PROCLAMATION DE L'ASSEMBLEE NATIONALE
L'Assemblée Nationale, convoquée par le Gouvernement provisoire du Viet-Nam, dans sa réunion inaugurale tenue le 2 mars 1946 à Hanoï, capitale de la République démocratique du Viet-Nam, proclame solennellement au monde et au peuple du Viet-Nam :
1° Depuis le début de la guerre, le peuple du Viet-Nam n'a cessé de lutter aux côtés des Allies contre les Japonais. Lorsque ces derniers se sont rendus aux Alliés, il s'est soulevé, s'est emparé du pouvoir et a fondé la République démocratique du Viet-Nam ;
2" La souveraineté du Viet-Nam indépendant appartient au peuple vietnamien.
Les destinées de la Nation vietnamienne sont entre les mains de l'Assemblée Nationale du Viet-Nam.
Le régime du Viet-Nam est le régime républicain démocratique et doit sauvegarder Ja liberté et assurer le bonheur de toutes les classes sociales. Tous les peuples vivant sur le territoire vietnamien ont des droits et des devoirs égaux.
3" L'indépendance et la démocratie ont été conquises grâce à l'union, aux sacrifices et à la lutte de tout le peuple.
Le 23 septembre 1945, les impérialistes français ont, par la force, porté atteinte a l'intégrité territoriale du Viet-Nam. Cette action est contraire aux
droits d'égalité et de libre disposition des peuples proclamés aux diverses conférences des Nations
L'Assemblée Nationale du Viet-Nam est ferme ment décidée à sauvegarder l'indépendance et l'intégrité territoriale du Viet-Nam, ainsi que la liberté du peuple vietnamien. '
Elle ordonne au peuple vietnamien tout entier de participer de tous ses efforts à la défense et à la reconstruction nationales afin d'avancer rapidement vers la prospérité et la gloire.
L'ŒUVRE ECONOMIQUE Agriculture.
Nous avions trouvé en ïndochineen nous y installant, un pays essentiellement agricole. La France se devait d'abord d'en augmenter la production principale, puis de lui en adjoindre d'antres si possible, ceci afin d'enlever à tout jamais de ce grand pays le spectre de la famine qui le ravageait périodiquement. En Europe, on ne connaît plus l'ampleur des famines enregistrées en Extrême- Orient à travers les siècles, dans des pays comme l'Indochine, dont les quatre cinquièmes des terres cultivées sont uniquement représentées par le riz,
Bien qu'elles soient naturellement fertiles, la routine atavique de ses cultivateurs ne permettrait à ces terres d'un rendement assez faible de 11 quintaux à l'hectare en moyenne contre 14 à 30 quintaux obtenus chez nos voisins des Indes Néerlandaises, les Indes Anglaises, de la Chine et du Japon.
II nous fallut donc : d'abord améliorer le système des vieux canaux d'irrigation, soit en les draguant, soit en en modifiant le tracé, puis en creuser de
nouveaux. La superficie cultivée en riz, qui était de 3.640.000 hectares en 1875, atteignait ainsi 5 millions 640.000 hectares en 1937.
Et la production de 840.000 tonnes de paddy (1) de 1875, se chiffrait par 4.400.000 tonnes en 1901, 5.390.000 en 1911, 6.000.000 en 1921, 6.100.000 en 1931, 6.300.000 en 1937.
Enfin, en 1939, la rizière couvrait 6 millions d'hectares qui produisaient 7 millions de tonnes de paddy, dont la consommation locale absorbait à elle seule 4.800.000 tonnes en 1939, laissant cependant 2 millions 300.000 tonnes à transformer en riz pour le commerce d'exportation.
Parallèlement à l'extension des rizières, une culture secondaire fut intensifiée, celle du maïs déjà utilisée pour l'alimentation humaine an Tonkin à raison de 80.000 tonnes en 1911. La France, gênée dans ses importations à l'étranger à partir de cette même date, stimula l'accroissement de cette culture, principalement au Cambodge et en Cochinchine, dont les terres alluvionnaires se montraient particulièrement propices ; la production, qui ne dépassait pas quelques tonnes en 1901, était déjà de 100.000 tonnes en 1911, puis passait à 220.000 tonnes en 1911 et enfin atteignait 600.000 tonnes en 1938, qui furent entièrement absorbées par la France, dont 80 % de ses besoins furent ainsi couverts.
