‹ Indications et Contre-indications ThérapeutiquesChapitre 15 sur 33 · TER · texte numérisé non relu

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mérite de la cure, permet en même temps de lui dénier toute influence effective, en rapportant uniquement au travail spontané de l'organisme tous les résultats obtenus.

« Mais il serait injuste d’en tirer des conclusions défavorables à la médication thermale elle-même. Une médication de ce genre ne réussit guère qu’à la condition de marcher dans une sorte de consensus avec la tendance curative de l'organisme. Qu'elle développe cette tendance, ou qu’elle l’aide seulement, nous croyons à ce principe : que l'excellence d’une médication peut se juger à cela seul qu’elle puisse être confondue dans son action avec la marche spontanée de l’organisme dans le sens de la curation. S'il en résulte queique confusion, dans notre analyse, et si nous ne savons pas au Juste ce qu'il faut attribuer au traitement ou rapporter à l’organisme, cest un inconvénient, mais secondaire, et l’important c’est que les résultats que l’on obtient soient aussi satisfaisants que possible. »

D'après ce que nous venons de citer, il nous sera maintenant facile de poser les indications thérapeutiques. Elles sont au nombre de deux: d'abord, nous devons agir sur la, lésion organique même, sur le foyer apoplectique, qui est le phénomène initial; ensuite, la médication thermale devra s’adresser à la paralysie, conséquence immédiate de la lésion.

Comment les eaux de Balaruc répondent-elles à cette première indication? — La substance cérébrale s’est trouvée déchirée par la lésion; il se forme autour d’elle un travail de réparation, d'où apport d'une certaine quantité de sang ; mais cet afflux sanguin ne doit pas dépasser certaines limites, il faut le modérer, et pour cela détourner le flux vers d’autres parties de l'organisme. Il nous faut, en un mot, faire de la révulsion. Or les eaux de Balarue, prises à une dose un peu forte, sont purgatives, et font, de la révulsion du côté de l’intestin. Elles remplissent donc l'indication première. La sécré-

tion intestinale est augmentée, la sérosité sanguine diminuée, d’où abaissement de la tension intravasculaire : c’est ce que M. Planche appelle l’action spoliatrice.

Une pareille médication n’est pas cependant exempte de dangers, comme nous le verrons à propos des contre-indications.

La dernière indication s'adresse à la paralysie, conséquence de la lésion. Elle est un corollaire de la première et lui emprunte son mode d’action. Cette paralysie est bien, en effet, sous la dépendance même du foyer apoplectique, puisqu'elle varie suivant le siège et l'étendue de ce dernier. En agissant par exemple, sur le caillot hémorragique, en tâchant de faciliter sa résorption, nous améliorons indirectement la paralysie symptomatique, et nous obtenons de la sorte de grands bénéfices. Lorsque la nature agit seule et qu'aucun traitement ne vient aider le travail de réparation, nous voyons très souvent les phénomènes du début s’amender; la sensibilité disparue revient peu à peu, la paralysie s’atténue quelquefois. Les eaux de Balaruc, dans cette seconde indication, agissent d’abord par leur action révulsive, comme dans le premier cas. Au bout d’un certain temps, nous leur demanderons un autre secours: celui de réveiller les fonctions éteintes du membre paralysé ; et, ce que nous chercherons alors, ce sera une action excitante. Nous avons dit, en parlant des caractères de ces eaux, combien elles possédaient à un haut degré cette propriété, et combien aussi devait être prudent et timide l'emploi d’un pareil procédé. On ne doit jamais oublier, en effet, qu’une réaction trop vive pourrait déterminer une nouvelle poussée du côté du cerveau.

A côté de ces deux indications que nous venons d’examiner à propos du traitement des paralysies d’origine cérébrale, se pose une autre question du plus haut intérêt et pour le malade et pour le praticien: À quelle époque de la maladie

pourra-t-on commencer, sans inconvénients, l’usage du traitement thermal ?

En 1856, fut soumise à la Société d'hydrologie la question du traitement des paralysies par les eaux minérales. À ce débat prirent part tous les médecins-inspecteurs des eaux thermales ayant donné de bons résultats dans les paralysies : tous vinrent apporter les résultats de leur longue pratique, et le fruit de nombre d’années d'expérience. Le désaccord régna sur plus d’un point, mais surtout sur le moment opportun au début d’un traitement hydro-minéral.

