‹ Indiscretions parisiennes Adrien MarxChapitre 4 sur 38 · UNE MAISON DE SANTÉ · texte numérisé non relu

UNE MAISON DE SANTÉ

Un offlcieux correspondant m’ayant reproché, dans une lettre bien sentie, de ne pas m’occuper assez du grand monde, je me suis immédiatement rendu dans un hôpital de chiens, situé en haut de la rue de Clichy.

Le hasard voulut que l’infirmier principal de la maison fût un citoyen de ma connaissance, et c’est avec une stupéfaction panachée de plaisir que je reconnus en lui Narcisse Renard, ancien colleur de bandes au Grand Journal.

Renard ne séjourna pas longtemps dans nos bureaux. Tout jeune, il avait conçu pour les bêtes un attachement irrésistible, et un beau jour, sacrifiant le journalisme à sa passion dominante, il alla offrir ses services à M. Sanfourche, qui l’admit dans son ambulance.

Le visage de Renard rayonne d’aise quand il est au milieu de ses malades. Il a pour eux des attentions de sœur de charité et leur administre une tisane ou... le

contraire, avec une mansuétucle renouvelée de saint Vincent de Paul.

C’est lui qui me guida dans les salles où sont couchés les caniches.

Il faut voir de quel œil ces pauvres alités considèrent les visiteurs, et les tristes regards qu’ils leur jettent : cela vous remue l’âme. Ahl la douleur n’est pas difficile à lire sur leurs faces amaigries!... j’allais dire pâles.

Chaque quadrupède est enfermé dans un lox à clairevoie, surmonté d’un écriteau portant le titre de l’affection et le nom du maître. C’est ainsi que j’ai constaté que l’œdème avait sévi sur le terre-neuve du marquis de Belot, le rhumatisme sur l’épagneul de mademoiselle Cico, la pneumonie sur le terrier de M. de Caux, et l’ophthalmie sur la levrette de mademoiselle Roso Deschamps. Un havane, appartenant à mademoiselle E. Biquier, tousse à côté d’un griffon qui est la propriété de M. Delessert. Plus loin, c’est la niche des convalescents — où les Folies-Marigny sont représentées par le braque de M. Lacombe et le loulou de mademoiselle Bariol.

Renard, qui s’est toujours distingué par son iKour de l’ellipse, abrège ses interpellations aux bêtes confiées à sa maternelle administration, en leur donnant le.nom de leurs maîtres.

— Hé ! là-bas. Rose Deschamps 1 s’écrie-t-il, vas-tu te taire?... Oh ! cette Cico, elle me fera mourir de chagrin; je crois. Dieu me pardonne, qu’elle fait de l’œil à Delessert... Fi, mademoiselle, quand on est dans votre état!... se permettre de telles licences!

L’hôpital de M. Sanfourche renferme des souffreteux plus intéressants. J’y ai caressé un chien aveugle placé

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là par des bourgeois compatissants jusqu’à la fin de ses jours; une guenon (mademoiselle Jaquette), presque entièrement remise d’une paralysie générale, et une chatte affectée d’un cancer, qui sort du boudoir de la comtesse Dash.

Il y a dans cette hospitalière infirmerie des lits qui ont leur légende et leur célébrité. Le box n“ 24 a donné asile à un ambitieux que la fortune a favorisé, et qui est aujourd’hui dans une position splendide.

Que tous les chiens de l’univers méditent l’histoire suivante dont leur collègue est le héros.

Le concierge principal des Tuileries avait remarqué l’obstination singulière d’un toutou de race commune à pénétrer dans la cour du Palais impérial. C’est en vain qu’il avait usé des arguments ad canem pour dégoûter l’indiscret de sa manie. Il le rossa un matin si fort et si bien, qu’il crut son but atteint. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand, le soir, il aperçut le rusé caniche qui — s’étant faufilé dans la rue de Rivoli sous la voiture de l’Empereur — faisait son entrée triomphale aux Tuileries, entre les roues du carrosse de Sa Majesté.

