TROISIÈME CONFÉRENCE
Messieurs ,
L'indissolubilité du lien conjugal est conforme au droit naturel. Je l'ai prouvé. — Vous 1 avez prouvé? dites-vous. Assurément, en théorie, nous sommes de votre avis , lindissolubilité conjugale est superbe. C'est une loi qu'aucune âme noble n'oserait ébranler, ni mettre en doute. Mais la théorie ncst pas la pratique. L'indissolubilité est pour des anges ; elle ne convient pas à des hommes. C'est un rêve, ce n'est pas une réalité. On ne gouverne pas avec des rêves ; on gouverne les hommes avec la vue claire de ce qui est. Les choses sublimes, on les inscrit dans les livres des moralistes, à l'usage de ceux qui aiment les belles théories ; mais les choses pratiques , voilà
ce qu'on met dans la loi. Eh bien, nous vous accordons tout ce qu'il vous plaira sur Tindissolubilité, au point de vue du droit; nous Tadmettons dans les livres de morale et nous l'entendons volontiers défendre par l'orateur chrétien. Mais quand il s'agit de légiférer, de conduire les hommes, nous consultons alors la sagesse gouvernementale qui tient compte des faits ; au lieu de promulguer ces lois absolues qui désespèrent par une perfection surhumaine, nous édictons deslois moins sublimes, sans doute, mais plus humaines, qui font au mal sa part, et ne découragent point ceux qu'elles doivent relever et grandir.
Yoilà l'objection, Messieurs, dans sa franchise et dans sa force. Puisque vous m'accordez que l'indissolubilité conjugale est une belle chose, voulezvous que je prenne l'offensive , iTiaintenant? Vous croyez que je suis ici sur un terrain de défense. Non, je suis sur un terrain d'attaque. Je ne viens pas repousser des adversaires, je viens les conquérir.
C'est ambitieux ! Ambitieux Tous les apôtres
le sont. Et si l'apôtre n'avait pas l'ambition qui fait les conquérants, croyez-vous que je monterais dans une chaire pour traiter des sujets comme celui que j'étudie, des sujets qui m'obligent à remonter le courant de l'opinion publique et à m'inscrire parmi les tenants du passé, en face d'hommes qui lèvent l'étendard du progrès?
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Non, Messieurs, si je viens ici, c est que je veux rallier des âmes à la loi véritable , au pro(Très ; c'est que je crois la France assez chevaleresque, et son cœur assez grand pour dominer une lieure de décadence et pour comprendre que le divorce est une faiblesse, un amoindrissement, tandis que l'indissolubilité est une grandeur, une austérité capable de tenter son héroïsme.
Vous dites que Tindissolubilité est une utopie? J accepte le défi.
Qu'est-ce qu'une utopie? Elle se reconnaît à deux caractères : l'utopie ne se réalise jamais, premier caractère; lutopie est toujours stérile, second caractère. Or, l'indissolubilité n'est-elle pas réalisable? L'indissolubilité n'a-t-elle rien produit? Est-elle restée une lettre morte?
Voilà la question.
En posant ainsi ce problème, je veux fraver, dans les esprits, la voie à une doctrine méconnue, je veux répondre Slwx praticien s fermés qui opposent à l'indissolubilité, comme fin de non-recevoir, sa prétendue impossibilité pratique.
Ouvrons, Messieurs, le livre de Ihistoire et lisons-le à grandes pages ; parcourons-le ensemble du regard, et de haut.
L'indissolubilité du lien conjugal est un fait
immense dans l'évolution du règne humain. Donc, elle est possible. L'indissolubilité conjugale, quand on l'observe, maintient les hommes dans la loi supérieure de leur nature; quand on la viole, au contraire, elle lait descendre les hommes dans la loi abaissée de l'animalité et de la faune. Donc, 1 indissolubilité n'est pas un rêve; donc, elle n'est pas inefficace ; donc, elle a une énergie puissante ; donc, elle est utile; donc, elle est nécessaire.
De telles affirmations ne sont pas sans hardiesse, j'ai besoin de les prouver : ce sera l'objet de cette conférence.
J étudie Ihistoire; je regarde d'abord l'histoire contemporaine, et, au moment où je vous parle, je me demande. Messieurs, ou en est l'indissolubilité du lien conjugal.
