XXX LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE
Qui donc pourrait s en plaindre on s'en offusquer ? Les sectaires seuls se soulèveraient : il est temps de confondre ces esprits discordants qui ne travaillent quà creuser un abîme entre la religion catholique et la nation française. Et que gagne-t-on à cette œuvre de haine? Le Christ est-il venu pour cela? Lui, le pasteur aimant, toujours en quête de la brebis perdue. Lui, le Saint en esprit et en vérité, toujours ami des publicains et du peuple, ne nous montre-t-il pas assez quil y a autre chose à faire qu'à s'enfermer dans le temple, à v brûler F encens et à en écarter les profanes? Le temple doit s'ouvrir, et il est la maison de tous, étant la maison du Dieu pour lequel il n'v a plus ni Scythes, ni Barbares, ni Grecs, ni circoncis et ni incirconcis, mais des hommes appelés à devenir ses fils.
D'ailleurs, qu'on étudie l'histoire ; qu'on s'élève un peu au-dessus des troubles, des difficultés de l'heure présente, — on ne juge bien que ce qu'on domine et on ne domine bien que ce qu'on regarde à distance et de haut, — on
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verra que, loin d'être rcfractaire au milieu luiinain dans lequel il vit, le catholieisuie en subit au contraire les influences jusqu'aux dernières profondeurs.
Est-il rien de plus frappant, même aujourd hui, que la différence d allures du clergé des divers peuples? D'où vient le caractère si nettement tranché qui distingue le clergé romain, des clergés français, allemand, anglais, américain, espagnol, oriental? Du milieu social dans lequel il vit. C'est toujours la même foi, le même Credo, la même discipline générale : mais quelles nuances marquées dans l'élément humain de ces Églises nationales !
Si, au lieu de considérer les divers peuples, nous examinons les diverses époques de l'histoire, le spectacle est encore plus saisissant.
L'Europe a traversé, jusqu'à présent, deux âges, depuis les barbares : la féodalité et la monarchie. Le catholicisme féodal ressemblet-il au catholicisme des grandes monarchies? Pas plus que les grands Ordres religieux, aux libres constitutions, ne ressemblent aux instituts et aux compagnies, aux règles d'absolue
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discipline; pas plus que le Dominicain ne resseml)le au Jésuite.
Le monde s'a[jite et semble, sous rins})iration dune force mvstériense, entrer dar.s une nouvelle phase humaine. Comme la féodalité a fait place à la monarchie, la monarchie, en Europe, semble regarder d'un œil inquiet vers le monde nouveau de rAmérique. Les caté[jories seffacent entre les hommes, 1rs éléments sociaux se mêlent, des effondrements de trônes et d institutions, des efforts douloureux, souvent vains, remuent des ruines en crovant édifier : à Fâge monarchique on dirait quun troisième â(je veut succéder, lârje démocratique. Ce sont des luttes sans fin, des actions et des réactions violentes ; l'Europe, et la France surtout, se débat au milieu de ces a(}itations, je n'ose dire, de ces convulsions.
Dans ce chaos tumultueux d'idées, d'intérêts, d'espérances, que devient le catholicisme Mm muable dans ses cnseijjnements, il [jarde les principes éternels qui dominent toutes les révolutions de ce monde. Sa[;e et ferme, il a résisté
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aux folles revendications d'une société affolée. Sans condamner la liberté politique, il en a réprimandé les écarts et les excès, et à la déclaration des droits exclusifs de 1 homme il a répoîidu par la déclaration nécessaire des droits de Dieu. Il a semblé ainsi se mettre en travers de l'évolution bnmaine : il n'a fait que la sauve[>arder. Il a paru accomplir une œuvre de réaction, il ("tait, en réalité, le frein qui modère le char emporté à toute vapeur.
Je ne crains même pas de le dire, il a conservé ses anciennes allures monarchiques.
L'élément humain, en lui, est resté à 1 ima{je de ce puissant esprit qui a ré.<;né depuis la féodalité, dans lEurope entière.