La bête entêtée fut doux ou trois fois encore expulsée aprèf^e bon tour; mais, le fait s’étant renouvelé souvent, Napoléon III finit par en avoir connàissance.

— Puisque ce chien tient à rester ici, ne le renvoyez pas, dit le souverain.

Et, depuis ce jour, le roquet habite près la salle des cent-gardes, avec un vieux soldat qui a mission de le soigner. Une pension assure aux deux locataires leur subsistance et leurs aises dans l’avenir.

Tous les individus de la gent canine n’ont pas cet appétit des grandes résidences. Témoin un Scotsh-bull qui s’échappe à chaque instant de l’ambulance — pout

se rendre dans ua cabaret do la barrière Clichy. Il y est connu pour son adresse à tuer les rats et son goût prononcé pour l’eau-de-vie.

— Le voilà, ce débauché, me dit Renard en lui montrant le poing. Figurez-vous, monsieur, qu’il est rentré soûl avant-hier, et après minuit encore!... Ça n’est pas Rose Deschamps qui ferait de ces choses-là 1 Et s’approchant de la cage du réfractaire :

— Tu l’expieras, ta vie de chien, lui dit-il; tu auras une maladie de peau, et ce sera bien fait.

Le box n“ 13 est occupé par le limier d’un riche boyard, qui a la gale (le chien, pas le boyard). C’est dans cette cage que fut enfermé jadis un épagneul dont les aventures inéritent les honneurs de la typographie. Cet animal appartenait à un richard qui l’aimait d’un amour extravagant. Tout à coup il tomba malade, et le Crésus fit venir M. Sanfourche, qui se déclara obligé d’emporter le chien chez lui. Le millionnaire conçut tant d’ennui de cette séparation, qu’il fut pris d’une affection du foie, se coucha, et tandis que son bien-aimé quadrupède guérissait, il avançait insensiblement vers la tombe. Bref, il eut la joie de rendre l’âme alors que M. Sanfourche rapportait Azorjvous ai-je dit qu’Azor était le nom du chéri?) guéri, pimpant, gras et beau comme un astre.

A l’ouverture du testament, le notaire lut aux héritiers consternés du financier une clause qui laissait à la vieille bonne de l’original une rente de 1,200 livres payables chez le tabellion, tant que vivrait le chien dévolu à ses soins par un alinéa de la même clause.

La cuisinière sauta de joie et se mît à prier le ciel de donner à maître Azor la longue existence de Mathusalem... Mais les Azors (même ceux qui n’ont pas de

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Zémire à leurs côtés) sont mortels : Âzor s’en alla aux sombres bords à la suite d’un refroidissement.

La cuisinière était aux cent coups. Ce qu’eUe regrettait, ce n’était pas le quadrupède, mais les avantages attachés à sa personne. Elle devait justement aller toucher ses rentes chez le notaire trois jours après l

— Il aurait bien pu attendre que j’eusse palpé le quitus, dit-elle à M. Sanfourche.

Tout à coup elle se frappa le front et emporta le cadavre de son maladroit pensionnaire chez un préparateur qui, sur son ordre, l’empailla, lui établit un jeu d’articulations aux pattes ainsi qu’aux mâchoires et lui plaça dans le ventre un soufflet imitant, sous la pression de la main, un aboiement terrible.

Au jour de l’échéance, elle se présenta — son automate sous le bras — chez le notaire, qui voulut caresser l’épagneul. Azor poussa un grognement prolongé et ouvrit la gueule jusqu’aux oreilles.

— Diable! fit l’officier ministériel en devenant plus blanc q.ue sa cravate.

Et il compta les écus à la domestique, toute ravie de sa ruse...

Si ravie même, qu’elle déposa Azor sur un fauteuil et courut compter là somme dans un coin du salon. Mais, dans sa précipitation, elle avait placé Azor sur le dos.

Le notaire, en voyant sur ses meubles un caniche levant en l’air ses quatre pattes raides, essuya d’abord les verres de ses lunettes, et comme, muni de son numéro 2, il possède une vue excellente, il aperçut la suture qui dissimulait mal le crin végétal et les articulations métalliques de maître Azor.

