‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 13 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Courte réponse à quelques objections.

IJiN' homme s'égare pendant la nuit; à la lueur d'un ciel étoile il découvre un palais; il y entre. Des serviteurs de toutes espèces s'empressent sur ses pas, et lui témoignent, chacun dans son langage , qu'ils ont reçu l'ordre de pourvoir à ses besoins. Quelques-uns se taisent et n'en remplissent pas moins leur ministère. Partout le mouvement règne autour de lui. On attache aux lambris des lampes étincelantes; on réchauffe les foyers; on lui apporte des fourrures en hiver, des fruits délicieux et rafraîchissants en été. Les désirs ne lui semblent permis que pour devenir cà son profit des occasions de bienfaits. Une horloge magnifique , visible de tous les apparternens, sonne les heures et donne le signal de travaux qui rentrent encore dans la classe des jouissances. Les mouvemens de ce régulateur sont si bien calculés, que Greenham lui-même eut désespéré d'atteindre à cette précision.

A peine le voyageur a-t-il senti la douce invasion du sommeil, qu'un sombre rideau s'abaisse devant lui, et que le silence est ordonné autour de sa couche. Son réveil est marqué par de nouvelles attentions dont il est l'objet. Les maîtres du palais ne se montrent pas : mais il les suppose occupés dans le secret de leurs appartemens. Il s'éloigne et il poursuivra sa route sans les avoir personnellement vus. Mais frappé de l'accord , de Tordre , de la majesté , de la promptitude et da

l'exactitude du service qui s'est fait sous ses jeux , il emporte avec lui le sentiment de leur présence. Il se gardera, toute sa vie , de dire qu'il a résidé dans un château abandonné, où son arrivée auroit été un accident imprévu , et où rien n'auroit été préparé pour le recevoir.

Il se permettra encore moins de penser que le propriétaire est un être malfaisant, sur ce que de nouveaux voyageurs s'étant présentés, au lieu de jouir fraternellement des douceurs de cet asile , ils se sont pris de querelle ensemble.

Il ne sera pas surpris que de cette mésintelligence il soit résulté divers accidens , tels que la faim et la détresse d'un certain nombre de commensaux privés en partie des bienfaits de l'hospitalité offerte à tous , par l'avidité et l'égoïsme de quelques audacieux ; car il a remarqué que les buffets, les lits de repos et les garde-robes étoient assez copieusement garnis pour suffire à tous les besoins.

La conviction de cette vérité est tellement établie dans les esprits , qu'à une petite exception près, les hôtes les moins favorisés, en se retirant du palais , n'en franchissent la porte extérieure qu'avec des regrets et des larmes. Quelques-uns accusent de leurs peines passées des envieux ou des malveillans; d'autres , de faux amis; il en est qui s'citi usent eux-mêmes; tous se disent qu'il étoit possible de couler des jours heureux dans cet asiie, avec le bon esprit de jouir en paix des biens communs qu'il oiTroit , ou d'y suppléer par le travail et la concorde. La mauvaise foi tient seule un autre langage.

Cependant le désordre momentané dont il a été témoin provoque les réflexions du vojageur. il

s'étonne que le prince hospitalier qui a recueilli tant d'inconnus auxquels il ne devoit rien, en intervenant clans leurs débats, n'ait empêché ni les spoliations ni les violences. A ses yeux, ces abus de la force blessent autant les lois de la justice que la majesté du trône. Il se représente principalement quelques honnêtes compagnons de roule qui, par la honte de leur caractère, oui excité tout son intérêt , et qui, avec des droits à un meilleur sort, ont été indignement dépouillés et outragés.

C'est au milieu des tristes pensées que ces souvenirs réveillent, que le voyageur poursuit son chemin. Mais tout à coup il est abordé par un vieillard qui le salue, en lui disant : « Croyez-vous que les « choses en restent là? Le prince a tout vu ; il a « tout entendu. Chacun sera traité suivant ses « œuvres. Ne savez-vous pas que, par un pouvoir « dont la source se perd dans les âges , il oblige « les voyageurs qui traversent la forêt à séjourner « plus ou moins de temps dans le château , pour « qu'il puisse acquérir une connoissance parlàile « de leurs vices et de leurs bonnes qualités? Indul- « gent pour les fautes, mais sévère pour toute ha- « bitude coupable, il va les attendre dans un palais « voisin de celui que nous quittons , et où le même « pouvoir les forcera de porte;- leurs pas. C'est là « qu'il se reserve de récompenser et de punir; « c'est là que chacun rendra un hommage volon- « taire ou forcé aux saintes lois de la justice. »

A ces mois un coup de lumière frappe l'intelligence du voyageur. Tout s'explique , tout se dévoile à ses veux. Il ne s'étonne plus que des doutes outrageans auxquels il s'est abandonné sur le compte du souverain avec lequel il contracta le droit d'hospitalité. Egalement consolé du passé et rassuré sur

l'avenir, il s'avance vers le terme de sa course ; déjà il entrevoit sans frayeur le péristyle du second palais dont l'architecture , d'un style un peu austère, se dessine dans le lointain vaporeux. Placé sous la main d'un maître qui lui doit protection et juslice , il s'endormira partout avec confiance. // a été vu : c'est assez.

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