‹ Indiscretions contemporainesChapitre 5 sur 44 · LES DUELS PARLEMENTAIRES · texte numérisé non relu

LES DUELS PARLEMENTAIRES

sais plus quel motif; M . le colonel de Briqueville avec le marquis de Dalmatie, pour avoir assez durement traité son père à propos de sa conduite en Espagne.

Aucun de ces duels n'eut heureusement de résultat grave, et quelques journaux du temps n'avaient pas assez de quolibets pour l'innocuité des duels parlementaires. Hélas!

bientôt ils n'eurent pas assez de larmes pour un autre duel dont le résultat fut bien tragique, celui du général Bugeaud et du député Dulong.

Le général Bugeaud, qui n'avait accepté qu'à contre-cœur la mission de Blaye, rude épreuve imposée à son dévouement, et qui avait prouvé sous le premier Empire, comme il prouva plus tard en Afrique, qu'il savait en remplir d'autres plus dignes de son courage et de sa haute capacité militaire; le général Bugeaud (la correspondance du maréchal Saint-Arnaud, qui était alors son aide-decamp, nous l'a révélé depuis), avait vivement ressenti les attaques passionnées dont il avait été l'objet à propos de cette mission de Blaye, et il est bien permis de supposer qu'il n'attendait qu'une occasion pour en faire justice.

Cette occasion ne se présenta que trop tôt. Dans une discussion où le général soutenait la doctrine de l'obéissance passive dans l'armée, de vives protestations partirent du côté

LES DUELS PARLEMENTAIRES l6f

de la gauche, et une interruption, comme il s'en produit trop souvent dans ces moments de tumulte et de passion, fut imprudemment lancée. « Faut-il, s'écria M. Dulong, que cela aille jusqu'à se faire geôlier, jusqu'à l'ignominie. » L'interruption se perdit au milieu du bruit, le Moniteur eut la prudence de ne pas la reproduire ; mais le lendemain elle était dans le Journal des Débats. Une rencontre était bien difficile à éviter; pendant trois jours, de louables efforts furent faits dans ce but; le rôle de témoin qu'accepta un général, camarade du général Bugeaud, mais aide-decamp du roi, donna lieu à de fâcheuses suppositions, à d'injustes accusations; enfin, après trois jours de négociations infructueuses, un duel au pistolet fut arrêté, et il coûta la vie à l'infortuné Dulong.

Un peu plus tard, un autre duel faillit avoir lieu entre deux des plus illustres membres de la Chambre : M. de Lamartine et M. Thiers, à propos de quelques mots un peu vifs. Des témoins furent désignés de part et d'autre, et l'affaire fut arrangée pacifiquement, mais non sans beaucoup de peine, après une séance de trois heures dans le cabinet de M. Sauzet, président de la Chambre.

Mais l'incident de cette nature le plus curieux fut certainement celui qui se produisit entre le maréchal Clausel et M. Dupin.

Page 1