Il reprit à la cupide cuisinière la rente qu’il avait

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versée en ses mains, et eelle-ci, désespérée, donna un coup de pied dans le ventre d’Azor en s'écriant :

— Ça valait bien la peine de dépenser cent cinquante franos pour la mécanique!... Rendez-les-moi, monsieur le notaire !

M. Sanfourche a dans sa maison de santé wuMng'scharle, couvert de lèpre, qui fut adressé l’autre jour à « M. Timothée Trimm, membre de la Société protectrice des animaux^ au Petit Journal ». Nous savions que Lespès écrivait parfois pour des imbéciles, mais nous ignorions qu’il protégeât les bêtes... Comment se fait-il que cet incident ne lui ait pas fourni un de ces premiers- Paris à la fleur d’oranger comme il en premierparise si bien?

En confrère généreux, nous lui livrons, pour l’adorner de ses périodes sentimentales, la véridique histoire de la levrette Nina, qui avait encore, l’an passé, sur son collier le nom d’un agent de change bien connu.

La femme de ce flnancier était morte dans une nuit du mois de mai. Le surlendemain on allait clouer le couvercle de la bière, quand Nina, qui s’était tenao sous le lit de sa maîtresse défunte, se faufila dans le cercueil sans que les enseveli.sseuses s’en aperçussent. Au moment de terminer la funèbre besogne, on vit le bout de son museau qui dépassait les bords du linceul. Il fallut littéralement l’arracher à ce cadavre, qu’elle voulait suivre dans la terre. Nina ne survécut que six mois à celle qui lui avait inspiré cette pensée surhumaine... L’agent de change l’a fait enterrer sous une dalle de marbre, dans une propriété qu’il habite aux environs de Paris.

Le récit de cette touchante anecdote m’a inspiré l’idée d’un cimetière pour les chiens... Des bêtes comme

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Nina ne méritent-elles point qu’on aille parfois pleurer sur le gazon qui les recouvre, et qu'on se demande, en souvenir de leur intelligence, de leur fidélité et de leur dévouement, s’il ne faut pas appeler âme ce que les naturalistes prosaïques appellent instinct?

LA JOURNÉE d’un CARDINAL

Je suis allé chasser l’an dernier, pendant huit jours, sur les terres de l’un des plus riches propriétaires du département de la Gironde... Je me levais alors de grand matin, et précédé parle meilleur chien du chenil, j’arpentais les campagnes, faisant aux perdreaux une guerre assez inoffensive. Comme je suppléais par l’activité et l’amour-propre à une maladresse notoire, il m’advint souvent de me trouver, quand tombait la nuit, à six lieues du château, moulu, harassé, pouvant à peine porter ma carnassière absolument vide et mon fusil vierge du moindre meurtre. J’entrais alors dans la cabane d’un paysan, et durant qu’on attelait une carriole pour me ramener au logis, je causais avec mes hôtes.

Je faillis un soir coucher sous le toit de chaume d’un brave vieillard du nom de Pierre. Sa charrette était à la ville. Le cardinal archevêque de Bordeaux était venu visiter le hameau voisin dans la journée, et le cultiva-

teur avait eu l’honneur de lui prêter sa guimbarde pour regagner son palais épiscopal.

Quand on a dix lieues dans les jambes, on est peu endurant; je me permis d’envoyer tout haut l’archevéquo à Pluton, dieu des enfers.

— Mon bon monsieur, fit le paysan, vous aurez beau adresser Mgr Donnet au diable, le diable n’en voudra pas, car c’est un saint.

Et il me conta que, le matin même. Son Éminence avait franchi le seuil de sa modeste chaumière, s’était informé s’il avait du pain dans sa huche, avait interrogé son fils sur le catéchisme, administré deux moribonds, confessé quatre familles, et qu’il était reparti après avoir vidé sa bourse dans les mains des pauvres du canton.

