XXVI LA I.LTTK POLITIQUE ET RELIGIEUSE
[.a religion catholique d abord, car elle perdait nécessairement son majestueux caractère d universalité. On n a plus dit : le catholicisme; on a forgé, pour le nommer, des mots de guerre injurieux, à signification douteuse, qui permettaient de leur donner tous les sens, au gré du préjugé, des caprices ou des intérêts de la haine. Et elle qui remplit le monde est devenue, en France, dans lesprit d un trop grand nombre, un parti : le parti catholique.
Lepavs ensuite : car on aura beau faire, on ne rompra jamais, sans calamité, 1 alliance étroite, nécessaire, qui rend les mœurs et la religion solidaires. Lorsque, dans un peuple, la religion s en va, les mœurs se relâchent; lorsque Dieu est chassé, le plaisir le remplace : et la terrible luxure est toujours la vengeresse homicide de ces races apostates qui ont jeté à la porte leur Dieu. Adorer ou pourrir : c est le dilemme inexorable : Servire Deo aiit Diaiinnoiiœ^ a dit le Christ. Qui lui donnera un démenti.''
Ce n'est pas la religion qu'on veut atteindre, dit-on. .le le veux croire : etjeii ai pas besoin de
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suspecter des intentions; mais les coups quVjn porte à ce qui a été nommé le parti catholique atteignent, dans Tesprit du peuple, la relij^ion tout entière. Il faut respecter au moins la fail^lcsse du peuple : que ceux qui veulent, devant lui, condamner les travers humains et les fautes du catholicisme, sachent aussi lui en révéler les jjrandeurs, et qu'ils donnent des marques publiques du respect dont ils se disent pénétrés, pour la grande religion ; sinon, qu'ils le sachent, en croyant combattre les faux dieux, c'est le Dieu vivant lui-même qu ils menacent et qu'ils attaquent dans l'âme des foules.
Ces quelques considérations rapides peuvent suffire à expliquer le caractère d'opposition bruyante et militante qui a été signalé entre le catholicisme, en France, et la société moderne. Une telle opposition, il est aisé de le voir, ne tient pas à l'essence du catholicisme ou de la société moderne. Elle tient ou à ces hommes qui se disent les champions de 1 un et de lautre, ou à des circonstances passagères que le temps modifiera.
Résolue à établir un régime de sage liberté
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politique, la l'rancc non scnl(Mncnt ne renccr.trera pas dans le catholicisme un ol)Stacle, elle y trouvera un appui. T. a reli.j;ion, qu'on a appelée une f;i"ande école de respect et dans laquelle aujourdhui, je Tai reconnu, prévai:t l'esprit d'autorité, n'en est, pas moins une école de liberté : et c'est encore en elle que se forment le mieux ces consciences indomptables qu'on ne fait point capituler, et ces caractères daiiain qui n'obéissent qu à leur conscience et à Dieu.
Républicaine, si elle le veut, qu'est-ce que la France peut redouter du catholicisme? Il conticnt, on ne le sait pas assez, jusque parmi ces moines qu'on dédai{ifne, des lé(]islations admirables que devront étudier et copier tous ceux qui ont quelque souci des vertus sans lesquel!( s il n'y a pas de répul^lique, et des lois favorables au développement des individualités sans lesquelles la république ne serait qu'un autocir.tisme dé^juisé.
Démocratique enfin, la France peut marcher dans la voie de 1 émancipation politique et sociale de tous ses fils, elle peut rêver entre eux
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iiiio é[]^alité toujours plus paifaite; elle nr vc\.coiitr(Ma rien, clans le catholicisme, je le déclaie, qui lui soit contraire. Je dis : clans le catliolicisme, et non pas clans les catholicpics. Les catholicpies français, je ne 1 i(]nore point, ne semblent anjonrcl Inii ni partisans de la libciU? politi(|ne, ni partisans de la forme républicaine, ni favorables à ce cju'on est convenu crappebM* la démocratie. La majorité est antilibérale : antirépublicaine, antidémocraticpie : c'est son droit. On peut le re{jretter : il n'appartient à personne de l'en blâmer. Les opinions sont libres : et le premier signe dune âme indépendante est le respect des opinions contraires. Je tiens seulement à remarcpier ceci : rien, dans la foi catbolic|ue, rien, dans l'autorité ecclésiastif|iie, ne s'oppose à nne opinion libérale, républicaine et démocraticpie. Et, cju'il me soit permis cl ajouter : 1 heure est venue peut-être où le catholicisme doit démontrer par des faits publics cpie sa lar^^e idée d universalité n'est point un vain mot, et c[u il v a place en lui pour toutes les opinions politicpies, dès lors qu'elles respectent la vérité, la justice et la vertu.