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ET SON PÈRE

fois, l'avait fait exclure de la Chambre, pesait d:un poids bien lourd sur l'existence de M. de Girardin; ce n'était pas l'audace qui lui manquait, et un jour il se décida à prendre, sans y être autorisé, le nom de l'homme qu'il avait quelques raisons de regarder comme son père. Ce nom, qui ne manquait pas d'éclat, était alors porté par plusieurs membres de la famille, et l'un d'eux, qui siégeait à la gauche de la Chambredes députés, se montrait particulièrement irrité de ce qu'il regardait comme une usurpation. Le général Alexandre de Girardin, malgré de vives obsessions, résistait et il lut plusieurs fois question d'instance judicaire pour faire cesser l'abus d'un nom irrégulièrement porté.

Une fois la reconnaissance, que l'on sait, laborieusement obtenue, la réconciliation fut complète et le général se montra très affectueux pour ce fils si longtemps méconnu. Le général n'avait pas d'enfants, il avait une belle fortune et son nouveau fils, qui était un homme fort entendu en affaires, eut, à ce sujet, d'ardentes convoitises.

Il fut question d'une donation entre vifs; le général, sans prendre d'engagement absolu, ne se montra pas trop récalcitrant, mais il laissa entendre qu'en échange d'une aussi grosse faveur, il serait bien aise d'obtenir la pairie que l'on ne pourrait guère refuser à un

journaliste aussi influent auprès du pouvoir que l'était alors M. Emile de Girardin.

Une négociation s'entama donc à ce sujet entre M. Emile de Girardin et M. Guizot, chef du cabinet du 29 octobre. Ce dernier en parla au roi qui donna son consentement, mais à la condition que le général, qui n'avait jamais paru aux Tuileries, viendrait lui faire une visite; cette condition ayant été acceptée par le général et la visite faite, il n'y avait plus d'objection; M. Guizot prévint M. Emile de Girardin et lui dit qu'à la première occasion le général serait nommé pair de France. Mais quel ne fut pas l'étonnement du ministre lorsque le journaliste répondit à cette information gracieusement donnée et qui, peu de temps auparavant, semblait impatiemment attendue : « Ne nous pressons pas, Monsieur le ministre, et ne faites rien avant que je vous en aie reparlé... »

Voici l'explication de cet atermoiement : le père et le fils jouaient au fin, la donation si ardemment désirée et plusieurs fois promise ne se faisait pas; enfin, lorsque M. Emile de Girardin vint annoncer à son père que tout était arrangé avec M. Guizot pour la pairie et qu'il n'y avait plus qu'à signer l'acte de donation, le général trouva des prétextes à de nouveaux délais... Bref, les choses traînèrent en longueur; le général s'en tint à son

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acte de reconnaissance, mais ne fit aucune donation; il ne fut point nommé pair de France. M. deGirardin abandonna le ministère et entama contre lui une de ces campagnes dans lesquelles il était passé maître, dont les principaux incidents furent sa comparution et son acquittement devant la Chambre des pairs, et une interpellation au ministère sur des faits dénoncés par lui à la Chambre des députés, le 2f juin 1847.

Dans le débat qui eut lieu à cette occasion, il se produisit un curieux incident qu'il faut avoir vu pour bien en apprécier la valeur scénique.

M. Guizot donna, avec son sang-froid et sa clarté habituels, des explications très topiques sur les motifs qui avaient privé le ministère de l'appui de M. de Girardin, et pour justifier ces explications, il tira un papier de sa poche : c'était une lettre à lui adressée par le journaliste : « Vous y demandiez, dit M. Guizot, la pairie pour monsieur... votre père ». Là, comme on dit au théâtre, il prit un temps qui fut d'un effet intraduisible.

Le général de Girardin, qui assistait au débat, entra en fureur à cette révélation, et pendant la suspension qui eut lieu lorsque M. Guizot fut descendu de la tribune, il manifesta en termes très violents l'intention de se porter à des voies de fait envers le

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