En pouvait-il être autrement? Celte colossale institution, qui s'étend aux quatre points cardinaux, peut-elle se modifier, dans sa forme relative, avec la même rapidité qu'un simple Etat? El d'ailleurs, pourquoi s illusionner ? E ère monarchique qui paraît vouloir se clore, en France, pour laisser s'inau.jjurer une ère nouvelle, estelle donc finie, dans la vieille Europe? Les trônes chancellent, je le veux; mais sont-ils
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donc il la veille de sVcroider en Russie, sons les coups du nihilisme ? en Autriche et en Allemag^ne, sous les efforts du socialisme? en Angleterre, sons la menace du paupérisme? en Italie et en Espag^ne, sous Télan juvénile de la république universelle? Et, s'ils s'écroulaient, nauraient-ils pas leur restauration au moins momentanée ?
On le voit, le monde européen va moins vite que la France. Mais, en France même, Fère des conflits politiques et sociaux est loin d'être close ; et le temple de Janus n'est pas à la veille d'être fermé.
Il peut donc paraître étonnant à ceux qui ne savent pas regarder d assez haut, que le catholicisme, si profondément empreint autrefois d'esprit féodal, et aujourd'hui même, d'esprit monarchique, n'ait pas encore subi l'influence de l'esprit nouveau qui souffle sur quelques régions plus accessibles à la tempête, ou plus vite éveillées par le printemps.
La rapidité des évolutions est en raison directe des inasses : une cellule vivante se trans-
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forme des millions de fois avant f organisme auquel elle appartient. Un individu clian(;e d idée, en quelques années, par une eonviction sineère : un peuple met, à modifier ses mœurs et son organisation, tout un siècle. Et si lesprit qui prévaut dans une civilisation ne se transforme qu'avec un temps qui se mesure par siècles, pour l'évolution humaine du catholicisme plus ancien que tous les peuples et plus étendu que les civilisations , il ne faudra rien moins qu un de ces longs jours qui sont les jours de Dieu.
Le catholicisme est la pyramide.
Nous sommes la tente dressée à ses pieds. Soyons donc patients, et nous serons justes. Lihre à nous de changer notre campement et notre orientation, nous trouverons toujours l'ombre géante pour nous abriter ; mais respectons cette immuabilité majestueuse : il est bon pour ce qui change de voir à côté de soi ce qui ne change pas. L homme éphémère a besoin des visions de 1 éternité.
Si la loi providentielle de l'évolution des
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peuples doit amener, dans la vieille Europe et dans les deux mondes, un âge nouveau de liberté politique, de république et de démocralie, nul ne r empêchera.
La loi de Dieu est irrésistible, elle broie, comme la roue du cbar du prophète, et elle consume tout ce qui voudrait Farréter. Loin d'être un obstacle à cette ère nouvelle, le catholicisme la préparera. Loin de lui être réfractaire, il en acceptera tout F esprit (]^énéreux : et pourquoi cette É(jlise qui, avec ses apôtres, doit se faire toute à tous, qui a été si superbement féodale, si splendidement monarchique, si barbare même, ne serait- elle pas, à son heure, l'Église des temps nouveaux?
La mission politique et sociale de la France est glande : si, fidèle à la loi de son destin, notre pays sait, sans impatience, sans colère, sans esprit de secte et sans impiété, ouvrir la voie aux peuples européens, pourquoi serait-il défendu d'espérer que de l'Eglise de France ne sortent ces croyants généreux qui mettront d accord le monde moderne et le catholicisme? La politique de l'abîme, ce jour-là, serait finie,
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les eaux du déluge commenceraient à baisser, i Arche flottante deviendrait la maison fixe sur une terre rajeunie, et la paix renaîtrait, enfin, au milieu de la famille humaine, en proie à des haines fratricides.
De telles espérances seront vaines, tant que le procès entre la Science et la f'oi tiendra en suspens l'opinion publique, et laissera croire à leur nécessaire et irrémédiable opposition. Il n'est bruit, dans les académies et les laboratoires, que des contradictions entre la Révélation de Dieu et la Révélation du savant, entre le Livre e Dieu et le livre de la Nature, entre les dogmes i Église et les nouveaux dogmes de la Science, ntre les mystères d'une foi qu'on ne saurait éiifier et les vérités palpables d'un monde dont {expérience pénètre peu à peu tous les secrets. Jusqu au jour où tous ces conflits prétendus auront été passés par le crible d'une critique indépendante qui démontrera aux plus aveugles leur inanité, le dilemme redoutable : ou croire ou savoir, partagera les intelhgences en deux camps adverses, acharnés. Les uns disent :