‹ Indications et contre-indications de l'ignipuncture du col de l'utérusChapitre 13 sur 24 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Métrite chronique avec rétroversion,

Mme M..., 37 ans, réglée à 13 ans; la menstruation, difficile à s'établir, est toujours restée douloureuse, mais régulière ; les règles survenaient toutes les trois semaines et le flux menstruel était toujours très abondant; aujourd’hui cette abondance semble diminuer; le sang affectait la forme de caillots.

À l’époque où Mme M... se présente à la clinique, l’état ci-dessus décrit est le même dans son ensemble, mais le sang des règles est roussâtre et en dehors des règles la malade perd quelquefois en blanc. Depuis deux ans, elle prend des injections de feuilles de noyer.

Mme M... a d’abord fait une fausse couche, puis elle a eu trois enfants, le dernier il y a huit ans. La fausse couche a eu lieu quarante jours après le moment présumé de la première grossesse. Quant aux trois grossesses, elles ont été très difficiles pendant les cinq premiers mois, s’accompagnant d’aberration du goût, de nausées et de vomissements, etc. À l’âge de 13 ans, époque de sa menstruation, la malade à eu la fièvre typhoïde et depuis cette époque les fonctions digestives n'ont jamais été bien normales.

Les symptômes accusés aujourd'hui (7 avril 1883) par la malade sont les suivants : A la suite d’une grande frayeur éprouvée le lendemain de sa dernière couche, Mme M... est sujette aux hallucinations. La vue se trouble très fréquemment. La malade est devenue nerveuse, elle est prise de palpitations de cœur qui surviennent brusquement, immédiatement avant ou après les époques; elles sont actuellement très violentes. L’appétit est assez bon, la digestion se fait bien; il n’y a pas de constipation.

Depuis deux ans la malade porte un pessaire.

A l'examen on trouve tous les signes de la métrite chronique avec rétroversion. Le col utérin présente à la base une très grande dureté.

Le traitement prescrit à consisté en injections chaudes, pansements glycérinés, scarifications, révulsions sédatives sur la région lombo-sacrée et enfin des amers pour réveiller les fonctions de l'estomac.

Après deux mois de traitement préparatoire, notre ma-— lade éprouve une sédation notable du côté des organes malades. Dans le but d’arriver à un résultat complet, une opération d’ignipuncture est proposée à Mme M... Le col, qui a légèrement diminué de volume, ést violacé et comme recouvert d’une couche d'œdème. La mensuration des cavités utérines et cervicales donne 9 centimètres de longueur. L’organe utérin est encore un peu appliqué sur le plancher vaginal, mais dans les mouvements qu’on lui transmet par la palpation et le toucher on éveillé beau coup moins de Sensibilité. L'opération est pratiquée à sa clinique par M. le D' Chéron, en notre présence et avec lé concours de MM. les D” Fauquez, François, Beslier, etc., de la façon suivante : Une première flèche est introduite à deux centimètres de profondeur dans la partie moyenne de la lèvre antérieure du éol. Un éourañt d’eau est ausz sitôt dirigé dans le spéculum pour s'opposer à l’échauffement de la partie et à celle du spéculum. Des flèches sont -ensuite disposées en arc de cérele, toujours à la même pfofondeur et toujours avec les mêmes précautions: Trois étages de flèches Sont ainsi établis en respectant la périphérie du col et l’orifice cervical, ceqüi porte leur nombre à 24.

Deux rangées seulement, d'üun nombre total de 18 flèches,

‘sont pratiquées à Ja lèvre postérieure, cela fait donc en totalité 37 flèches pour le col tout entier.

On pratiqua ensuite un lavage avec la solution antisep-

tique d'acide picrique et on plaça par-dessus un panse? ment glycériné. La malade fut ramenée dans son lit et on eut soin de lui placer sur l'hypogastre un sac rempli de glace. Ajoutez à cela une prescription au bromure de potassium et à l’aconit à prendre toutes les deux heures, un cachet de 10 centigrammes de sulfate de quinine avant chaque repas.

Chaque jour les pansements glycérinés sont renouvelés et maintenus sur la plaie, et ce n’est qu’au bout de dix jours que l’on permet à ‘la malade de se lever, alors que l’eschare commence à se détacher.