Une œuvre entièrement nouvelle et exclusivement nationale fut entreprise, principalement en Cochinchine. Dès 1899, la culture de l'hévéa y fut introduite après des expériences concluantes faites tant par le gouvernement local lui-même que par le docteur
(1) Paddy = riz non décortiqua.
Yersin, des Instituts Pasteur de l'Indochine. Au début de la guerre de 1894, la production en latex s'élevait à près de 4.000 tonnes pour atteindre successivement 11.900 tonnes en 1931, 65.000 tonnes en 1939 et 80.000 tonnes en 1942.
La consommation totale de la France fut largement assurée.
Eii 1939, à la suite de la guerre, le riz, le maïs, le caoutchouc représentaient à eux seuls 75 % des exportations totales de l'Indochine. Et il y a Heu de considérer que ces heureux résultats furent atteints, malgré l'accroissement normal de la population et, par voie de conséquence, celle de ses besoins alimentaires. L'économie générale du pays s'en trouvait donc notablement augmentée. On pouvait d'ailleurs le constater par l'introduction de plus en plus importante sur le marché indochinois, de nombreux produits venant de la métropole ou de l'étranger.
Cependant, toute cette économie continuait à dépendre principalement du 1 riz — c'en était le côté faible — la multiplication de différentes productions s'imposa toujours. L'Institut de recherches agronomiques, spécialement organisé à cet effet, n'avait pas cessé d'étudier tous les moyens propres à la solution des problèmes techniques, intéressant le développement de toutes les cultures en général, de la grande culture comme de la petite culture indigène. Le thé, le café, le ricin, le kapok, le cocotier, le poivre, la canne à sucre, furent étudiés tour h tour et dans ces différents domaines, la réussite ne tarda pas à se manifester.
C'est ainsi que le thé passa de 190 tonnes en 1899- 1903 à 420 tonnes en 1904-1913, à 800 tonnes en 1914-1918, à 900 tonnes en 1924-1928 et à 1.600 ton-
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nés en 1934-1938 ; le café, de 200 tonnes en 1909- 1918 à 400 tonnes en 1938 ; le coprah, de 5.000 tonnes en 1903 à 10.000 tonnes en 1938.
Cet Institut de recherches agronomiques comprenait aussi dans ses attributions la sylviculture, la pisciculture. En sylviculture, les produits de l'exploitation des forêts, qui étaient de 400.000 mètres cubes en 1901, atteignaient 1.300.000 mètres cubes en 1911, 2.800.000 mètres cubes en 1937, permettant une exportation de 31.000 tonnes.
Quant à la pisciculture, nous devons lui réserver une mention spéciale parce qu'ajoutés au riz, les produits de la pêche constituent la base de l'alimentation humaine en Indochine qui est ainsi éminemment nutritive et très peu coûteuse.
En outre, la pêche a le privilège de provoquer un mouvement artisanal et commercial considérables. Au Cambodge, les Grands Lacs alimentent l'industrie millénaire des poissons séchés, tellement abondante qu'elle peut assurer la moitié des besoins de Singapour et des Indes Néerlandaises, 20.000 tonnes, bon ou mal an, s'y exportent ainsi. Quant aux poissons frais consommés sur place au Cambodge et en Cochinchine, ils provoquent un chiffre d'affaires jouant sur 50.000 tonnes environ.
Le sud Annam, lui, outre ses pêcheries, est le centre de la transformation de certaines espèces de poissons en saumure appelée « nuoc-mam », condiment très riche en matières azotées et indispensable à la population indochinoise.
Le Tonkin est également un pays où la pêche est florissante, mais ses produits sont pratiquement absorbés par les besoins de la consommation locale.
l'œuvre économique et sociale 193
Dans son ensemble, la progression de la production des produits de la pêche varie de 20.000 tonnes en 1899-1903, 30.000 tonnes en 1919-1923, à 50.000 tonnes en 1924-1938.
Commerce.
Les différents gouvernements qui se succédèrent depuis la conquête s'astreignirent tous & la réalisation de la même tâche :
— organiser les échanges intérieurs ;
— surveiller la qualité des produits exportables ;
— développer le commerce extérieur.
Les pays fournisseurs de l'Indochine étaient au premier rang : la France et une partie de son Empire pouf 46 % en 1913, 57 % en 1937-1938 et 59 % en 1939. Ensuite venaient la Grande-Bretagne, avec 3 % en 1913 et 5 % en 1937, 6 % en 1938 ; l'Allemagne, 5 % en 1939; la Belgique, les Pays-Bas, l'Extrême- Orient, de 28 à 49 % ; l'Amérique du Nord, de 1 à 4 % ; les autres pays, de 1 à 3%.
