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DE LA CHAMBRE DES DEPUTES I 8 I

M. Hippolyte Passy, qui n'y resta que quelques jours, et, appelé à faire partie du ministère du 12 mai, eut pour successeur M. Sauzet , qui occupa le fauteuil de la présidence jusqu'au 24 février 1848, c'est-àdire pendant neuf ans.

M. Sauzet était un excellent président pour les séances ordinaires, pour les discussions d'affaires. Plein de courtoisie et de bienveillance, doué d'une mémoire prodigieuse, d'une facilité de parole à toute épreuve, il excellait à conduire les discussions les plus confuses et à démêler l'écheveau le plus embrouillé par les amendements, sous-amendements, etc. ; mais nature molle et sans énergie, il était tout à fait au-dessous de ses fonctions dans les moments d'orage ; c'était un président à sonnette, et il perdait complètement la tête dans les moments difficiles.

Une fois, ne pouvant dominer le tumulte, il disparut, sans qu'on s'en aperçût, par une porte masquée, située derrière le bureau, et dont on ne se servait que dans les cas pressants.

C'est à ce propos que M. Vatout, l'auteur delà chanson du Maire d'Eu et autres poésies légères, improvisa le sixain suivant :

En vain la Chambre embarrassée Cherche partout Sauzet de l'œil; Il disparaît sous son fauteuil;

C'était une chaise percée.

C'est que de tous les cas il fait Une question de cabinet.

On comprend qu'avec ces précédents M. Sauzet fit assez triste figure au fauteuil de la présidence le 24 février 1848 ; mais les Boissy d'Anglas sont rares : la suite l'a bien prouvé.

Lorsque, au mois de mai 1848, il s'agit de nommer le président de l'Assemblée constituante, les partis, fatigués du gouvernement des avocats et croyant sans doute la société bien malade, avaient voulu essayer des médecins : on voyait des médecins partout ; le ministère de l'intérieur, celui des travaux publics, la préfecture de police, avaient à leur tête des médecins; les choses n'en allaient pas beaucoup mieux ; il est vrai qu'alors, comme aujourd'hui, ce n'était pas précisément la tête de la profession qui avait fait invasion dans la politique.

Deux médecins furent candidats à la présidence de l'Assemblée, MM. Bûchez et Trélat : la partie modérée, la droite, fit pencher la balance en faveur du premier, croyant, à tort ou à raison, qu'il lui offrait plus de garanties.

A peine en possession du fauteuil de la présidence, M. Bûchez, homme honorable du reste, esprit laborieux, mais timide, ap-

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partenant beaucoup plus, dans la classification des partis, aux utopistes naïfs qu'aux jacobins militants, M. Bûchez eut à subir la rude épreuve du i ) mai et il y prouva non seulement qu'il n'appartenait pas, lui non plus, à la race des Boissy d'Anglas, mais qu'il était au-dessous de M. Sauzet lui-même.

Il fut bientôt remplacé par M. Senard, qui n'occupa le fauteil que peu de temps et le céda à M. Armand Marrast, l'ancien rédacteur en chef du National, qui fut, à vrai dire, le seul président de l'Assemblée de

Esprit très cultivé, professeur de rhétorique à vingt ans, M. Marrast, comme beaucoup d'autres, ne s'était égaré dans les rangs de la démocratie la plus avancée que parce que la société ne lui faisait pas une place à la hauteur de son ambition. Il n'aurait pas mieux demandé, lui aussi, que d'occuper une grande position dans une république athénienne, et, il faut lui rendre cette justice qu'aussi bien dans les salons dorés de l'ancienne demeure des Condé, où ses réceptions firent un certain bruit, qu'au fauteuil de la présidence, il ne fit pas mauvaise figure.

Courtois et ferme à la fois, très familier avec les débats de la tribune, qu'il avait suivis et jugés comme journaliste pendant

quinze ans, M. Marrast fut un très bon président, et, comme c'est surtout à ses coreligionnaires politiques, toujours bruyants et indisciplinés, que s'appliquaient ses coups de férule, ceux-ci aimaient à se moquer de ses allures trop aristocratiques et l'appelaient ironiquement : « Monsieur le marquis1 ».

L'Assemblée législative de 1849 eut la bonne fortune de retrouver pour la présider pendant toute sa durée M. Dupin, auquel les années n'avaient rien enlevé de ses rares qualités et qui sut, pendant trois ans, diriger avec sa verve et sa vigueur des anciens jours des débats souvent orageux; on se souvient particulièrement de ses luttes avec son compatriote, le pharmacien Miot, interrupteur forcené, dont il avait souvent à réprimer les écarts et qui a clos ( espérons-le ) sa glorieuse carrière par le rôle important qu'il a joué dans la Commune.

On a quelquefois reproché à M. Dupin de n'avoir pas montré assez d'énergie dans la matinée du 2 décembre, alors que quelquesuns de ses collègues, ayant été l'arracher aux douceurs du sommeil, l'excitaient à protester contre la violation de l'Assemblée. Nous croyons que ce n'est pas l'énergie qui, dans

1 On sait combien tout cela a. été dépassé depuis par un autre parvenu.

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cette circonstance, fit défaut à M. Dupin, et qu'au fond il n'était pas trop fâché de ce qui se passait.

Avec la constitution de i8?2, les fonctions de président du Corps législatif perdaient beaucoup de leur importance et de leurs difficultés. Cependant le choix de l'homme n'était pas indifférent, et l'empereur eut la main heureuse en appelant successivement à ce poste élevé M. Billaut et M. de Morny.

Ce dernier occupait le fauteuil lorsque les graves modifications apportées à la constitution de i8)2, par les décrets de 1860, vinrent relever la tribune et restaurer les anciens débats parlementaires. Les éminentes qualités d'esprit de M. de Morny, son exquise urbanité jointe à une grande fermeté, trouvèrent là leur heureuse application, et c'est à bon droit qu'on put dire de lui : une main d'acier sous un gant de velours.

La mort prématurée de M. de Morny laissa vacant le fauteuil de la présidence au moment où les nouvelles réformes de 1864 en augmentaient encore l'importance. Il était difficile de le remplacer, bien que le Corps législatif eût alors pour vice-présidents deux hommes de valeur, MM. Schneider et Alfred Leroux. M. Schneider surtout était un homme considérable par sa grande fortune, honorablement acquise dans le plus

important établissement industriel de notre pays, aussi bien que par son incontestable capacité. Il avait plusieurs fois présidé avec distinction les séances du Corps législatif.

D'un autre côté, la candidature de M. Alfred Leroux était très vivement appuyée auprès de l'empereur par un homme d\in excellent jugement et qui avait alors beaucoup d'influence, M. Fould.

L'empereur dit à M. Fould : « Eh bien ! il faut faire présider M. Leroux, et nous le jugerons à l'œuvre ». Mais M. Schneider, qui était un homme fort perspicace et qui avait probablement eu vent de quelque chose, eut le soin de ne jamais abandonner à son collègue le fauteuil de la présidence, et l'épreuve ne put se faire.

Pour sortir de cet embarras, Tempereur, après avoir attendu quelque temps, et, sans en rien dire à personne, nomma M. Waleski pour lequel il avait un faible1, et qui ne justifia guère ce choix inattendu. Affligé de surdité, peu au courant des débats parlementaires, car il n'avait jamais appartenu à aucune assemblée, M. Waleski se montra beaucoup au-dessous de la tâche qui lui avait été confiée; il fallut songera le remplacer, et

4 Lire dans les lettres de Mérimée à Panizzi les intéressants détails relatifs à la faveur dont jouit pendant quelque temps M. Waleski.

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