M. Le Bret, alors médecin-inspecteur à Balaruc, rendit compte de sa pratique, et des heureux résultats qu’obtenaient les paralytiques auprès de la station thermale. Il fut d'avis, avec quelques légères restrictions, que le traitement thermal devait être institué peu de temps après l’attaque d’'apoplexie.

Bien que ce médecin eût pour lui son expérience, et des observations à son appui, nous sommes loin de partager son opinion. [Il y a beaucoup de malades qui, après une cure à Balaruc, ont échappé à l'observation de M. Le Bret, et rien ne nous prouve qu'une fois rentrés dans leurs foyers, ces améliorés de Balaruc n’en soient pas devenus des victimes. Témoin l'observation n° 1 de notre thèse : le malade une fois rentré à l'Hôpital Général, après chaque saison à Balaruc, présentait des phénomènes d’excitation cérébrale très accentués et très regrettables, notamment après sa dernière saison.

Nous pensons avec M. Durand-Fardel que ia règle de conduite doit être la suivante : « Le traitement thermal est indiqué, lorsque, à la suite d’une apoplexie, la marche des symptômes annonce que la lésion cérébrale est en voie de retour ou de réparation. Si l'on attend, en effet, pour commencer le traitement thermal, que la maladie soit entrée dans la période

140 me de retour qui nous paraît seule se prêter à son emploi, on se préserve d'appliquer un traitement toujours plus ou moins perturbateur pendant cette première période des apoplexies toujours pleine de périls, où il importe de ne point troubler les premiers efforts réparateurs de l'organisme et où les accidents ou complications qui peuvent survenir réclament des moyens prompts, énergiques et auxquels les eaux minérales ne sauraient suppléer. Combien peut durer cette période? Il est impossible de le fixer par des chiffres. Il est des individus chez qui la maladie prend avec une grande rapidité cette direction que nous exigeons; d’autres chez qui elle tarde à se décider. »

Bien que l'époque du début du traitement thermal nous paraisse difficile à établir d’une manière fixe et invariable, nous croyons être dans le vrai en posant la règle suivante :

Les eaux de Balaruc ne doivent être employées contre les paralysies d’origine cérébrale que dix ou douze mois environ après le début des accidents. Nous pensons qu’en agissant ainsi on se mettra à l’abri de tout danger, et la lésion sera encore de date assez récente pour que des eaux, aussi énergiques que celles de Balaruc, puissent avoir une action sur elle.

Quels sont les moyens balnéothérapiques usités à Balaruc contre ces paralysies ? Ici, ie rôle le plus important est dévolu à la boisson, c’est elle qui réunit toutes les conditions nécessaires et qui répond aux indications posées. L'eau de Balaruc doit au chlorure de sodium ses propriétés purgatives, et c'est par les purgatifs que nous faisons de la révulsion intestinale. Les premiers jours du traitement, le malade prendra un ou deux verres d’eau minérale, le matin, à jeun, de cinq en cinq minutes et en ayant soin de promener dans l'intervalle (s'il le peut), afin de faciliter l’action purgative. Cette dose sera progressivement ét prudemment augmentée, et il sera bon de la maintenir à cinq ou six verres d’eau. Après une

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certaine accoutumance à ce traitement, le paralytique est soumis aux bains de courte durée d’abord et à une température de 33° à 35° centigrades environ. M. Planche a soin, pendant toute la durée du bain, d’envelopper la tête du malade de compresses d’eau minérale froide pour éviter toute congestion du côté de l’encéphale. L'emploi des douches sera retardé encore plus longtemps : on ne doit pas en faire usage pendant les premières saisons à Balaruc, à cause de leur trop vive énergie. On les alterne avec les bains et elles méritent une extrême circonspection. On utilise encore, à Balaruc, les pédiluves, qui agissent comme dérivatifs, par la haute température de l’eau ; ils ont aussi une action énergique.

Voilà quelle est la base du traitement employé à Balaruc : on ne peut pas poser de règles fixes, les indications variant suivant le degré de la lésion et le tempérament du malade. Le médecin seul, placé auprès de l’établissement, peut, suivant les besoins, déterminer ou modifier le traitement, le suspendre même dans certains cas.

b) Paralysies d’origine spinale. — Nous nous étendrons peu sur le traitement de ces paralysies, et nous nous bornerons même à nenvisager que deux espèces distinctes : la paraplégie et l’ataxie locomotrice progressive.

