‹ Indissolubilité et divorceChapitre 18 sur 29 · LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE. LXXI · texte numérisé non relu

LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE. LXXI

mais pour évangéliser. En défendant lindissolubilité du lien conju^jal, nous, humbles suivants du maître dans l'apostolat, nous restons fidèles à notre mandat et nous espérons avoir servi, en l'exécutant, l'Église et la patrie. Nous ne baptisons pas, mais nous évangélisons.

C'est le caractère de certaines vérités d'intéresser à la fois la science, la philosophie et la religion, les États et l'Église. La science les prouve expérimentalement; la philosophie les démontre avec une rigueur logique; la religion les enseigne au nom de Dieu. Les États qui leur sont fidèles en sont plus prospères, puisque la vérité est la vie de tout ce qui pense; l'Église, en les proclamant, sans trêve, tient allumés, le long de la route par laquelle s'avancent les civilisations humaines, des phares éclatants.

L'indissolubilité du lien conjugal a justement ce caractère.

L'Évangile en a fait la loi indéfectible du foyer chrétien. La science sociologique, ainsi qu'on peut le voir dans les auteurs qui, comme

Lxxn LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE.

Herbert Spencer (1), Tout traitée — en fait la loi supérieure de l'évolution des familles. La philosophie, au chapitre du droit naturel, l'enseigne, comme on peut le vérifier dans les penseurs les plus profonds. Qu'on nous permette de citer entre autres, parmi les modernes, le grand Rosmini(2). Il faut lire son puissant ouvrage sur le droit, si 1 on veut connaître, dans sa beauté et dans toute sa profondeur, la nature du lien qui unit F homme et la femme et forme la société conjugale. Parmi les théologiens, le grand nombre, et saint Thomas à leur tête, Lyra, Sotus, Lopez, pour ne nommer que les plus grands, ne parlent pas un autre langage que les sociologistes, et les pjiilosophes chrétiens (3).

En traitant de l'indissolubilité, nous avons suivi la trace de ces maîtres. Nous nous sommes souvenu que nous parUons à des hommes qui souvent ne partageaient pas notre foi, et nous

(1) Principes de Sociologie.

(2) Filosofia délia Morale et del Diritto, vol . II. (3} Summa Theolog. supp. qu. LXVII.

Conf. De matrimonio Clirisliano, à Joan. Perrone.

LA LUTTE POLITIQT'E ET RE I.IGI K CSE. Lxxv

exemple des unes. La justice, voilà un type des autres. A quelle catégorie appartient l'indissolubilité? Pour nous, nous n'hésitons pas aie dire, elle est du nombre de ces lois morales, auxquelles l'individu doit se sacrifier toujours.

Qu'on démontre le contraire.

Jusqu'à ce que cette preuve soit faite, au nom de la conscience humaine comme au nom de 1 Évangile, nous protesterons contre toute législation civile qui ne craindrait pas d'y porter atteinte.

— Fort bien, diront les divorcistes; et si la loi m'écrase? et si je défaille sous son poids? Si elle me demande l'héroïsme d'une vie solitaire et chaste? Si mes passions sont plus impérieuses que le précepte imposé ? Les lois naturelles sont-elles donc destinées à devenir le martyre de l'humanité? La première condition d'une loi est d'être possible : lindissolubilité ne l'est pas.

Dieu me garde de faire peser sur l'homme un joug qui serait au-dessus de sa volonté ! La force morale de l'homme a des limites, je le

Lxxvi LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE.

sais; mais qui donc oserait dire : Cette limite est ici et pas au delà?

Oui, laissé à son néant, Thomme est incapable d'une perfection sans tache : mais s'il s'élève au-dessus de lui-même, et si la vertu sanctifiante du Christ habite en lui, je n'hésite pas à répondre : Il est capable de tout (1).

— 0 Stoïcien, que dirais-tu, situ revenais au milieu des modernes, en répétant ton héroïque formule : Abstine et sustine? Tu avais foi en la volonté virile, et n'était ta superbe, comme tu étais digne de te placer à côté des serviteurs et des disciples de Jésus ! On ne dit plus aujourd'hui : Abstiens-toi et souffre ; on dit : Profite et jouis ! Avec les mâles disciples de Zenon, il serait possible de parler d'héroïsme; mais avec les viveurs d'Epicure, il faut y renoncer.

Il semble étonnant qu'en ce siècle où l'on ne met plus de bornes à l'activité de l'homme, on en pose à l'héroïsme de la volonté. — Eh bien, que les amoindris s'obstinent à se dire im-

(1) Omnia possum in eo qui me confortât.

LA LUTTE POLITIQLE ET RELIGIEUSE, lxxvii

puissants devant le devoir : ils ont raison peut-être. Mais que les chrétiens, conscients de la force infinie dont le Christ est le foyer, tiennent à honneur de garder la volonté morale à la hauteur où s'élève notre activité matérielle.

Tandis que le levier de la science, au bras de rhomme ouvrier de la terre, soulèvera les mondes, le levier de la volonté, sanctifiée par le Christ et centuplée dans son énergie par Famour de Dieu, soulèvera le poids de nos misères et transformera l'humanité.

C'est peu de pénétrer les secrets de la nature et de répondre au sphinx muet, c'est peu de connaître la vérité, il faut en vivre. A mesure que l'intelligence grandit, et que l'idéal de la justice et de la vertu s'élève dans les consciences, il faut que la vertu règne dans les mœurs publiques et que les institutions comme les lois en assurent l'empire.

Si l'ignorance laisse croupir les hommes dans la barbarie ou dans l'état sauvage, la corruption et la mollesse peuvent endormir dans la mort et la dégradation, des peuples qui auraient, à force de science, dérobé le feu du ciel.

L XXVII 1 LA LUTTi: rOLITlQLE ET RELIGIEUSE.

Avide de savoir, enfiévré par F activité terrestre, impatient de tont frein, notre siècle m'inquiète. Plus j'admire ses progrès matériels, plus je m'effraye en voyant les mœurs décliner et la vertu faiblir.

Ce qui m'attriste le plus dans cette guerre ouverte contre l'indissolubilité conjugale, c'est qu'elle pronostique la décadence des mœurs. En renonçant à la doctrine du Christ qui la promulgue, nous ne renonçons pas seulement à être des croyants, nous renonçons à être des hommes.

Quand comprendra-t-on que 1" Evangile, en faisant des chrétiens, a élevé l'homme jusqu au sublime, et qu'en lui promulguant les plus austères devoirs, il lui donne la conscience de pouvoir les accomplir?

Défendre l'Évangile, c'est servir la cause de révolution humaine.

Rendre témoignage à l'un des grands devoirs chrétiens, au plus austère peut-être, — celui de l'indissolubilité conjugale, — c est travailler pour la perfection de l'homme.

Comme la foi ne diminue point la raison, la

LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE. Lxxix

loi évangélique n'amoindrit pas la loi morale. Ces deux lumières et ces deux forces sont solidaires : quand la foi baisse, la raison se trouble. Quand la loi évangélique est méconnue, la loi morale s'énerve. Quand le Christ s éloigne, riiomme s'affaisse.

Ces convictions seules ont inspiré ces pages. Nous croyons, en effet, que le sort de la civilisation moderne est indissolublement lié à l'Evangile du Christ : et c'est pourquoi, à côté du livre de la Science et du livre de la Raison, nous tenons ouvert le livre de Dieu, essayant de l'interpréter à ceux qui ne savent pas lire.

Fr. h. Didon.

Paris, 23 janvier 1880.

Page 1