— Quand j’ai voulu me lever de mon vieux fauteuil pour le remercier, ajouta le vieillard, croiriez-vous qu’il m’a fait rasseoir et qu’il a exigé que je gardasse mon bonnet sur la tête?

Dix heures sonnèrent, et la carriole n’était pas encore de retour. Le lit que m’offrait mon campagnard ne me tentait guère, car j’étais invité à un bal de noces pour le lendemain à Bordeaux, et j’avais besoin d’une nuit réparatrice. Je me décidai donc à enfourcher le bidet d’un vigneron du voisinage, et vingt-quatre heures plus tard je dansais un quadrille dans l’hôtel de B... en face d’une mariée jolie comme le jour. Ma danseuse était de ses amies. ,

Contrairement aux habitudes qu’ont les demoiselles du monde de répondre par monosyllabes aux banales questions de leurs cavaliers, ma compagne était bavarde. Elle m’apprit que la jeune épousée qui nous faisait vis-à-vis était, huit jours auparavant, sœur Marths

au couvent de X..., qu’elle y avait prononcé ses vœux depuis dix-huit mois et que sa magnifique dot était dans les mains de la communauté...

— Mais comment a-t-elle pu se dégager de ses liens?

— Mgr l’archevêque était allé visiter son cloitre, me répondit-elle, il l’aperçut, lut sur son visage qu’elle n’était point faite pour les autels et la releva, presque malgré elle, de ses serments. La religieuse protesta, mais Son Éminence lui affirma que le monde la réclamait et qu’elle était née pour le bonheur d’un époux et pour l’éducation de petits bébés joufflus. Le digne prélat ne s’était pas trompé... Mademoiselle de B... aimait celui qui lui donne son nom, et après l’avoir bénie aujourd’4iui même dans la cathédrale, Mgr Donnet lui demanda si elle ne préférait pas le voilo blanc de l’hyménée au voile noir du monastère... Elle a souri et a baisé sa main.

— Et sa dot? fis-je avec un regard ironique.

— Sa dot lui a été restituée comme sa liberté, en dépit des règles claustrales.

. Le hasard voulut que je visitasse le lendemain un hôpital et un collège... Partout je pus suivre la trace du récent passage de Mgr le cardinal Donnet. Les murs retentissaient encore de ses sympathiques encouragements à la vertu, et toutes les bouches chantaient encore sa charité, sa bienveillance et sa tendresse paternelles. •

L’avouerai-je? nous sommes un tantinet voltairierts, nous autres les corrompus de l’asphalte. Nous croyons volontiers que les archevêques passent leur vie dans une oisiveté béate, charmée par les plaisirs de la table et les douceurs du sommeil. Nous croyons aussi à la

captation du bien des novices par les cupides compagnies de Jésus...

Je voulus voir de près l’apôtre progressiste que les paysans de six cents communes ont canonisé de son vivant, ce prêtre austère qui viole les lois des saintes retraites en présence des fausses vocations; ce ministre divin qui consacre sa pieuse activité au soulagement des infortunes et à la paix des consciences. Mais je fis de vaines démarclies. Chaque fois que je me présentai à l’archevéché, monseigneur était sorti pour une bonne œuvre.

Je revins à Paris, et j’oubliai la sainte Eminence.

L’autre jour, en lisant une séance du Sénat, je tombai sur le discours de Mgr Donnet, concernant les inhumations précipitées. Cet éloquent plaidoyer impliquait de si longs travaux et de si minutieuses recherches, que je me demandai comment celui dont la charité s’exerce dans le même jour en vingt endroits différents peut encore trouver le temps d’approfondir et de travailler des questions aussi ardues.

Le meilleur moyen de me renseigner était d’aller puiser des explications à la source de tant de bienfaits et de tant de science... Aussi bien, je n’étais pas fâché, en attendant le grand voyage, d’aller prendre un aperçu de la Providence.

Mgr Donnet, sénateur, cardinal, archevêque de Bordeaux, habite, quand il descend à Paris, au n® 32 de la rue de l Université, dans un hôtel de simple apparence. Il se lève à six heures du matin, fait ses prières, dit sa messe, se rase lui-même et décachète son courrier (50 lettres au moins tous les jours), en compagnie de son grand vicaire et de l’abbé Gervais, son secrétaire.