La paraplégie est la paralysie des membres inférieurs ; elle est liée à une altération de la moelle, mais cette altération ne nous présente pas les mêmes signes que celle du cerveau, et, à ce point de vue, les lésions de la moelle épinière ne peuvent pas avoir les mêmes indications thérapeutiques que celles de lencéphale: il n’y a pas dans la moelle tendance à la réparation et à la cicatrisation. Les paraplégies tirent leurs indications d’un autre groupe de faits : ce n’est pas à la lésion médullaire que nous devons nousadresser, mais bien à la cause qui a produit la paraplégie. Comme le fait remarquer

AMD et Durand-Fardel, le traitement thermal est surtout symptomatique dans l’hémiplégie, et surtout étiologique, ou mieux pathogénique, dans la paraplégie.

Or la cause la plus occasionnelle qui amène ces paraplégies est le froid et la diathèse rhumatismale. C’est donc la paraplégie a frigore, de nature rhumatismale, qui nous intéresse ; c’est d’ailleurs celle qui est traitée à Balaruc avec succès depuis longtemps déjà. Il n’est donc pas question de lésion médullaire.

Les eaux de Balaruc sont indiquées pour combattre la cause même de la paralysie, et elles agissent ici en s'adressant à la diathôse rhumatismale ; leur action est donc analogue à celle que nous avons décrite plus haut à propos du rhumatisme. Les eaux agissent surtout par leur thermalité. M. Le Bret avaitobtenu d'excellents résultats dans ces cas de paraplégie survenue après l'impression subite du froid, ou limmersion du corps dans un cours d’eau, au moment d’une transpiration abondante. Il communiqua ces résultats à la Société d'hydrologie, en 1856, et les fit suivre de quelques réflexions importantes : « On conçoit facilement qu’en l'absence de compression s’exerçant sur la moelle et les nerfs qui se rendent aux membres inférieurs, lorsqu'il n’y a aucune altération du tissu médullaire, et qu'il s'agit, très vraisemblablement, d'une congestion produite dans le réseau vasculaire même de la pie-mère rachidienne ou des autres enveloppes, et qui n'a laissé, si je puis m'exprimer ainsi, qu'un dérangement fonctionnel pour trace de son passage ; on conçoit, dis-je, que le bain répété à une chaleur élevée, la douche ou l’étuve, jouissent d’une efficacité réelle : l'action réflexe se réveille rapidement sous l'impression des moyens excitateurs, et ceux que nous mettons en œuvre ont toutes les qualités requises pour cette stimulation, qui ravive également l’activité de la circulation capillaire dans les extrémités et souvent la

fonction sudoripare presque toujours interrompue. Tous ces phénomènes s’enchainent intimement, et provoquer l’un d'eux, c'est faciliter le retour des autres. »

L’ataxie locomotrice progressive a été traitée avec succès à Balaruc ; nous ne voulons pas entrer dans l'étude de cette question qui nous entrainerait trop loin, mais indiquer seulement les résultats obtenus. Les eaux de Balaruc nous donneront de bons résultats dans le traitement de l’ataxie, toutes les fois que l'indication capitale consistera à s'adresser au fond même de l'organisme, et nous trouvons cette indication dans les formes torpides ei à réaction lente. Dans tout autre cas, nous pensons qu’il sera bon de s'abstenir de l’emploi de ces eaux.

M. le professeur agrégé Brousse à publié, en 1882, dans le Montpellier médical, les observations de quelques ataxiques traités par les eaux de Balaruc : deux de ces malades furent notablement améliorés par ce traitement thermal ; d’autres, au contraire, subirent une aggravation de leur maladie : il était donc nécessaire d'établir certaines différences. Les heureux résultats furent attribués, avec juste raison, par M. Brousse, à l’action tonique et reconstituante des eaux sur tout l'organisme, action qui n’est pas à dédaigner dans le traitement de sujets aflaiblis par une maladie chronique. Aussi en tire-t-il l'indication suivante: «Les eaux de Balaruc sont indiquées dans le traitement de l’ataxie locomotrice, lorsque les phénomènes douloureux sont nuls où peu intenses.» Nous examinerons, à propos des contre-indications, le cas où les eaux de Balaruc peuvent être nuisibles; nous ferons simplement remarquer, à propos de l’ataxie, que nous possédons, dans notre département, une station balnéaire, Lamalou, qui s’est fait une réputation toute spéciale pour le traitement de l’ataxie ; aussi cette maladie est-elle peu traitée à Ba-

LT ES laruc. Il y a une différence qui mérite cependant d’être signalée: c’est que Lamalou s'adapte parfaitement au traitement de l’ataxie, et agit sur les phénomènes d'excitation; Balaruc, au contraire, ne s'adresse qu'aux phénomènes de paralysie, et son mode d'action est complètement opposé à celui de Lamalou.

