ANGLETERRE LE 24 MARS
Puis les porteurs avancèrent jusqu’au corbillard, qui stationnait devant le perron. Les corbillards se ressemblent partout. Celui où fut déposé le corps de la reine était, comme les nôtres, orné de plumes noires et traîné par dix chevaux empanachés. Sur les parois de la caisse avaient été accrochées les armes de l’auguste défunte, et un cocher, au chapeau entouré d’un crêpe tombant sur les épaules, tenait les rênes sur le siège armorié. Ici, les hommes employés aux pompes funèbres et les domestiques des maisons que la mort vient de frapper ont autour de leur feutre un voile sombre et long qui est d’un effet saisissant.
Lors de la levée du corps, l’évêque Grant marcha* devant, ayant en tête sa mitre de soie blanche. Les princes suivaient leur mère et aïeule dans l’ordre suivant :
Le roi des Belges et le comte de Paris,
Le duc de Nemours et le duc de Chartres,
Le prince de Joinville et le duc de Penthièvre,
Deux enfants dont je n’ai pu apprendre la qualité. Derrière eux, le corps diplomatique.
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Ensuite les princesses et mademoiselle Müser et les femmes de la reine.
Tous marchèrent à pied, la tète nue, jusqu’à la grille du parc, où chacun monta dans les voitures qui lui furent désignées par le général Dumas et le capitaine Reille.
Les carrosses étaient aù nombre de soixante, dont quinze réservés à la famille royale et à scs proches.
Immédiatement après le char mortuaire venaient les voitures de deuil dans lesquelles étaient les princes d’Orléans. Le reste du cortège suivait dans cet ordre, le corps diplomatique étant dans les voitures immédiatement derrière celles des princes.
l" voiture : l’ambassadeur d’Autriche, celui de Prusse, le ministre de Belgique et celui de Bavière;
2* voiture : le ministre italien, celui du Portugal, le ministre de Saxe et celui d’Espagne;
3 " voiture : les ministres du Brésil et du Mexique;
4' voiture : les généraux comte de Montesquieu, comte d’Houdetot, comte Dumas, comte de Chabannes;
5® voiture ; le premier officier belge, le général baron Chabaud-Latüur et M. Ellion ;
6'’ voiture : le comte de Jarnac, le lieutenant général' sir Edward Cust, le second officier belge et le capitaine Morlain; ^
voiture : MM. Guizot, Tbiers, Duchâtel, de llémusat;
8® voiture t MM. Dufaure, Dumon, Hébert et le général Changarnier;
9® voiture : le comte do Gronsfeld, MM. Fortunato et Trognon ;
10® voiture : M. le docteur de Mussy, MM. Octave Borel de Brothyzel, Brisson et Asselinc;
11' voiture : MM. Régnier père, Gauthier, Fauvel et Langel ;
12' voiture : MM. Cailleux, Allaire, Fleury et A. de Latour ; '
13® voiture : MM. Jolly, Régnier fils et Mesnard.
Venaient ensuite cinq voitures contenant les princesses et les dames qui les accompagnaient : *
1" voiture : Mesdames la comtesse de Paris, la duchesse de Chartres, la princesse Marguerite, la princesse de Joinville;
2® voiture : Mesdames la duchesse d’Aumale, la duchesse de W'ürtemberg, la princesse de Salerne et la comtesse d’Auersperg;
3® voiture ; Mesdames la marquise de Lastigne, la baronne Finquerlin, la comtesse de Chabannes, la marquise de Beauvoir;
4® voiture ; Mademoiselle Müser, madame Boerio, madame du Parquet, marquis de Beauvoir;
5® voiture : Mademoiselle Bernard, madame la comtesse Barnels, la baronne Wangenheim et mademoiselle Saint- Aubin.
Chaque cocher portait à sa boutonnière une cocarde tricolore recouverte de tulle noir.
Le cortège s’avança alors dans la campagne, sur une longueur d’un kilomètre, et la pluie se mita tomber. On eût dit que les nuages voulaient aussi verser des larmes sur la sainte dépouille que nous portions en terre.
On ne fut pas à Weybridge avant une heure de l’àprès-midi. Le prince de Galles et le duc de Cambridge s’y étaient rendus de Londres directement.
J’ai dépeint dans mon dernier courrier le caveau royal et la chapelle de miss Taylor. Je n’ai donc pas à revenir sur la sépulture de nos anciens souverains. Je
INDISCKKTIONS PAHISIEÎ^NES
veux seulement, avant de finir, dire que jamais je n’ai assisté à des obsèques plus émouvantes. Cette foule d’hommes éminents, recueillis devant le modeste mausolée d’un roi et d’une reine morts dans l’exil, la masse des badauds du district, participant malgré eux à la désolation de ces princes affables, les paysans, juchés en haut des arbres et racontant en anglais les vertus, la piété et la charité de la reine... en voilà plus qu'il n’en faut pour frapper uno imagination sensible.
Nul, du reste, ne peut résister aux émotions provoquées par des scènes semblables... On y va curieux, on en revient triste et pensant au ciel !