‹ Indications et contre-indications du transport par avion dans les affections chirurgicales: de l'abdomen, du thorax et du crâneChapitre 56 sur 68 · I. — LE ‘‘ CHIRURGIEN-VOLANT · texte numérisé non relu

I. — LE ‘‘ CHIRURGIEN-VOLANT

Le point le plus important — et nous pouvons même dire que c’est lui qui nous a décidé à créer ce chapitre — est la discussion de cette proposition : est-il préférable que le blessé ou le malade soit transporté près du chirurgien ou au contraire que celui-ci vienne sur place opérer celui-là ?

C’est une question sur laquelle il a été beaucoup écril; mais peut-être pas assez, puisque l'accord n'a jamais été réalisé. Sans doute, ce désaccord tient-il à ce que les indications et les contre-indications des blessés et des malades chirurgicaux étaient mal précisées.

Toujours est-il qu'on a réalisé des avions, baplisés « aérochirs», parce que, du point de vue théorique, ils étaient destinés à transporter, n'importe où, tout le personnel et le matériel nécessaires, et même accessoire, en vue de n'importe quelle intervention chirurgicale.

C'était une grossière erreur.

Il n’est pas indifférent de faire, n'importe où, n'importe quelle intervention.

D'ailleurs, c’est un point d'histoire que les Chirurgiens ne se sont pas servi des aérochirs ainsi construits par

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les ingénieurs. Au Congrès d’Aviation Sanitaire de 1929, ceux qui en avaient à leur disposition, Duguet et Causeret, au Levant, Cazanove et Rogues, en Afrique Occidentale Française, nous ont appris qu'ici les deux aérochirs ne servaient qu'à transporter les: malades et les médecins, et que, là, l’aérochir n’avail servi qu’une seule fois, où le chirurgien était allé faire une césarienne à 400 km.

L’aérochir, ainsi conçu, est une erreur, parce qu'il emporte tout, même les choses inutiles, pour une intervention d'urgence, au nombre desquelles nous osons ranger les appareils à stérilisation et le matériel de radiologie : nous nous expliquerons sur ce point tout à l’heure.

Il en résulle que c’est obligatoirement un avion d’assez grande puissance, donc qui coûte cher, de capital get d'usage. Nous pensons que cette considération a un certain intérêt, au moins au point de vue de l'aviation sanilaire civile, sinon lorsque l'Etat paye. D'ailleurs, ce gros avion ne peut atterrir partout, et voilà déjà son emploi bien restreint, malgré sa destination universelle.

Enfin, il répugne au chirurgien d'aller s'installer n'importe où pour opérer, et c’est très légitime. Nous pourrions définir la situation d’un mot: il manque l’ambiance chirurgicale . Ce n’est pas seulement le phénomène psychologique par lequel le chirurgien ne se $ent pas en sécurité dans un milieu qu'il ne connaît pas: c’est une réalité que, prenant la responsabilité de l’acte opératoire, ïl ne doit être desservi ni par 1e matériel — qualité et stérilité de l’instrumentation — ni par le personnel, qui comprend les aides agissant au moment de l'acte opératoire aussi bien que le médecin, l’infirmier, qui suivront l’opéré ultérieurement après le départ du chirurgien, ni par aucune circonstance fortuite extérieure provenant de la non-adaptation des lieux au rôle chirurgical actuel,

Cependant nous avons vu. qu'il est des cas, rares heureusement, où il y a nécessité absolue d'opérer un individu dans le délai le plus court possible, où la nature de la maladie ou l’état du malade interdisent son transport en avion et où tout moyen de transport terrestre est à rejeter, soit à cause de la lenteur de ces moyens, soit même encore à cause de la gravité de l’état du malade.

C’est donc alors le chirurgien qui doit aller au

malade. Ces cas rares, nous avons vu quels ils sont, tout au cours de ce travail ; rappelons-les brièvement : — Perforalions typhiques :

-- Occlusions du tube digestif et hernie étranglée ; — Emphysème médiaslinal ou sous-cutané étendu: — Pneumothorax à soupape ; — Plaies lhoraciques avec hémorragie extérieure ; — Thorax ouvert ; — Plaie thoraco-abdominale ; Plaie du cœur ; — Epanchement péricardique aigu purulent :

— Méningo -encéphalite aiguë diffuse compliquani une fracture de la base du crâne * Hernie du cerveau ; — Traumatisme fermé du crâne, avec signes d’hypertension intra-crânienne ‘et ponction lombaire inefficace.

