DU « JOURNAL DES DEBATS
je pourrais nommer, mais un bijoutier en vrai, et en position de fournir un collier à la reine la plus exigeante.
Il faut bien dire que, dans le monde auquel appartenaient les Bertin, dans cette aristocratie bourgeoise, plus exclusive peut-être que l'aristocratie ancienne, cette union fut regardée comme une mésalliance, et nous nous rappelons les hauts cris que jeta à ce sujet une jolie femme du corps diplomatique dont Armand Bertin avait été le familier et dont M. Bapst était le fournisseur.
Peu de temps après, la seconde fille d'Armand Bertin épousa M. Léon Say. Là il n'y eut rien à dire; M. Léon Say, en possession d'une belle fortune, portait un nom auquel son aïeul, l'économiste, avait fait une honorable notoriété ; il promettait lui-même de marcher sur ses traces ; il n'y eut donc pas de réclamation.
Pendant plusieurs années les deux jeunes gens eurent aux Débats une attitude fort modeste, et on se serait bien gardé alors de dire comme aujourd'hui , la feuille de M. Bapst ; mais après la chute de l'Empire, lorsque ceux qui, quinze ans auparavant, étaient les jeunes, furent remplacés par une nouvelle génération moins autorisée, et qu'il ne resta plus guère de l'ancien personnel politique que l'homme d'esprit qui y tenait alors
l'emploi des ténors légers et dont la voix un peu fatiguée a eu le tort de s'enfler outre mesure, dans ces derniers temps, — à cette époque que nous pourrions sans irrévérence appeler l'époque de la décadence d'un grand journal, les deux gendres d'Armand Bertin, par suite des vides qui s'étaient faits autour d'eux, prirent une position prépondérante dans la propriété et par suite dans la direction des Débats.
Ce n'est donc pas sans motif, quoique la chose semble un peu bizarre au premier aspect, que dans l'intéressante revue du Neiv- Yorck-Herald publiée dernièrement par le Figaro, on a pu lire le dialogue du correspondant américain et de M. Bapst au sujet de la situation.
Quelques personnes naïves ont pu s'étonner de l'importance que le journaliste d'outremer attachait à connaître l'opinion de monsieur Bapst sur la politique du Maréchal et le résultat des élections. Mais par le temps de surprises où nous vivons, il ne faut s'étonner de rien, et il est probable que nous en verrons bien d'autres.