‹ Indissolubilité et divorceChapitre 20 sur 29 · DEVANT LE DROIT NATUREL DEUXIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

DEVANT LE DROIT NATUREL DEUXIÈME CONFÉRENCE

Messieurs,

\Le contrat de niaria.fje une fois formé, le lien qui en résulte est-il indissolublej Question brûlante, bruyamment agitée parmi nous : je dois Taborder sans retard et la résoudre avec franchise. Elle est du ressort de trois tribunaux : du tribunal religieux, du tribunal socja], du tribunal natured; et elle a devant elle trois droiU : le droit naturel, le droit civil, le droitxeli^eux. Le droit religieux constitue les Églises , les cultes ; le droit civil constitue les États; le droit naturel constitue THumanité. Or, Messieurs, avant d'appartenir à un culte, et de relever d'un droit religieux, avant d'appartenir à un État, et de relever d'un droit civil, nous appartenons à la race humaine; nous relevons du droit de l'humanité. xAvant d'être un

prêtre catholique, Messieurs^ un citoyen français, ,^je suis un homme. '^^ - -r-c

Le droit naturel est à la base de tous les droits. Il est interdit à un droit civil et à un droit religieux quelconque de violer le droit naturel. Le citoyen peut compléter Thomme, 1 adepte d'un culte perfectionner riiomme et le citoven; mais il n'est jamais permis à une législation religieuse ou civile de porter atteinte à ce qui nous fait homme.

C'est l'homme qu'il faut avant tout respecter; c'est lui qui, le premier, a le droit d'être. En entrant dans un pays pour lui demander Ihospitalité de ses frontières, en franchissant le seuil d'un temple qui lui offre l'égide de lautel, il ne faut pas que Ihomme ait à se baisser, à ramper ; il doit monter, il doit grandir.

Or, Messieurs, le mariage relève premièrement du droit naturel, car le mariage appartient à ce qui fait l'homme. Il n'est pas besoin d'être un citoven pour se marier, il suffit d'être, — comme le premier homme et la première femme, — des créatures de Dieu. Le mariage ne relève originairement que du ciel qui le contemple et de la conscience humaine qui le contracte.

Voilà pourquoi, traitant de l'indissolubilité, moi, prêtre, je ne crains pas de me placer dans le droit naturel. Vous vous attendiez peut-être, Messieurs, à ce que, du premier coup, je vinsse vous

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dire : le maria(}e est indissoluble; sans doute : la reli^^ion le veut. Le mariage est indissoluble; sans doute : l'Évangile l'enseigne. Le mariage est indissoluble; sans doute : l'Église le commande. Mais à ceux qui n'admettent ni la religion, ni l'Évangile, ni l'Église, que répondre? Sont-ils des hommes? Reconnaissent-ils le droit naturel? Eh bien, j établirai pour eux que le droit naturel, dans le mariage, est conforme à la religion, à l'Évangile, à l'Église, et que l'indissolubilité, loi positive du Dieu créateur, loi positive surnaturelle du Christ Rédempteur, est aussi une loi naturelle fondée sur le vœu de notre constitution native. Certains se persuadent que la religion est une autorité arbitraire promulguant les lois et les défaisant à son gré. Qu'ils se détrompent. La religion respecte toujours l'homme : elle ne crée pas sans doute le droit naturel de Thumanité ; mais elle le suppose et elle le confirme.

Messieurs, je le sais, la question est complexe. Je vais la traiter d'une manière théorique, — entendez-moi bien, — • théorique. Je ne m'occuperai pas de ce qui est dans les faits, mais de ce qui doit être dans la nature des choses. Il ne s'agit pas d'un mari ou d'une femme de telle ou telle condition, mais du mari et de la femme. Or, quand l'homme et la femme, considérés tels qu'ils doi-

vent être et dans leur nature vraie, s'unissent pour, former le contrat conjugal, ce contrat doit être indissoluble : le droit naturel le veut.

