DANS LES ARTS 2 I
l'inauguration se lit à Florence par Philippe Brunelleschi et le couronnement fut cette magnifique église de Saint-Pierre de Rome, fondée d'après les plans de Bramante et glorieusement complétée par Michel-Ange, M. de Valmy en étudie avec une grande sagacité les développements successifs et y trouve une nouvelle preuve de sa doctrine, Fimmense supériorité de Fart grec dont cette époque s'inspira et dont elle ne fut qu'une brillante et nouvelle manifestation.
Il suit pas à pas son introduction en France où, sous la direction des artistes italiens et L'intelligent patronage d'un souverain, ami des arts, elle produisit ces chefs-d'œuvre dont s'enorgueillit à bon droit la France des Valois, les châteaux de Chambord, de Chenonccaux, de Blois, etc.
Ajoutons, et c'est là un argument de plus en faveur de la thèse que nous soutenions tout à l'heure, que, bien qu'on retrouve dans ces monuments les inspirations et les traditions de l'art grec, grâce au génie de leurs auteurs, ils sont empreints d'un puissant caractère d'originalité; ce ne sont pas, comme nous ne Pavons que trop vu plus tard, de vulgaires pastiches, et, bien qu'ils soient dus à des artistes italiens, ils constituent une physionomie toute particulière de l'art et des différences très marquées entre la
renaissance française et la renaissance italienne1.
Mais cette brillante époque de l'art moderne, parvenue à son apogée sous le règne de Léon X et sous celui de François Ier, n'a qu'une trop courte durée. L'art italien arrive, pour la seconde fois, à une décadence dont il ne s'est pas encore relevé, et la réaction s'en fait promptement ressentir en France, où aux brillants chefs-d'œuvre de l'époque des Valois succèdent les lourdes constructions de Louis XIII.
Nous croyons avec M. de Valmy que le patronage du pouvoir a toujours exercé une influence décisive sur le progrès et le caractère de l'art, et c'est à bon droit qu'il fait remarquer que Périclès et Auguste, dans l'antiquité, Justinien et Charlemagne, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, avaient guidé et encouragé le progrès des arts, des
* Lorsque cet article a été publié, nous ne connaissions pas encore le très intéressant ouvrage de M. l'abbé Chevalier, Promenades pittoresques en Touraine, qui n'a paru qu'en i8bg. Dans ce savant travail, l'auteur a prouvé d'une façon péremptoire que, sans contester au génie italien le mérite de l'inspiration, la part la plus importante dans la construction de nos beaux monuments de la Touraine et du Blaisois, de l'époque de la Renaissance, revenait incontestablement aux artistes tourangeaux qui, sous le titre trop modeste de maîtres-maçons, furent de grands artistes.