Elle a disparu à peu près de tous les codes civils.
Je dis à peu près, parce que les codes civils de la France et de l'Espagne , — deux pays d'ancien régime encore, — ont seuls gardé l'indissolubilité. Tous les autres l'ont plus ou moins écartée et détruite. Cependant, on peut citer diverses législations ou le divorce n a été introduit que d'une manière partielle.
Ainsi, en Autriche, les catholiques ne peuvent
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pas divorcer, parce que FAutriche ne comprend pas que l'État prête jamais son appui à ceux qui veulent aller contre une des prescriptions essentielles de leur culte. Au Brésil, c'est la même chose.
Dans les pavs où la séparation de lÉtat avec l'Église est complète, 1 État n'a rien à voir dans le lien conjugal. Le divorce est le fait individuel; l'État n'est qu'un enregistreur. Il ne s occupe pas de la grande question qui nous passionne.
L'indissolubilité existe donc encore dans quelques codes civils. Elle existe pareillement dans certains codes religieux : il v a des confessions protestantes qui la maintiennent. Mais sa forteresse inattaquable est dans le code religieux catholique.
L'Église catholique n'a jamais transigé sur le grave devoir qui forme la pierre angulaire de toute famille et de toute société. Elle a pu reconnaître l'invalidité de certains contrats; elle ne les a jamais cassés. C'est sur ce point qu'une multitude de polémistes tombent dans une déplorable confusion. Ils confondent perpétuellement la déclaration de nullité d'un contrat avec la cassation de ce contrat. L'Église catholique déclare quil v a et qu'il peut v avoir des contrats nuls de plein droit; mais, quand un contrat a été signé légitimement, validement, jamais elle ne le casse.
S'il est arrivé que des cassations aient eu lieu, en dehors du droit, — je n'en sais rien et je ne
rexamiiie pas, — ceux qui ont agi ainsi ont outrepassé les limites. G est le Christ qui a scellé de son sceau le contrat; il n'appartient à personne, pas même à lÉfjlise, de le déchirer. Ce qu'il a dit est dit : ce qu'il a écrit est écrit. Les décrets d'un tel législateur sont absolus : on n'en rappelle pas.
Tels sont, à l'heure où nous sommes, les tenants et \eè pratiquants de l'indissolubilité.
Je me trompe, il en est un autre que je me reprocherais de ne pas nommer, un autre, puissant et divin , un autre contre lequel on ne saurait s'inscrire, sans aller contre sa nature d'homme. Est-ce que nous n'avons pas une conscience? Estce que nous n'avons pas des convictions et des dogmes, à nous, en tant qu'êtres intelligents et libres? Or, Messieurs, ce qui nous fait hommes, ce qui nous permet de juger les choses humaines, cette grande faculté qui s'appelle la raison et la conscience, et dont les prescriptions invincibles forment le droit de la nature : voilà le grand livre ou se trouve inscrite encore la loi souveraine de 1 indissolubilité du lien matrimonial. Eh bien, s'il se rencontre, aujourd'hui, des raisons dévoyées et des consciences obscurcies, il en est aussi qui n'ont pas capitulé et qui, sans même se réclamer d'un culte, sans faire appel à une religion ou à un code civil quelconque, déclarent la société conjugale indissoluble de plein droit naturel, et ne recon-
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naissent à aucun code le droit de remplacer ce code premier, auquel tous les autres, sous peine de nullité, doivent obéir et se conformer.
Dans le passé, Messieurs, l'indissolubilité trouve des défenseurs illustres.
D'abord, au commencement des temps et des choses, alors que sur la planète, étonné, apparut le premier couple humain , Thomme n'avait qu'une femme, la femme n'avait qu'un homme. Le couple primitif se montra dans toute la virginité de cette première union indissoluble qui a été le principe de toutes les autres, car elle a donné à toutes les autres quelque chose de son onction profonde et de son caractère sacré. Jésus-Christ Ta répété : «Au commencement, il n'v eut, dit-il, qu'un homme et qu'une femme que Dieu a unis. » Dieu les a unis par sa présence; ils se sont liés par l'amour virginal qui a été la première explosion de ces âmes encore fraîches.
