‹ Indochine françaiseChapitre 3 sur 7 · DU 2 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DU 2 SEPTEMBRE

« Tous les hommes sont nés égaux. Le Créateur nous a donné des droits inviolables : le droit de vivre, le droit d'être libre et le droit de réaliser notre bonheur. »

Cette parole immortelle est tirée de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique de 1776. Prise dans un sens plus large, cette phrase signifie : « Tous les peuples sur la terre sont nés égaux; tous les peuples ont le droit de vivre, d'être heureux et d'être libres. >

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de la Révolution française de 1791 proclame également : < Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »

Ce sont là des vérités indéniables.

Et pourtant, pendant plus de quatre-vingts années, les impérialistes français, abusant de leur < (liberté, égalité, fraternité », ont violé la terre de nos ancêtres et opprimé nos compatriotes. Leurs actes vont à rencontre des idéaux d'humanité et de justice.

Dans le domaine politique, ils nous ont privé de toutes les (libertés.

Ils nous ont imposé des lois inhumaines. Ils ont institué trois régimes politiques différents dans le Nord, dans le Centre et dans le Sud du Viet-Nam pour détruire notre unité nationale, historique et ethnique.

Ils ont édifié plus de prisons que d'écoles. Ils ont sévi sans merci contre nos patriotes. Us ont noyé nos révolutions dans des fleuves de sang.

Ils ont subjugué l'opinion publique et pratiqué l'obscurantisme sur la plus large échelle, ils nous ont imposé l'usage de l'opium et de l'acool pour affaiblir notre race.

Dans le domaine économique, ils nous ont exploité sans vergogne, réduit notre peuple à la plus noire misère et saccagé impitoyablement notre pays.

Us ont spolié nos rizières, nos mines, nos forêts, nos matières premières. Ils ont détenu le privilège d'émission des billets de banque, le monopole du commerce extérieur.

Ils ont inventé des centaines d'impôts injustifiables, acculé nos compatriotes, surtout les paysans et les petits commerçants, à l'extrême pauvreté.

Ils ont empêché notre capital de fructifier, ils ont exploité nos ouvriers de la manière la plus barbare.

L'automne de l'année 1940, quand les fascistes

i'aponais, en vue de combattre les Alliés, ont envahi Indochine pour organiser de nouvelles bases de guerre, les impérialistes français se sont rendus à genoux pour leur livrer notre pays.

Dès lors, notre peuple, sous le double joug japonais et français, est saigné littéralement. Le résultat a été terrifiant. Du- Quang-tri au nord, deux millions de nos compatriotes sont morts de faim dans les premiers mois de cette année.

Le 9 mars 1945, les Japonais désarmèrent les troupes françaises. De nouveau, les Français se sont enfuis ou bien se sont rendus sans conditions. Ainsi, ils n'ont été nullement capables de nous « protéger > ; bien au contraire, dans l'espace de cinq ans, ils ont par deux fois vendu notre pays aux Japonais.

Avant le 9 mars, à plusieurs reprises, la Ligue du Viet-Minh a invité les Français a se joindre à elle

§our lutter contre Jes Japonais. Les Français, au lieu " e répondre à cet appel, ont sévi de plus belle contre les partisans du Viet-Minh. Ils sont allés jusqu'à assassiner un grand nombre de nos condamnés politiques incarcérés à Yen-bay et a Cao-bang, lors de leur débandade.

Malgré tout cela, nos compatriotes ont continue à garder à l'égard des Français une attitude indulgente et humaine. Après les événements du 9 mars, la Ligue du Viet-Minh a aidé de nombreux Français à traverser les frontières, en a sauvé d'autres des prisons nippones, et a en outre protégé la vie et les biens de tous les Français.

En fait, depuis l'automne de 1940, notre pays a cessé d'être une colonie française pour devenir une possession nippone.

Après la reddition des Japonais, notre peuple tout entier s'est levé pour reconquérir sa souveraineté et a fondé la République démocratique du Viet-Nani.

La vérité est que nous avons repris notre indépendance des mains des Japonais et non de celles des Français.

Les Français s'enfuient, les Japonais se rendent, l'empereur Dao-Daï abdique, notre peuple a brisé toutes les chaînes qui ont pesé sur nous pendant près de cent ans pour faire de notre Viet-Nam un pays indépendant. Notre peuple a en même temps renversé le régime monarchique établi depuis des dizaines de siècles pour fonder la République.

Pour ces raisons, nous, membres du Gouvernement Provisoire, représentant la population entière du Viet-Nam, déclarons n'avoir plus désormais aucun rapport avec la France impérialisée, annuler tous les traités que la France a signé au sujet du Viet-Nam, abolir tous les privilèges que les Français se sont alloués sur. notre territoire.

182 L'INDOCBINE FRANÇAISE

Tout le peuple du Viet-Nam, animé d'une même volonté, est déterminé à lutter jusqu'au bout contre toute tentative d'agression de la part des impérialistes français.

Nous sommes convaincus que les Alliés qui ont reconnu les principes de l'égalité des peuples aux conférences de Téhéran et de San-Francisco, ne peuvent pas ne pas reconnaître l'indépendance du Viel- Nam.

Un peuple qui s'est obstinément opposé à la domination française pendant plus de quatre-vingts ans, un peuple qui, durant ces dernières années, s'est décidément rangé du côté des Alliés pour lutter contre île fascisme, ce peuple a le droit d'être libre, ce peuple doit être indépendant.

Pour ces raisons, nous, membres du Gouvernement Provisoire de la République démocratique du Viet-Nam, proclamons solennellement au monde entier :

Le Viet-Nam a le droit d'être libre et indépendant et en fait est devenu libre et indépendant. Tout le

fieuple du Viet-Nam est décidé à mobiliser toutes ses orces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses biens pour garder son droit à la liberté et à l'indépendance.

Hanoï, le 2 septembre 1945.

Signé : HO CHI MINH, Président ; TRAN HUY LIEU, VO NGUYEN GIAP, CHU VAN TAN, DUONG DUC HIEN, NGUYEN VAN TO, NGUYEN MANH HA, CU HUY CAN, PHAM NGOC THACH, NGUYEN VAN XUAN, VU TRONG KHANH, PHAM VAN DONG, DAO TRONG KIM, VU DINH HOE, LE VAN HIEN.

(Traduit du vietnamien.)

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