CHAPITRE IV
Des moyens b2lnéothérapiques
Les moyens employés à Balaruc sont en grand nombre : on prend les eaux tant à l’intérieur qu’à l'extérieur, en boisson, bains, douches, boues minérales, etc. Nous allons passer en revue tous ces divers modes d'administration.
Boisson. — C’est un des moyens les plus usités, dès le début de tout traitement à Balaruc. On doit en user avec beaucoup de prudence, se rendre compte du tempérament du malade et de l’état de sa lésion. On donne l’eau, chez les enfants, par cuillerées et par petites sorgées ; on arrive ensuite jusqu’à un demi-verre. Chez l'adulte, on administre d’abord un ou deux verres, et on augmente progressivement la dose, en ayant soin de se maintenir à cinq ou six verres. On recommande de faire promener les malades, afin d'obtenir un effet purgatif plus rapide.
Prise à petite dose, d’après M. Planche, cette eau est tonique, reconstituante et peut être mise au nombre des médicaments altérants ; à plus haute dose, elle est purgative. La température (46° prise au griffon de la buvette) est trop élevée pour causer des nausées et des vomissements.
Dans son Traitésurles principales eaux minérales del'Europe, Rotureau nous dit que certains malades, après leur cure à Balaruc, conservent une diarrhée opiniâtre, cédant avec une grande difficulté. Il attribue cette action à la présence
dans les eaux d’une assez forte proportion de chlorure de magnésium. M. Planche, depuis dix-neuf ans qu’il est à la tête du service médical de cette station, n’a jamais chservé cette complication, et voici la juste explication qu’il nous en donne : ces diarrhées rebelles étaient dues à l'abus que l’on faisait des eaux en boisson. Du temps d’Astruc, et récemment encore du temps de Rousset, on faisait prendre jusqu’à 12 verrées d’eau, c'est-à-dire 3 litres, pour obtenir un effet purgatif. A pareille dose, on devait produire de l’inflammation du côté de l'intestin, se traduisant par une diarrhée d’une longue durée. Ce n’était donc pas l’eau de Balaruc qui produisait de véritables désastres au temps où Rotureau vint à Balaruc, mais bien l'abus qu'on en faisait, et contre lequel le docteur Crouzet ne cessait de s'élever ; il réussit ainsi à le faire disparaitre et ces accidents sont aujourd'hui supprimés. M. Planche nous a même raconté qu’il à vu mourir un malade sous ses yeux et dans quelques heures, après l’ingestion de 14 verres d’eau minérale. La malade qui fait le sujet de notre observation VI nous a avoué avoir maintes fois observé chez elle de la diarrhée après une cure à Balaruc, mais nous l'avons attribuée à un défaut de surveillance chez les malades de l'hôpital. Les malades, en effet, ont dans la boisson et dans ses effets purgatifs une confiance illimitée : l’hémiplécique n’est heureux et n’a de l'espoir que quand il est fortement purgé; son visage, nous à dit M. le docteur Planche, traduit toujours son contentement ou sa tristesse, et, si la surveillance n'existait pas d’une façon rigoureuse, des accidents nombreux se produiraient fréquemment. Ce n'est donc pas l’eau que nous devons incriminer, comme l'a fait à tort Rotureau.
La boisson est le moyen par excellence employé dès le début de tout traitement à Balaruc, notamment dans les para: lysies, suite de lésions cérébrales, comme nous aurons occasion de le dire plus loin.
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Bains. — Les bains sont pris, à Balaruc, dans des baignoires. Le genre de lésions pour lesquels on les emploie le plus fréquemment (traitement des paralysies) ne permet guère d’user des piscines.
Les bains agissent à Balaruc par la riche minéralisation des eaux et par leur haute température. On sait que les bains chauds, d’une façon générale, sont stimulants ; ceux de Balaruc le sont par conséquent à un plus haut degré. Il se produit une action stimulante sur les terminaisons nerveuses cutanées, d’où la production de réflexes. Aussi l'administration des bains aux paralytiques exige-t-elle une grande surveillance, soit au point de vue de leur température, soit au point de vue de leur durée. Une température élevée conviendra aux formes torpides et àréaction lente. Dans les formes à réaction vive, chez les sujets excitables, on aura soin de diminuer la durée du bain, et, quelquefois même, d’en suspendre l'emploi.
M. le docteur Crouzet eut l'heureuse idée d'ajouter, à l’eau du bain, les eaux-mères des salins de Villeroy, séparés de Balarue par un bras de l’étang de Thau. Ces eaux-mèêres renferment une assez grande quantité de bromures et d’iodures; on obtient ainsi une action stimulante et résolutive plus considérable. Actuellement l’usage de ces eaux-mères est très répandu à Balaruc pour augmenter l’action de l'eau thermale. On les utilise surtout dans les cas de scrofule torpide invétérée ; mais on se garde bien d’avoir recours à cette addition dans les cas de paralysies, la réaction que l’on obtient étant trop énergique.
Doucues.— D'après ce que nous venons de dire de l’action stimulante des bains, il est facile de prévoir que la douche aura une action encoré plus énergique. Aussi est-ce là une arme redoutable qu’il faut manier avec une extrême prudence : elle a maintes fois occasionné de funestes accidents et.a con-
Pre tribué pour une large part à la mauvaise réputation de Balaruc. Hâtons-nous de dire, ici encore, que le mal provenait du mauvais emploi que l’on faisait de ce moyen balnéothérapique. Le malade était couché sur une paillasse, et, à l’aide d’une cruche dont l'historien Astruc nous à conservé le dessin (tellement il fut frappé de ce procédé), on faisait tomber l'eau sur la tête, pendant que des aides se livraient à des frictions énergiques. Le but que l’on poursuivait était de réveiller le cerveau de sa torpeur ! Comment, après des moyens aussi violents, les accidents n’ont-ils pas été plus nombreux ? C'est que, probablement, on enregistrait les succès, et on avait soin de taire les mauvais résultats.
On se sert, à Balaruc, de la douche générale; mais on ne doit la donner que lorsque le malade est habitué aux eaux, et la proscrire complètement pendant les premières saisons, surtout dans le traitement des paralysies d'origine cérébrale. Dans les affections locales, empreintes de la diathèse scrofuleuse ou rhumatismale, il sera inutile d'agir avec autant de modération.
BouEs MINÉRALES. — Voici un mode de traitement que l’on rencontre dans de rares stations balnéaires. Il rend à Balaruc des services d’une merveilleuse efficacité. On ne saurait trop attirer l'attention sur ce mode de traitement, tant sont immen:ses et assurés les heureux résultats que l’on en obtient. Ces boues consistent dans des terres rapportées et plongées constamment dans des réservoirs que l’eau thermale, sortant de son bassin de captage, traverse avant de se perdre dans l’étang. Ces réservoirs sont très rapprochés du point d’émergence de la source; les boues conservent ainsi une température égale à celle de l’eau naissante. Tous les ans, quand la saison balnéaire est terminée, vers la fin du mois d’octobre, M. Planche fait creuser dans l’étang, et en fait extraire une