Ainsi, Messieurs, l'indissolubilité conjugale est d'institution originelle, et cette institution a été maintenue dans les vastes régions du monde primitif. Oui, dans ces législations antérieures aux grands peuples et aux grandes civilisations, l'indissolubilité conjugale existait. En voulez- vous une preuve? Il nous est resté quelques beaux débris de ces âges lointains ; et quoique peu nombreux, ils nous laissent néanmoins reconnaître
aisément la magnificence et la beauté de ces siècles perdus des origines humaines.
Savez-vous qui je vais appeler, ici, en témoignage, à Fappui de ma thèse? Vous ne l'imaginez pas. Ce sont les lois de Manou, d un Indien des temps primitifs. Voici les paroles textuelles de ces lois comparables, pour la pureté et la majesté, aux lois des Douze Tables :
« L homme et la femme ne font qu'une seule personne. Lhomme complet se compose de trois : lui, la femme et l'enfant. Et ki femme est la compagne de l'homme, à la vie, à la mort. — Vous entendez. Messieurs, c'est indissoluble : à la vie, à la mort. — Que la veuve vive dans la mortification de son corps, qu'elle se nourrisse de fruits purs, de fleurs et de racines ; que jamais, — entendez-vous, femmes? — que jamais la femme, son seigneur mort, nose prononcer le nom d'aucun homme. »
G est immense! Gela dépasse en audace tout ce qu on est accoutumé à concevoir et à dire. G'est si fier, si puissant et si austère; ces débris du grand âge sont si splendides , que quand les hommes ont été déchus, savez-vous ce qu'ils ont fait? Ils nont pas pu porter cette superbe loi qui dépassait leurs forces. Alors, les femmes désespérées ont allumé des bûchers ; elles sont mortes. Gertes , je ne puis approuver ces folies étranges et ces suicides; cependant, comment se
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défendre d'une certaine admiration instinctive en présence de ces veuves , brûlées vives , que la froide raison et la Foi condamnent? L'inia(jination recule effarée devant ces lois barbares qui demandaient le suicide au lieu d imposer la vertu.
Messieurs, après ce (>rand âge primitif, lorsque nous'entrons dans la civilisation païenne; lorsque se fondent les vastes empires de llnde, les puissantes dynasties d'Égvpte, la forte famille patriarcale de la Chine, les peuples braves de la Perse; lorsqu'on suit, dans sa marche, le peuple juif, gardien providentiel de tant de vérités; lorsqu'on entre dans le paganisme, — ceci est plus voisin de nous, - — dans la belle Grèce, et dans la Rome active et conquérante; lorsqu'on descend jusqu à l'autre extrémité, jusqu'aux nations sauvages, aux peuplades perdues dans les îles et où se montrent à peine les premières éclosions de la pensée humaine ; lorsqu'on se promène ainsi dans tout ce monde, que voit-on? Qu'est-ce qui apparaît? Qu'est-ce qui frappe?
Alors, ce n'est plus seulement le divorce : cette polvgamie successive règne là en plein, sans protestation; on entre franchement, — du moins, quand on est chef de peuple, de tribu, aristocrate ou grand seigneur, — on entre franchement dans la polygamie : on a son sérail ; on est de l'école de
Mahomet, on essaye de l'imiter dans son art de flatter les passions, mais on n'a pas les audaces de ce puissant corrupteur.
Ainsi, dans l'ordre inférieur, la polygamie règne sans conteste : en Orient, où la femme est précoce, où les natures sont embrasées par un soleil de feu; et jusque sous les glaces du Nord. — 0 Germain! on a vanté la chasteté et la pudeur de tes femnaes; tu connaissais, toi, vaillant bardé de fer, quand tu montais sur ton grand cheAal victorieux, tu connaissais aussi la multiplicité des femmes. Et on te faisait honneur, lorsqu'on avait gagné quelque glorieuse bataille, ent'amenant les belles captives de la tribu conquise. On te disait : Ces femmes sont à toi!
C'est la polygamie qui règne ici en souveraine! Elle a son funeste empire comme tant d'autres vices : il ne faut ni s'en étonner ni s en décourager.
