avaniage d’être plus maniable et d’effrayer moins la malade. Nous lui donnons la préférence. Ainsi, une fois le spéculum placé et le col utérin débarrassé de ses mucosités, on saisit alors de la main droite la pointe du thermo-cautère Paquelin qui doit être chauffé au rouge cerise et on la porte vivement sur le col, en la faisant pénétrer dans son épaisseur parallèlement à l'axe de sa cavité et à une profondeur variant entre 4 centimètre 4/2 et même jusqu’à

2 centimètres 1/2. Où retire aussitôt la pointe et on fait arriver un courant d'eau froide sur le col au moyen d'un siphon. Quant au nombre de fois qu’il faudra faire pénétrer la pointeignée dans le tissu du col, il variera de 20 à 60 et même 80 et sera en rapport avec l'étendue de la lésion.

Nous ne sommes pas d'accord avec la plupart des gynécologistes qui ne font pénétrer dans le col qu’un nombre limité de pointes ignées qui ne dépasse jamais de 8 à 10: et, sous ce point, nous suivons la pratique de notre maître, le D' Chéron qui, dans une seule séance, applique le plus grand nombre de flèches ignées, bien entendu en rapport avec l’étendue de la lésion; de cette façon on a une grande surface de suppuration et on évite ces séances répétées d’ignipuncture qui font plus de mal que de bien.

En résumé, on appliquerales pointes ignées sur {es parties où la lésion est la plus marquée, en faisant une sorte de couronne et en ayant soin de faire arriver sur le col un courant d’eau froide après chaque introduction de la pointe ignée du thermo-cautère.

EE Soins à donner aux malades après l'opération. — L'’opération sera immédiatement suivie d’une injection d’eau contenant en dissolution de l’acide picrique dans la proportion de 40 pour 1,000. Cette solution est non seulement anti-inflammatoireet antiseptique, mais encore elle coagulerait la matière protéique contenue dans le sang et la lymphe, si par hasard quelques vaisseaux restaient ouverts aprés l’opération.

Onferaensuiteun pansementavec de laglycérine picrique dans la proportion de 4 pour 400 qui sera en même temps qu’une barrière destinée à s'opposer à l'entrée des germes

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venus du dehors, un dépléteur de l'organe. On prescrira formellement à la malade de garder le repos au lit pendant les premiers jours de l’opération, on lui mettra de la glace sur le ventre et on administrera à l'interieur pendant six jours des médicaments antifébriles, comme le sulfate de quinine à la dosede 0,20 centig. par jour, priseen une ou deux parties : une avant chaque repas ; on administrera aussiune potion avec del’aconit et du bromure de potassium pour calmer l’excitabilité du système nerveux, en même temps on aura soin de favoriser la vacuité du tube intestinal au moyen de quelques lavements; on fera des injections émollientes et on prescrira des pansements décongestifs trois fois par semaine.

Le nombre de fois qu’il faut pratiquer cette opération dépend de la marche de l'affection et de sa durée; plus l’affection est ancienne, plus on aura besoin de multiplier les séances d’ignipuncture, quand l'affection n’est pas trop ancienne, ilsuffit dansla majorité descas, d’uneseule séance. Quant à l'intervalle qui doit exister entre deux opérations, il faut attendre que la cicatrisation soit finie, et non comme le font quelques praticiens, qui procèdent à une nouvelle application d'’ignipuncture aussitôt que les eschares sont tombées. Nous croyons que ces cautérisations coup sur coup sont plutôt nuisibles qu'utiles, ne font que fatiguer l’organe et retardent plutôt qu’elles ne hâtent la guérison.

Nous sommes convaincu que si l’on pratique l’ignipuncture suivant les règles que nous venons d’exposer on ne verra survenir aucun accident ni aucune complication. Cepeudant, il n’est pas moins certain qu’après avoir fait l’opération avec toute l’habileté voulue et avec toutes les précautions, on peut voir survenir des accidents parfois assez graves, dus seulement à l’indocilité de la malade qui

n’a pas gardé le lit le temps nécessaire; c’est pour cela qu’il faut particulièrement insister sur cette prescription.

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