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DÉ LA CHAMBRK DES DEPUTES I

Casimir Périer, qui n'y resta que peu de temps et dont les grandes qualités d'intelligence et de caractère trouvèrent un meilleur emploi à la tête du ministère. Il fut remplacé au fauteuil par M. Girod (de l'Ain), qui n'était pas à la hauteur de la situation et dut céder la place, au commencement de la session suivante, à M. Dupin aîné.

M. Dupin a été sans contredit le président le plus éminent qui ait été à la tête d'une Assemblée depuis la création du régime parlementaire en France. Esprit prompt, vif à la répartie, sachant à merveille tous les précédents de la jurisprudence, personne n'a jamais mieux que lui dirigé une discussion, débrouillé les amendements, indiqué l'ordre logique de la délibération, fait la clarté là où il n'y avait qu'obscurité; mais surtout personne n'a jamais aussi bien tenu la classe.

Toutefois l'illustre président, célèbre par ses coups de boutoir auxquels personne n'échappait, pas plus les ministres que les simples députés, poussait un peu trop loin le goût de l'épigramme. « Non pas que M. Dupin, a dit Timon, soit méchant, mais il oublie quelquefois qu'il préside, et quand un bon mot le démange, il faut qu'il se gratte. »

Les bons mots de M. Dupin sont restés

IÔO LES PRESIDENTS

célèbres; c'est surtout contre les députés ennuyeux, qui abusaient de la tribune par le discours écrit, que sa verve aimait à s'exercer. Nous pouvons en citer un exemple assez plaisant :

Un jour, un député du centre, assez coutumier du fait, M. Abraham Dubois, occupait depuis près d'une heure la tribune, au milieu de l'inattention de la Chambre; le volumineux manuscrit qu'il lisait était à peine à la moitié, les murmures d'impatience couvraient sa voix ; ce que voyant, le facétieux président lui dit à mi-voix et à plusieurs reprises ces mots bibliques : « Abraham, le temps du sacrifice est arrivé ! . . . » Le malencontreux orateur se résigna et quitta la tribune.

Tant que la verve de M. Dupin ne s'exerça que d'une façon aussi innocente, il eut les rieurs de son côté; mais un jour et dans une circonstance solennelle son humeur frondeuse l'entraîna beaucoup trop loin, et peu s'en fallut qu'il ne fût obligé d'aller sur le terrain avec un maréchal de France.

Nous avons raconté avec détail cet incident dans l'article sur les Duels parlementaires; nous n'y reviendrons pas.

Après la chute du ministère Mole et l'avènement au pouvoir du centre gauche, M. Dupin fut remplacé au fauteuil par

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