Cependant, Messieurs, les Romains que je vous ai nommés étaient plus fiers, plus vigoureux que les Grecs. Ils avaient le sens de la force; les Grecs avaient le sens de la forme. Les Piomains étaient faits pour l'empire. Les Grecs chantaient la beauté. Les uns étaient les fils harmonieux de la molle lonie; les autres, plus mâles, gardaient partout leur rudesse native ; et leurs poètes eux-mêmes semblaient avoir, comme Romulus et Rémus, sucé
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jes mamelles de la louve. Or, les Grecs se sont laissé entraîner, à la suite de l'Orient, dans tous les désordres qui emportent loin de Tindissolul)ilité. Les Romains eux-mêmes, ces conquérants, ( ette race énergique, ces maîtres du monde, ces âges, ont mis le divorce dans leurs lois. Les ivomains, toutefois, pendant cinq siècles, ont vécu comme si le divorce n'existait pas.
Mais quand les abâtardis du Bas-Empire ont imité l'Orient et la Grèce, quand ils ont eu, comme eux, la polygamie et le divorce, quand on a pu dire, comme cela court dans notre littérature, que les femmes comptaient leurs années parle nombre de leurs maris et non par celui de leurs consuls, alors les Romains dégénérés ont été foulés aux pieds par les chastes barbares — chastes... relativement, parce qu'ils avaient, eux, le sang vigoureux et que la corruption impériale ne les avait pas encore énervés.
Voilà, Messieurs, quelques-unes des leçons de Ihistoire. Ecoutez et méditez, vous qui avez Tambition de conduire les peuples !
Je viens de vous présenter. Messieurs, en traits généraux et rapides, la suite des siècles. Prenons la dernière des pages, celle qui sépare les Romains et les Grecs de notre temps : la page des nations modernes.
Que voyons-nous? Lorsque la loi religieuse était la loi civile des peuples, lorsque les peuples vivaient sous le ré(}ime théocratique, alors le divorce n'existait dans aucune des nations qui composaient la chrétienté. On peut signaler, sans doute, les défauts de tels ou tels peuples, mais il est impossible à une âme loyale de ne pas vanter leurs qualités chevaleresques.
Cet âge théocratique a duré de longs siècles : le voilà qui s'en va pièce à pièce ; et dès la Réforme, au moment où l'on commençait à battre en brèche l'autorité religieuse, le divorce obtint droit de cité chez les peuples modernes.
Il est entré en Angleterre depuis longtemps : vous savez par quelle porte? Par la porte de l'adultère royal. On pouvait entrer mieux. Je dois flétrir cette origine. Quand on entre, on entre bien ou l'on n'entre pas; on attend.
Le divorce est entré en Allemagne : par quelle porte? Par la porte qu'ouvrit un moine apostat. Ce n'est pas beau. Je suis moine : je déclare qu'un moine apostat n'est pas seulement un révolté, mais un parjure. Les hommes ne lui pardonnent point ce froc dont il ne réussit pas à se dépouiller, à leurs yeux! et qu'il traîne, malgré lui, comme le châtiment et la preuve d'une trahison sacrilège.
Le divorce est entré en Russie : par quelle porte? Par la porte du schisme et de l'abaissement de la
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hiérarchie. G est la faiblesse de la hiérarchie sacerdotale, en Orient, qui a donné passage au divorce : cette porte est au-dessous de la porte de service. Les maîtres qui s'abaissent tombent plus bas que les valets auxquels ils commandent.
Et chez nous, en France? Le divorce a frappé quatre fois à la porte. En 1 792, en 1803, en 1831 et en 18-48. Et puis, tout récemment, il a frappé, il frappe encore. Il a commencé en 1877, si je ne me trompe. Il frappe doucement, mais en plusieurs endroits à la fois. Entrera-t-il, Messieurs ? Je ne le souhaite pas, et s'il devait entrer, quand même je serais seul, — il est vrai que je ne suis pas marié, mais ceux qui demandent le divorce n en veulent pas profiter, dit-on; par conséquent, nous sommes sur le même pied d" égalité, — quand je serais seul, dis-je, je protesterais !