Je comprends, Messieurs, soyez-en sûrs, les difficultés de ma tâche et les embarras de ma route. J'essayerai, 1 heure venue, d'écarter ces embarras! et de vaincre ces difficultés de l'ordre pratique; mais, pour aujourd'hui, permettez-moi de les oublier et de demeurer dans Tordre idéal du droit.

Le droit n'est jamais le fait. Le fait est quelquefois à l'image du droit; mais il reste contingent, tandis que le droit est absolu, et il domine le fait comme la dynamique et la statique dominent la matière qu'elles gouvernent. Or, s'il est impossible au savant de perfectionner la matière, sans connaître les lois auxquelles elle est assujettie, comment serait-il possible au législateur de perfectionner un peuple, s'il ignore le droit absolu auquel toute société doit obéir? Que ceux qui veulent toucher au mariage aient à s'en souvenir, à l'heure des décrets et des lois.

Une chose doit être considérée de droit naturel, lorsqu'elle est appelée par la nature. Or, l'indissolubilité est exigée par la perfection du contrat conjugal : à vous de conclure, Messieurs.

J'ai dit qu'une chose est de droit naturel, lorsqu'elle est dans le vœu de la nature. L'instruction

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et l'éducation sont de droit naturel : pourquoi? Parce qu'elles sont exigées par la nature de l'enfant. Si donc, Messieurs, je puis vous prouver que l'indissolubilité appartient à la nature du contrat conjugal, sans elle toujours imparfait, j'aurai établi du même coup que , de droit naturel , le mariage est indissoluble.

Nous avons reconnu. Messieurs, trois éléments dans le contrat conjugal : l'union elle-même, le principe d'où elle dérive, la fin pour laquelle elle se forme.

Au nom de l'union qui constitue l'essence même du contrat conjugal, de par sa fin, de par son principe, j'affirme l'indissolubilité, et je vais la démontrer.

Et d'abord , Messieurs , l'union qui constitue lobjetmême du contrat conjugal, réclame l'indissolubilité. Toute union totale, parfaite, sans réserve, doit être indissoluble. Si elle ne lest pas, si elle peut se rompre, si elle doit s'arrêter à une limite, là ou là, elle n'est plus l'union totale, l'union parfaite, absolue et sans mesure.

Or, retenez ceci: l'union conjugale entre Tbomme et la femme doit être une union totale. Elle a pour objet ce qu'ily a de plus élevé et de plus profond dans l'être humain : les personnes. La personne, en effet, domine tout : le corps, puisque le corps fait partie

d'elle; les facultés plus ou moins matérielle: comme Timagination et les passions, puisqu'elle les commande ; la liberté et la volonté, puisque le libre vouloir est son apanage; Tintelligence enfin, puisque toute personne est un individu intelligent. A ce titre, le mariage apparaît comme l'union la plus profonde et la plus universelle. Il fait subsister deux personnes dans une nature où tout doit être en mi : croyances, idées, vertus, peines et joies, épreuves et espérances. Rien n'échappe à la puissance d'unification qui le caractérise : les corps eux-mêmes, les biens, la vie, doivent ne faire quun, suivant le mot hardi de la Genèse : et eruntduo in carne unâ. C'est par là que 1 union conjugale se distingue de tous les contrats qui constituent le va-et-vient des sociétés humaines : des contrats moraux dont les sentiments supérieurs font tous les frais, comme Tamitié, et des contrats vulgaires, où la matière entre en jeu à titre d'objet principal, comme tous les contrats d intérêt, entachés de vénalité.

Les amis, il est vrai, s'unissent dans la personne même ; et c'est pourquoi le mariage, amitié supérieure entre l'homme et la femme, possède toutes les propriétés de l'amitié fidèle, tout ce qui convient aux grandes unions, entre les êtres intelligents et libres. Voici la différence. L'amitié est le rapport harmonique des personnes dans la vérité et

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