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Il répond de sa propre main à toutes les missives qui lui sont adressées; il travaille dans une pièce sans feu et ignore l’usage des lunettes, malgré ses soixante-dix ans; il atteint ainsi l’heure de midi à jeun : il mange alors deux œufs à la coque ou une omelette, boit un verre d’eau rougie ét répond, quand on l’interroge sur les causes de sa frugalité, qu’une alimentation trop copieuse nuit à la clarté des idées et empêche de travailler avec fruit...

Avis aux consommateurs de la table des lettres chez Peter’s.

A midi et un quart, il reçoit les membres du clergé de Paris qui ont besoin de son concours au palais du Luxembourg. A une heure, il ouvre sa porte à quiconque veut faire appel à son influence auprès des ministres, et après avoir satisfait chacun, il se rend au Sénat, qu’il quitte pour aller dîner en ville et pour rentrer ensuite travailler jusqu’à minuit à des ouvrages de sainteté.

Quand j’arrivai dans son salon, douze personnes attendaient que Son Éminence les pût recevoir. Moi, je fus admis avant tout le monde, par faveur spéciale. Le nom de M. de Villemessant est le Sésame de bien des portes, allez! ••

Mgr Donnet a la plus belle tête de septuagénaire que j’aie vue de ma vie. Ses cheveux blancs tombent en mèches argentées de sa petite calotte rouge et encadrent à ravir son visage placide et rosé.

Son œil est rond et bienveillant, sa bouche est souriante et sa voix onctueuse ; de chacun de ses traits émane la bonté. C’est, comme aspect de physionomie, Jules Janin, moins l’embonpoint.

Son costume est à la fois imposant et modeste. Il

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porte un camail violet sur une soutane noire bordée d’une ganse pourpre.

J’ai remarqué l’exiguïté de son pied, qui indique la race par sa cambrure. Sa main est également petite, potelée et gracieuse. On sent en la regardant qu’elle est faite pour la bénédiction ; ses doigts bien soignés se croisent de temps à autre, et ce mouvement fait étinceler l’énorme rubis entouré de brillants qui décore l’annulaire de sa dextre épiscopale. La croix d’or et d’améthystes qui pend à son cou par une chaîne d’or a moins d’éclairs que sa pupille noire...

Quand j’eus présenté mes hommages au saint prélat :

— Vous ne me demandez rien, me dit-il, comme fâché de n’avoir pas eu l’occasion de mettre son crédit à ma disposition.

— Ma foi, monseigneur, répondis-je, j’ai tiré de Votre Eminence tout ce que j’en voulais. J’ai eu l’indiscrète adresse de vous faire dire comment vous passiez votre temps à Paris. C’est tout ce qu’il me faut pour le moment.

— Alors vous m’avez confessé. Ah! si j’avais du temps devant moi, je me vengerais en vous rendant la pareille.

— Les années de Votre Éminence sont trop précieuses pour que j'en veuille user au profit de ma conscience, fis-je en me retirant.

Arrivé sur le seuil, je me ravisai. J’ai depuis longtemps l’intention de peindre ici la cellule et la vie intime du père Hyacinthe, et je réfléchis que le nom de M. de Villemessant ne jouit peut-être pas d’un grand crédit dans les couvents des Carmes.

Quelques secondes après, Mgr Bonnet me remettait,

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pour le célèbre prédicateur, un mot, dont voici la copie textuelle :

« 28 janvier 1866.

« Mop révérend père,

« Le porteur de cette lettre désire vous entretenir. Je lui ai promis de votre part un bon accueil. Je vous renouvelle ici l’assurance des sentiments que vous mo connaissez depuis longtemps.

« -f Ferdinand, cardinal Donnet,

« Archevêque de Bordeiuix. »

Je sortis ravi de posséder l’autographe de l’une des gloires du clergé français, et heureux d’avoir en perspective un article intéressant à vous soumettre.

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