Le nombre importe peu. Ce qui importe, ce n'est pas la multitude, encore une fois. Ce qui importe, c est l'individualité. Une individualité vaut mieux que cent mille zéros. Je ne prétends pas le moins du monde être cette individualité, car j'ai eu soin, quand je suis venu devant vous, de vous déclarer que je n'étais pas ici un homme plaidant pour une cause personnelle. J ai pris la précaution de vous déclarer, — je le répète, — que je suis un humble représentant de Celui qui a restauré 1 indissolubilité conjugale primitive, de ce Christ qui a été en
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même temps le restaurateur de Thumanité en décadence et le promoteur de l'humanité en marche vers tous les progrès. Or, le Christ a toujours à son service une armée indéfectible, une phalange compacte contre laquelle aucune prévarication ne prévaut : la hiérarchie catholique.
Et du reste , Messieurs , si nous devions , en France, édicter et subir cette loi nouvelle, je le regretterais profondément, parce que j'aime l'originalité de ma race, de mon pays. Il y a un certain plaisir élevé à se sentir d'une race qui n'est pas commune, à ne pas ressembler à tous les hommes.
J'ai entendu des divorcistes me dire : « Tous les pays ont pris le chemin du divorce ; qu'attend donc la France? Qu'elle devance au moins l'Espagne, afin de n'être pas tout à fait la dernière ! »
Comment ! la France prendrait le chemin du divorce, et elle irait là, parce que le nombre v va! Non, Messieurs ! La France est un peuple qui, depuis l'établissement définitif de sa forte unité, malgré toutes les révolutions et les crises, a conservé dans ses lois civiles l'austère doctrine chrétienne de l'indissolubilité conjugale. Et vous viendriez déchirer ce code inscrit si profondément dans l'âme du pays, et vous le jetteriez au vent ! Non ! vous ne le ferez pas. J'aime à penser qu'on sera plus jaloux de notre gloire et qu'on gardera pré-
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cieusement ce qui constitue l'originalité de ce peuple, le seul chevaleresque du monde !
Les autres parlent pour eux ; lui , parle pour tout le monde. Les autres parlent pour ce qui leur est utile et profitable ; lui, parle pour ce qui ne rapuorte rien, pour ce qui sert la cause de la morale et de la justice. Les autres meurent quelquefois pour se défendre ; lui, va se faire tuer pour protéger les faibles et venger les opprimés.
Et pourquoi ne pas suivre nos inspirations si puissantes et si désintéressées? Le génie français est capable de maintenir dans les lois quelque chose d'héroïque, ne fut-ce que pour apprendre au monde qu'il y a un code resté fidèle à l'Évangile ; un code que les passions n'atteindront pas, un code qui dominera l'humanité animale. Les mœurs françaises pourront s'abaisser; le code français, — laissezmoi cette espérance, — ne s'abaissera pas.
Du reste. Messieurs, puisque nous feuilletons l'histoire, regardons l'avenir; jetons les yeux sur la page blanche qui ne sera écrite et noircie que demain. Vous me demandez ce que je pense de demain et de l'avenir. Je vous répondrai ceci : «la cause de l'indissolubilité conjugale est une cause forte que nous ne perdrons pas, alors même que tous les codes civils la bifferaient.
Deux codes indestructibles, plus indestructibles
que tous les codes civils, que tous les codes Napoléon, sauront bien la sauver.
Est-ce qu'on peut changer la nature deriiomme? Non; ilv a donc ici un code, le code de la nature, de ses besoins, de ses droits. Or, la nature de riîomme, dans ses grands rêves, lorsqu'elle va au bout d'elle-même, la nature de riiomme veut Tindissolubilité conjugale. Il
L'amour plaide pour elle. s
L'enfant plaide pour elle.
Le contrat plaide pour elle; par conséquent la justice.
Le code naturel, toujours, à un moment donné, revient, et, ici encore, il s'impose.
Et puis, à côté, il y a le code religieux, confié par le Christ à la hiérarchie catholique qui le garde à travers les âges. Messieurs, notre code catholique avec la prescription particulière de l'indissolubilité est indestructible. Il est pour les siècles des siècles.