Le commerce extérieur de l'Indochine intéressait de nombreux clients. D'abord l'Empire français, pour une notable proportion : 29 % en 1913 contre 54 % en 1937 ; l'Extrême-Orient, de 27 à 37 %. Les Etats-Unis, grâce aux livraisons de caoutchouc qui leur furent faites, participèrent jusqu'à 8 % dans ce mouvement de clientèle.
On a pu se rendre compte que la France et son Empire apparaissent à la fois comme les principaux fournisseurs et clients du commerce indochinoîs. .
D'autre part, les trois produits industriels : riz, maïs, caoutchouc dominent toujours les exporta-
tions d'Indochine. Tant en tonnage qu'en valeur, ils représentent les quatre cinquièmes des exportations totales de la colonie. Ce qui démontre toute l'importance de l'agriculture de l'Indochine que nous avons déjà mentionnée. Résultats obtenus grâce a l'effort français dans l'amélioration de la production des rizières qui ont permis à l'Indochine d'acquérir le troisième rang sur le marché international du riz.
En ce qui concerne les importations, leur nomenclature en serait extrêmement copieuse. Contentonsnous de dire que les matières premières font 11 % des achats d'Indochine représentés par plus de 50 % de pétrole et essence, 30 % de textiles, 20 % de vins, papier ou pâte à papier ; les produits semi-ouvrés font 9 % des importations composés de 56 % de fers et aciers, 14 % de zinc, cuivre, aluminium et métaux divers, et 50 % de saumons d'étain transitant du Yunnan vers Hong-Kong ; les produits ouvrés font 64 % des importations constitués à concurrence de 50 % par des fils et tissus, 21 % par des ouvrages en métaux, 8 % par des papiers, 8 % par des produits chimiques, 12 % par des produits divers.
Les fils et les tissus forment l'élément principal de l'importation des produits ouvrés attestant ainsi, avec tous les autres objets demandés, tels que : appareils électriques, appareils de T.S.F., machines à coudre, phonographes, automobiles, bicyclettes, articles de luxe, huiles minérales, pétroles, l'élévation du niveau moyen de la vie de la population indigène.
Industrie.
L'intervention française officielle pu privée s'étendit également à l'équipement de l'Indochine par
l'exploitation de son sol et la création d'un certain nombre d'industries.
Les recherches minières ne furent pas une nouveauté, car, sous la domination chinoise, il existait de nombreuses exploitations, mais toutefois, elles n'avaient jamais dépassé le plan artisanal et leur rééquipement industriel moderne fut une révélation
Les exportations de houilles, dont les moyennes de 1899 à 1903 étaient de 198.000 tonnes, passaient successivement à 264.000 tonnes de 1903 à 1913, à 380.000 tonnes de 1914 à 1918, à 585.000 tonnes de 1914 à 1923, de 878.000 tonnes de 1924 à 1928, de 1.725.000 tonnes de 1929 à 1939 ; enfin, à 1.500.000 tonnes de 1934 à 1939. *
L'étain, pour les mêmes périodes, s'exportait sur 3 tonnes, 20 tonnes, 180 tonnes, 300 tonnes, 1.700 tonnes.
Le minerai de zinc apparaissait en .1906 avec 1.400 tonnes, puis passant à des moyennes de 22.000 tonnes en 1909-1913, 26.000 tonnes en 1914-1918, 28.000 tonnes en 1919-1923, 46.000 tonnes en 1924-1928, pour descendre à 600 tonnes en 1939.
Les exploitations de phosphates donnaient 200.000 tonnes par an.
Les industries de transformation produisaient pour les ciments : 2.350.000 tonnes de moyennes annuelles ; les raffineries de sucre, 15,000 tonnes ; les manufactures de tabac, 2.800 tonnes dé cigarettes ; les huileries et savonneries, 500 tonnes mensuelles. De nombreuses autres industries participaient au mouvement industriel telles que celles de la brosserie, du coton, de la soie, du caoutchouc, de la tannerie, des boutons, des bougies. .Mentionnons
cillaient 17.800 autos contre 350 en 1913 et 150 en
Quant aux canaux, le volume de terre que l'on dût remuer pour les établir dépassa 250 millions de mètres cubes ; autant, sinon plus, que pour creuser les canaux de Suez et de Panama mis au bout l'un de l'autre. La mise eh pratique de la politique de l'eau ne fut donc pas une simple expression.
