‹ Indissolubilité et divorceChapitre 2 sur 29 · XII LA LUTTF POI.ITIQTE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

XII LA LUTTF POI.ITIQTE ET RELIGIEUSE

l'expression vraie des rapports entre le capital et le travail, entre les bras qni exécntent et la tête qni commande? Serait-il impossible qn'éclairé par nne science pins avancée , 1 bommc ne parvînt à nne distribution plus lar.[;e de la lichesse qni diminnerait le nombre des vaincus dans la terrible Intte pour rexistence? Serait-il impossible que, sons linflnence tonjonrs- plus profonde deTesprit évangéliqne, de la fraternité bumaine, la libre et générense initiative des (jrands, des benreux, des forts, ne vînt largement à laide des petits, des faibles, de tous cenx qui se débattent misérablement contre la dure, Timplacable destinée?

Ces questions sont émouvantes : l'esprit néanmoins les pose avec sérénité; mais jusquà ce qu'elles soient résolues, le vice et les passions fomentées par la misère engendrent ces guerres intestines d'bomme à bommc que viennent compbqner et envenimer les divisions politiques. A côté des partis qui font rage, on entend le bruit terrible d'un peuple irrité. Il se met en insurrection contre tout : contre 1 Ktat et contre iJ'^glise, contre César et contre Dieu-

LA Ll'TTE POLITIQL'E ET RELIOIEISE. xm

dans le délire de sa misère, il ne respecte plus rien. Tout ce qui ne souffre pas avec lui est responsable de sa détresse : et telle est rainertiime de sa condition que le seul être qui pourrait le gnérir, le seul dont lesprit pouirait changer les institutions sous le poids desquelles il succombe, — le Christ, le Dieu des petits, le Dieu du peuple, — il ne le connaît plus.

Pourquoi?

Parce qu\à côté de la guerre politique et de la guerre sociale sévit plus ardente peut-être, et sûrement plus terrible, la guerre religieuse, la guerre contre Dieu, la guerre contre le Christ et contre 1 Eglise, gardienne indéfectible de ses enseignements et de sa vertu. Ceux qui dominent la mêlée restent dans la lumière ; ils voient encore les vérités sans lesquelles un peuple ne saurait vivre ; ils conservent les espérances sans lesquelles Ihumanité meurt ; mais la masse, mais la foule innombrable des esprits qui n atteignent jamais la taille virile, s'enfonce tristement dans la nuit, en proie à des douleurs que rien ne console, à des eau-

XIV LA MTTK POLITIQl'E ET RKLICIEL' SK.

clieiiiais que rien lie ealiue, à des eoii\ ulsious dont il est permis de tout craindre.

Quel est donc le caractère propre de la guerre reli['ieuse qui sévit en ce siècle, et qui reste la même, au fond, tout en variant ses allures, suivant les peuples divers qu'elle agite? Quel est surtout le caractère qu'elle revêt en France, dans cette terre de feu où la lave a pu se refroidir, mais où les âmes, restées à l'état volcanique, sont toujours prêtes à l'éruption ?

Elle est éminemment politique et scientifique.

Ceux qui combattent le catholicisme, au nom de la politique, le visent surtout dans son institution sociale, dans sa discipline et sa Liérarcliie. Ceux qui le battent en brèche, au nom de la science, ont surtout en vue ses dogmes et ses lois morales. Les uns et les autres s entendent à merveille pour 1 attaque de la vieille forteresse qui garde les immortelles croyances de Fhu inanité et dont les fiers remparts ont vu grandir tous ces peuples modernes guerroyant aujourd'hui contre elle avec acharnement.

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LA LUTTE P(Jl.niQUE ET II ELI G I E L' S E.

Voici le raisonnement des polititjues :

La France, et tous les Etats (jui sont par nus ou qui parviendront au point de son évolution sociale, veulent la lil^erté pour les doctiines, pour les cultes, pour Texpressiou des doctrines et la profession des cultes, pour l'association, pour la presse, pour renseignement. Or, le catholicisme, par son dogme, par son organisation, par son histoire, par son génie, est en opposition absolue avec une telle volonté; conclusion : il est Tennemi î II faut le combattre et le vaincre : il faut, sinon le détruire, au moins lemprisonner. Il a des temples : qu il v reste. Le forum lui est interdit. — Et si les temples ouvraient à deux battants leurs portes ? si le peuple en foule y accourait un jour ? si les murs devenaient trop étroits pour contenir les masses pressées qui auraient senti, dans leur misère, le besoin du Dieu des chrétiens?^ si la Foi endormie, mais jamais morte, se réveillait? si la lumière qu'elle projette, aujourdhui vacillante, à travers notre nuit, comme une veilleuse auprès d'un lit funèbre, redevenait la clarté électrique des anciens jours? Les poli-

xvr LA LTTTi: POLITIQIE ET R ELICIET" SI- .