Nous pouvons avoir des tiédeurs. On peut aujourd'hui, en France, compter les catholiques par vingtaine de millions et n'avoir, dans ce nombre, que des non-valeurs, peut-être pour quinze ou dix millions, qui ne font qu'un nombre de statistique. La tiédeur de ces quinze millions ne prévaudra jamais contre la conviction inaltérable, contre la
vijjueiir invincible des dix millions, ou d\m nombre moindre, si vous voulez, qui garderont intègre la doctrine christique. Elle ne prévaudra jamais contre la hiérarchie qui peut bien, dans la conduite, faiblir quelquefois, mais qui, dans la garde de la doctrine, ne faiblit jamais!
Or, entre le code christique d'une part et le code naturel d'autre part, le code civil est pris comme dans la mâchoire d'un étau. Cette mâchoire se refermera sur lui, et il ne restera de ce code humain créé dans un jour de passion vulgaire et d'intérêt personnel, qu'un peu de poussière.
Après cette revue rapide du monde des faits, dans lequel l'indissolubilité du lien matrimonial s'accuse en traits si puissants, me permettez-vous, Messieurs, de conclure maintenant que l'indissolubilité du lien conjugal est possible, puisqu'elle est un fait considérable? Je le pense; et je ne crois pas, en tirant cette conclusion, faire un argument bien scolastique; c'est linvincible force des choses.
Je vais plus loin. Je veux vous montrer combien le devoir de l'indissolubilité conjugale, pratiqué, est excellent, et combien, violé, il peut amener de graves conséquences.
Regardons de haut et pénétrons dans les détails que tous les veux peuvent voir.
L'humanité se meut entre deux pôles extrêmes, que j'appellerai — si vous le voulez — le pôle de l'animalité et le pôle de la spiritualité.
^ous ne sommes pas des animaux, mais nous tenons de leur nature, puisque nous sommes pétris de matière. Nous ne sommes pas des esprits purs, mais nous possédons, en mode inférieur, tout ce qui fait les esprits, puisque nous avons une intelligence qui conçoit, une liberté qui se détermine et un cœur qui aime le bien universel.
Or, examinez quel est notre sort, à nous, hommes, pris individuellement et collectivement, par familles et par peuple, par continents et par civilisations : quel est-il?... Lorsque nous descendons vers le pôle de l'animalité, nous donnons l'empire à cette matière que nous traînons avec nous et qui, presque toujours, nous accable. Quand nous donnons l'empire à l'élément spirituel et divin que nous portons en nous, et qui est la fortune de notre destinée, tout grandit : cette matière même se transfigure. Elle prend des airs qu'on ne lui connaissait pas. La béte domptée s'ennoblit; et on aperçoit comme un diadème, comme une rovauté sur ces fronts que l'esprit transfigure !
Par conséquent, la question du mariage se peut concevoir au point de vue de l'animalité et au point de vue de la spiritualité. Quand on la conçoit au point de vue de l'animalité, on fait de la
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zoolo(jie et de la physiologie animales ; quand on Tenvisage au point de vue de la spiritualité, on fait de la psychologie et de la sociologie, au grand sens du mot.
Voyez ce qui se passe dans le pôle inférieur. Écoutez, Messieurs : l'animal connaît , — je ne dirai pas le mariage, c'est un nom que je respecte, que je ne mettrai jamais dans la faune, et je voudrais aussi qu'on ne fît pas descendre l'homme jusque-là, — l'animal, dis-je, ne connaît pas le mariage, il connaît l'union physiologique. Or, dans l'animal, l'union a trois caractères : elle est fatale ; l'animal n'est pas libre. Elle est sans discernement; vous savez bien que, dans le règne animal, c'est la loi du plus fort qui l'emporte. C'est au plus beau cerf... non, c'est au plus fort !
Dans l'animalité, l'œuvre à accomplir est transitoire. Le petit faon, dès qu'il sent ses pieds alertes, n'a plus de tendresses pour la biche; il n'a jamais connu son père. Il va dans la forêt ; il ne connaît que le brin d'herbe qui lui sert d aliment et les arbustes à l'ombre desquels il bondit ou se repose.