La poésie des voyages reçut une définitive atteinte par le remplacement progressif des bacs qui égayaient les abords des fleuves (1). Le progrès imposa les ponts qui rendent d'innapréciables services.
Les ports furent aménagés :
Saigon, placé au centre du commerce du riz, fut pourvu de tous les avantages maritimes et fluviaux qui lui manquaient au début de l'occupation. Il en fut de même pour Haîphong au Tonkin, Tourane en Annam, Pnom-Penh au Cambodge. On organisa des ports spécifiquement charbonniers, comme Hongay, Camp-Pha, Port-Wallut, situés en baie d'Along ; d'autres, comme Ben-Thny, furent utilisés pour l'exportation des bois.
En Annam, le cabotage se faisait par Quinhon, Nhatrang, Phanthiet.
Un grand port de transit, placé sur la route du monde, celui de la baie de Cam-Ranh, se préparait à une plus grande utilisation.
Au Cambodge, Kep-Kampot, Ream, servaient non seulement au cabotage, mais aussi de liaison avec les ports du golfe du Siam jusqu'à Bangkok.
Des compagnies de navigation locales, les grandes compagnies des Messageries Maritimes, des Chargeurs Réunis, se répartissaient ces diverses formes de trafic.
Transports ferroviaires.
La question de l'interpénétration des pays de l'Union Indochinoise par le chemin de fer fut mise en avant dès 1885, la conséquence logique devait en être leur développement intérieur d'abord, puis la province chinoise du Yunnan aurait eu son accès vers la mer par le port de Haïphong, devenant ainsi un grand port de transit.
Grâce à divers emprunts, nous mimes donc successivement en exploitation les lignes de :
Saïgon-Mytho-Haïphong-Hanoï-Laokay-Yunnan,
Hanoï à la Porte de Chine-Saïgon-Nhatrang,
Tourane-Hué-Hué-Vinh-Hanoï,
N ha trang-To ur a ne, soit, au total, 2.000 kilomètres de voies ferrées — 2.400 kilomètres en y ajoutant la ligne Laokay-Yunnanfou. Une ligne en partie à crémaillère relie la station d'altitude du Lang-Biang, dans le Sud, avec la ligne côtière du Transindochinois. Un autre tronçon, sur la ligne Tanap-Takheh, est destiné à débloquer le Laos. Enfin, le centre rizicole de Bathambang, au Cambodge, est relié à Pnom-Penh.
Sans la guerre, il est fort possible que les quelques kilomètres qui séparent Mongkolborey, près de Battambang, du terminus de la ligne siamoise, vers Bangkok, eussent été terminés. Le voyageur aurait ainsi pu prendre à Singapour son billet de chemin de
fer pour Yunnanfou ou Dong-Dang, porte de la province du Quang-Toung, en Chine.
Ces réseaux routiers et ferroviaires offrent, en outre, de grandes facilités au tourisme et c'est sans aucune difficulté que le touriste peut parvenir aux sites réputés sur le Mékong, plateaux du Bokor, de Dalat, tombeaux de Hué, baie d'Along, plateau de Chapa, etc., où des hôtels confortables et accueillants attendent le voyageur.
Liaison aérienne.
Dès que le problème se posa, c'est-à-dire presque aussitôt après la guerre de 1914-1918, la grande ligne d'Extrême-Orient, destinée à relier l'Occident et la Chine en passant par les carrefours naturels de Bagdad, Rangoon, Bangkok, Saigon, Hong-Kong, fut créée grâce à l'appui de conventions internationales. Des lignes secondaires parurent aussitôt telles que celles de Singapour, des Indes Néerlandaises, de Hanoï, du Yunnan, etc. L'évolution aérienne d'Indochine suit son sort, intimement lié à celui des grandes lignes mondiales.
Liaisons télégraphiques.
Le cap Saint-Jacques, à l'entrée de la rivière de Saigon, dès le début fut le point d'atterrissement des câbles sous-marins anglais. Tourane-Haïphong le furent également. 'Puis, l'équipement ultra-moderne de la télégraphie sans fil suivit avec ses principaux postes à Saigon et à Hanoï. La téléphonie sans fil fut également mise au point et en 1939 Paris et Saigon conversaient à leur aise.
Voici donc rapidement brossé le tableau de la situation économique de l'Indochine depuis l'occupation jusqu'à la guerre de 1939. On aura pu en déduire facilement que la France, n'a pas failli à la mission qu'elle s'était donnée, que pour faire valoir les richesses économiques de l'Indochine elle n'a ménagé ni sa peine, ni son temps, ni ses capitaux.