ti(jurs n y ont pas soiipc : et poiii tant, qni oserait dire que Je Clirist soit mort dans la nation française? TÉvangile nn livre en lambear.x, jeté an vent? et rK[jlise, une institution sans aulre avenir que la déerépitude? Emprisonner le vivant serait difficile, le détruire le serait p][is encore. On se verrait alors, — ô revers des choses humaines ! ô surprise des réveils de Dieu ! — condamné à le subir.

Les intransigeants avisés qui redoutent que le catholicisme victorieux ne se ven(]^e un jour de tout ce que la hberté lui a occasionné damertumes et dï'preuves, sont résolus, dès aujourdhui, uon pas à le circonscrire, mais à Texpulser, et, autant quil dépendra deux, à 1 anc-autir.

A la doctrine des politiques opportunistes et intransifj-eants, voici notre réponse.

lUen, dans la haut(î idée du catholicisme, n inclut la proscription d'un réfjime politique libcia!. Le catholicisme contient, comme toutes les sociétés étendues qui nombrent leurs adhérents par milhons, des esprits de diverse trempe. Il voit réunies, dans lunitéd^uie même

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f<ji, les natures les plus opposées : absolutistes et libéraux, intelligences bardies ctintelli{]cnces timides, caractères audacieux et caractères |)usillanimes. Il est comme le ciel ; il v a place en lui pour toutes sortes de terres et de soleils ; et s'il a vu, dans son sein, éclore des sociétés particulières qui ont poussé jusqu à rextréme limite le génie de l'absolutisme, il a vu et il voit fleurir des Ordres monastiques (1), sous Tempire des constitutions les plus libérales et les plus tempérées que jamais peuple ait connues.

Sans doute, il est dur au catbolicisme de se voir attaqué, méconnu, injurié : et qui donc aurait le droit de lui reprocber de le sentir? Sans doute, il aimerait à contempler tous les peuples réunis , dans une même foi , au Dieu vivant; et il essave de réaliser cette grandiose unité. Mais depuis quand ce prosélytisme seraitil un crime?

Confiant en ses immortelles destinées , il comprend les beures de combat qui lui sont

(i) Voir la Constitution de l'Orilre des Frères Prcclieiirô dans le Mémoire du P. Lacordaire pour le rétablissement de l'Ordre en France.

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dévolues; éminemmont pratique, il sait se plier à tout, et justifiant son nom qui est la négation même de tout parti et de toute secte, il sait vivre dans le ré[jinie théocratique , tel qu'il prévalait dès le quinzième siècle, dans le réjjiine de la séparation de l'État et des cultes, comme en Amérique, dans le régime de la liberté relative , comme en Autriche , en Espagne et en France.

Il sait vivre partout; et en vérité on se demande avec une sorte de stupéfaction par quel étrange aveuglement on regarde comme incompatible avec la France moderne cette religion que non seulement la libre Amérique accueille, mais à laquelle le vieil empire de Mahomet ouvre ses portes, et le plus autocrate des souverains ne refuse pas Ihospitalité.

Rien n arrive sans cause. Les phénomènes qui remplissent tout un siècle et qui passionnent plusieurs générations, doivent avoir de profondes et de graves raisons d'être. Il n'entie pas dans mon dessein de les analyser une à une. Il V a plus d un auteur à ce terrible conflit;

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ce serait une tâche délicate et hardie de les nommer et de les flétrir. Et pourtant, n'y aurait-il pas un devoir de justice à faire peser sur les vrais coupables la lourde responsabilité de cette crise à laquelle tant d'esprits généreux et vaillants succombent, de cette crise qui tourmente si cruellement la patrie et le catholicisme ?

Les croyants sont-ils tous innocents de cette lutte?

Il faudrait être dénué de sincérité pour le dire et dépourvu de toute clairvoyance pour le penser.

Mais, quelle que soit la part des individualités responsables dans lantagonisme douloureux que nous signalons, il importe de s'élever plus haut et de dégager la cause vraie, selon nons, qui explique le grave phénomène de la guerre politique faite, en France notamment, au catholicisme.

Pourquoi le méconnaître? Oui, il est vrai qu'en fait, non pas en droit, il y ait entre la France moderne et le catholicisme une opposi-

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