Messieurs, est-ce que Fhomme est sous l'empire de cette loi"? Non, car il est libre et juste. Aussi, quand il se marie, il fait un contrat. Le contrat est le témoignage de sa liberté et de sa justice. L'homme est un être intelligent; par conséquent,
quand il fait un contrat, il choisit celui ou celle avec lequel ou avec laquelle il fait son contrat.
Si c'est un homme, il dit à cette femme, pas à une autre : « Je te choisis! » et cette femme lui répond : « Je t'accepte, toi. » Il y a plus : être aimant, absolument et sans mesure, destiné à former un autre homme, c'est-à-dire à accomplir l'œuvre de l'éternité et non pas l'œuvre qui passe, quand il fait un contrat avec celle qu'il a choisie, il le veut éternel. Je répète la doctrine de Manou : « Que la femme soit ta compagne, à la vie, à la mort ! »
Voilà les deux pôles. Dans l'animal, tout est fatal, aveugle, temporaire, — retenez ces mots, Messieurs, ils sont scientifiques : fatal, aveugle, temporaire !
Chez riiomme, il y a contrat, par conséquent union scellée par une liberté qui s'enchaine ellemême. Il y a contrat où l'on discerne, où l'amour doit être éternel, comme l'œuvre que cet amour doit accomplir.
Ces principes posés, j'en fais l'application et je me demande quel rôle joue l'indissolubilité dans ce mouvement oscillatoire qui agite les hommes en sens contraire, qui les emporte aujourd'hui vers la matière, et qui demain les soulèvera au-dessus de l'animalité, vers le règne de l'Esprit.
Que va faire l'humanité, Messieurs, et qu'a-t-elle
fait? Faut-il vous raconter son histoire ici? C'est (jrand comme un inonde. La loi de la faune d'une part, la loi du règne humain d'autre part : voilà les deux pôles qui portent tout le mouvement de Thumanité. Je ne fais pas ici appel encore au Dieu créateur. Je parle pour le mariage civil lui-même, pour ceux qui sont des hommes et qui veulent demeurer dans la loi restreinte de leur nature. Voyez donc ce que fait l'humanité.
Elle peut rester fidèle à sa loi, ou bien la fouler aux pieds.
Voulez-vous, Messieurs, que je compte devant vous les escaliers funèbres qui descendent jusqu'à la faune? }sous habitons sous un ciel et dans un temple; voulez-vous que je descende avec vous les degrés qui mènent non pas à la rue, mais au terrier?
Eh bien, les voici.
Le premier est le divorce mitigé, aussi mitigé que possible ; il est entouré de toutes les précautions de la loi ; pas de divorce par consentement mutuel. Non! Le divorce? On mettra un an, deux ans, trois ans pour le consommer. Si peu que rien; je vous en prie : c'est presque sur le même palier que l'indissolubilité. Nous ne descendrons pas. Le divorce est à doses homéopathiques. Il n interviendra que dans les situations extrêmes, fatales, sans issue. Il faut bien respecter le lien conjugal I
Nous sommes les premiers serviteurs de ce lien ; nous trouvons splendide cet idéal; c'est pour les anges ! — Vous êtes des anges, tant mieux !
Mais descendons un peu plus. Du divorce mitigé
— premier degré — on arrive au divorce franc : le divorce par consentement mutuel : second degré.
— Toi, mari, tu ne veux plus de ta femme qui en convient? — Non ! — Et toi, femme, tu ne veux plus de ton mari qui ne' s'y oppose pas? — Non!
— Eh bien, allez-vous-en!
Voilà le divorce complet : plus de difficulté.
Qu'est-ce qu'une institution semblable ?
Un commencement de polygamie ; non pas encore la polygamie simultanée, mais la polygamie successive.
Certains hommes , certains peuples se sont arrêtés au divorce le plus mitigé; d'autres sont allés plus avant, et — c'est inscrit déjà dans des codes — ils sont allés au divorce franc, sans aucune arrière-pensée.
Mais que dirai-je de la société civile à laquelle nous appartenons? Elle ne peut guère descendre aussi bas que certaines passions ou certains préjugés le voudraient; elle a sa noblesse. Pour descendre, il faut s'abaisser; il faut entrer dans des souterrains. Or, nous avons une taille qui ne nous permet pas de ramper comme des peuplades sauvages, ou de croupir comme celles qui ont l'habi-