‹ Indiscretions contemporainesChapitre 28 sur 44 · DU « JOURNAL DES DEBATS )) 2-J · texte numérisé non relu

DU « JOURNAL DES DEBATS )) 2-J

dans le gouvernement d'un journal avec lequel, depuis son origine, tous les gouvernements avaient compté, et qui restait une puissance.

Armand Bertin ne pouvait pas dire, comme l'illustre Berryer, dans un mouvement de modestie très exagérée, si elle était sincère : « Je ne sais ni lire ni écrire » ; il lisait au moins aussi bien que M. Legouvé; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'a pas écrit cent lignes dans le journal qu'il a si longtemps dirigé, et je ne saurais oublier le dépit peu dissimulé avec lequel, dînant au Café de Paris en compagnie de Véroii et de quelques autres habitués, il apprit que la Chambre venait de voter la loi Tinguy et Laboulie, au sujet des signatures, loi aujourd'hui un peu tombée en désuétude.

Véron en prit bravement son parti et se mit à faire et à signer des articles dans son journal le Constitutionnel, mais la feuille de la rue des Prêtres fut, comme par le passé, sevrée de la prose de son directeur.

Et, cependant, il est juste de le dire, ce n'était point une sinécure que la direction des Débats dans les mains d'Armand Bertin. Bien que la politique y fût encore alors traitée par les anciens, par des hommes qui s'appelaient de Sacy, Saint-Marc-Girardin, etc., il n'était jamais étranger à l'inspiration,

et il ne signait jamais son journal sans l'avoir lu depuis la première ligne jusqu'à la dernière.

Les piquants détails donnés par l'article du Figaro sur l'attitude d'Armand Bertin à l'époque du coup d'Etat sont très exacts; le directeur des Débats n'était point un Spartiate, il comprit la situation et se résigna d'assez bonne grâce.., en apparence, sauf à se dédommager dans quelques salons par la petite guerre d'épigrammes, qui n'osait pas encore se produire dans le journal.

Mais ce n'est pas immédiatement après le coup d'Etat, comme semble le croire l'auteur de l'article que je viens de citer, que mourut Armand Bertin; ce n'est qu'en i8f4 qu'il fut enlevé en quelques heures, et pendant près de trois ans il avait, en pilote expérimenté et prudent, dirigé sa barque au milieu des récifs dont il n'ignorait pas les dangers.

Cette mort subite jeta un grand désarroi dans la rédaction des Débats, et pour que le nom de Bertin, qui en était depuis plus d'un demi-siècle la personnification, continuât à figurer au bas du journal, il fut décidé à l'unanimité que l'on ferait une démarche auprès d'Edouard Bertin pour l'engager à accepter la succession politique de son frère.

Edouard Bertin, peintre laborieux, esprit

Page 1