B. — PARALYSIES IDIOPATHIQUES

Ces paralysies sont dites essentielles, parce qu’elles ne relèvent pas d'un ordre de faits s’accompagnant de lésions matérielles bien déterminés : aussi les avons-nous groupées sous certaines formes communes. L'action des eaux de Balaruc est ici d’une faible utilité et de peu d'importance. Nous nous contentons aussi de signaler rapidement quelques indications thérapeutiques.

a) Diathèse. — Lorsque ces paralysies sine materiâ sont greffées sur une diathèse telle que la scrofule et le rhumatisme, il est certain que nous devons les améliorer par les eaux de Balaruc. L’indication thérapeutique est ici bien nette : il faut modifier, améliorer et reconstituer le terrain. Nous nous adresserons donc à la scrofule et au rhumatisme par les mêmes procédés indiqués dès le début de ce travail.

b) État morbide général. — En première ligne, vient la chloro-anémie ; certes, personne ne songera à contester ici la nécessité de tonifier l’économie ; nous aurons donc recours aux propriétés excitantes des eaux de Balaruc, prises sous forme de bains et de douches. Citons pour mémoire le scorbut, car nous rencontrons fort peu cette affection de nos jours. Mais, en 1857, après la guerre de Crimée, de nombreux scorbutiques furent envoyés à l'hôpital militaire de Balaruc. M. Le

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Bret à rapporté, dans une communication faite à la Société

d'hydrologie, le mode de traitement qu'il mit en usage et les améliorations qu’il obtint.

c) Intoxications. — Les paralysies sont assez fréquentes à la suite d'intoxication par le plomb et l'alcool. Il faudra ici épurer l'organisme entier du poison qu’il renferme et lui rendre ensuite sa vigueur et son activité premières. Nous obtiendrons la première indication par les effets purgatifs des eaux, nous aurons ensuite recours aux bains et aux douches.

d) Névroses. — Il est un autre groupe que nous devons mentionner, c’est celui des paralysies liées à des états névrotiques, tels que la chorée, l’hystérie et l'épilepsie. Les résultats obtenus par les eaux de Balaruc n’ont jamais été satisfaisants : nous nous trouvons ici en présence d’un éréthisme nerveux qui ne peut qu'être aggravé par l’action d'une eau excitante au premier chef. On voit par là combien il faut éviter, dans ces cas, d’envoyer ces malades à Balaruc.

Dans tout ce groupe de paralysies idiopathiques, nous rencontrons toujours la même indication thérapeutique, elle est fixeet générale: il faut s'adresser, non à la paralysie elle-même, mais au terrain sur lequel elle s’est développée. :

Nous aurions dû encore énoncer les indications, dans le traitement de certaines affections : c’est ainsi, que la paralysie infantile, l’atrophie musculaire progressive, la gravelle, ont été améliorées par les eaux de Balaruc. C’est avec intention que nous l’omettons, car toutes ces considérations nous entraineraient trop loin.

Si nous jetons un coup d’oœil sur les diverses indications que nous venons d'établir pour le traitement des paralysies, nous sommes conduits à les formuler sous les deux règles générales suivantes :

PAGE 1° Il faut agir sur l'état général : on utilisera pour cela les propriétés toniques et reconstituantes de l’eau de Balaruc, qui relèveront l'organisme affaibli et abattu par la maladie chronique ; À 2 Il faut agir sur l’état local: cette seconde indication est surtout utile dans le traitement des paralysies consécutives à une lésion cérébrale ; nous aurons alors recours à l’action purgative des eaux, qui, par la révulsion de l'intestin, agissent indirectement sur la lésion cérébrale (1).

(1) M. Albert Robin, qui a fait des expériences sur la balnéation chlorurée sodique, a posé les trois règles générales :

1° L'indication majeure se tire de tous les états morbides dans lesquels il y a hypoazoturie, c’est-à-dire diminution dans les échanges azotés.

20 L’amoindrissement des oxydations azotées constitue la deuxième indication.

3° La troisième indication générale relève de lPaction d'épargne exercée par la balnéation chlorurée sodique sur les tissus riches en phosphore et sur ceux qui sont à la fois riches en azote et en phosphore.

Ces indications, posées par M. Albert Robin, sont basées sur la chimie des échanges. On recherche dans tous les cas le coefficient d'oxydation, c’est-àdire le rapport de l'azote total à l'azote de l’urée.

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