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DUELS PARLEMENTAIRES

{Figaro. — Janvier 1868.)

^pjJEs incidents qui se sont récemment | produits dans le sein du Corps légis- Ç||L^^^ latif, et qui ont failli amener un conflit extra-parlementaire entre quelquesuns de ses membres, soulèvent une des questions les plus controversées et qui, à toutes les époques de notre société moderne, ont le plus préoccupé les législateurs, la légitimité et la nécessité du duel.

On peut aujourd'hui, en toute liberté et sans imprudence, parler de cette question à propos d'un incident dont la conclusion pacifique paraît irrévocable et que du reste

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nous ne voulons pas apprécier1. Ce n'est pas non plus la question du duel, à son point de vue général et philosophique, que nous voulons traiter. Nous nous bornerons à rappeler qu'à toutes les époques de notre histoire, que la législation fût draconnienne, comme sous Richelieu, qu'elle fût plus douce et instituée sur une interprétation fort contestée, comme de notre temps, l'usage du duel n'a pu être déraciné, parce que, dans Fétat de nosmœurs, c'est une nécessité sociale, une espèce de complément du Code pénal qui atteint, d'une façon incertaine sans doute, des méfaits contre lesquels la loi écrite est impuissante. Une des meilleures preuves, à Pappuide notre thèse, c'est que ceux qui font la loi ont toujours été les premiers à sacrifier au préjugé, si préjugé il y a, et il devait en être ainsi.

En effet, si la responsabilité des actes et des paroles, jusques et y compris les armes à la main, doit être particulièrement étroite pour quelqu'un, c'est pour les journalistes et les députés. C'est une garantie et un frein sans lesquels les écarts de la plume et de la parole dépasseraient trop souvent leurs limites naturelles. La presse, il faut lui rendre cette

1 Une provocation avait été adressée par M. Granier de Cassagnac, père, à M. Emile Ôllivier, qui l'avait refusée.

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justice, a toujours pratique cette doctrine, et, s'il y avait un reproche à lui faire, ce serait d'y avoir sacrifié, dans ces derniers temps, jusqu'à Fexagération.

Il en a été de même dans les assemblées politiques depuis l'établissement du régime parlementaire en France, et ce sont les nombreux précédents qu'elles nous fournissent qu'il nous a paru bon de rappeler à propos de discussions récentes et des orages qu'elles ont amenés.

Sous l'Assemblée constituante, alors que l'élégance des mœurs, le respect de soi-même et de ses adversaires n'avaient pas encore subi de profondes atteintes, alors qu'on était encore chatouilleux sur le point d'honneur, il y eut entre le marquis de Castries et Charles de Lameth un duel à l'épée dans lequel ce dernier fut blessé. A la suite de ce duel, les passions populaires furent vivement surexcitées, et l'hôtel de Castries, situé rue de Varennes, fut complètement saccagé. Barnave eut deux duels, L'un à l'épée avec le vicomte de Noailles, l'autre au pistolet avec Cazalès qu'il blessa dangereusement.

Dans les assemblées qui suivirent la Constituante, il n'y eut point de duels; mais personne n'ignore que les discussions n'en furent pas pour cela plus modérées. Jamais, au contraire, la violence ne fut poussée aussi

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