Le chirurgien se déplace donc dans ces cas: ce n’est pas de gaieté de cœur, mais du moins, ce peut être avec sérénité si ce voyage est prévu d'avance et se déroule suivant un plan bien défini.

Tout d’abord, le chirurgien ne peut se déplacer qu'appelé par un médecin, qui a vu le malade auparavant, assistera à l'intervention et suivrà l’opéré sur place jusqu'à guérison. Evidemment, le médecin et le chirurgien doivent pouvoir toujours entrer en rapport l’un avec l’autre, instantanément, par téléphone ou T.S.F.

L'avion doit être aussi peu chargé que possible, à la fois par économie, par sécurité et par maniabilité; il n'a pas besoin de toutes les qualités spéciales requises pour un avion-ambulance ; ce peut être un quelconque Avion de tourisme : il ne transporte que des individus sains. La petite expérience que nous avons de la «chirurgie du bled », nous permet d'estimer qu'on peut réduire la charge de l’avion à ce qui suit :

— Je chirurgien; — l’anesthésiste, qui est irremplaçable. Souvent, on pourra opérer sous anesthésie locale ou rachidienne ou par voie veineuse ou rectale ou même

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sans aucune anesthésie ; mais il est toujours bon, en toute éventualité qu’on puisse utiliser lanes- (hésie par inhalation ;

— Je pilote. Il serait évidemment avantageux que celui-ci se confonde avec l’anesthésiste ou le chirurgien, mais ce ne pourrait être malgré tout qu'une exception ;

— le matériel stérilisé en rapport ‘avec Tintervention prévue, c’est-à-dire, les champs, compresses el objets de pansement, blouses et gants, stérilisés d'avance, ainsi qu'une instrumentation suffisante, mais limitée. En effet, le chirurgien doit être prévenu du genre d'intervention à pratiquer et il n’emportera que linstrumentation en rapport.

D'autre part, on trouvera, presque toujours sur place, le matériel non stérile: table d’opération, etc., que le médecin pourra se Charger de réunir. Le matériel à stérilisation est toujours superflu; Ta radiologie n’est jamais indispensable dans les cas prévus;

— Enfin, le matériel d'éclairage du champ opératoire, qu'il n’est jamais commode d’improviser.

Là doivent se limiter le personnel et le matériel que le chirurgien doit emporter avec lui. En effet, le rôle de l’aide peut être rempli par n'importe qui ; le maximum qu'on puisse atlendre de lui est de n’être pas trop émotif et de ne pas prendre d'initiative; on trouve toujours sur place quelqu'un qui remplisse ces conditions ; à la rigueur, on peut bien souvent aussi se passer d'aide. Le serveur est beaucoup plus important: on doit avoir confiance ten lui, il semble que ce rôle revienne au médecin qui est sur place. Ce même médecin aura d’ailleurs ensuite une grande responsabilité ; c’est lui qui suit le malade après l'opération et il ne devra jamais omettre de tenir le chirurgien au courant des suites opératoires.

Enfin, il est permis d'espérer que, parfois, il sera possible d'améliorer «lanïbiance » en cas de déplacement du chirurgien. Cela serait particulièrement facile, sembletil, au Maroc en particulier, où le Service de la Santé et de l'Hygiène Publics a organisé par tout le territoire, des infirmeries très bien installées et certaines d’entre elles possèdent déjà une salle d'opération, les appareils

à stérilisation et l’instrumentation suffisante pour toutes les interventions courantes (comme nous avons pu nousmême en profiter de nombreuses fois, à Midelt). Il semble bien que ces infirmeries pourraient étre autant de bases chirurgicales où l’opérateur viendrait par avion et où l’on amènerait les malades, après un court transport lerrestre.. Ce n’est qu'une vue d'avenir, mais peut-être proche, car If Direction de la S. H. P. n’a jamais hésité à voir grand et à utiliser les moyens les plus modernes, améliorant ainsi l’état sanitaire du Maroc, de façon élonnante, pendant ces dernières années.

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