Après la chute de celle-ci, il reste une surface mame— ‘lonnée,rouge,et dans laquelle on pratique desscarifications. Au bout de deux mois de traitement, la cicatrisation est complète, et au cervicimètre, nous trouvons un col diminué transversalement de volume de 6 millimètres. Quant à la longueur des cavités utérines et cervicales, elle est descendue à 8 centimètres, ce qui fait nettement comprendre la diminution considérable de volume de l'organe utérin, qu'un pessaire en anneau, employé par mesure de précaution, maintient aujourd’hui dans sa position normale.

En résumé, Mme M... se félicite d’avoir accepté cette ‘opération et elle dit combien est heureux et complet le ‘ résultat obtenu, car elle n’éprouve aucune souffrance, la santé générale s'est rapidement améliorée et notre malade supporte aujourd’hui le travail, comme elle ne l’avait fait depuis huit ans. OUBSERVATION Il.

Régression incomplète du corps de l'utérus avec hypertrophie - considérable du col,

Mme R..., 25 ans, fut réglée à 16 ans, irrégulièrement jusqu’à 17 ans 1/2, époque du mariage. La menstruation

mn 08 im devint régulière depuis; pertes normales de trois jours de durée. Jamais de pertes blanches.

La malade a eu un enfant il y a cinq ans. Elle a fait deux fausses couches, une de six mois il y a trois ans et demi; l’autre de trois mois et demiil y a deux ans. L’acrouchement a été longet douloureux sans présenter toutefois rien d’anormal; l’accouchée est restée neuf jours au lit avant de reprendre les travaux habituels. La première fausse couche de six mois a été également longue et douloureuse, et le repos toujours insuffisant.

A la suite de la deuxième fausse couche, il est survenu de fortes hémorrhagies pendant une durée de quinze jours. Malgré cela, Mme R..… se levait pour se livrer à ses occupations.

Depuis cette époque, notre malade a commencé à souffrir de douleurs vives dans la région des reins et dans le ventre; la marche est cependant restée facile.

Les digestions sont bonnes, les selles régulières, mais l'appétit est nul. La malade éprouve des battements de cœur en montant l'escalier, elle est devenue nerveuse et impressionnable, elle est sujette aux douleurs rhumatismales, elle a eu des varices pendant les grossesses, et enfin il y a chez cette malade des manifestations herpétiques.

L'examen complet de la malade permet de reconnaître qu’on est en présence d’une régression incomplète du corps de l’utérus avec hypertrophie considérable du col.

Avant de songer à faire usage de l’ignipuncture profonde pour amener la régression complète de l’organe, la première indication à remplir était de relever les forces de la malade, et au point de vue local de décongestionner l'appareil utéro-ovarien. Comme pour la malade précédente, on fit usage dans ce but de pansements glycerinés, de scarifications, de frictions sur les reins avec un mélange de

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chloroforme, d’éther et d'alcool camphré, et enfin on donne à la malade des toniques amers et de la liqueur de Fowler, Au bout de trois mois environ la situation générale s'était grandement améliorée, et au point de vue local l’état était satisfaisant ; les pansements glycérinés, pratiqués tous les deux jours pendant &e laps de temps, avaient décongestionné d’une façon très notable l’appareil utéroovarien. Les quantités d’eau perdue après chaque pansement avaient été considérables, de l’aveu de la malade. C'est dans ces conditions excellentes, que pour déterminer une guérison complète, en ramenant davantage sur eux-mêmes la matrice et le col utérin hypertrophié, on

proposa à Mme R... d'employer l’ignipuncture.

L'opération eut lieu à la clinique du D' Chéron et fut exécutée de la même manière que pour la malade de notre première observation. Toutefois, en raison de la masse énorme du col hypertrophié, le nombre des flèches fut porté jusqu’à soixante.

Après l'opération, la malade resta au lit douze jours, pendant lesquels on fit le traitement déjà décrit. Au début, glace sur l’hypogastre, sulfate de quinine, bromure de potassium et aconit ; pansements glycérinés, etc. Au bout de ce temps la malade se lève et peut vaquer sans fatigue à ses occupations.

Nous l’avons revue à la clinique,trois mois environ après l'opération d'ignipuncture. L'état général était bon; l’appétit était revenu et la névralgie lombo-abdominale, sans avoir complètement disparu, ne se faisait sentir que par intermittence (la malade continuait ses frictions sur les reins). À l’examen, on trouve un col rouge, très notablement diminué de largeur, et l’hystéromètre, qui au début de la maladie donnait 9 centimètres 1/2 pour la longueur

des cavités du col et du corps de l’utérus, n’accuse plus

«aujourd’hui que 8 centimètres à peine.

(8 décembre 1883.)

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