CONTRE-INDICATIONS TIRÉES DE L’AFFECTION
Nous avons examiné avec détail les indications de ces eaux dans les états diathésiques, tels que lymphatisme, scrofule et rhumatisme; nous allons suivre le même ordre pour l'exposé des contre-indications.
Dans le lymphatisme et la scrofule, il semble tout d’abord qu'il n'y ait pas à proprement parler de contre-indicalion, les eaux de Balaruc en étant considérées comme le véritable spécifique. Il existe cependant, d’après le médecin allemand Wiesbaden, une forme de scrofule, à laquelle il donne le nom de scrofule sensible ou éréthique, qui se trouve mal de l'emploi des eaux trop fortes. [l est certain que cette forme sera contre-indiquée à Balaruc, comme dans tous les cas où nous rencontrons de l'éréthisme, soit du système vasculaire, soit du système nerveux. Ce qui convient aux eaux de Balaruc est la scrofule à forme torpide : c’est la plus fréquente, et le lymphatisme et la scrofule rappellent par leur nom seul une idée de torpeur et d’engourdissement du système nerveux ; la forme éréthique est rare, et par conséquent les contre-indications peu fréquentes.
Dans le rhumatisme aussi, nous devons baser une des principales contre-indications sur le fond même de la diathèse : si le rhumatisme s’est développé chez un sujet nerveux, excitable, on n’obtiendra aucune amélioration des eaux de Balaruc ; au contraire, par leur haute température et par leur riche minéralisation, ces eaux détermineront de nouvelles poussées articulaires et réveilleront les douleurs intenses. Il faut faire une remarque à ce propos : dans ces formes de rhumatisme sur fond nerveux, il se peut qu'au début du traitement par Balaruc on obtienne une apparente amélioration ; mais il faut se méfier, car à ce calme trompeur succèdera
bientôt une tempête. N'est-ce pas ce qui arriva au goutteux chevalier de Grignan, comme nous le dit Mme de Sévigné, et dont nous avons parlé dans notre historique : Le podagre vint à Balaruc ; en quelques jours, les eaux de Balaruc firent un véritable miracle ; mais, pendant l'hiver, le chevalier présenta des accidents de goutte remontée tels que sa vie fut en danger. Et combien d’autres malades, nerveux et vifs, ont vu aggraver leur situation pour avoir usé sans discernement des eaux de Balaruc!
Outre cetle première indication tirée du tempérament du malade, nous en trouvons une seconde, basée sur la forme même de l'affection. Les eaux minérales conviennent spécialement aux formes chroniques : il est bien évident qu'une affection à l'état aigu est formellement contre-indiquée ; un rhumatisme articulaire aigu, une goutte aiguë sur fond rhumatismal, ne peuvent être traités, soit à Balaruc, soit ailleurs, par une eau minérale : il faut que la maladie soit passée à l'état chronique. Mais il arrive souvent que, même à l’état chronique, une affection telle que le rhumatisme éprouve des poussées, des exacerbations du côté des articulations : un pareil moment ne saurait davantage convenir à un traitement thermal. Comme nous le fait remarquer M. Durand-Fardel, ce sont les époques stationnaires, où la cause pathologique semble sommeiller, où l’évolution morbide s'arrête, qu'il faut choisir pour l’application des eaux minérales.
Nous avons indiqué plus haut les heureux résultats qu’on obtenait dans les cachexies diverses par l'emploi des eaux de Balaruc. Il est cependant certains cas où les eaux seraient dangereuses, c’est lorsque l’organisme est trop profondément déchu par une affection organique; sous l'influence des eaux, l'excitation pourrait dépasser le but que l'on se propose, dé-
terminer une poussée dans la partie atteinte, et hâler ainsi une issue funeste.