CHAPITRE VII
LES PANCRÉATITES AIGUES
Depuis les belles expériences de Morel et Brocq, il semble admis actuellement que la lithiase soit, dans l’immense majorité des cas, à l’origine des paucréatites aiguës œdémateuses ou hémorragiques.
La conclusion thérapeutique logique est que le traitement d’une pancréatite aiguë doit comporter un acte s'adressant aux voies biliaires, opinion si bien exprimée par Lecène lorsqu'il dit : « Un acte opératoire limité à l’ouverture du ventre et au drainage de la région pancréatique est tout à fait insuffisant puisqu'il n’agit pas sur la cause de la pancréatite. »
Quel genre d'intervention faut-il donc conseiller ?
Certains chirurgiens, comme Walzel, préfèrent le drainage de la voie biliaire principale avec, autant que possible, une cholécystectomie. Sans compter qu'il s’agit là d’une opération longue et choquante sur un malade déjà fatigué, la cholécystectomie semble favoriser une pancréatite ultérieure en supprimant le réservoir de sûreté (Bergmann). Nous préférons donc la cholécystostomie qui draine aussi bien et à peu de
frais. Les observations publiées récemment à la So-
ciété nationale de Chirurgie le prouvent suffisamment. Citons-en quelques-unes.
L'observation de Desplas-Lubin Aimé, publiée à la Société nationale de Chirurgie, le 9 juillet 1930, est des plus instructives.
Il s'agissait d’une pancréalite d’abord subaiguë, simulant une tumeur kystique du pancréas et évoluant comme une péritonite localisée sus-ombilicale.
L'intervention a lieu le 18 janvier 1930. L’incision de la tuméfaction inflammatoire conduit, à travers le ligament gastro-côlique, dans le pancréas. Concécutivement à celle incision, s'établit une fistule pancréatique qui s’oblitère spontanément. Les accidents infectieux réapparaissent. En même temps, la fistule pancréatique se rétablit, digère la paroi abdominale et une tuméfaction pancréatique importante se constitue.
Deuxième intervention le 8 mai 1930. Cholécystostomie.
Suites opératoires : les accidents infectieux aigus disparaissent, la fistule pancréatique se tarit et la tuméfaction pancréatique se résorbe. La fistule biliaire a donné une bile qui s’est progressivement éclaircie, fluidifiée, désodorisée, Au début elle contenait une véritable purée de colibacilles, puis, progressivement, le nombre en a diminué.
La radio par la fistule met en évidence le calibre rétréci de la portion pancréatique.
Ockynzic, présentant une observation à la Société de Chirurgie, le 24 juin 1937, a pu dire :
« La simplicité de la guérison est due à la précocité
de l'intervention, mais aussi et surtout, au drainage
ER
biliaire. Je me demande même si chez cette malade, la dilacération et le tamponnement ont vraiment été utiles et si le même résultat n’eût pas été obtenu par la seule cholécystostomie. »
D'ailleurs les statistiques suivantes sont frappantes :
Nordmann opère 8 cas de pancréatite ; 4 sans opération sur la voie biliaire (4 morts), 4 avec drainage (4 guérisons).
Arnsperger opère 2 cas sans drainage (2 morts), 1 avec drainage (guérison).
Aussi Ockynzic conclut, et nous adoptons pleinement sa manière de voir :
« L'opération rationnelle comprend : un temps nécessaire, mais accessoire qui est le drainage et le tamponnement de la lésion pancréatique ; un temps principal et indispensable qui est le drainage des voies biliaires. »
D'ailleurs Leriche a pu guérir une pancréatite aiguë hémorragique par simple cholécysloslomie sans dilacération du pancréas qui pour lui est grave et inutile. (Leriche, Société de Chirurgie de ‘Lyon. Séance du 10 décembre 1931). à
Le D' Desplas, a opéré à la Maison de Santé du Gardien de la Paix une pancréatite aiguë hémorragique vérifiée par incision médiane (hémorragie intrapéritonéale cyto-stéato-nécrose). Il est fait une simple
cholécystostomie. Guérison.